C. — Diagnostic causal
Le diagnostic de ménorragie par dyscrasie sanguine une fois posé, 1l faut encore rechercher la cause de cette
dyscrasie.
1° Tuberculose. — MM. Bensaude et Rivet notent que leurs malades purpuriques sont parfois des hépatiques latents et surtout que, très souvent, ils sont en même temps des tuberculeux. Pour eux, la tuberculose aurait-un rôle pathogénique important. Robert, dans une thèse -inspirée par M. Bensaude, s’est attaché à démontrer les rapports du purpura et de la tuberculose.
D’après nos observations, cette étiologie ne semble pas d’une grande fréquence. Deux seulement de nos malades présentent une légère submatité dusommet droit avec respiration un peu faible (obs. I-XI). Dans les antécédents de trois autres, on note : un père mort tuberculeux (obs. II), et une mère àyant eu des hémoptysies à 18 ans (obs. IV), une sœur morte de tuberculose (obs. X).
2° Troubles glandulaires
Chez nos malades, le rôle des glandes semble important.
a) Foie. — On sait que l'insuffisance hépatique se traduit, entre autres symptômes, par des hémorragies. Or, chez 9 de nos malades sur 11 (Obs. I, I, PINS
PR Des.
V, VII, VIH, X, XD), le sérum exsudé, après ponction veineuse est surcoloré, jaune cholémique. D'autre part, dans les antécédents héréditaires ou collatéraux, il n’est pas rare de trouver dés troubles hépatiques (obs. IT. VI, VI, XL) L'observation VII est particulièrement démonstrative : le père et 2 sœurs ont eu de lictère, la mère a eu des coliques hépatiques. Aussi, pour M. P. E. Weil, nos malades pourraient bien souvent être rangées dans le cadre de la « cholémie familiale », telle que Pont décrite MM. Gilbert et Lereboullet.
b) Glandes vasculaires sanguines.
Ovaire : Les auteurs modernes (P. Dalché, Siredey, Léopoldlévi, P. E. Weil), atiribueut l’'aménorrée à l’hypoovarie et les pertes excessives à l’hyperovarie. Nos malades seraient donc des hyperovariques. D'autre part, Léopoldlévi a mis en lumière la notion de l'instabilité glandulaire, selon laquelle une glande tantôt fonctionne trop, tantôt fonctionne trop peu. Or, chez certaines malades, nous trouvons des périodes ménorragiques, suivies de périodes aménorréiques. Elles auraient donc de l'instabilité ovarienne.
Corps thyroïde. Glande pituitaire. Capsules surrénales : Syndrome polyglandulaire. -- La moitié de nos malades présentent des troubles qui doivent être imputés à d’autres glandes endocrines. Cinq d’entre elles en effet ont manifestement des troubles d’évoluon : quatre sont des infantiles dont deux petites
mais proporlionnées ([obs. IV, VI), et deux petites
mais obèses (obs. IV, VI). La cinquième (obs. IX), présente au contraire un certain degré de gigantisme. M. Apert, (Séance du 28 Juin 1912, Soc. Méd. des Hôpit.) cite le cas d’une jeune fille âgée de 14 ans et demi, ne mesurant que 1 m. 45, mais obèse avec un poids de 60 kilos. Elle avait été réglée dès 11 ans et présentait des ménorragies. Or, on sait actuellement que certaines glandes vasculaires sanguines (corps thyroïde, pituitaire, peut-être les surrénales) jouent un rôle important dans l’évolution de l’organisme.
Les auteurs modernes ont mis particulièrement en évidence le rôle du corps thyroïde dont l'insuffisance produit le myxæœdème. 1l n’est pas douteux que certaines de nos malades paraissent être des myxœædémateuses plus ou moins nettes. Cependant on a remarqué que dans les cas francs de myxædème, il n’y avait pas d’hémorragie, alors que, au contraire, chez les hyperthyroïdiennes, la tendance aux hémorragies était manifeste. Il semblerait donc y avoir contradiction entre ces notions et les faits que nous avons observés. Mais il faut se rappeler qu’en clinique il y a des états d’instabilité thyroïdienne (Levi et H. de Rothschild); et que de ce fait, des malades présentent des signes d’hyper et d’hypofonctionnement thyroïdien intriqués. Cest ce qui explique qu’on peut voir des hémorragies chez des sujets dont le corps thyroïde fonctionne en apparence de façon déficiente et qui paraissent atteintes de myxœædème fruste (P. E. Weil : séance de la Soc. Méd. des
BOURDEAUX o
Hôp., 4 Juillet 1919). D'ailleurs, d'assez nombreux cas de ménorragies chez des myxœdémateuses ont été observés par les auteurs : entre autres celui de M. Apert, signalé plus haut, celui de M. Félix Ramond, signalé à la Société Médicale des Hôpitaux le 4 Juillet 1919; celui de M. René Bénard rapporté par M. Lereboullet à la Société Médicale des Hôpitaux le 11 Juillet 1919.
En dehors des cas où les malades présentent un syndrome thyroïdien net, 1l en est d’autres où les signes d'évolution anormale de lorganisme sont beaucoup plus difficiles à attribuer à une glande endocrine déterminée. D'ailleurs, M. P.-E Weil, de même que M. Dalché, admettent qu’on peut observer un véritable syndrome polyglandulaire où la part de chaque glande est actuellement bien difficile à déterminer. Nous verrons bientôt combien cette dernière notion est importante à
se rappeler au point de vue thérapeutique.