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L ORGUEIL ET LA MODESTIE

aussi. Il y a des infériorités plus ou moins grandes, il en est déplus ou moins importantes par la nature des qualités sur lesquelles elles portent.

Ce que le modeste, même sincère, appellera son infériorité, c'est peut-être tout simplement un défaut d'adaptation auquel il n'a pas beaucoup réfléchi, auquel il n'attache aucune importance, et qui ne l'incite nullement à s'estimer, en ^ornmè, moins que les autres. Je ne voudrais pas trop généraliser et affirmer qu'on n'est modeste qu'à l'égard des talents ou des vertus que l'on méprise. Cependant on s'avoue et l'on avoue d'autant plus volontiers son infériorité qu'il s'agit de choses plus indifférentes et que l'on considère comme n important guère à la valeur de l'homme. Un mathématicien pourra être volontiers très modeste à propos de sport, et un sportman à propos de calcul différentiel.

D'autre part, on peut être mal adapté à son milieu soit par sa faute, soit par celle de ceux qui nous entourent, par infériorité ou par excès de supériorité. Souvent on embrouille un peu tout cela, on ne démêle pas très bien ses propres sentiments. A plus forte raison ne les expose-t-on pas nettement aux autres. Mais quand un homme reconnaît franchement son infériorité sur tel ou tel point, c'est en général que ce point est à ses yeux sans importance ou que son infériorité n'est que la raison ou la condition nécessaire d'une supériorité bien plus enviable à d'autres égards.

Beaucoup d'orgueil se cache ainsi sous les apparences de la modestie. Mais il faut aller plus loin et reconnaître que la réserve, la répugnance à se mettre en avant, qui sont des

parties esseutielles ou des expressions de la vraie modestie, sont aussi des expressions de l'amour-propreet de l'orgueil. Tel est au moins, semble-t-il, le cas le plus général. Il y a, chez celui qui refuse d'attirer l'attention sur lui, la crainte d'un froissement, l'appréhension de la honte d'un échec, la peur de démériter à ses propres yeux. Il n'y aurait de vraie modestie, à ce point de vue, que celle qui retiendrait l'individu, non point par la considération des inconvénients que lui vaudra son intervention, mais parla considération de ceux qui retomberont sur autrui, ou du dommage que sa maladresse apportera à l'œuvre tentée. La modestie ainsi comprise doit être si rare, qu'on peut toujours soupçonner qu'elle n'est pas absolument pure. Encore y trouverait-on l'orgueil de la décision personnelle que je signalais tout à l'heure. De tous les côtés nous retrouvons l'orgueil dans la modestie, et par conséquent une bonne condition de feinte et d'erreur.

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