XII PRÉFACE
très-touchants, sans toutefois que Pémotion devienne jamais trop cruelle. Quel qu'il soit, le drame se passe dans ce pays de TAllégresse poétiquement décrit par Ruzzante : — « Vois-tu ce beau pays, tout entouré de collines fleuries, et ombragé de bois qui reverdissent par Pefifet des dernières pluies ; ces bordures de saules échevelés ; ces petits ruisseaux qui gazouillent sur les cailloux en se perdant dans les herbes et les fleurs ? Entendstu ce petit oiseau qui chante son air : Haîro,
hairo, hairo? Regarde tant que tu pourras
regarder dans le pays de T Allégresse.... Regarde celui-ci, qui se roule à terre avec la bouche si grande ouverte qu'on croirait qu'il va crever,
c'est le Rire Vois cette femme couverte de
beaux habits , avec tant de bijoux et des bracelets plein son tablier, c'est la Fête -, à côté d'elle son frère le Bal a ôté ses souliers pour mieux danser. Tiens ! regarde , il danse ! Ces deux dames qui se tiennent par la main , c'est la Gaieté et la Joie; celle-ci semble ne pouvoir tenir dans sa peau-, elle veut toujours chanter, jouer, lutiner... »
Parmi ces personnages aux costumes clairs ou bariolés, il en est d'autres dont les vêtements noirs et rouges font contraste avec ceux-là ; tels sont la Méchanceté, la Trahison, la Jalousie, la
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Tristesse, « assise les mains jointes et la tête appuyée sur ses genoux. » Le Deuil et la Mort y peuvent entrer comme partout; sans cela, cette contrée idéale serait trop séparée du reste de l'espèce humaine. Mais ces lugubres- personnages sont baignés eux-mêmes dans cet air fluide et doux qui est propre au pays de PAllégresse.
Voilà le milieu poétique où s'ébat la comédie de Part dans la belle période de la Renaissance, La gaieté n'y est pas montée à ce ton aigu et strident que lui donneront plus tard les Fiorelli et les Dominique. On sent toujours que les artistes qui s'abandonnent à leur humeur leste et enjouée et à leur libre et très-libre fantaisie, sont les mêmes qui récitent ces suaves élégies : VAminta, du Tasse; VAlceo , d'Antonio Ongaro; la Mirtilla, composée par Isabelle Andreini.
Elevât ardor, comme disait la devise de la célèbre Accesa : « la flamme élève; » ajoutons : et purifie tout. Ils ont vraiment une sorte de feu sacré pendant ce premier âge de leur joyeux apostolat à travers l'Italie et l'Europe.