CHAPITRE V
La force et la faiblesse de la volonté, le courage et la lâcheté,
La faiblesse de la volonté, avec ses formes différentes : la poltronnerie, la lâcheté, l'hésitation, etc., touche à la timidité qui à certains égards la suppose ou se confond avec elle. Elle implique aussi un certain manque de force relatif des désirs, des impulsions, des idées. Mais ce manque de force peut être inhérent aux phénomènes psychiques eux-mêmes, ou bien avérer simplement la force des obstacles qui s'opposent à eux. C'est dire qu'il existe encore un désaccord assez net entre l'individu et son milieu, et aussi un désaccord intérieur à l'individu lui-même, un désaccord dans les rapports des phénomènes appartenant à une même personnalité. L'hésitation, le recul, l'impuissance de vouloir peuvent tenir à ce que les désirs dont la volonté dépend, rencontrent, en dehors, d'insurmontables oppositions, et que, si intenses qu ils puissent être, ils ne peuvent aboutir, à moins de folie, à se manifester. Il se peut qu'ils se heurtent aussi à des obstacles intérieurs. L'opposition de deux désirs très vifs peut faire hésiter,
reculer. On n'apprécie pas toujours bien ces nuances ni beaucoup d'autres. Aussi est-ce avec iDJustice que Fou juge souvent la puissance d'une volonté. On voit volontiers de la faiblesse où n'existe que de la clairvoyance et l'on transforme en courage ce qui n'est qu'une aveugle présomption.
La faiblesse, la lâcheté, peuvent, comme la timidité, se cacher sous une apparence de hardiesse, d'élan et de courage. C'est une remarque banale que le timide, poussé à bout, devient très audacieux, que le poltron peut se révéler terrible lorsqu'il ne saurait plus reculer. Mais parfois ils se satisfont avec de simples apparences et des velléités qui ne tiennent pas. Ils font les fanfarons, ils se donnent des airs de braves, s'excitent tant que le danger est loin, et sont peut-être encore plus exubérants quand il vient de passer. Ils peuvent écarter ainsi le péril, car ils intimident à leur tour les autres. Mais s'ils y échouent, leur simulation ne les met guère en mesure de se défendre contre lui.
Les simulations de cette nature sont parfois momentanées et répondent à un besoin passager. Elles sont alors extrêmement communes. Qu'un homme paraisse plus assuré qu'il ne l'est, alors qu'un danger quelconque le menace, c'est un fait journalier et quasi universel. C'est une tactique que beaucoup de raisons recommandent : raison de dignité, raison d'amour-propre, raison de sympathie si l'on ne veut pas inquiéter son entourage, raison d'intérêt personnel, et de prudence même, toutes y concourent.
D'autres fois, au contraire, ces simulations sont permanentes et, en voilant la faiblesse de l'individu, elles la compensent un