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et non empruntées à Thistoire, comment aurais-je mieux fait que de m'emparer de ces ébauches si pénétrées de Pesprit du temps que j'essayais de peindre, et qui me fournissaient tout ce qui, dans une telle entreprise, ne saurait être invente, en laissant pourtant à l'imagination une assez large carrière?
En comprenant ces quatre récits sous ce titre général les Méprises, je n'ai fait que leur donner rétiquette commune qui pourrait presque, comme je le disais tout à l'heure, servir pour toute cette comédie de la Renaissance. On verra que ces récits en particulier justifient parfaitement et cette remarque et le titre que porte le volume qui les renferme. Le premier est fondé sur l'erreur où tombe le jeune Horace, dont la jalousie s'enflamme et qui abuse du pouvoir que les circonstances lui ont donné sur son ami Faustin. Le second est fondé sur le mariage imaginaire de Celia et de Fabrizio. Le troisième récit repose sur le trépas mensonger de Silvia Demetria; et le quatrième, sur l'illusion qui persuade Eusebio de l'infidélité de sa maîtresse.
J'ai pris plaisir à associer dans ces récits la France à l'Italie. Je n'ai fait qu'obéir en cela à la vérité historique : les deux nations, après s'être fait la guerre, formèrent les liens les plus
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étroits qu^elles aient jamais eus. Des relations multipliées existent alors entre les deux pays. Les artistes affluent dltalie en France. Henri II épouse une Médicis. Les poètes et les gentilshommes français s^habituent à aller compléter leur éducation en Italie, où ils reçoivent des leçons d'amour, comme Joachim Du Bellay de sa Faustine, ou des leçons d'escrime, comme Brantôme du grand Tappe de Milan. Mon but était mieux atteint, du reste, par ce rapprochement des deux peuples; c'est dans ce rapprochement, dans ce contact, que se dégagent plus distinctement la force et la lumière de la Renaissance.
Je n'ai nullement entendu exécuter une reproduction exacte, un calque fidèle d'après les documents que j'avais sous la main; je ne me suis pas astreint à suivre les textes pas à pas. Je voulais faire œuvre de conteur et de romancier.
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J'en ai pris, par conséquent, tous les droits, modifiant, combinant, taillant, développant à mon gré. Je me transporte dans le passé pour y dessiner un point de vue qui m'a séduit ; mais le peintre n'en est pas moins d'aujourd'hui, et ne renonce pour cela ni à peindre avec ses couleurs, ni à plaire au goût actuel. S'il s'agissait, en pareil cas, de faire exactement et uniquement ce qu'auraient fait les écrivains ou les peintres du temps qu'on essaie de ressusciter, il serait fort inutile de s'embarrasser d'une telle besogne. Les conteurs n'ont pas manqué à cette époque*, et, pour la vérité absolue du tableau, nous n'avons certes aucun espoir d'égaler les contemporains. La tâche que nous nous donnons est différente. Nous traduisons une époque éloignée à l'époque où nous écrivons : nous parlons, par conséquent, le langage de celle-ci; nous nous conformons à ses exigences en fait d'art. Le sujet est antique, mais tout doit se colorer nouvellement sous la plume ou le pinceau.
Je sais bien qu'on insiste. J'ai souvent entendu les objections se produire à propos d'ouvrages plus considérables que celui-ci. « C'est nous, disait-on, que nous voulons connaître; ce sont nos caractères, nos mœurs, nos passions que nous voulons voir analyser. Vous prétendez me