‹ Les mensonges du caractèreChapitre 4 sur 44 · IX · texte numérisé non relu

IX

On pourrait en dire bien plus long sur les conditions, les conséquences, les associations diverses de la fausse impassibilité, lime suffit d'avoir marqué les grandes lignes du sujet, indiqué les principaux faits qui la préparent, la complètent, la manifestent et la constituent. Ils se ramènent tous, on a pu le remarquer, à quelques faits dominateurs assez simples. Le principe de toutes les manifestations que nous avons étudiées, c'est une impressionnabilité très vive, contrariée par un milieu que sa nature propre, ou la faiblesse du sujet, ou peut-être sa clairvoyance, rendent redoutable. De là, la nécessité de cacher *es sentiments et les impressions que trop de froissements atten-

dent. De là, l'affectation d'impassibilité, de là aussi, selon les circonstances, la timidité, la sauvagerie, la susceptibilité, la prédominance de la vie intérieure, le besoin d'affections choisies, tous les traits différents que j'ai examinés, et d'autres qu'il serait troplong derechercherminutieusement.Lemêmeindividu ne les réunit pas toujours. Ils se peuvent grouper de différentes façons et selon des proportions variées, de manière à différencier le type général, à créer, selon les traits dominants et leur mode de groupement, de nombreuses variétés qui se différencieront à leur tour dans chaque individu en se déformant selon les circonstances particulières de sa vie et leur association à des opinions et à des sentiments différents.

Je ne puis passer en revue tous les traits de caractère qui peuvent venir se joindre assez logiquement à la fausse impassibilité. Plusieurs deceuxqu'on pourrait indiquer se rapprochent assez de ceux que nous venons de voir pour qu'il n'y ait pas lieu d'y insister longuement.

Une certaine faiblesse peut favoriser le développement de notre type. L'homme naturellement violent, emporté, aura de la peine à simuler l'indifférence. Il éclatera plutôt, manifestera ses sentiments à ses risques et périls, pourra surmonter le danger ou y succomber, mais se défendra par d'autres m'oyens. La faiblesse n'est pas une condition nécessaire, mais elle est une condition favorable. Elle peut être suppléée par la

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clairvoyance et la réflexion, par la prudence qui les suit et qui déconseille les moyens violents. Un certain équilibre intérieur, une sensibilité, vive mais qui n'aveugle pas l'intelligence au point de l'empêcher de se rendre compte des périls de la réalité, favoriseront le développement de l'indifférence affectée.

Le faux impassible est souvent aussi fin et délicat. Des impressions sublilessont plus facilement froissées et provoquent assez vite le repliement sur soi, des sentiments rudes etgrossiers craignent bien moins le contact de la vie réelle. En somme, la délicatesse se rapproche beaucoup, au moins en ce qui nous intéresse ici, de l'impressionnabilité et paraît même se confondre avec elle.

Les faux impassibles que j'ai connus étaient non seulement sensibles, mais presque tous affectueux. L'un était plutôt susceptible et assez sauvage, l'autre surtout orgueilleux, un troisième contrariant, chez un quatrième le besoin d'intimité et de tendresse était très vif. Presque tous étaient en somme très doux, malgré certaines apparences de brusquerie chez l'un, d'humeur difficile chez un autre. Je signale ce fait, parce que sa fréquence me paraît le rendre intéressant, et je n'y insiste pas, parce que je ne suis pas sûr qu'il y ait une association très solide, une corrélation très étroite entre la douceur et les autres traits du faux impassible. Cependant on peut voir une relation naturelle entre la douceur et la timidité, peut-être même entre la douceur et la susceptibilité chez un homme affectueux et impressionnable. Il n'est pas moins surprenant qu'il tâche d'éviter aux autres, et surtout de ne pas leur attirer par sa faute les petites souffrances qu'il ressent si vivement. La douceur

paraîtra plus opposée à l'attitude hautaine. Mais d'une part tous les faux impassibles ne prennent pas cette attitude, d'autre part des traits opposés s'unissent fréquemment chez un môme individu, et enfin l'attitude hautaine du faux impassible n'est souvent qu'une apparence qui lui sert à tenir à distance les gêneurs, et elle peut être une réaction contre les inconvénients d'une douceur, d'une bonté, d'une affabilité réelles et même excessives.

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