LES
IMKIU'S DES SAINTS
CAUSERIE PlîÉLIMINAIRE
si 1. — Clia([iio fois qifoii a pu arriver ù Torif^inc des familles illustres, on a trouvé une femme excepliouuelle. C'est de la Femme forle que naît le grand homme. C'est elle (jui fonde les races destinées à vivre longuement, glorieusement, utilement. Pour qui veut analyser ce grand homme, roi, guerrier, poète, diplomate, administrateur, pour qui veut étudier les destinées de cette race, c'est la mère plus que le père qu'il faut observer. L'homme marche, la femme dirige.
Ce. qui est vrai pour les héros de la terre, Test souvent aussi pour les héros du ciel. Quand nous pouvons arriver auprès du berceau d'un saint nous rencontrons fréquemment une femme magnanime. C'est donc en cherchant l'influence de la mère dans la famille pieuse qu'on peut arriver à trouver les secrets de l'éducation des âmes saintes. La mère est l'instrument de la faveur surnaturelle. On voudrait pouvoir dire qu'elle aide Dieu et qu'elle complète ses grâces.
Elle en est le canal. Elle développe dans le cœur de Tenfantun nouvel instinct, l'instinct catholique, si je puis dire, qui lutte victorieusement contre rinstinct naturel. Il emprunte la plus grande partie de sa douceur à la voix maternelle et môme, quand la flamme surhumaine de Tamour divin a tout embrasé dans le cœur, quand la maternité de Marie a recouvert les souvenirs des premières caresses, même alors encore, plusieurs de nos saints nous rappellent que leur docilité filiale n'a pas disparu, prouvant ainsi combien elle a été grande pendant l'enfance. Ils disent volontiers ce que saint Grégoire a écrit et que nous pouvons lire encore sur les murs du couvent du Mont Cœlius : « C'est Sylvie, ma sainte mère, qui m'a donné à l'Eglise. »
Cette observation m'a amené à étudier la. Pédagogie de la Sainteté. Saisir sur le fait, sur cent faits, ces rayonnements de la lumière céleste qui sortent ou naïvement ou énergiquement, simplement ou miraculeusement de l'ame maternelle pour venir échauffer et féconder les germes de l'héroïsme chrétien ; recueillir les traits de la sagesse humaine illuminée par les conseils de la Sagesse céleste ; arriver ainsi à donner les éléments du code de la maternité catholique, c'est une œuvre qui m'a paru utile et grande et qui met les cœurs en haut.
C'est ainsi que je suis devenu un pécheur des perles divinesetque j'ai recueilli, le mieux que j'ai pu, les fleurs de cette maternité catholique. J'ai écouté soignousementles conseils à demi étoufl'és par l'humilité, j'ai regardé respectueusement 1(3S actions à demi effacées par le temps. J'ai rassem-
CAlISlillIi: nilJ.IMIN MKL.
h\c av(»c une Inulrc pjilinicc; cl uiir c.'U'oss.'iîih' vrnrralioii, m les clicrchîml ;mssi Mm dans Irs l'aiiiillcs royiiles (ju'au ruyrr de la |)aysannr cl di* l'ouvrirro, l(^s parcclU^s de Tor divin.
^11. — .le n'ai pas drsiré seulement l'aire un ouvrafjfe de dévolion, j'ai voulu aussi composer un livre d'hishui'c. 11 es! bon de ra|>peler Iran- (piillement cpu* 1(* prcMuicr devoir de l'hisloire est d'tMre la S(M*vaide d(» la piété et qu'élant le garde du cor|)s de hi vérité, elle doit avant tout défendre la partie su[)érieure de cette vérité (pii est la Vérité divine.
L'hisloire d'en haut est loaicpienuuit i)lus imporlanle que celle d'en bas. Ce sont les âmes qui mènent les corps ; ceux-ci vont d'aytant plus haut et plus droit que celles-là sont meilleures et plus héroïques. Les annales de l'Ame sont plus précieuses que les chroniques de rinlelligence, à leur tour plus utiles que les éphémérides du corps. Je veux dire que le saint l'emporte, eu importançehistorique, sur l'homme d'Etat comme celui-ci sur l'ouvrier. Si nous avions, pour décerner le premier prix d'intérêt public, à choisir entre l'historien des Apôtres, celui de Jules César ou celui de Gros-Jean, mCMnc après que celui-ci en a remontré à son curé, nous estimerions que le premier, comme utilité pratique, est autant élevé au-dessus du second que celui-ci Test au-dessus du troisième.
Ce sont des vérités qu'il faut répéter sans cesse, en un temps où l'intelligence, après avoir voulu prendre la place de l'àme, est en train de s'incliner devant la main-d'œuvre; et l'on comprendra que nous ayons travaillé à mettre l'histoire
h sa place, c'cst-à-dire au service de la piété.
§ III. — Nous ne réclamons d'autre mérite que d'avoir été un patient lecteur et un consciencieux compilateur. Le foyer domestique des saints présente, le plus souvent, un intérêt plus original que tout ce que notre imagination eût pu inventer et les paroles qu'on y murmure ont une puissance de suggestion que le plus habile rhétoricien ne saurait remplacer. J'ai redit simplement ce que j'ai pu voir ou entrevoir à ce foyer.
Pour les hommes sincères, les échos des demeures sanctifiées sont pleins de hauts conseils, de consolations pénétrantes et d'angéliques encouragements.
Les hommes qui sont seulement curieux, trouveront à s'instruire dans ces galeries de la pédagogie sainte.
Ceux qui aiment la philosophie trouveront ici de brillants et nombreux matériaux de l'étude de l'ame.
Enfin, ceux que l'histoire séduit, s'ils sont gravement intelligents, nous suivront avec joie ; nous allons les mener au milieu de la lumière divine et leur montrer, à la lueur de cette électricité paradisiaque, tous les siècles et les contrées divers(\s.
^ IV. — J'ai essayé de répandre de la variété en un ouvrage qui pouvait aisément devenir monotone. Les esquisses ont été tantôt courtes, tantôt longues. Dans les unes, l'histoire l'emporte avec son style plus bref; dans les autres la piété, avec sa phrase plus onctueuse.
Malheureusement les documents sur les Mères des Saints ne sont ni nombreux ni caractérisés.
cArsicnii' PhKi.iMiNAinK. 5
Vn nom, (nirh|iH's |>linis(\s I);uî;iI(»s, souvrnl r'rst loul. Parfois l(*s |)lus |)('rs('»v('»rnnlos rechrrchcs no doiinciil ri(Mi. (y<\sl ainsi cpTon ne Irouwra pas în(^in(* noinni('\s ici de i^Tands saints, rpii rnr sont bien clirrs; ri \r cilrrai entre cent : saint, lîrnno, saint lL»'na(!e, sainte An^^èie, saint \'inc(»nt (Ir l\ui!, saint Bonoîl-Lahio.
Il y a sans doulc nn<' source de documents. J'eusse* pu on trouver d(; nond)reux on prenant les l)ioi»*ra[)hies déjà fait(*s, en choisissant l(»s Mères d(\s Siunts (pii ont été elles-m(}m(\s canoniséos. Mais justement parce que ces vies ont été écrites lonc:uement et soi<^neusomenl, il ('dait oiseux et malséant de faire un livre pour les abréger. En les laissant de côté j'ai cru aussi gagiUM* en utilité morale* : Je me suis dit que tcdlc lectrice qui recevra volontiers les léchons d'une femme simplement pieuse, comme elle, s'effrayera peut-être si cette femme est une héroïne de sainteté.
J'ai cru devoir admettre Rîanche de Casfille, Charlotte de Savoie, Marie Leczinska, bien qu'elles soient fort connues. Elles n'avaient pas encore été observées uniquement dans leur action maternelle.
Après la première partie, qui renferme les notions générales, on ne rencontrera pas de Mères canonisées.
Dans cette première partie, nous verrons la maternité sainte établie, avec une divine ten« dresse, par le bon Jésus ; puis trempée héroïquement dans le martyre ; enfin, en quelque sorte, codifiée par saint Jérôme qui, résumant les leçons de l'expérience des premiers siècles, les
conseils des saints et des docteurs, montra, audessus du foyer domestique sanctifié, la virginité sanctifiante.
§ V. — En résumé, j'ai utilisé de mon mieux les renseignements que l'histoire nous donne sur les Mères des Saints. A l'aide de ces renseignements, très souvent rares et vagues, j'ai essayé d'esquisser le caractère, parfois la vie de la mère et de montrer comment cette mère avait presque toujours développé la vocation sainte de l'enfant. J'ai donc travaillé à faire un livre d'histoire utilement pratique et de lecture pieuse.
J'ajouterai, avec candeur, que j'ai voulu faire la cour aux saints et obtenir leur protection pour moi et pour les miens, en donnantà leurs Mères, avec un respect vraiment filial, tout le lustre dont je suis capable. Toutefois je n'ai pas dû manquer à mon devoir d'historien et l'on trouvera quelques mères qui ont essayé de lutter contre la vocation de leurs enfants.
J'ai besoin de déclarer qu'en me servant des mots Saint, Bienheureux, Vénérable, je les ai pris dans leur sens usuel ; et il n'y a pas, dans cet ou\rage, une pensée qui ne soit pleine de la plus tendre docilité envers l'Eglise Romaine.