‹ Les mères de familleChapitre 13 sur 18 · PRETENTIONS EXAGÉRÉES. 20I · texte numérisé non relu

PRETENTIONS EXAGÉRÉES. 20I

empressés de faire cercle autour d'eUe.

Aveuglement étrange de l'amour maternel et de la vanité , qui faisait prendre à cette mcre insensée pour des hommages flatteurs, les traits malins que chacun décochait sur poupée viicinte ; et pour admiration , le pacte que faisait une folle jeunesse de s'amuser à ses dépens.

Cependant Florestine arrivait à l'époque où l'amour frappe au cœur , où Fhymen commence à préparer sa chaîne. Madame Bernard s'empressa donc de lui donner les instructions qu'elle croyait nécessaires pour assurer l'exécution de ses projets. « Entourée comme vousl'étes, lui disait-elle, de tous les jeunes gens qui fréquentent nos réunions habituelles, et trop jeune encore pour distinguer dans un aussi grand nombre d'adorateurs, celui qui pourrait être digne de vous , il "est in-

dispensable, ma fille, que nous convenions de trois signes diffe'rens qui vous éclaireront dans votre choix et régleront votre conduite. Lorsque dans un bal , par exemple , vous êtes aborde'e par tel ou tel cavalier qui vous invite à danser, ayez soin de me regarder avant de lui répondre. Si je passe rapidement la main sur mes yeux, cela vous apprendra que ce n'est qu'un étourneau , clerc d'avoué ou commis marchand tout au plus; alo.s acceptez avec froideur et dignité , seulement une contredanse; et ne répondez pas un mot à tout ce qu'il pourra

vous dire Si vous me voyez. porter

la main à l'oreille, cela vous indiquera que vous avez affaire à l'un de ces beaux parleurs qu'il ne faut pas écouter , ou de ces aventuriers qu'il faut éconduire. Avocat sans cause, militaire à demi-solde , petit négociant cmbar-

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rassé, tout au moins ; dans ce cas dis- Dcnsez-vous d'accepter son invitation, îrétextez un engagement, une indisposition subite ; et revenez auprès de

noi reprendre votre place Mais si

rous me voyez porter la main sur mon :œur, d'un air gracieux et riant, ;oyez sûre que celui qui vous aborde , îst un prétendu digne de vous : queljue jeune substitut de premier magisrat, quelque fils de géne'ral ou de re- :eveur des finances ; prenez aussitôt le on le plus affable, étalez bien la garniture de votre robe ; jouez de Téventail avec grâce , avancez le pied droit en avant , parlez de manière à ce qu'on soie bien vos belles dents ; en un mot, accordez avec empressement toutes les contredanses cjue vous demandera ce jeune homme comme il faut ; animez la conversation et ne walsez qu'avec lui.... » riorcsline exécuta ponctuelle-

ment les ordres de sa mère : tout ce qui ne paraissait être que d'une classe moyenne , e'tait reçu par elle avec un dédain qu'on remarquait, et qui bientôt éloigna tous les jeunes gens de l'honnête bourgeoisie. Le premier venu , au contraire , qui s'annonçait un merveilleux par son ton de suffisance et le verbe haut , par un vêtement du dernier goût et le solitaire sur un jabot à plis ronds , était accueilli, dès le premier abord, avec une gracieuseté qui le confondait , et des prévenances qui souvent l'embarrassaient ; mais comme la majeure partie de ces hommes à la mode se trouvait trop au-dessus de mademoiselle Bernard, pourrépondre à sesprédilections agaçantes, chacun d'eux ne faisait que s'en amuser. C'était à qui l'aborderait, lui lancerait un coup-d'œil langoureux accompagné d'un soupir senti-

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mental. Aussitôt la mère de porter avec empressement la main à son cœur ; et la fille de prendre un air de conquête et de se mettre en espalier. Insensiblement ce triomphe passager de riorestine , s'affaiblit et fit place à des plaisanteries qui la rendirent la fable des réunions où elle était admise. On ne parlait que de la poupée vivante : elle devint le jouet de tout le monde. Placée devant sa mère, sur les prerrtiers rangs qu'occupe dans un bal une jeunesse brillante , elle y étalait vainement tout ce que le luxe peut inventer, elle se donnait tous les mouvemens capables d'attirer quelques regards ; vainement laissait-elle tomber un gant , ou son beau mouchoir festonné , dans l'espoir qu'un cavalier les ramassant , lui donnerait enfin l'occasion de lui adresser la parole ; tous ces moyens de la prétention

déçue et de la coquetterie aux abois, n'avaient aucun résultat cons-jlant.

Poupée vivante restait plusieurs heures de suite assise sur une banquette , sans recevoir la moindre invitation ; et finissait par se retirer avec sa mère aussi surprise qu'elle , et toute aussi blessée du peu de succès qu'elle avait obtenu.

Florestine , après plusieurs tentatives , résolut de ne plus aller dans les bals, sous le prétexte que la danse l'ennuyait. Heureusement le printemps était arrivé , les réunions devenaient plus rares : madame Bernard s'empressa donc de conduire sa fdle aux principaux théâtres, lorsqu'on y- représentait les pièces les plus en vogue.

C'était principalement aux Bouffes et à l'Académie royale de Musique , qu'elle allait occuper le devant des premières loges , avec sa fille sur-.

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chargée de bijoux et de modes éclatantes; mais aucun succès. Toutes les lorgnettes , dès qu'elles étaient braquées sur Florestine , s'en détournaient aussitôt; et plus d'une fois, au milieu des sons mélodieux qui ravissaient les spectateurs , elle eut la douleur d'entendre prononcer : « Poupée vivante !.... »

Madame Bernard eut alors recours à ces heureuses rencontres qu'offrent les promenades publiques : c'était surtout le jardin des Tuileries qu'elle avait adopté. Outre que c'est celui de tout Paris, qui réunit la société la meilleure et la plus nombreuse , elle ne désespérait pas que Florestine pût fixer les regards de quelques jeunes officiers de la maison du roi , qui profitent des intervalles de leur service , pour venir dans la grande allée admirer les beautés qui s'y rassemblent. Tous les

soirs, depuis sept heures jusqu'à neuf, et chaque dimanche , à l'issue des grandes présentations au château, madame Bernard et sa fille ne manquaient pas d'aller prendre place sur le premier rang des chaises , et d'y étaler la toilette la plus recherchée : alors s'exécutaient les signes convenus entre la mère et la fille. Chaque fois qu'en passant et repassant devant elles , des promeneurs arrêtaient leurs regards sur Florestine , madame Bernard les examinait avec attention; et, s'imaginant les bien juger sur Tapparence, elle portait tour-à-tour les mains à ses yeux , à ses oreilles, à son cœur, et Poupée vkantc faisait alors telle ou telle contenance , pour répondre aux signes de sa mère. Mais comme il arrive souvent que les personnes d'un haut rang affectent les dehors les plus simples , et qu'en même temps, de vils inhigans

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empruntent quelquefois le ton et les manières de grands personnages , madame Bernard et sa fille furent exposées à d'étranges méprises.

Bernard ne tarda pas à s'apercevoir que riorestine commençait à se lasser du rôle que lui faisait jouer sa mère , et de tout le ridicule qu'elle lui donnait en public. Il résolut donc de mettre fm à ces prétentions exagérées , qui conduiraient la jeune fille à ne faire qu'un mariage d'argent, à conclure un de ces marchés où le sordide intérêt bannit toute chance de bonheur. Bernard ne continuait les affaires, qu'afui de procurer à Florestine le droit de choisir pour époux , un galant homme qui la rendît heureuse , et dans lequel il pût trouver lui-même un ami véritable, un appui sûr pour sa vieillesse. Il possédait une fortune suffisante pour faire le sort de son gendre ; et cet avan- I. i8

tage souriait d'autant plus à son imagination, qu'il avait dans sa famille et dans son pays, un certain neveu son filleul , greffier de la justice de paix à ISevers, qui joignait à la plus aimable figure un caractère franc , une imagination vive et sur-tout une intarissable gaîté. Christophe Bernard , fils du frère aîné de notre agent d'affaires, avait vingt-sept ans , et de'sirait ardemment connaître Paris. Il entretenait une correspondance active avec son oncle , et lui te'moignait souvent le désir de lui succéder, dans le cas où la belle Florestine ferait le grand mariage qu'elle ambitionnait. Bernard se mit donc en tête de choisir Christophe pour son successeur , et de le marier avec sa fille. Mais pour y pars^enir, il fallait agir de ruse : le moyen de faire jamais consentir la mère ambitieuse à donner sa belle Florestine à un simple greffier de

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juge de paix , qui ne possédait rien au monde ! Bernard écrit donc à son neveu de se rendre à Paris dans Fhôtel garni qu'il lui désigne , et d'avoir le soin de s'y annoncer sous le nom de M. de INivernais. Christophe s'empresse de se conformer aux volontés de son oncle : il se rend à l'endroit indiqué. Bernard l'attendait avec impatience à l'appartement qu'il lui avait fait préparer ; et là , il lui confie ses projets que d'abord rejette le jeune homme , par l'impossibilité de dompter l'ambitieuse fierté de sa tante, et par le peu d'espoir de plaire à la dédaigneuse Florestine. « Je t'ai vu plusieurs fois , lui dit son oncle , jouer à Nevers la comédie de société : tu remplissais les petits-maîtres avec assez de grâce et d'impertinence. Eh bien !

mon cher, il faut imiter le ton, l'allure et le langage de nos élégans du jour,

et, sous le nom distingué que je t'ai fait prendre , poursuirre rexéculion de nos projets. Tu recevras 3,ooo francs par mois, pour jouer Fhomme à la mode et de qualité ; tu loueras un remise élégant , derrière lequel seront deux laquais galonnés ; tu suivras les spectacles , fréquenteras les promenades ; en un mot, tu t'arrangeras de manière à gagner les bonnes grâces de ma femme , ce qui ne sera pas très-difficile ; à t'emparer du cœur et de la tête de ma fille , qui ne demande pas mieux que de rabattre de ses hautes prétentions. Bientôt elles-mêmes te présenteront chez moi; je saurai jouer alors le rôle nécessaire , et je serais bien trompé , si d'ici à quelque temps, tu ne sauvais pas ta cousine des extravagances de sa mère , et ne devenais pas le mari d'une excellente femme , fraîche , appétissante , d'une agréable

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humeur, et pouvant t'appoi ter un jour quarante bonnes mille livres de rente , sans compter mon cabinet d'agence qui pourra t'en produire autant. Cela mérite la peine d'y songer ; adieu ! je te laisse en joie , et je cours à mes affaires. »

Christophe s'imaginait faire un songe, et ne pouvait concevoir tout le bonheur qui venait luire à ses yeux. Il s'occupe d'abord de se faire habiller par un tailleur en vogue ; il fre'quente aussitôt nos premiers théâtres , les cafés , les restaurans les plus renommés ; il étudie les gestes, la tournure et les usages de nos merveilleux du jour et les imite au point qu'on l'aurait pris pour un des habitués du cercle de l'hôtel de Choiseul. Il ne tarda pas à rencontrer aux Tuileries sa tante et sa cousine qu'il lorgna d'abord , avec cette grâce et cette assurance d'un homme à

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la mode : ce qui le fit remarquer de là mère et de la fille ; mais ne put encore provoquer le moindre signe de madame Bernard. Bientôt il les rencon^ ira dans une loge aux bouffes : et là , tranchant avec suffisance sur la belle musique du Mariage secret, il parut très-profond dans un art qu'il ne connaissait aucunement ; et se fit une réputation de dilettante dans fesprit de ces deux dames ; mais aucun signal de la mère ne se faisait encore apercevoir* Elle s'e'tait mc'prise tant de fois sur les apparences , qu'elle étudiait son monde avec beaucoup plus de circonspection.

Enfin il les rencontre un soir au jardin de Tivoli , où tout-à-coup s'élève un orage violent qui produit une pluie abondante et de longue durée. On se presse, on se heurte, on se retire dans le grand café : mais on s'y trouve tellement confondu dans la foule , que

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chacun n'aspire qu'à s'en dégager; toutes les voitures de place avaient disparu : et ce jour-làmadame Bernard, dont la calèche avait été froissée la veille au bois de Boulogne , était venue en se promenant avec sa fille , suivie d'un domestique chargé de leur procurer un fiacre pour le retour :

celui-ci leur annonça qu'il était impossible d'en trouver un seul ; Christophe , qui depuis quelques jours guettait l'occasion de les aborder, se trouvant auprès d'elles en cet instant , leiw dit , avec ce ton respectueux et cette urbanité d'un homime comme il faut , qu'il était seul dans son landeau, et qu'il serait trop heureux de reconduire ces dames à leur hôtel. On hésite d'abord : mais la figure de l'étranger est si prévenante, ses manières sont si distinguées , qu'on finit par accepter.

Pendant le trajet du jardin de Tivoli à

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la rue Saint-Florenlin , où Bernard possédait une très-belle maison , Florestine s'aperçut que sa mère portait souvent la main à son cœur, ce qui lui donnait l'avis d'étaler tous ses moyens de plaire. Christophe , qui de son côté voyait avec plaisir que son début avait du succès, redouble d'égards, affecte le ton le plus merveilleux : il parle de ses chevaux , de ses gens , des terres qu'il possède dans le ]>iivernais : il descend à la porte de leur hôtel madame Bernard et sa fille qui se confondent en remercîmens , et restent convaincues que leur aimable chevalier est un homme de la plus haute distinction. Florestine craignait, déjà qu'il ne fut d'une trop grande naissance , tant était vif le penchant qu'elle éprouvait pour lui. Dès le lendemain elles reçurent une carte de visite, portant le nom de monsieur de ]Sivernais,

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mais sans aucun titre ; au bas était son adresse; « Rue de Richelieu, hôlel des Princes. » « Hôtel des Princes! s'écria madame Bernard : pas de doute que ce soit un homme de qualité. — Ah !

se disait tout bas Florestine , pourvu qu'il ne soit pas marié!..., » Elles racontèrent à Bernard l'aimable courtoisie de ce monsieur de Tsivernais, et lui dirent qu'il ne pouvait se dispenser d'aller lui rendre sa visite. « Bah ! leur répond-il avec intention , c'est encore un de ces coureurs d'aventures comme tous ceux dont vous vous étiez si sottement entichées Au reste puisqu'il

se dit de Nevers, je saurai bien vite à quoi m'en tenir sur son compte : et après tout , on n'est jamais dupe d'une politesse. » Il alla donc féliciter son neveu sur ses premiers succès ; l'encouragea vivement à les poursuivre , et revint raconter à sa femme que I. 19

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l'étranger appartenait en effet à Tune des plus grandes familles du Nivernais , qu'il avait l'espoir d'une fortune de plus de 40,000 francs de rente, et qu'il paraissait avoir fixé son choix sur leur fdle. Aussitôt on prépare une brillante soirée où Florestine devait se montrer dans tout son éclat. On y invite , non pas de jolies femmes, qni eussent établi peut-être aux yeux de l'étranger, une rivalité dangereuse; mais celles qui sans éblouir par leurs charmes, pouvaient par leurs talens, contribuer à l'embellissement d'un concert que devait suivre un souper somptueux. Christophe , plus élégant que jamais , se rendit à cette belle réunion qu'il savait n'être formée que pour lui seul. Il y obtint tous les suffrages : on recueillait chaque mot qui sortait de sa bouche ; on admirait la noblesse de son maintien, la dignité de ses ma-

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nières. Madame Bernard était dans une ivresse dont rien ne pouvait la distraire ; et Florestine n'avait plus besoin des signes convenus , pour faire agir tous les ressorts de l'art de plaire. Jamais elle n'avait si bien touché le piano : jamais on ne l'avait vue faire les honneurs de chez elle , avec autant d'empressement et de grâce. Entre le concert et le souper, on dansa plusieurs walses ; et M. de Nivernais fut le seul qui eut l'avantage de presser la jolie taille de Florestine , et de s'égarer avec elle dans le tourbillon des pirouettes. A table , où d'abord les dames seules furent placées , il se tint constamment derrière sa cousine, et ne cessa d'être son chevalier. Après le festin on proposa de petits jeux où le galant étranger eut l'occasion d'adresser à madame Bernard , ainsi qu'à sa fille , de ces liens charmans qui flat-

tent, séduisent; de leur faire à Foreille de ces confidences où , sous les dehors d'un simple badinage , l'amour lance tous ses traits. Christophe par ses joyeuses saillies , fit pâmer de rire la mère, et par des aveux exprimés avec délicatesse , jeta dans Pâme de la fille un si grand trouble , qu'elle se sentit embrasée de ce premier feu qui pénètre tous les sens , et ne s'éteint qu'avec la vie. Elle en fit confidence à ses parens. Bernard déguisant sa joie , et ne cessant d'affecter la défiance que lui inspiraient tous les hommes à la mode , promit néanmoins de prendre des renscignemens sérieux sur celuici , pour lequel il avouait qu'il éprouvait lui-même un certain penchant et le désir de le nommer son gendre.

« Sur-tout, disait-il, n'allez pas me faire faire de vaines démarches , et refuser ce prétendu-là , comme vous

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avez fait de tant d'autres. — O mon père, quelle différence! parmi ceux qui jusqu'à ce jour ont brigué le don de ma main, aucun ne réunissait tout ce qu'on trouve dans cet homme charmant: et ne possédât-il rien sur la terre, je le préférerais aux plus brillans partis. — Souviens-toi bien de ce que tu dis là , ma fille.... Et vous, ma très-chère femme, n'allez pas me chicaner , si d'après les avances que je Tais faire , ce monsieur de Nivernais n'était pas d'une naissance aussi illustre que vous le présu-.

mez — Allez, monsieur Bernard,

allez votre train ; et croyez que je ne vous dédirai jamais pour un pareil mariage. — A la bonne heure : je compte sur votre parole : et je vais agir avec toute la prudence , toutes les précautions....— Sur-tout, mon père, ne multipliez pas trop vos recherches. — Yotre fille a raison ; il ne faut que

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voir , entendre M. de Nivernais , pour être convaincu que c'est un de ces hommes dont l'alliance ne peut que nous honorer. Assurez-vous seulement de la fortune qu'il possède ; et je me charge de tout le reste. »

Bernard, enchanté de cette nouvelle méprise, encouragea Christophe à redoubler de soins et de séductions , à saisir toutes les occasions de fasciner les yeux de sa tante , de sa cousine et de leur faire accroire qu'il réunissait les plus grands avantages. Ce rôle était agréable à jouer , et le jeune homme y prenait un goût qui prêtait tout-àfait à l'illusion. Cependant il éprouvait pour Florestinc un attachement qui semblait croître chaque jour. Ce n'était plus cette poupée vivante surchargée de chiffons , de bijoux, et dont chacun s'amusait. Guidée par les avis de l'homme charmant dont elle était

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éprise; ramenée pour lui plaire, à cette simplicité deton, à ces manières aisées, à cette grâce naturelle bien préférables à tout l'attirail de l'opulence avide de briller , Florestine était devenue plus belle et sur-tout plus aimable. Le faux de Nivernais avait même étendu l'empire qu'il exerçait sur elle, jusqu'à lui donner le goût d'une instruction véritable. Elle n'avait plus, comme sa mère , de ces expressions hasardées , qui dénotent une classe obscure , sous le clinquant même dont on la couvre :

elle parlait moins; mais beaucoup mieux. Chacun en était suq)ris, charmé : on ne la remarquait plus en public ; et le surnom cruel de Poupée vivante ne venait plus importuner son oreille.

Tous ces progrès, tous ces changemens étaient l'ouvrage de l'amour. Le moyen de ne pas élrc éprise d'un beau

jeune homme de vingt-sept ans , qui iTe'tait occupé qu'à perfectionner celle quMl aimait , qu'à la rendre digne de lai? Florestine sentait chaque jour davantage tout ce qu'elle lui devait ; et n'aspirait qu'au moment où elle pourrait le nommer son époux. Mais Bernard avait pris à tâche de guérir radicalement sa fille ; et voulant l'amener par degrés , à savoir quel était ce prétendu si charmant, il opposait toujours aux désirs de Florestine des difficultés factices. Tantôt c'était un renseignement qu'il attendait de Nevers, sur le véritable nom de Nivernais, qu'on assurait n'être qu'un nom de terre. Tantôt c'était un doute sur sa fortune qui n'avait pour base que l'affection d'un parent fort riche; mais encore vert et pouvant changer de dispositions à son égard.... Toutes ces entraves qui préparaient avec adresse le dénouement

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de Tintrigue , ne faisaient qu'augmenter Famour de Florestinc. Elle déclara donc que Jamais elle n'épouserait que M. de Nivernais , dût-elle rester fdle toute sa vie. Madame Bernard approuva sa résolution ; et s'irritant des lenteurs qu'apportait son mari à conclure un mariage aussi honorable qu'avantageux , elle se chargea de presser le prétendu de s'expliquer , et de donner lui-même tous les renseigneraens nécessaires. Voilà donc le pauvre Christophe mis sur la sellette par sa tante ; et malgré tout son esprit , et les ressources de son inépuisable gaîté , fort embarrassé pour se tirer d'affaire. Il déclara toutefois en homme d'honneur, qu'il n'appartenait point à l'illustre famille des Nivernais dont le nom est inscrit parmi ceux des anciens preux , et si cher à la France littéraire. Prenant ensuite le ton le plus imposant , il affir-

ma que ses parens n'avaient cessé depuis plusieurs siècles , de servir , au nom du roi, dans tout le Nivernais, et d'avoir des relations avec les personnes du plus haut rang.,.. « Quant à ma fortune , ajoute Christophe , en regardant Bernard , elle est en ce moment de 36,ooo fr. de rente , ou 3,ooo fr. par mois, que je tiens d'un oncle trèsopulent et le meilleur des hommes, et dont j'ai l'assurance d'être l'unique héritier ; j'en aurai , quand il le faudra , son engagement par un acte authentique. — En ce cas ma fille est à vous : s'écrie Bernard , en retenant le rire prêt à s'échapper de ses lèvres.

Je vous réponds du cœur de Floresline, et ne crains pas que sa mère me désavoue.— Vous désavouer, M. Bernard !

reprend celle-ci toute rayonnante de joie : « On connaît trop hien les convenances et les égards qu'o/i doit ù

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lin chef de famille tel que vous.... Quel jour fixerons-nous pour le mariage ? — Le plus proche , re'pond Christophe avec âme, est celui qui me convient le mieux.... On ne saurait trop accélérer le plus beau jour de sa vie , ajoute- 't-il en regardant amoureusement Florestine. — Eh bien ! reprend madame Bernard, les bans seront publies dimanche ; et la noce aura lieu jeudi. — Un moment ! reprend son mari : je suis expéditif en affaires ; mais je veux mes sûretés. Il nous faut , avant de dresser le contrat de mariage , une procuration en bonne forme , de cet oncle de M. de Nivernais , pour lui assurer sa fortune. Dès demain j'aurai moi-même l'honneur de lui écrire , et si c'est un brave homme , comme le dit mon futur gendre, nous nous entendrons aisément tous les deux. Je propose en conséquence que le ma--

riage n'ait lieu que d'aujourd'hui en quinze. » Christophe accepte , en assurant qu'il déterminera cet oncle bienfaiteur à venir combler par sa présence le bonheur de son fils adoptif :

Florestine se tait en laissant échapper un soupir ; et madame Bernard consent à ce délai nécessaire , avec d'autant plus d'empressement , qu'il lui donnera le temps de faire les apprêts qu'exige ce grand mariage , et d'y inviter tous ses parens , toutes ses connaissances qu'elle désire avoir pour témoins de sa joie et de son triomphe. Il n'est point d'hommages et d'offrandes , il n'est point de preuves de goût , d'élégance et de générosité , que ne prodiguât pendant cette quinzaine , l'heureux Christophe à sa belle fiancée. La caisse où il puisait était celle d'un père enchanté de sauver sa fille du ridicule , du célibat peut-élre ;

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et de donner à sa femme la leçon qu'elle méritait... Mais le véritable amour n'a pas long-temps la force de feindre.

Christophe s'était attaché trop sincèrement à Florestine, pour la laisser dans l'erreur; et au risque de rompre un hymen qui comblait tous ses vœux , il instruisit en secret sa cousine de ce qu'avait tramé son père, et de la nécessité où lui-même s'était trouvé de le seconder dans ses projets. Florestine , dont les hautes prétentions étaient évanouies , n'avait plus d'autre ambition , que d'unir sa destinée à celle de l'homme aimable qui avait éclairé sa raison, orné son esprit et fait parler son cœur. Elle ne put s'empêcher de rire de cet ingénieux stratagème , et d'avouer qu'on n'avait pas besoin d'être homme de qualité , pour réunir tout ce qui peut séduire et charmer. Une seule chose la tourmentait : c'était l'orgueil blessé de

sa mère qui refuserait de consentir à leur mariage ; mais elle fut rassurée par son excellent père, qui, tout en approuvant la délicatesse de Christophe envers sa cousine , leur recommanda le plus grand secret, et se chargea de mettre sa femme dans la nécessité de consentir à tout. 11 annonça donc quelques jours après , qu'il avait reçu l'assentiment de l'oncle de M. de Nivernais à son mariage avec mademoiselle Bernard ; et que cet oncle avait observé les convenances jusqu'à lui adresser à lui-même sa procuration portant le don de toute sa fortune à ce neveu, qu'il regardait comme son fds, et dont il promettait de venir représenter le père à l'auguste cérémonie. A cette nouvelle , qui semblait augmenter l'ivresse de madame Bernard , elle fait préparer un appartement somptueux , dispose d'avance tout ce qui

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pourrait éblouir cet oncle vénérable , et lui prouver que son neveu ne se mésalliait pas. Aussitôt celui-ci , muni de trente billets de banque, que venait de lui remettre Bernard, charge sa future belle-mère des achats de la corbeille : annonçant que c'était encore son excellent oncle qui lui faisait ce cadeau de noces. Voilà donc madame Bernard s'agitant et courant les plus belles boutiques de Paris, afin de former pour sa fille , une brillante corbeille , à laquelle , de concert avec son mari , elle ajoute d'avance un riche trousseau. Enfin arrive le jour de la signature du contrat : tous les appartemens sont jonchés de fleurs; tous les domestiques sont dans un mouvement qui annonce la générosité du futur.

Déjà les proches parens et de nombreux amis se réunissent en grande tenue , adressant leurs félicitations ,

mêlées d'une secrète jalousie , de voir rioresline épouser un homme opulent et de qualité. Un jockei, richement galonné, apporte la corbeille qu'ouvre la future, avec un tremblement qu'on prend pour de la pudeur; et ce n'était que la crainte du violent orage qui se préparait. Le premier objet que découvre Florestine, est un écrin renfermant un collier de diamans d'un assez grand prix : Christophe le prend des mains de sa fiancée , et va l'attacher , un genou en terre , au cou frais et potelé de sa future belle-mcre , qui , les yeux mouillés de larmes délicieuses, et lui appliquant sur chaque joue , un vigoureux baiser, s'écrie , en se rengorgeant et toisant ses parens extasiés :

<■< Il n'y a que les gens de qualité, pour de pareilles surprises.... » Florestine trouve un second écrin pour elle, non moins brillant et beaucoup plus conir

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plet. Elle fait à ses jeunes parentes , à ses amies, les distributions d'usage , lorsque paraît le notaire , le contrat à la main. Bernard annonce alors qu'une lettre qu'il ^dent de recevoir de M. de ÎSivernais l'oncle, l'instruit que retenu par une affaire imprévue, il ne pourra pas arriver à Paris avant minuit ; qu'ainsi l'on va procéder à la lecture et à la signature du contrat. Le notaire déroule aussitôt l'acte qu'il porte ; et madame Bernard s'apercevant que sa fille pâlit , la rassure par un serrement de main , en lui disant bas à l'oreille : « Vous allez être femme de qualité, » songez à vous en montrer digne !... » Mais qu'on juge de sa surprise et de son désappointement, lorsqu'elle entend le

notaire annoncer que le futur est

Christophe Bernard, greffier de la justice de paix du canton de jSevers !

« Qu'est-ce à dire.^... » s'écrie-t-elle ,

interrompant la lecture et lançant un regard terrible sur son mari : « il se pourrait que ce fût là ce filleul dont vous m'avez parlé si souvent ? — Luimême , ma bonne amie. — Eh quoi !

ce M. de Nivernais qui s'annonçait

pour un homme de qualité — N'est

que le fils unique de feu mon frère Jérôme. — Oser prendre un nom respectable !... — Il le fallait pour te plaire,

— Affirmer que ses ancêtres ont servi pendant plusieurs siècles au nom du roi !... — Il a dit vrai ; les Bernard depuis deux cents ans ne sont-ils pas huissiers de père en fils, n'exploitent-ils pas au nom du roi? — Et j'accorderais ma fille au petit greffier d'un juge de paix !

— Ce petit greffier est mon neveu, te

dis-je et n'a rien fait que d'après

mes ordres. — Quoi! vous aussi , M. Bernard , vous étiez dans le complot pour m'outrager ! — Est-ce donc

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im outrage , que de s'associer à son propre sang?... Si Christophe n'est pas un véritable de ISivernais ; il en a les nobles sentimeïis, les belles manières ; Tunir à ma fille fut toujours le vœu de mon cœur ; ses talens , son aclivité , ses mœurs le rendent bien plus digne de riorestine,que tous ces dissipateurs titrés, tous ces brillans coureurs de dot, que te faisaient rechercher tes folles prétentions. Aquoinous ont-elles conduits jusqu'à présent? à rendre notre fdle dupe de tout son étalage, à la ridiculiser dans le monde. Elle ne pouvait être guérie que par l'amour; elle aime, elle est aimée.... Il te fallait, à toi, une

forte leçon ; et je te la donne » Ce

ton d'autorité que Bernard prenait pour la première fois avec sa femme , les instances de Florestine , l'attitude noble de Christophe et l'approbation des assistans, tout frappe à la fois le

cœur de cette mère ambitieuse qui ,stupéfaite , immobile , et respirant à peine , ne sait que re'soudre. « Allons, ma bonne Jeannette , reviens à nous !

reprend Bernard , en la pressant dans ses bras : quel besoin d'aller chercher si haut le moyen d'être heureux, quand il est là sous nos yeux ? je dois à mon frère aîné le zèle ardent au travail et les principes de probité qui m'ont fait gagner tout ce que je possède; laissemoi m'acquitter sur sa tombe, en adoptant son fils. Il s'est fait aimer de Florestinc : il a su te plaire et t'éblouir.... Il est vrai qu'il m'en coûte cinquante bons mille francs ; mais ils sont bien placés , puisqu'ils assurent le bonheur de notre fille ; et que te rendant à toimême , ils avertissent les mères de famille qui m'écoutent , de se défendre de ces prétentions exagérées , source inévitable de ridicules, d'humiliations;

PRETENTIONS EXAGEREES. 2à'J

et leur prouvent que la chaîne d'hymen la plus durable , étant compose'e de fleurs assorties, ce n'est que parmi ses égaux , ou parmi les siens qu'on les trouve, n

.rs^rjrs^rj-S'.fJ'rt^-rf^j'S^rj'rj^j^j-rj-Tj'TTS'STT^ss-rj^-f'

L'ATELIEPi FILIAL.

jLje plus grand trésor qu'une mère puisse offrir à ses filles : ce qui , dans tous les temps, dans toutes les circonstances, doit contribuer à leur bonheur, c'est l'avantage si précieux et si rare de pouvoir se suffire à elles-mêmes ; c'est le droit imprescriptible de braver les chances de la fortune , de trouver dans le travail de leurs mains un moyen sûr et facile de conserver leurs mœurs , la dignité de leur sexe , et de résister à toutes les séductions qui l'environnent. Mais , pour obtenir ce grand avantage , qui devrait être une des premières bases de l'éducation des femmes , il ne suffit pas de recourir à des talens d'agrémens : il faut avoir l'énergique résolution de faire faire à

LATELLER FILLVL.

au fni/it'U (/(■ Cl-,' //vv,» r/i<rr//u/n/i;t otn-rn'ri',*....

l'atelier filial. 289

SCS enfans le véritable apprciilissaf;e d'un état nécessaire aux besoins de la société ; il ne faut pas rougir de conduire soi-même une jeune personne dans l'atelier de l'honnête artisan , de se confondre momentanément dans cette classe industrieuse , où souvent la vertu modeste brille dans tout son éclat , oîj le travail devient une douce habitude , oii chacun forme un des anneaux de cette grande chaîne qui attache les humains les uns aux autres, par un échange continuel de productions utiles , de communications et de services dont se composent l'existence sociale et la prospérité commune.

Madame Albert , unie à l'un des manufacturiers de soieries les plus habiles delà capitale, était mère de trois filles nées à peu de distance l'une de l'autre , et à l'éducation desquelles on la voyait consacrer tous ses instans et

24o LES MÈRES DE FAMILLE.

toutes SCS facultés. Laure , Agathine et Nathalie n'avaient jamais quitté le toît paternel. Madame Albert ne pouvait concevoir comment une mère instruite , libre , opulente , confiait ses filles à des soins mercenaires, et cédait le droit de former des cœurs où la nature lui préparait le charme de sa vie et la consolation de sa vieillesse. Depuis leur plus tendre enfance , les trois sœurs n'avaient eu d'autre guide, d'autre institutrice que celle qui leur avait donné le jour. Elevée par une mère d'un mérite distingué , madame Albert s'était imposé le devoir de faire pour ses enfans ce qu'on avait fait pour elle-même ; et tous les soins sans cesse renaissans , dont elle se plaisait à les combler, n'étaient qu'une dette sacrée qu'elle était heureuse d'acquitter. Son mari, dont tous les momens se trouvaient consacrés à la direction des

l'atelier filial. 241

nombreux ouvriers qu'il occupait , lui avait remis tout pouvoir sur Téducaon de leurs trois filles , et la laissait exercer à son gré l'empire d'une mère tendre et prévoyante. Il tenait toutefois , soit par fierté , soit par système, à ces dehors qui font briller dans le monde ; et , pour lui complaire , madame Albert avait été contrainte de donner à ses filles des talens de luxe , qu'elle ne regardait que comme les fleurs qui émaillent un terrain fertile. Elle avait voulu construire un édifice solide qui met à l'abri de l'intempérie des saisons; où le cœur comme l'esprit, trouve dans tous les temps , une retraite sûre, un asile tutélaire. Convaincue d'après Duclos, qu on s occupe aujourd hui beaucoup plus d'instruction, que d'éducation, cette digne mère avait amené ses trois filles à vaquer aux soins du ménage , à remplacer tel i. 21

OU tel domestique qui manquait à son service. Rien n'était plus curieux et plus intéressant , que de voir Laure quitter sa harpe , pour raccom.moder le linge de table; Agathine s'arrêter au milieu de la plus belle sonate de piano , pour faire le lit de sa mère ; et ISathalie déposer ses pinceaux , quitter une esquisse d'après Gérard , pour aider la femme-de-chambre au savonage de la semaine. C'était en les faisant passer ainsi de l'agréable à l'utile, en les habituant à ne ilen dédaigner dans leurs occupations, à contribuer constamment à la bonne tenue de la maison paternelle , que madame Albert avait fait de ses filles des modèles d'éducation qu'on citait partout, et qui déjà lui donnaient la récompense de ses soins et le prix de sa tendresse.

Tous ces détails intérieurs auxquels se plaisaient à descendre ces trois jeu^

l'atelier filial. 243

nés demoiselles , étaient d'autant plus remarquables , que la manufacture de leur père augmentant chaque jour , elles avaient dans le public une re'putation d'opulence qui contrastait aux yeux de certaines gens, avec les occupations serviles dont on les voyait se charger. Albert lui-même en souffrait quelquefois, et ne put s'empêcher de faire à sa femme des observations mêle'es de reproches sérieux. Mais celle-ci le ramenait bientôt à son système d'éducation, parle charme de son inaltérable douceur et par la force de sa raison. « Comment veux-tu , lui disait-elle , que je n'imite pas mon excellente mère ? Quoique née dans l'opulence , je fus mise par elle en apprentissage, pendant un an, chez une habile ouvrière en dentelle ; et cette ressource précieuse qu'on avait ajoutée à mon éducation , m'a servi trop sou-

vent au sein de mon ménage, pour que je néglige aujourd'hui de faire suivre à mes filles le plan que je me suis proposé. Oui , je prétends que chacune d'elles choisisse un état qu'elle puisse exercer avec moi , dans le cas où la fortune nous deviendrait contraire.

Crois-moi, loin de les avilir, je ne ferai que les rendre plus estimables et plus dignes d'assurer un jour le bonheur des époux que le ciel leur destine. — Eh quoi ! répliquait Albert , quand tout réussit au gré de nos vœux, quand je suis au nombre des premiers fabricans de Paris, et lorsque mon crédit est un des mieux établis sur la place, on verrait mes filles dans une boutique, occupées au comptoir , exposées à supporter les caprices , les dédains et les mauvais propos des acheteurs ! Non , non, je n'y consentirai jamais. — Tu ne me comprends pas , mon ami : je

l'atelier filial. 2^5

n'entends point faire de nosenfans des filles de comptoir ; mais des ouvrières qui sachent à fond le métier qu'il leur plaira de choisir. Repose-toi sur moi du soin de ne pas exposer leur jeunesse , leur pudeur , et crois bien que leur apprentissage , quelque pénible qu'il te paraisse , ne sera pour elles qu'un amusement, et qu'il ne se fera que sousune austère surveillance. »

Albert se rendit aux raisons , à la sage prévoyance de sa femme ; et quoique son amour-propre souffrît en secret , il consentit à l'exécution de ce plan d'éducation qu'il ne se sentait plus la force de blâmer. Voulant néanmoins juger par lui-même de l'effet:

que produirait sur ses filles ce projet de leur mère , çt les diriger dans le choix d'un état qui n'offrît rien d'avilissant, il se fit un devoir d'assister à la scène intéressante qui devait se

passer dans rappartement de madame Bertrand , digne mère de madame Albert. Atteinte depuis quelques années d'une paralysie presque complète, elle ne quittait plus sa chambre où ses trois petites-fdles lui prodiguaient , à l'exemple de leur mère , les secours et les consolations de la piété filiale.

Cette vénérable infirme était encore d'une gaîté ravissante : instruite et bien née , répandue autrefois dans le grand monde , elle avait meublé sa mémoire d'anecdotes remarquables , de piquantes aventures qu'elle racontait avec une grâce toute particulière.

Mère tendre et femme aimable , elle savait narrer de manière à former l'esprit de ses petites-fdles. Tout en les amusant , elle cachait toujours une leçon utile, sous le charme d'un récit joyeux , attachant ; et, de son grand fauteuil à crémaillière , où elle passait

l'atelier filial. 247

la majeure partie de son existence, elle n'avait pas peu contribué à T éducation de Laure , d'Agathine et de Nathalie dont elle était adorée. Albert avait pour sa belle-mère un respect , une déférence qui ne pouvaient être comparés qu'au tendre attachement qu'il lui portait. Il avait mis dans son commerce toute la fortune de cette dame qui n'employait ses revenus qu'à faire des heureux , qu'à soulager les ouvriers de la manufacture , que l'âge et les infirmités mettaient dans le be* soin. Aussi le nom de madame Bertrand était-il parmi eux dans la plus grande vénération. Ce fut donc en sa présence , que madame Albert fit part à ses filles de la résolution qu'elle avait prise. Madame Bertrand fut la première à la féliciter du système par elle adopté, et qui s'était transmis dans sa famille. « Telle que vous me voyez,

disait-elle à son gendre , j'avais appris le métier de couturière : pendant longtemps je ne fus vêtue que du travail de mes mains ; et sans ma maudite paralysie, j'aurais encore la jouissance de faire des robes à mes petiles-fdles. Je suis charmée que votre femme propage cet usage bien plus important qu'on ne le pense ; et j'invite vos chers enfans à le propager à leur tour, en mémoire de moi. — Nous vous le promettons! s'écrièrent à la fois les trois J€unes personnes ; et nous voulons , à l'instant même , choisir l'état que nous croyons convenir le mieux à nos goûts, à nos dispositions, — Moi , dit Laure, je veux comme l'aînée , choisir celui qu'avait adopté maman ; et je me fais ouvrière en dentelle. — Moi , dit à son tour Agathine , pour qui la musique eut toujours tant d'attrait , je me fais graveuse de partition, genre de

l'atelier filial. 249

travail qui exige des soins et qui occupe la pensée. — Et moi, dit Nathalie , je veux être fleuriste artificielle : agréable occupation qui tient aux arts, et pour laquelle je me sens un penchant décidé.... «Ces trois professions n'ayant rien qui pût blesser la vanité d'Albert, il se vit forcé d'approuver les choix faits par ses filles; et dès le lendemain madame Albert conduisit Laure chez une célèbre ouvrière en dentelle , demeurant rue de la Yrillière ; elle y fut installée parmi les jeunes demoiselles réunies dans un grand atelier , où jamais elles n'étaient interrompues dans leur travail par la présence d'aucun étranger. Agathine entra dans l'atelier particulier d'un riche marchand de musique de la rue de Richelieu : atelier uniquement formé de jeunes personnes de son âge , parmi lesquelles il s'en trouvait d'une éduca-

tîon distinguée. Quant à Nathalie, elle fut admise dans le beau magasin de fausses fleurs de M. M*** , rue Yivienne, où elle fut e'galement entoure'e des égards qu'on doit à la jeunesse, et du respect qu'inspirent la décence et les mœurs. Tous les jours , pendant près d'un an , madame Albert , à dix heures du matin, conduisit elle-même en voiture ses trois filles à leurs ateliers respectifs , d'où elles ne sortaient qu'à deux heures , pour revenir à la maison paternelle se livrer aux autres exercices dont se composait leur éducation. Au bout de ce temps , les deux cadettes se trouvèrent tellement instruites dans la profession qu'elles avaient choisie , qu'elles s'occupaient à travailler chez elles pour les divers magasins où elles avaient fait leur apprentissage. L'une gravait de la musique; l'autre nuançait les plus jolies

i'atelieh î-ilial. 25 1

îausses fleurs; et le produit de leur travail qui se montait quelquefois à 5 francs par jour , était distribué par elles aux anciens ouvriers de la manufacture, qui se trouvaient dans la gène.

Laure fut astreinte à rester plus long-temps chez l'ouvrière en dentelle : celte profession offre tant de difficultés ! Mais rien ne pouvait lasser la patience , épuiser la bonté de madame Albert , qui ne cessa de diriger sa chère Laure, jusqu'à ce qu'elle sût à fond son métier. Celle-ci devint une des plus habiles ouvrières de Paris : il n'était aucune espèce de dentelle dont elle n'imitât le point , le dessin , la bordure ; et revenue avec ses sœurs à la maison paternelle , elle eut comme elles le bonheur d'offrir par son travail des secours aux malheureux.

La fête de madame Bertrand approchait; et sespetitcs-fillesprojelèi^nt de

lui faire une offrande peu commune , et qui la ravirait. Le jour de Sainte- Marie , au moment où se réunissait dans Tappartement de Faimable paralytique un grand nombre de parens et d'amis , ISathalie lui présenta trois roses de sa façon ; et ces fleurs semblaient être Temblême des trois vierges réunies pour la fêter. Laure posa sur les épaules de son aïeule un fichu de dentelle , fruit du travail de ses mains, et qu'on pouvait aisément confondre avec le plus beau point de Bruxelles ; et Agalhine lui offrit le trio de Zémire et Azor , gravé par elle :

chef-d'œuvre où l'immortel Grétry a si délicieusement imité les doux accens de trois jeunes filles que rassemble J'amour du travail. Aussitôt Laure prend sa harpe , Agathine se met au piano, et ISalhalic unissant à leurs doux accords sa voix ravissante , exécute

l'atelier filial. :i53

avec elles ce morceau plein de grâce et d'expression : il offrit une si heureuse allusion , que chacun fut ému jusqu'aux larmes. Albert lui-même se vit foi^cë de féliciter ses enfans qu'il pressait dans ses bras, et d'applaudir au courage , à la persévérance de leur mère qui avouait tout haut que ce jour était le plus beau de sa vie.

Pendant plusieurs années , les trois jeunes demoiselles ne cessèrent d'exercer chaque jour leurs différentes professions; et le premier dimanche du mois , le produit en était distribué par elles aux indigens. Elles s'étaient même imposé le devoir d'aller tous les ans passer un mois dans leurs ateliers respectifs , pour conserver le talent qu'elles avaient acquis , et se mettre au courant de tout ce qui se fabriquait de plus gracieux et de plus nouveau. Ce dévouement aux volontés de

leur mère , ne faisait qu'augmenter la considération qu'on leur portait ; et quoique jeunes encore, elles étaient recherchées par des partis aussi honorables qu'avantageux , lorsqu'un événement funeste vint les frapper du coup le plus douloureux. Le feu prit à la manufacture d'Albert , pendant une nuit d'hiver où le froid était dans toute sa rigueur. Vainement les secours employés en pareil cas , furentils prodigués ; l'eau qu'on tirait en abondance de tous les puits du quartier, gelait presqu'aussitôt qu'elle coulait dans la rue : celle des pompes même , ne pouvait avoir tout le jet qu'on a coutume de lui donner : l'incendie fut affreux; les flammes qu'excitait encore un vent terrible du nord, firent en peu de temps un si terrible ravage , que tous les magasins furent consumés. L'émeute était si grande ,

l'atelier filial. 255

et rinlérét public avait réuni tant de monde , que malgré l'œil vigilant de la police, et le zèle admirable des pompi ers , jcette honorable famille fut entièrement ruinée. On eut beaucoup de peine à sauver la paralytique, ainsi que madame Albert et ses filles qui ne voulaient pas s'en séparer. On la transporta, presqu'inanimée, dans une maison voisine ; et ce ne fut que par des secours promptement administrés , et par les tendres soins de ses petitesfdles , qu'elle se vit rappelée à la vie. On eut grand soin de lui taire tout le désastre qui venait d'avoir lieu ; mais on ne put lui cacher le plus grand des malheurs : Albert , entraîné par le désir de pénétrer dans son cabinet , pour dérober aux flammes son portefeuille , et des papiers importans qui seuls pouvaient lui conserver l'honneur, avait été frappé d'une poutre

enflammée , et tout-à-coup englouti sous les décombres produits par Tincendie. Cette perte était la plus cruelle pour sa femme et ses enfans : elles ne cessèrent, pendant plusieurs jours , de parcourir cet amas de ruines, et d'appeler avec des cris déchirans , leur époux et leur père, qui ne pouvait plus les entendre. Ainsi, dans trois heures de temps , madame Albert se trouva veuve , ruinée , chargée de trois orphelines dont les espérances d'établissement étaient évanouies, et l'unique appui d'une mère infirme , habituée à toutes les jouissances d'une vie somptueuse , et devant laquelle il fallait feindre de l'espoir, de la résignation, pour ne pas augmenter la douleur qu'elle ressentait de la mort de son gendre , et conserver des jours si chers et si précieux.

Ce fut alors que madame Albert

l'atelier filial. 257

se félicita d'avoir procuré à ses filles les moyens de braver l'indigence qui les menaçait. Cette consolante idée lui rendit toute sa force et ranima son courage. Elle s'occupa d'abord de louer un appartement donnant sur des jardins , et dans lequel sa mère pût retrouver une partie du mobilier qu'elle avait perdu. Les vieilles gens tiennent plus qu'on ne pense , aux objets qui sont depuis long-temps à leur usage. Il semble , quand ils en sont privés , qu'il manque quelque chose à leur exis^ tence. L'habitude est pour eux une portion de l'air qu'ils respirent. Madame Albert fut donc occupée à se procurer avec le peu d'argent qui lui restait, des meubles semblables à ceux dont madame Bertrand se servait depuis long-temps. Elle parvint , après plusieurs recherches , à faire monter dans la grande chambre qui lui était

destinée, un lit en chaire à précheï* de damas jaune, un meuble en tapisserie , une commode antique et un grand chiffonnier de bois de rose : il n'y eut que la vieille pendule qui fut remplacée par une plus moderne ; ainsi que les deuxvasesdeporcelainedu Japon, qu'il fallut renouveler par des urnes d'albâtre que Nathalie se plut à orner de fleurs artificielles. Heureusement on avait pu sauver l'antique nécessaire de la vieille paralytique , ainsi que la majeure partie de son linge et de ses ■yêtemens ; si bien que lorsqu'elle fut apportée dans son grand fauteuil au milieu de la chambre vaste et commode qui lui était destinée , et qui donnait sur un épais feuillage , elle s'imagina n'avoir fait que changer de pièce dans la maison ; et fut dans l'heureuse croyance que l'incendie n'avait pas causé tout le désastre qu'il semblait

i' ATELIER FILIAL. iSg

annoncer. On se fit un devoir de la maintenir dans cette heureuse idée.

Une ancienne femme-de-chambre que depuis long-temps elle avait à son service, et qui ne la quittait jamais , s'entendait avec sa famille pour lui faire accroire qu'elle était encore dans les bâtimens de la manufacture , que madame Albert était censée continuer sous son nom ; et sur-tout pour écarter de cette tête vénérable le moindre soupçon sur la perte de sa fortune particulière. La seule pensée qu'elle n'avait pour ressource que la tenSresse de ses enfans , et qu'elle pouvait leur être à charge , eût fait le supplice de cette femme de bien , et peut-être eût suffit pour lui donner la mort.

Cependant madame Albert, quoique réduite au plus strict nécessaire , parvint à remplir les engagemens considérables contractés par son mari; elle

vendit deux hôtels et tout ce qu'elle possédait , pour acquitter les dettes :

elle voulait conserver du moins à ses fdles un nom sans reproche , et leur éviter le supplice d'entendre dire que leur malheureux père était mort insolvable ; elle renonça donc à tous ses droits particuliers , et se trouva restreinte à une inscription de i , 200 fr. de rente sur l'Etat. Comment avec un simodique revenu, pouvait-elle exister, elle , sa mère , ses trois filles et la vieille femme-de-chambre de madame Bertrand , qu'il était indispensable de conserver auprès d'elle, pour la maintenir dans son heureuse erreur? Comment sur-tout remettre de temps en temps à cette dame si bienfaisante les sommes qu'elle employait ordinairement à secourir les malheureux ouvriers dont elle était Fange consolateur , et auxquels elle faisait distribuer tous les di-

l'atelier filial. 261

manchesGofr.parsafidèleGertrude?...

Oh! combien devinrent chers et précieux aux trois sœurs les divers e'tats que madame Albert leur avait fait apprendre ! de quel poids affreux ils soulagèrent leurs âmes fières et généreuses ! Elles ne seront donc point à la merci de fournisseurs défians , de marchands inflexibles : elles ne fatigueront point la pitié de leurs amis, n'importuneront point des parens durs, égoïstes. Il ne leur reste que 1,200 liv. de rente; mais avec leur travail, leur zèleetlaconsidération dont elles jouissent dans le monde, par leurs malheurs et leur noble courage , elles pourront frayer à tout , et ne devoir qu'à leurs talens , à leur résignation, la plus douce existence.

Au-dessus de la grande chambre qu'occupait, au premier étage, madame Bertrand avec Gertrude , madame

Albert avait loué un modeste appartement où elle e'tablit un yëritable atelier filial. Dès six heures du matin , la mère et ses trois filles se mettaient à l'ouvrage. Laure travaillait à des dentelles du plus haut prix ; Agathine gravait les partitions des nouveaux ouvrages de nos grands maîtres ; Nathalie formait avec autant de goût que d'adresse toutes les fleurs les plus recherchées dans le riche magasin où elle avait fait son apprentissage ; et madame Albert , heureuse et triomphante , au milieu de ces trois charmantes ouvrières , allait de l'une à l'autre , employant à les aider tout le temps qu'elle pouvait dérober aux soins particuliers du ménage. Sitôt que la bonne aïeule était visible et placée dans son grand fauteuil , ses pelites-fiUes descendaient la saluer , et feignaient d être levées depuis peu de temps ,

l'atelier filial. i63

quoiqu'elles eussent déjà travaillé pendant trois heures. Elles affectaient de parler devant elle, de la promenade de la veille, de la pièce nouvelle qu'elles se proposaient d'aller voir ; elles s'occupaient de toilette avec cette ardeur et ce désir de plaire , si naturel à leur âge ; et remontaient aussitôt à leur atelier ob. elles reprenaient le tablier de serge noire , et se remettaient au travail jusqu'au dîner , laissant leur grand'mère dans la certitude qu'elles n'étaient occupées que de leurs plaisirs. A cinq heures, l'une d'elles venait tour-à-tour assister au dîner de son aïeule; et tout en la servant, elle cherchait à l'égayer par le récit de l'anecdote du jour, par celui du concert de la veille, ou de telle et telle fête qui s'était donnée chez les personnes composant autrefois leur société, et que la bonne et confiante paralytique s'ima-

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ginait qu'elles fréquentaient toujours.

Bientôt madame Albert accompagnée de ses deux autres fdles modestement vêtues, venait rejoindre celle qui avait rempli les devoirs de la piété filiale ; et faisant accroire à sa mère qu'elle conduisait ses trois demoiselles dans une réunion , elle les menait respirer l'air aux Champs-Elysées , au jardin des Tuileries , pour s'y délasser des travaux de la journée.

Désirant compléter l'illusion de madame Bertrand, et lui faire croire que sa famille , malgré tous ses malheurs, jouissait encore d'une grande aisance, raïadame Albert avait formé par la vente de plusieurs bijoux qui lui restaient , une somme de 5 à 6,000 francs ; ce qui lui procurait le bonheur inexprimable de remettre à sa mère , chaque premier du mois , un billet de 5oo fr. , formant les intérêts que celle-ci re-

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