‹ Les Mendelssohn-Bartholdy, et Robert SchumannChapitre 24 sur 41 · Modem Gfrman Music (loc, cit · texte numérisé non relu

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tique de Féglise Saint-Martin est déteslable, en ce que la courbe des arceaux étouffe le son^ Torchestre était faible^ le chœur peu harmonieux, chantant faux, et, sans doute pour prouver leur nationalité, les exécu* tants retardaient tous les* mouvements. J'étais peiné, je souffrais pour Mendelssohn. Mais, au dernier verset : Ecce partis angelorum, une surprise agréable nous fut r/servée. On exposa l'hostie dans un magnifique tabernacle en or, qui tourna lentement au-dessus de l'autel, comme pour révéler à l'assistance la présence de l'aliment consacré. L'encens brûlait, et le soleil couchant, dardant ses derniers rayons sur les circonvolutions de la fumée qui montait vers les voûtes de l'église, produisait un effet magique. Les tintements argentins d'une clochette, résonnant deux fois par mesure, ajoutaient au charme de celle scène. Tout à coup, je sentis qu'on me prenait le bras. C'était Mendelssohn qui me dit : (c Écoutez comme c'est joli ! )» En faveur de cela, je leur pardonne leur exécrable » exécution. Je comprendrai mieux mon Lauda Sion > une autre fuis! y> Hélas! cette autre fois ne devait jamais venir! Moins d'une année après cette journée, ce grand artiste n'était plus! ! ! »

Le Lauda Sion de Mendelssohn, écrit pour quatre voix, solos, chœur et orchestre, quoique d'une forme moins élaborée que son Lobgesang et que quelquesunes de ses cantates, est une belle œuvre, conçue dans le meilleur style de son auteur. On trouverait difficilement un plus heureux exemple du trai-

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tement de rarioso que celui du Caro cibus. Chaque phrase du SU laus plena^ dite par le soprano solo, est immédiatement répétée par le chœur et rappelle un peu la manière de Hândel. Dans Docti sacris, un fragment deplain chant est traité comme un choral; mais, au lieu d'être dans le huitième mode ecclésiastique, il est écrit dans le dixième, ce qui lui donne un caractère complètement nouveau. L'élément dramatique est introduit dans le Sumit unus et produit un effet extrêmement pathétique ; le tout se termine par un superbe chœur sur les paroles Bone pastor et les versets qui achèvent l'hymme. Ce serait une étude fort intéressante, que de comparer cette adaptation essentiellement moderne du texte du Lauda Sion avec le traitement purement ecclésiastique adopté par Palestrina.

Je ne dirai rien de VÉlie, qui fut exécuté à Birmingham, avec un succès sans exemple, le 25 août 1846. On en trouvera le récit détaillé, donné par Félix luimême, dans sa lettre à son frère Paul, et dans celle adressée à madame Frège à Leipzig, lettres qui ont été publiées dans le second volume des Reisebrîefe^\ Ce

1. Madame Frège, née Livia Gerhard en 1818, fut une cantatrice et une musicienne de premier ordre. Elle quitta le théâtre en 1836 pour épouser le docteur Frège, de Leipzig, et fit de sa maison un centre où l'on entendait la meilleure musique. Mendelssahn, qui fut son ami intime, la consultait souvent lorsqu'il avait terminé une œuvre, et lui faisait dire ses mélodies (£te(/er) avant de les livrer au public.

— Vous ne connaissez pas mes Lieder, disait-il à un de ses

furent les derniers moments heureux de cet émînent compositeur, qu'un épouvantable malheur allait frap* per, et frapper si violemment, que les sources de sa vie en furent taries.

Fanny Hensel avait eu, vers le milieu de mai 1847, une hémorrhagie nasale qui donna quelque inquiétude, mais que Ton parvint à arrêter. On ne s'en préoccupa pas davantage. Le vendredi 17 du même mois, pendant qu'elle faisait répéter la Walpurgis-Nachtk son petit chœur pour sa matinée musicale du dimanche suivant, elle se sentit subitement mal à l'aise, ses mains refusèrent le service; elle demeura sans voix, et bientôt perdit connaissance. Les médecins furent appelés en hâte, mais leurs soins empressés et tout leur art demeurèrent inefficaces : à onze heures du soir, elle expirait. Un épanchement au cerveau l'avait emportée en quelques heures. Le dimanche devait avoir lieu le concert; au lieu du piano, c'est un cercueil qui occupait le centre du grand salon! Il ne restait plus qu'un cadavre de cette femme charmante, si pleine de vie la veille, de cette sœur tant chérie de Félix,de cette compagne de ses travaux, qui ne parlait de son frère qu'avec une sorte d'exaltation. Si le sort avait fait naître madame Henseldans une famille pauvre, elle se serait certainement fait connaître au public comme

amis de Londres ; venez à Leipzig les entendre dire par madame Frège et vous comprendrez mes intejitions.

La lettre dont il est question ci-dessus, et qui est datée de Londres, 31 août 1846, est adressée à a Frau Doctorin Frege ».

une pianiste exceptionnelle. Plus féminine que Félix dans son jeu, elle avait néanmoins avec lui une ressemblance d'exécution surprenante; même feu, même netteté, même solidité; comme lui aussi, elle était accomplie et merveilleusement douée. M. S. Hensel a tracé ainsi le portrait de sa mère.

« D'assez petite taille, elle avait — héritage de son aïeul Moses Mendelssohn — une épaule légèrement plus haute que l'autre, mais si peu, que Ton ne s'en apercevait pas. Ses beaux grands yeux noirs, si expressifs malgré une légère myopie, étaient admirables. Si le nez et la bouche paraissaient un peu forts, en revanche ses dents étincelaient de blancheur. Ses mains révélaient Tétude assidue du piano. Vive et décidée dans ses mouvements, son visage reflétait toutes les impressions de son âme; la dissimulation lui était impossible. Chacun voyait clairement ce qu'elle pensait. Quand quelqu'un lui plaisait, les coins de sa bouche se relevaient, et ses traits mobiles s'animaient. Personne n'éprouvait plus de joie qu'elle en face de la beauté, mais son dédain se montrait aussi intense devant ce qui lui déplaisait. Elle ne supportait pas les gens ennuyeux, fades ou vains; elle avait certaines bêtes noires (sic) pour lesquelles elle ressentait une aversion invincible. Elle s'en moquait elle-même à l'occasion; mais que le sujet se représentât, et le même phénomène se reproduisait sans qu'elle y pût rien. Indifférente pour les jouissances matérielles, la bonne chère, le luxe, la toilette la laissaient froide;

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elle disait que ce n'était pas nécessaire à la vie; — mais elle paraissait heureuse quand elle se sentait en contact avec des esprits supérieurs; elle ne faisait aucun cas de la noblesse de race et des prétentions de la fortune. Les visites, ces prétendus devoirs sociaux, lui pesaient, et elle s'en abstenait autant qu'elle le pouvait. Par contre, c'était l'amie la plus sûre, la plus dévouée de ceux qu'elle estimait et qu'elle jugeait dignes de son respect; pour eux, elle aurait été capable de tous les sacrifices. >

Depuis la mort de madame Hensel, Berlin n'a plus offert au monde artistique un cercle musical compa* rable à celui qu'avait présidé cette femme d'élite.

Le désespoir de Félix, lorsqu'il apprit la mort si foudroyante d'une sœur qu'il adorait, est indescriptible. Il était à Francfort depuis deux ou trois jours quand il en reçut la nouvelle; on lajui communiqua brusquement, et il en fut terrassé. Il poussa un cri déchirant^ tomba de toute sa hauteur, et demeura longtemps sans reprendre ses esprits. Quant il revint à lui, il dit d'un air morne et désolé :

— Un grand chapitre vient de finir; ni le titre ni le commencement du second ne seront jamais écrits.

Puis il fut envahi par une prostration dont l'amour de sa femme et la tendresse de ses enfants ne le firent sortir qu'à grand'peine. Dès ce moment, il se sentit mortellement frappé, et l'idée de sa fin prochaine ne le quitta plus. Sa santé, si robuste jusque-là, s'altéra sensiblement, et on le vit dépérir peu à peu*

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(L Si ma lettre arrête tes larmes, écrivait-il à son oeau-frère Hensel, jette-la au feu ; car, pour nous maintenant, la meilleure chose est de pouvoir bien pleurer. Nous avons été heureux ensemble; désormais, nous n'avons plus devant nous qu'une existence décolorée, triste et sans espoir. Tu as fait le bonheur de ma sœur tant qu'elle a vécu, elle le méritait. Je t'en remercie aujourd'hui du fond de l'âme; je l'en remercierai tant que je vivrai, et au delà de la tombe. En ce qui me regarde, je me reproche de n'avoir pas fait plus pour elle, de ne plus l'avoir vue, de n'avoir pas été près d'elle. Je suis encore trop écrasé pour pouvoir t'écrire méthodiquement, et, en ce moment, il ne m'est pas possible de quitter ma femme et mes enfants pour aller vous porter aide et consolation. Aide et consolation! comme ces mots résonnent tout autrement que ce que je pensais et sentais hier l

€ Pardonne-moi; je devrais t'écrire tout différemment, mais je ne le puis! Si tu as besoin d'un tendre frère qui t'aime de tout son cœur, appelle-moi ; je serai certainement meilleur- que je ne l'étais, mais plus jamais je ne serai gai. — Et que te dirai-je à toi, pauvre cher Sébastien ? Rien ! rien que de prier Dieu qu'il nous donne un cœur pur et un esprit nouveau ; peut-être alors pourrons-nous, sur cette terre, nous montrer dignes de celle qui eut le plus noble cœur et le plus excellent esprit que nous ayons connus et aiméSé Que Dieu la bénisse et nous montre la voie pour la rejoindre. Ah ! cher frère ! cher ami ! quelle

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blessure ! Que Dieu t'assiste, toi, Sébastien et tous les nôtres! "»

Quelle poignante douleur et quels déchirements dans cette lettre! qu'elle est bien digne de ce grand cœur qui l'écrivit avec ses larmes !

Tous les membres de la famille Mendelssohn se réunirent encore une fois dans le courant de l'été, et cherchèrent à se consoler dans l'admiration des immortelles beautés de la nature. Ils n'y parvinrent pas; Fanny avait emporté leurs âmes avec elle. Six mois après, un nouveau deuil, deuil général celui-là, vint de nouveau les affliger. Félix, dont la santé ébranlée ne s'était jamais remise, fut frappé d'apoplexie, et mourut à Leipzig, le 4 novembre 1847, n'ayant pas encore trente- neuf ans! Sa mort produisit de la stupeur; on refusait d'y croire.

Le matin du 9 octobre, il était allé voir ses amis Moschelès, et avait fait un tour avec eux jusqu'à la Rosenthal. Il paraissait très abattu, mais il n'en continua pas moins sa promenade, et par moments se montra presque gai. Ensuite, il se rendit chez madame Frège, qu'il voulait consulter sur les mélodies qui constituent son opu8 71, prête à être publiée. Elle les lui chanta plusieurs fois, puis ils les classèrent.

— Je désire les entendre encore une fois, lui ditil; après quoi, nous étudierons mon Élie^

Elle quitta la chambre pour demander de La lumière ; mais, en rentrant, elle le trouva étendu sur le sofa, frissonnant, les mains raides et glacées,.et fie plaignant de

\ives douleurs de tête. Il retourna chez lui ; oo lui fit une application de sangsues, et, le 15, il était assez remis pour écouter avec intérêt les détails de la bonne réception à Dresde du nouvel opéra de son ami, Fer* dinand Hiller. Il parla aussi de son prochain voyage à Yienne, pour lequel il traça un nouveau plan. Le 25, il écrivait à son frère Paul qu'il prenait des toniques, mais que la vue de son Paul lui serait plus salutaire que la médecine la plus amère. Le 28, il se trouva assez bien pour faire une promenade avec sa femme; mais, peu après, il eut une seconde attaque qui se renouvela plus forte le 3 novembre, et qui lui enleva toute sa connaissance. Le lendemain, à neuf heures vingt-cinq du malin, il expirait en présence de sa femme, de son frère, de Schleinilz, de David et de Moschelès.

« Le temps est superbe ici, écrivait M. Camidje, jeune étudiant anglais à l'Université de Leipzig; mais nous sommes aussi atterrés que si le roi était mort. On ne voit dans toutes les rues que des groupes qui parlent de Mendelssohn. Ceux qui se souviennent de Londres lorsque mourut Robert Peel, peuvent se f^ire idée de ce qui se passe ici. On a placardé dans toutes les rues l'annonce de son décès, comme s'il avait été Tun des plus hauts fonctionnaires de l'État. »

 l'annonce de sa mort, toute l'Europe musicale prit le deuil. A Londres, la Sacred Harmonie Society fil exécuter son Eliey le 17 novembre, précédé de la marche funèbre du Saiil de Hândel, par l'orchestre et le

chœur, tous vêtus de noir. — A Manchester et à Birraînghaoi, on lui reiidit des honneurs semblables. En Allemagne, des concerts commémoratifs (Todtenfeier) furent donnés à Berlin, Vienne, Francfort, Hambourg, et beaucoup d'autres lieuir. On plaça son busle au théâtre à Berlin, et son profil dans la salle du Gewandhaus à Leipzig. Le premier concert du Conservatoire de Paris, donné le 9 janvier 1848, fut intitulé : « A la Mémoire de Félix Mendelssohn-Bartholdy. » II comprenait la symphonie écossaise, l'ouverture des HébrideSy le concerto de violon, et des fragments du Saint Paul (Paulus). Parmi les nombreuses lettres de condoléance adressées à sa veuve, il nous suffira de citer celles de la reine d'Angleterre, du roi de Prusse et du roi de Saxe.

Son corps fut transporté à Berlin, et inhumé à côté de sa sœur Fanny, dans le cimetière de l'église de la Trinité. Son père et sa mère reposent à peu de distance de sa tombe.

« Ce fut, dit madame Auslin *, l'un des rares caractères que l'on ne peut connaître trop intimement. Tout ce que l'on dira de lui sera honorable pour sa mémoire, consolant pour ses amis, profitable pour tous... Autant je l'admirais comme artiste, autant j'étais extasiée de son exquise simplicité, de son bon cœur, de sa déférence pour la vieillesse, de son empressement à plaire à chacun, de la vivacité et de la ferveur

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