CHAPITRE IV
Les simulations de la timidité.
Les simulations qui accompagnent la timidité ont été indiquées par plusieurs psychologues. M. Hartenberg note les efforts du timide pour dissimuler ladélicatesse de sa sensibilité (l),il affirme aussi que « la plupart des timides sont des orgueilleux » (2). M. Dugas, étudiant la bouderie des timides, dit « que la bouderie (agressive), qui répond déjà à des sentiments divers, revêt ellemême des formes diverses. Il ne faut pas y croire : elle donne l'illusion delà hardiesse, et elle est un effet de la timidité. Le timide, moins que personne, ne peut être jugé sur l'apparence.
...Si la bouderie agressive du timide n'est qu'une attitude, il en faut dire autant de sa bouderie offensive ou de son humilité. Le timide le plus connu, sinon le plus commun, celui qui s'efface et rentre sous terre, n'est qu'un faux humble, comme le timide arrogant n'est qu'un faux brave. Les airs cavaliers ne prouvent pas l'irrespect ; l'air gêné ne prouve pas davantage la
(1) Hartenberg, Les timides el la timidité, p. 54 (Paris, F. Alcan).
modestie (1). M. Dugas note aussi que « l'orgueil peut se cacher sous les dehors de la timidité » (2). Il constate que « le timide aspirant à la sympathie d'autrui sans pouvoir l'atteindre conçoit, suivant son humeur, du découragement ou du dépit. Le découragement se traduit par l'humilité, le dépit par la hauteur, mais "ni lune ni l'autre de ces attitudes n'exprime les sentiments vrais du timide » (3).
M. Dugas recherche encore si le timide ne simule pas continuellement : « Il est faussement humble et faussement bourru, et on ne se tromperait guère en lui attribuant des sentiments exactement contraires à ceux qu'il fait paraître. La simulation fait-elle donc partie de sa nature, ou son attitude seule est-elle mensongère ? » Il conclut que le timide est sincère envers luimême, mais qu'il peut ne pas l'être envers les autres, et distingue en lui une volonté antécédente et une volonté conséquente. Le timide veut anlécédemment être vrai et se montrer tel qu'il est; mais comme il n'y réussit point, comme son attitude le trahit, il veut qu'on n'en croie pas cette attitude, et il en prend conséquemment une autre toute contraire, qui paraît hypocrite et menteuse, mais qui est, dans son intention, seulement destinée à corriger la première ». La timidité serait donc liée « directement à la véracité et indirectement au mensonge » (4).
(î) Dugas, La timidité, p. 107 (Paris, F. Alcan).
(2) id., p. 109.
(3) id., p. 110.