CHAPITRE 1H
ÉTIOLOGIE
L’étiologie des méningonéphrites est dominée par Je pneumocoque. Nos cinq observations étaient dues à ce microbe. Autrement dit, la méningonéphrite n'est, en principe, qu’une forme clinique de la septicémie pneumococcique. Cette notion a son importance : elle explique que le microbe ne puisse que difficilement être mis en évidence, le pneumocoque étant un organisme fragile, ne poussant bien que sur certains milieux de culture. Elle explique aussi l’extrême gravité du syndrome. Les méningites à pneumocoques sont presque toujours mortelles, et c’est par une exception vraiment extraordinaire que la malade de Crouzon a pu guérir. Elle explique enfin que, habituellement, les réactions cellulaires soient extrêmement réduites, malgré l’intensité de l’envahissement microbien et que le liquide céphalo-rachidien puisse paraître macroscopiquement normal ; on sait, en effet, que dans les méningites à pneumocoques, il y a souvent sidération des défenses de l'organisme et absence de réactions rachidiennes. Les observations citées par Guichot dans sa Thèse, sont très démonstratives à ce sujet.
D'ailleurs, la latence des méningites à pneumoco-
ques est un fait bien connu et qui a été particulièrement à l’ordre du jour, en même temps que la question des hémiplégies pneumoniques.
Dans les nombreuses observations où cette hémiplégie était sous la dépendance d’une infection méningée, les auteurs mentionnent expressément l’absence complète de symptômes méningés cliniques. De telles observations ont été rapportées par Lesieur,. Froment et Garin, soit à la Société Médicale des Hôpitaux de Paris, soit dans le livre jubilaire de R. Lépine. La lecture de ces observations montre bien que dans ces cas, comme dans ceux que nous rapportons ici, le malade ne présentait aucun symptôme méringé. De même, assez souvent, le liquide céphalorachidien était clair et macroscopiquement normal ; enfin, à l’autopsie, il n’y a souvent aucun signe de: méningite. Par exemple, dans l’observation classique: de Mouisset et Lyonnet (Soc. Méd. des Hôp. de Lyon, 27 oct. 1897), il n’y avait que de l’hyperhémie des méninges avec œdème cérébral, sans pus ni fausses membranes. La sérosité de l’œdème était transparente, et il a fallu une culture pour déceler le pneumocoque. On conçoit facilement que si le malade était mort avec des symptômes urémiques, l’œdème et la congestion encéphalique auraient été mis sur le compte de l’urémie, sans que l’on pense à rechercher le pneumocoque.
Est-ce dire que le pneumocoque soit seul en cause, que seul il soit capable de réaliser une atteinte simultanée des méninges et des reins ? Nous ne le croyons pas. Tout agent infectieux peut provoquer ce syndro-