TRAITEMENT
Les considérations cliniques et pathogéniques que nous avons exposées font prévoir qu’une intervention chirurgicale ne saurait être envisagée pour des malades du type que nous présentons. La thérapeutique devant surtout viser à faire disparaître la cause, c’est la dyscrasie sanguine qu'il faut atteindre chez nos malades. Il faudra donc leur appliquer un traitement médical et non chirurgical. Cependant, outre le traitement général correcteur de la crase sanguine qui est le plus important, il ne faut pas négliger certaines précautions d'hygiène de même que des moyens locaux qui seront souvent des adjuvants puissants .
Nous étudierons successivement : l'hygiène des
(1) Dans ce chapitre nous exposerons le traitement des ménorragies de la
puberté non seulement d’après celui appliqué à nos malades, mais encore d’après les travaux modernes, en particulier d'après ceux de M. P. Weil,
1e, Nat
ménnoragiques, le traitement local qui leur convient, et
enfin le traitement général de la dyscrasie sanguine.
1° Hygiène des ménorragiques.
En présence d’une ménorragie sérieuse, il faut exiger le repos au lit absolu, la tête basse, un coussin sous le creux poplité, et interdire tout mouvement, les conversations, les visites. L'alimentation sera permise, mais légère et rafraichissante : potages, pâtes, purées, fruits cuits et crus, boissons abondantes. La constipation sera toujours combattue à l’aide de lavements (eau bouillie : un demi-litre, glycérine 1 cuiller à potage), ou d’un purgatif léger (huile de ricin 30 grammes en une fois, Ou 10 grammes trois Jours consécutifs). En cas de constipation opiniâtre, on évitera l'abus des grands lavements et des purgatifs qui souvent provoquent du spasme et augmentent la constipation. Pour favoriser l’exonération journalière de l’intestin on s’adresse de préférence aux laxatifs inoftensifs (gelose, huile de paraffine), alternant avec des suppositoires glycérinés et des petits lavements d’huile d'olive.
2° Traitement local.
Chaque fois que ce sera possible on fera placer à demeure une vessie de glace sur le bas-ventre. Les
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injections rectales ou vaginales d’eau très chaude (45° à 5o°) peuvent être très utiles. Chez une vierge, on devra préférer les injections rectales d’un litre d’eau bouillie. Pourtant les injections vaginales ne sont pas impossibles ni même très difficiles à l’aide d’une canule de petit calibre ou d’une sonde de Nélaton (n° 16 à 20) qu'on introduit doucement à travers l’hymen. On donnera en moyenne deux injections par jour {matin et soir) d’eau bouillie simple, ou de sérum physiologique, ou encore d’une décoction d’écorce de chêne. Dans les cas rebelles et menaçants on sera parfois obligé de recourir à un traitement local plus délicat et presque chirurgical. Il consiste à faire un tamponnement vaginal aussi serré que possible à l’aide de mèches imbibées de sérum. Enfin si, à la suite de ménorragies répétées, il s’est produit un peu de métrite surajoutée, il sera utile, après défloration et dilatation du col, de pratiquer
un curettage. Mais c’est exceptionnel.
3° Traitement général.
C'est le plus important, car c’est celui qui, modifiant la crase sanguine, empêchera la production des ménorragies en supprimant leur cause. Il comprend deux temps : dans un premier temps, on cherche à arrêter une hémorragie dangereuse, c’est le traitement d'urgence; dans un second temps, on s’efforce de corri-
ger les troubles fonctionnels qui commandent ce syn-
Es pen
drome hémorragique, c’est le traitement pathogé-
pique.
a) Traitement d'urgence.
Pour faire cesser les hémorragies on a utilisé de nombreux médicaments et surtout les vaso-constricteurs. « On employait, dit M. P. E. Weil, surtout l'ergotine pour les arrêter, le sulfate de quinine, lhamamelis, l’hydrastis, le gossypium, pour en prévenir le retour. De rares succès couronnaient cette thérapeutique ». Actuellement on peut mieux faire. Trois médications permettent d'agir sur ces ménorragies la pituitrine, les sérums sanguins, la tranfusion de sang humain total.
La pituitrine est l’extrait injectable du lobe postérieur de l’hypophyse. Les recherches sur l’hypophyse ont montré que son lobe postérieur provoque la contracüon des fibres musculaires lisses, de là, son emploi comme ocytocique dans l’inertie utérine. C’est donc un vaso-constricteur. D’autre part, M. P. E. Weil a établi qu'il était doué d’un très grand pouvoir coagulant. Ces deux propriétés en font un puissant agent d'hémostase dans les hémorragies utérines.
Les sérums sanguins ont été employés avec succès chez la plupart de nos malades. L'efficacité de leur action dans les dyscrasies sanguines a été particulièrement mise en évidence par les travaux de M. P. E.
Weil dont un de ses élèves le D' Eliçagaray s’êst ins-
piré dans sa thèse. D’autre part, de nombreux auteurs ont utilisé cette médication avec succès, entre autres : Lapeyre (de Fontainebleau), P. Dalché, Raillet (Voir la bibliographie). Les sérums agissent en modifiant la crase sanguine, en favorisant la coagulation, en même temps qu’ils relèvent la tension vasculaire. Ils constituent une véritable médication opothérapique qu'il sera toujours indiqué d’associer à la pituitrine. Si théoriquement les sérums humains sont les meilleurs, en pratique on aura surtout recours aux sérums animaux délivrés par l’Institut Pasteur (sérum antidiphtérique, sérum antitétanique par exemple). On aura soin de se servir de sérums aussi frais que possible ne datant pas plus de deux mois, car en vieillissant ils perdent de leur valeur coagulante. Le sérum animal sera injecté sous la peau en cas d'urgence à la dose de 20 à 30 centimètres cubes. S'il n'y à pas urgence on pourra Île donner en lavements : 20 centimètres cubes tous les deux jours.
Le sérum humain est employé depuis quelques années, surtout en Amérique et en Angleterre où on le trouve dans le commerce.
« La transfusion de sang humain total » permet de faire mieux encore. Aussi on devra la pratiquer au cas où les sérums auraient échoué. On le féra d'autant plus volontiers que la technique en a été considérablement simplifiée grâce à l'emploi du citrate
de soude. Il serait trop long pour nous d'exposer cette
technique ici; on la trouvera parfaitement décrite dans le Journal Médical Français de Juin 1919.
b) Traitement pathogénique.
Ce traitement cherchant à atteindre la cause des ménorragies sera par conséquent avant tout un traitement opothérapique puisque les troubles glandulaires nous ont paru être le plus souvent à l'origine de la dyscrasie sanguine. Or, nous avons vu que le syndrome glandulaire n’est pas toujours net, et que d’autre part, il est fréquent de se trouver en présence d’un syndrome polyglandulaire. Dans ces conditions, il sera souvent difficile de déterminer l’opothérapie convenable dans chaque cas, et on devra alors procéder par tâtonnements successifs en essayant tour à tour les différents extraits glandulaires.
«L’opothérapie thyroïdienne » est une des plus importantes en raison de l'influence du corps thyroïde sur le fonctionnement de l'ovaire. Les « extraits thyroïdiens » se prescrivent en cachets à petites doses qui ne nécessitent pas une surveillance journalière 5 milligrammes par jour pendant une semaine par mois. On fait varier les doses selon la tolérance des malades. « L’hémato-éthyroïdine » pourra être employée quand lextrait thyroïdien aura échoué. Des succès thérapeutiques ont été obtenus avec elle par Colleville cité par M. P. E. Weil et par M. P. E. Weil. Cet auteur
en indique la posologie de la façon suivante : pendant
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une semaine : 3 cuillerées à café par jour d’hématoéthyroïdine, prises en dehors des repas. Interrompre quelques jours, puis recommencer. Les ménorragies arrêtées il sera bon de continuer ce traitement une semaine sur deux pendant longtemps à la dose de 3, puis de 2 cuillerées à café par jour.
« L'’opothérapie hypophysaire » est très employée par M. P. Dalché, en raison de l’action de cette glande sur l'appareil utéro-ovarien (voir la thèse du Docteur Lesage, interne de M. P. Dalché). Cet auteur préfère les « extraits secs » pris par la voie gastrique aux « extraits injectables ». Il les ordonne en cachets de 10 centigrammes d'extrait total, de 2 à 4 par jour. On a conseillé également l'extrait du lobe postérieur seul à la dose de 10 à 4o centigrammes par jour.
« L'opothérapie hépatique » est de pratique peu courante. Elle s’ordonne sous forme d’extrait sec total de foie de porc desséché, soit à hautes doses par la voie rectale (lavement quotidien composé de 5 grammes d'extrait de foie dissous dans 100 grammes d’eau), — soit à petites doses par la voie buccale, (dose quotidienne de 1 à 2 grammes en cachets de o gr. 25 ou de o gr. 5o, ou en pilules de o gr. 10 et de o gr. 20 que l’on trouve dans le commerce).
« L’opothérapie surrénale » peut être donnée sous forme de cachets ou de comprimés dosés à o gr. 10 jusqu’à concurrence de o gr. 4o à o gr. 60 par jour.
Mais, en général, on emploie |” « adrénaline » qui est ? 2
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considérée comme le principe actif des glandes surrénales. On l’administre soit en injections sous-cutanées de un demi-milligramme, soit de préférence en ingestion qui permet plus facilement de varier et de fractionner les doses. « On prescrira, par exemple, 1 milligramme d’adrénaline, soit 20 gouttes de la solution au muillième pour débuter, puis en surveillant la pression artérielle 10 gouttes toutes les heures jusqu’à 60 gouttes, dose maxima par 24 heures » (P. E. Weil).
« L’opothérapie mammaire », a été reconnue comme ayant une réelle valeur antihémorragique, et présente l’avantage d’être inoffensive. On emploiera l'extrait sec de la glande en cachets de o gr. 50, d’abord 2 cachets par jour au moment des repas, puis on augmentera jusqu’à concurrence de 2 à 3 grammes par Jour.
« L’opothérapie ovarienne » n’a guère donné de succès que dans les hémorragies des hémophiles; aussi lemploie-t-on peu dans les hémorragies de la puberté. Sous forme d'extrait, on prescrira des comprimés et cachets jusqu’à une dose totale variant de o gr. 25 à 3 grammes par jour. Les poudres de corps jaune ‘ocréine, flavéine) qui sont des spécialités, se prescrivent à doses plus faibles : 2 à 6 pilules par jour.
En même temps que le traitement opothérapique, on ne négligera pas l’état général des malades dans les périodes intercalaires des ménorragies.
Dans le régime alimentaire on supprimera le vin,
les boissons alcooliques, le gibier, le poisson, les mets
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épicés en général; on recommandera une alimentation simple et peu excitante. On combattra la constipation. D’autre part, on traitera l’état anémique en prescrivant le fer, l’arsenic, la moelle osseuse.
Enfin on pourra souvent modifier les règles en administrant de nouveau, comme cela a été pratiqué pour certaines de nos malades le sérum sanguin de façon préventive par la voie rectale : lavement quotidien de 15 à 20 centimètres cubes de sérum pendant
4 à 5 jours avant et au début des règles.
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