‹ Les mensonges du caractèreChapitre 10 sur 44 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Les transformations du Faux Impassible,

Voilà quelles sont, à peu près, à mon avis, les conditions générales, les principaux éléments, tes formes les plus fréquentes du type de fausse impassibilité. Quand les conditions varient, le caractère qu'elles déterminent varie aussi. Il se transforme, et ses transformations sont instructives.

Une modification de la santé, en rendant certaines impressions plus douloureuses ou moins pénibles (selon le sens de la modification), peut augmenter ou diminuer l'intensité du type. Ce qui fait le faux impassible, c'est la souffrance que lui imposent les chocs de ses propres sentiments avec le monde extérieur. Tout ce qui peut rendre ces sentiments plus forts, plus résistants, faire les impressions désagréables plus faciles à supporter tend à affaiblir le type. Nous avons tous connu les gens que le malaise, la souffrance rendent susceptibles, éloignent de leurs semblables et isolent dans la réserve et dans un simulacre d'orgueil.

Une cause morale agit de même. Une exaltation passagère ou durable peut nous empêcher de sentir les froissements du

monde extérieur. Un bonheur inattendu nous rend expansifs et ouvertement sensibles. Un bonheur doux et continu agit pareillement en détendant l'esprit, en nous distrayant des petites piqûres quotidiennes qui deviennent imperceptibles. Inversement un malheur qui nous déprime nous fait rentrer en nous-mêmes, nous conduit à l'indifférence vraie ou simulés vis-à-vis des autres. C'est là au moins l'effet normal. Il peut être transformé du tout au tout par des circonstances particulières. L'apparence d'im passibilité peut disparaître après un malheur, si ce malheur donne l'occasion d'apprécier certaines sympathies encore méconnues. La dépression morale peut nous faire sentir le besoin de l'expansion et de la sympathie. Par là elle s'oppose à la fausse impassibilité. Mais elle peut nous faire craindre davantage d'être méconnus ou repoussés. Selon la disposition qui l'emportera, et ceci dépend de mille conditions très variables, l'effet final sera tout à fait différent.

Un sentiment naturellement soumis aux froissements du monde extérieur tend à développer la simulation de l'indifférence tant qu'il n'est pas assez fort pour passer par-dessus les obstacles. L'éveil des sensations amoureuses développe la pudeur, inspire la réserve. La naissance d'une nouvelle affection, ou le développement d'un goût, d'un sentiment égoïste, d'une ambition, peuvent, en nous faisant prévoir ou supporter de nouveaux froissements, nous pousser à feindre l'indifférence. Au contraire, si le sentiment augmente assez pour que nos petites susceptibilités viennent à disparaître devant lui, nous dédaignons la simulation et nous étalons notre moi. Si l'amour naissant fait naître la pudeur, l'amour libre et

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