EXCES D AUSTERITE. J2I
le temps presse : venez! et songez que cet instant va décider du bonheur ou
du malheur de notre vie' » A ces
mots il la prend dans ses bras , où elle perd tout-à-fait l'usage de ses sens. Il la porte , soutenue par Gertrude, dans une calèche attelée de chevaux de poste; et en moins d'un quart d'heure, ils avaient franchi tous les trois les barrières de Paris.
Cependant le domestique aposté à la grande porte de Saint-Sulpice , attend , regarde en vain ; et voyant que la foule est entièrement écoulée , il entre dans le temple, cherche partout et retourne à l'hôtel annoncer à madame de Montbrun cette étrange disparition. Il était près de quatre heures. Jamais mademoiselle Gertrude n'était rentrée aussi tard ; mais c'est une trop sainte fille, pour qu'on puisse suspecter sa fidélité Cinq heures sonnent , et
personne ne paraît encore. Enfin Iheiire du dîner s'écoule et la nuit vient. La mère austère se livre alors aux plus affreux soupçons, au plus violent désespoir. Elle s'empresse d'aller instruire le subrogé-tuteur d'Henriette, de cette absence imprévue , et de prendre avec lui des informations, de faire toutes les démarches nécessaires en pareil cas : ils ne peuvent obtenir le moindre renseignement. Toutefois le notaire, en rentrant chez lui, s'étonne de ne point voir à l'étude son neveu qui jamais ne s'absentait sans l'en prévenir. Il se rappelle alors certains regards furtifs qu'il avait remarqués entre Adolphe et la femme-de-chambre: et ses doutes sont confirmés parune lettre que lui remet un commissionnaire, de la part du ravisseur de la jeune personne. Il court aussitôt chez madame de Monlbrun, l'instruire que sa fille
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est enlevée ; et que l'auteur du crime est son neveu. « Votre neveu! s'écrie la fausse dévote : vous étiez son complice. — Moi, madame! — Eh! qui peut avoir porté ce jeune audacieux à une pareille démarche , si ce n'est le désir de partager avec vous une fortune considérable dont vous êtes le dépositaire , mais dont je saurai bien vous faire rendre compte. — J'étais loin , je l'avoue , répond le vieillard , de m'attendre à une pareille accusation mais elle ne doit pas m'éton-
nerde la part d'une mère trop austère, qui seule a causé le déshonneur de sa fille. — Qu'osez-vous dire ? — Lisez ,
madame! » Il lui présente la lettre
d'Adolphe, qu'elle parcourt avec la suffocation de la colère, mais sans verser une seule larme ; cette lettre était ainsi conçue ;
« Mon cher oncle, mon bienfaiteur,
» j'ai commis une grande faute , puis-
» que j'ai trahi votre confiance. Pré-
» sente par vous chez madame de
» MontLrun , je n'ai p\i re'sister aux
» tourmens qu'elle faisait endurer à
» sa fille : je l'ai soustraite à la tyran-
» nie de cette femme égoïste , impe'-
» rieuse, indigne de posséder l'ange
y qu'elle a désespéré , qu'elle a perdu
>> pour jamais.... Je ne reparaîtrai
» devant vous qu'à la majorité de
» votre pupille : à moins que votre
» inépuisable bonté n'obtienne de ma-
» dame de Montbrun son assentiment
» au mariage de sa fille avec celui
» dont le bonheur serait parfait , s'il
» pouvait obtenir de vous son par-
» don. »
« Adolphe Darcourt. »
« Eh bien , madame , m'accuserezvous encore d'être le complice du ravisseur? — Il faut que sans délai, vous