EXCES D'AUSTÉRITÉ
v/H ! qu'elles sont redoutables el qu'elles nuisent au bonheur de leurs cnfans , ces mères qui s'imaginent que l'autorité maternelle doit sie'ger en despote sur un trône , et maintenir à une grande distance tous le»
êtres soumis à son empire! Comment former de jeunes cœurs que sans cesse on éloigne de soi? Comment y pouvoir lire, quand on les comprime par la crainte? Le moyen d'obtenir la confiance, lorsqu'on fait un crime de l'action la plus simple , du désir "le plus naturel, de la pensée la plus naïve?.... Il n'est rien qui blesse autant les yeux, attriste la pensée et porte dans l'âme d'un ami des femmes, un plus grand désenchantement, que de voir une mère
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de famille chargée par le Ciel d'exercer sa bonté sur la terre , traiter sa fille en vile esclave , en faire une machine ambulante, dont Tunique instinct est d'obéir, de craindre et de dissimuler!... Ah! s'il est une dignité que toute mère sensée doit conserver , il est aussi de ces douces condescendances qui, loin d'affaiblir le respect filial, le rendent encore plus tendre et plus respectueux.
Madame de Montbrun , veuve d'un président de la Cour royale de Toulouse, était venue, à la mort de son mari, se fixer à Paris, auprès d'une riche parente dont elle était l'unique héritière. Madame Dervieux , d'un grand âge et souvent atteinte des infirmités de la vieillesse, éprouvait une heureuse distraction , un allégement à ses maux, depuis que sa nièce habitait auprès d'elle. Mais rien ne la charmait
autant que la présence d'Henriette de Montbrun, âgée de quatorze ans, dont la figure intéressante et le caractère angélique semblaient ramener autour d'elle la fraîcheur de la jeunesse , et faire luire à ses yeux presqu' éteints , l'aurore de la yie. C'était sur-tout lorsqu'elles se trouvaient seules ensemble, que la naïve Henriette se montrait digne de toute la tendresse de sa grand'tante : il régnait dans son lan-» gage une expression si vraie , une ingénuité si ravissante , et dans tous ses mouvemens une grâce, une vivacité!.,.
Mais dès que sa mère paraissait , le changement le plus étrange s'opérait dans tout son être. Son maintien devenait gauche et gnindé ; son regard charmant , baissé vers la terre , semblait voilé par la stupeur; sa démar-^ che était embarrassée, elle ne savait plus où poser ses mains tremblantes ;
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et sa voix altérée pouvait à peine pro-? férer quelques mots qui venaient expirer sur ses lèvres. On eut dit que Taspect de la mère produisait sur la fille l'effet de la tète de Méduse.
Jamais Henriette ne recevait la moindre caresse de madame de Montbrun. Un mouvement de tête, un seul coup-d'œil étaient sa boussole et son unique récompense. Sans cesse debout auprès de sa mère , elle était occupée à lui poser un coussin sous les pieds , à rouler devant elle un métier à tapisserie, à préparer l'aiguille et la soie qui devaient nuancer une fleur ; à lui présenter son chocolat, quand elle se portait bien ; Féther et l'eau de fleur d'orange, quand elle avait sa migraine^ ou son attaque de nerfs. Henriette , en un mot, remplissait auprès de madame de Montbrun le pénible emploi de seconde fciïime-de-chamt)re, et se trou-
vait, en quelque sorte, sous les ordres de mademoiselle Gertrude , fille de trente-huit ans , mielleuse , adroite , insinuante et cachant sous un vêtement demi-religieux , et les dehors d'une pudeur mystique , des goûts mondains et l'ambition de s'enrichir.
Tous les matins, tandis que mademoiselle Gertrude prenait les ordres de sa maîtresse , pour les transmettre à ses gens, Henriette préparait tout pour la toilette de sa mère. Elle nattait ellemême ses beaux cheveux et les relevait avec grâce et symétrie, sous un demibonnet à la présidente, garni de point d'Angleterre ; elle lui passait ensuite une douillette de taffetas carmélite , couleur d'étiquctle ; couvrait ses belles épaules d'un grand fichu de blonde noire qui, bien qu'il fût attaché sous ie menton , ne laissait pas de dessiner Jes formes d'une taille élégante et du
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plus beau corsage. Madame de Montbrun ëtait une de ces prudes préten^ ticuses , dont le costume très-soigné , attire presqu'autant de regards, qu'une parure éle'gante et moderne : c'e'tait une de ces égoïstes dont le ton tran^ chant et le regard impérieux annoncent la sécheresse du cœur ; une de ces fausses dévotes qu'on voit àtoute heure se montrer dans nos temples , tandis que leurs filles sont abandonnées à des soins mercenaires; et porter l'indifférence jusqu'à ne pas sentir en s'agenouillant devant Marie qui tient dans ses bras le Sauveur du monde, ce qu'une mère doit *. ses enfans , et ce que la religion lui commande.
Chaque soir , la pauvre Henriette rendait à sa mère un compte exact de tout ce qu'elle avait vu, entendu, senti, désiré, dit et fait dans la journée. Ce tpji , presque toujours, provoquait telle
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OU telle forte réprimande. Pendant cette inquisition , elle aidait à faire la toilette de nuit de sa mère , lui présentait son épaule pour monter au lit , était admise quelquefois à l'honneur d£ lui baiser la main , et gagnait ensuite son humble retraite. Il n'était point d'exigences , de dureté et d'obsessions que ne fît endurer jour et nuit cette égoïste alticre à sa m.alheureuse fille.
Madame Dervieux , malgré son grand âge, s'était souvent aperçue de l'excessive austérité de sa nièce. Elle n'avait pu résister à lui faire des obser^vations dictées par le tendre intérêt qu'elle portait à la jeune Henriette.
« Yous asservissez votre enfant, lui disait-elle, à des devoirs bien rigoureux. Prenez-y garde ! Il ne faut qu'un seul instant pour dessiller ses yeux :
alors elle sentira tout le poids de s^
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chaîne ; et malgré sa tendresse pour TOUS, elle cherchera tous les moyens de la rompre. — Elle, ma chère tante!
Je Fai habituée non-seulement à n'agir, mais à ne penser que d'après ma volonté. Il est indispensable de maintenir les jeunes personnes dans la dépendance la plus absolue : elles ne prennent que trop vite leur essor, dès qu'elles paraissent dans le monde. — ^ C'est justement pour qu'elles n'abusent pas un jour de leur liberté, qu'il est prudent de les y préparer par degrés.
L'aveugle auquel on rendrait tout-àcoup la vue, et qu'on livrerait à luimême , ébloui par la lumière , irait se jeter dans quelque précipice. 11 en est de même d'un jeune cœur que l'on comprime sans cesse : à peine est-il dégagé de ses entraves, <ju'il s'élance au hasard , et se livre à tout ce qui le flatte , à tout ce qui l'attache. — Oh ! ï. 24
ma fille , ne s'attachera qu'à me complaire, quà m' obéir en toutes choses.
■ — Bon, jusqu'à quinze ans, tout au plus; mais quand lame a besoin de s'épancher, il n'est point d'austérité, de contrainte qui puisse l'en empêcher. La nature est si puissante ! la diriger est tout ce qu'on peut faire ; mais la braver est une folie , et l'irriter une imprudence. »
Ce langage d'une femme aimable et qui connaissait bien le cœur humain , ïie trouvait aucune créance sur l'esprit fanatique et le cœur sec de madame de Montbrun. Dominer était son instinct, sa douce jouissance ; et son intolérance religieuse lui faisait voir une faute dans la plus simple démarche , une irrévérence dans faccent de la pâture , une indiscrétion dans la bienfaisance même. Cette mégère ne se borna pas à tourmenter sa fille dans
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son intérieur ; elle voulut encore lui imposer toutes les privations des plaisirs de son âge. Elle fit plus, elle porta la rigueur jusqu'à lui faire rompre sans pitié les premiers liens d'une amitié pure et mutuelle , qui sont pour les femmes un préservatif puissant contre les passions orageuses. Parmi les personnes distinguées que recevait madame Dervieux , était la femme d'un conseiller d'état , mère d'une jeune personne de quinze ans, dont elle avait dirigé l'éducation ; et qui joignait à divers talens agréables une instruction profonde et cette noble aisance d'un esprit juste et d'une âme élevée. Eugénie Delmance, tel était son nom, ne put voir Henriette de Montbrun sans éprouver une prédilection bien naturelle : on s'intéresse toujours à tout être opprimé. Dès que les deuxjeimes nersonnes se trouvaient ensemble ,
elles se prodiguaient les preuves d'un attachement réciproque. Avec quelle ivresse Henriette s'abandonnait à tout le charme de cette liaison ! C'était la première fois qu'elle aimait , qu'elle était aimée : oh quel allégement pour son âme expansive , et si continuellement comprimée i Que de tendres aveux ! que de chères confidences !
avec quel courage et quel résignation , elle supportait les caprices , les pénibles rigueurs de sa mère ! Rien ne pouvait plus l'attrister ni l'abattre i elle possédait une amie.... Mais ce bien qu'elle avait tant souhaité , ce trésor si précieux et si rare dont le Ciel avait récompensé tant de souffrances "et de soumission , lui fut bientôt ravi par cette fausse piété qu'affectait madame de Montbrun. Elle prétendit que la jeune Delmance était trop répandue dans le n^oiide, pour se livrer avec fey-
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veur aux exercices de la religion ; et qu'elle pourrait détourner Henriette de la sainte voie qu'elle a^ait prise : elle crut voir dans les talens d'Eugénie des motifs de corruption , dans s?
mise décente de la coquetterie , dans son langage épuré de l'irrévérence, de la profanation , et ne permit plus que les deux jeunes amies pussent conférer ensemble , ni même se rencontrer.
Cette défense produisit sur Henriette une affliction si profonde , qu'il ne fallut pas moins que le respect qu'elle portait à sa mère , et la stupeur qu'elle éprouvait devant elle , pour Fempêcher d'exprimer sa peine et son indignation.
La bonne et vénérable madame Dervieux , qui avait une piété vraie , modeste , indulgente , profitait des fréquentes absences de sa nièce , pour consoler Henriette de tout ce qu'elle
avait à souffrir ; et les faculte's de la jeune fille se de'veloppant alors , de'gage'es de toute frayeur, de toute contrainte , prouvaient que le ressort que Ton comprime, se détend avec plus de force. Henriette , dans ces entretiens particuliers avec sa grand'tante , montrait une vivacité d'imagination , une rectitude de jugement et même un certain charme d'élocution qui ravissaient la vieille dame et la confirmaient dans son système. Elle éprouvait un plaisir inexprimable à faire jaser sa petitenièce, qui lui racontait naïvement toutes les ruses qu'elle employait pour se soustraire à l'idiotisme où la réduisait sa mère , tantôt en se procurant les cahiers d'instruction de sa chère Eugénie ; tantôt en choisissant dans la bibliothèque de son grand-oncle Dervieux , les bons livres indiqués dans ces mêmes cahiers; et qui, lus, copiés
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et commentés par elle , pendant que sa mère était absente, lui avaient fait faire insensiblement un cours d'histoire , de mythologie et de langue française.
« Il n'y a que les talens d'agrément , ajoutait Henriette en soupirant , qu'il m'est impossible d'acquérir. Ma mère a pour principe qu'il faut élever une jeune fille dans l'ignorance la plus complète : aussi je m'applique à n'avoir devant elle aucune idée , aucune volonté. Si je faisais le moindre raisonnement, si j'exprimais une seule pensée , j'éveillerais sa défiance, je serais sans cesse épiée , questionnée , tourmentée et peut-être éloignée de vous aussi , ma bonne tante , mon unique amie.... et )'en mourrais de chagrin. ..Car ce n'est que depuis notre séjour auprès de vous , que mes yeux se sont ouverts à la lumière ; que j'ai pu sentir que j'avais une àmc i c'est dans vos bras caressans
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que j'ai connu pour la première fois le bonheur d'être aimée. — Pauvre enfant ! charmante créature ! s'écriait madame Dervieux. Qui pourrait se douter que sous des dehors aussi simples, aussi timides, sont cachées tant de qualités aimables ? Oh ! de quelles jouissances, de quel bonheur se prive une mère qui se ferme le cœur de ses en fans !... » Gomme elle achetait ces mots , entre madame de Montbrun r elle venait d'entendre à Saint-Sulpice un de nos plus éloquens orateurs chrétiens prêcher sur la tolérance ; et soudain elle traite sa fdie avec une rigueur, une dureté qui forcèrent la vénérable madame Dervieux àprendre sa défense.
Mais elle voulut en vain préserver la pauvre Henriette de Forage qui grondait sur sa tête ; celle - ci reprenant tout-à-coup son maintien gauche et soiï air soumis , humilié , se relira dans
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son appartement , en jetant sur sa grand' tante un regard qui semblait lui dire : « Ne détrompez pas ma mère ! »
« Je lui avais donné Tordre, dit madame de Montbrun , de ne jamais quitter sa chambre dans mon absence; et je suis étonnée qu'elle ait osé l'enfreindre. — C'est moi seule qui suis cou|)able. Je l'avais fait prier de se rendre auprès de moi, pour me distraire un instant de mes infirmités qui ne font qu'augmenter chaque jour : j'étais bien aise de sonder ce jeune cœur et de le juger par moi-même.
— Il ne faut qu'un coup-d'œil, pour s'apercevoir que le ciel , voulant sans doute la punir des erreurs de feu son père , ne l'a pas dotée d'une grande intelligence. — Elle n'est pas aussi simple que vous le pensez ; et ce ciel dont vous parlez , est trop juste , pour faire
rejaillir sur des enfans innocens les fautes de parens coupables.... Je vous le dis encore , ma chère nièce , vous traitez votre fille avec trop d'austérité. Ce n'e^t point en comprimant le caractère, qu'on lui fait prendre dheureux penchans : le ruisseau qu'on tourmente dans son cours , s'échappe parmi les rochers et les ronces , au lieu de couler doucement parmi les fleurs. Tenez, voulez-vous me confier...
seulement pendant trois mois, notre chère Henriette?... — Moi, ma tante, me dessaisir du dépôt sacré que m'a remis la divine Providence ! moi , troubler votre honorable vieillesse, par des soins assidus , par mie surveillance continuelle! Non, non : je sais trop ce que je vous dois , ce que je me dois à moimême... » La respectable tante n'insista pas davantage : elle voyait bien que rien ne pouvait soustraire sa petite-.
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nièce à son affreux esclavage , et que le tyran ne voulait pas se dessaisir de sa victime.
Elle crut toutefois pouvoir changer le sort d'Henriette , en lui procurant un établissement avantageux. Madame Dervieux venait de recueillir une succession assez importante avec un de ses parens, jeune homme de vingt-huit ans, d'une figure aimable et d'un caractère posé ; qui consacrait son temps à la culture des sciences. Ce jeune savant, déjà membre correspondant de l'Institut de France , jouissait d'une haute considération. Propriétaire d'une trèsbelle terre aux environs de Paris , habitué à une douce et honorable existence , il avait avoué confidentiellement à sa digne parente, que la jeune de Montbrun lui semblait réunir toutes les qualités qu'il désirait rencontrer dans une femme, de la grâce natu-
relie , de l'esprit sans prétention et de la candeur sans pruderie. 11 chargea donc sa respectable cousine de la demander en mariage à madame de Montbrun , lui offrant de l'épouser sans dot , et de lui faire tous les avantages qu'on exigerait. Madame Dervieux, enchantée de cette confidence, s'empresse de la communiquer à sa nièce, dont elle s'imagine flatter l'orguei! et combler tous les vœux ; mais quelle fut sa surprise de l'entendre refuser d'aussi belles propositions; et de donner pour motif de ce refus étrange , le mérite et la réputation du parti qui se présentait. « C'est un de ces savans , disait en baissant les yeux , l'hypocrite ; c'est un de ces philosophes qui s'occupent plus de la gloire , que de leur salut ; et qui tout en croyant éclairer leurs semblables, les égarent , les corrompent. Il me
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faut pour ma fille un homme simple et d'une piété reconnue , qui songe moins à se faire un nom dans ce monde , qu'à se préparer dans l'autre une place parmi les élus ; et qui ne reçoive Henriette de ma main , que pour achever de la conduire au bonheur éternel. — J'exige , ainsi que vous , lui répond madame Dervieux , que le mari de notre chère enfant, ait de la religion : c'est la sauve-garde des mœurs et la première vertu d'un chef de famille ; mais gardez-vous bien de lui donner pour époux , un de ces dévots par spéculation , de ces tartuffes qui se glissent dans les familles, pour en troubler le repos... — On voit bien que ma chère tante n'a pas oublié les scandaleux écrits de Molière. — Et vous , ma chère nièce, vous n'avez rien perdu de votre sainte haine pour le grand peintre des faux dévots.... Mais laissons
cela : acceptez-vous , on n'acceptez- Yous pas riionorable parti que je vous propose? — Ma fille, je le répète, n'épousera jamais qu'un homme de mœurs irréprochables et d'une piété exemplaire.... D'ailleurs elle est encore trop jeune. — Elle a dix-sept ans , et vous fûtes mariée à seize. — Aussi ai-je couru lesplusgrands risques pourmon salut...
— Vraiment!... Eh bien! moi , tout en aimant Molière et les plaisirs honnêtes, je n'en ai jamais couru pour le mien.
J'aimais franchement, comme aimera votre fille; je fus aimée.... Oh ! bien aimée.... comme elle mérite de l'être; et j'ai dans Tidée que mon excellent mari que je pleure encore , et qui m'attend, me prépare une place au séjour des heureux; et que j'y serai tout aussi près de ce Dieu d'indulgence et de bonté , que vous pourrez Têtre vous-même. »
Madame Der vieux, convaincue plus
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que jamais, d'après un pareil entretien, que cette mère dénaturée sacrifierait sa fille à son hypocrisie, voulut du moins assurer à la pauvre Henriette une existence indépendante des volojités de madame de Montbrun,qui possédait de son chef une fortune au-dessus de ses besoins ; elle institua donc par son testament, Henriette de Montbrun légataire universelle de tous ses biens, dont le revenu serait touché par sa mère, jusqu'à son établissement, ou sa majorité : elle ordonna par une clause expresse, que ses diamans, parure trop mondaine pour madame de Montbrun, fussent conservés pour être remis à sa petite-nièce, lejour de son mariage, ou dès qu'elle en aurait le désir. Enfm, elle nomma pour exécuteur de sesdernières volontés,le doyen des notaires de Paris, son ancien ami, son conseil et l'un des hommes les plus recommandables.
Bientôt arrivèrent les derniers momens de cette ye'nérable dame :
elle mourut en présence de madame de Montbrun , uniquement occupée a réciter les prières des agonisans ; et dans les bras d'Henriette , qui , les yeux noyés de larmes , cherchait par ses soins empressés et ses touchantes caresses , à ranimer sa bienfaitrice et sa première amie dont elle recueillit le dernier soupir. L'ourerture du testament blessa vivement l'orgueil de la mère impérieuse Il ne
fut point de vexations , de tyrannies que n'éprouvâtla pauvre Henriette, depuis la mort de madame Dervieux : elle avait su la résistance opiniâtre de sa mère au mariage avantageux qu'avait proposé le parent de sa grand'tante; et sans connaître ce jeune homme qu'à peine elle avait aperçu , sa cruelle position lui faisait regretter le sort heu-