CHAPITRE pni:Mii:n
l'origine de la famille sainte. — l''' SIECLE.
§ I. — Aucune (les merveilles, aucun des héroïsines dont cet ouvrage est rempli n'étonnera les chrétiens. Mais peut-être quelcjues cœurs délicats, qui ne connaissent pas le don de Dieu, trouveront-ils que beaucoup de nos Mères sont étranges en encourageant leurs enfants à une vie d'austérité, de solitude, de pénitence écrasante. Peut-être surtout trouverontils extravagants ces jeunes filles, ces jeunes gens qui, non seulement se privent de tout ce que le Créateur a mis de beau et de bon ici-bas, mais qui torturent et maudissent un corps que Dieu n'a pas méprisé puisqu'il y a mis une ûme faite à son image.
J'admets que la philosophie ne suffise pas à leur répondre. Pourtant elle constate les mystères et les joies de la souffrance, joies d'autant plus grandes que le sacrifice est plus douloureux. Mais qu'ils viennent un instant en Galilée, re-
joindre Jésus de Nazareth. Ils ne comprendront pîjs ses prédications, je le veux bien ; ils ne réfléchiront pas à ses leçons, soit ; ils ne goûteront pas sa morale, je le veux encore. Il suffit qu'ils l'écoutent parler à ceux qui sont humbles, à ceux qui sont petits, non pas seulement à ceux qui ont la bonne volonté et le cœur pur, mais aux êtres corrompus, à ceux que le monde méprise le plus dans l'ordre social. Il suffit qu'ils enten-tendent sa voix caressante, qu'ils considèrent ses regards attendris ; qu'ils n'empêchent pas le frisson de courir dans leurs veines, les larmes de venir à leurs veux. Car le frisson viendra et les larmes couleront, si leur instinct est honnête et émancipé de tout esclavage. Le frisson viendra et les larmes couleront quand ils verront Jésus à côté de la Madeleine ou de la Chananéenne, à côté de son ami Lazare, de Marthe et de Marie, à côté des publicains comme des lépreux, à côté des enfants qui accourent près de lui, au milieu de la foule qui soufi're pour rentendre.
Comme on sent Sa pitié pour le pauvre roseau à demi brisé, pour tout ce qui est roseau, pour tout ce qui esta demi brisé, pour tous ces patients de la vie humaine, pour toutes ces créatures que la sagesse divine a dû marquer du sceau de la souifrance, de la pauvreté, de l'infirmité, pour tous ces faibles qui se sont manjués eux-mêmes des signes du vice! Et quand les disciples d'Emmaiis se disaient : « Ne nous semblait-il pas que notre cœur était tout brûlant quand 11 nous parlait! » (^e sont nos sentiments que ces disci[)les (^xprinuMil , et ne sentons-nous pas notre cœur toutbrùlinil (|unnd Jésus s'occupe des misé-
rabIrsVSi nolrrcd'iirluillriiiiisi, cCsl ((ii'il rrssnil. 1rs ïcu\ (loiil \r doux .M.iîln' hnll.iil Lui iiK^mr, <|n:ui(l son ((riii' Inujoiiis aiiii^iiil HMloiililail (!<; Iciidrcssc ni |)ail;ml (l(* rMiilaiil |n<)(li*riic et (1(î la j(U('(*xaIlr(» (lu prrr (le r.iniillr ;<|c la l)i('l)is pcnlun ri i-<»l l'ouvre. Miscrco/' snpri' Im-hnin, il avait |)ilir <lr celle foule de désliérilés el il élail si heureux d'^Mre venu leiir rendn» leui* liéi'ilairc» !
(Juaiid, a[)rès nous avoic menés à sa suile dans les champs de la Judée» loul rel(»nlissanls des paroh^s ih^ sa tiMidresse, Il airJNe aux derniers jours, (•(* n'est plus ([u'un tlol d'amour débordant. C(* cœur, (Mdlammé de bonlé, s'ouvn* tout entier et c'est alors (|ue chacun des mots ([ui en sort, se crampoiuie au tond île notre Ame jus(pi*à ce qu'elle ne fasse plus (ju'un avec celle mélancolie ilivin(\
L(^ voici donc à la vimIIc de quitter ce méchaid monde pour (Mdnn* dans la loule-puissancc, dans h\ toute-beauté, dans k\ toute-i)ureté; et c'est Lui qui est triste! Il est triste parc(* qu'il ne va plus pouvoir être uniquement bon et doux, parce qu'il ne pourra plus être uniquement.le consolateur, le bienfaiteur, et parce qu'il lui faut laisser ses disciples orphelins. Il leur prodigue alors les plus tendres mots que jamais l'humanité ait entendus, les plus admirables conseils que l'imagination puisse rêver. « J'ai désiré d'un grand désir manger cette Pàquc avec vous, avant de souiYrir. » Cette Pàque c'est le don de tout son être, de son être humain comme de sa divinité. On le voit chercher, dans son entendement surhumain, toutes les raisons qui peuvent fortifier ces humbles qu'il va abandon-
lier, et, dans son cœur inlassable, toutes les caresses qui pourront les consoler quand, après sa mort, ils penseront à Lui. Le mot aimer, le mot ami revient sans cesse. Lui, il est bien tnste de les quitter; son cœur délicat, qui a tant besoin d'être chéri, sait bien qu'il n'est guère aimé de ces grossiers pêcheurs. « Pourtant, leur dit-il, en résumant en ce cri tout son dévouement, est-ce possible d'avoir un plus grand amour que «de donner sa vie pour ses amis? » Chacune des phrases de ce discours suprême dévoile mille retours ingénieux d'une âme qui ne .peut se séparer d'une autre âme.
Est-ce tout? Aimer ceux qu'on aime et les aimer jusqu'à ne pas pouvoir les quitter sans angoisse, les aimer jusqu'à donner sa vie pour eux. Est-ce tout? Non, Jésus aime plus puissamment encore. Il aime même les méchants, même ceux qui vont le torturer, même ces persécuteurs iéroces et hypocrites, qui vont martyriser, après Lui, ces amis qu'il a tant de peine à quitter. 11 sait bien que ces criminels doivent être punis. Mais il montre un regret touchant d'être obligé de les punir. 11 leur pardonne, il leur pardonnera encore à l'heure dernière.
Est-ce tout encore? Non. On dirait qu'il veut faire plus que pardonner, qu'il veut, comme dans une divine rêverie, chercher s'il ne ])eut les excuser. Alors lui échappe cette parole d'une lumière surhuniaine, cette parole qui, peut-être plus que toutes les autres, démontre l'intensité de l'amour divin : Si je n étais pas venu ils n auraient pas de pèche ! parce qu'ils n'auraient pas connu la Vérité.
IIISTOinK in: LA MATICUNITI': HAINTi:. 1 I
Mais il nillaiU|iril vîiil. Il fallait <|ih! la YrriUi i^blouîl rimniaiiih''. Il rrllrcliit (Urne <Mi(!orc cl son Cd'ur se serre en un soupir alhislé : « Ils in'oni haï sans suj<'l ! »
Il n'a |)as pu IrouNcr d'excuse, il l'audra <ju'iU soieni punis. H ne penser pas à Lui qui va souIVrir par eux; c'est sur eux, qui vont le torturer, qu'il pliuire.
^ II. — Www (les incrédules ont vu dans C(i prodigieux ol infaligîïhle amour de Jésus [)our riiuinanilé une des j>reuves de sa divinilé. I)(nuicoup d'autres qui n'en sont })as arrivés juscju'à Tadoralion, n'ont pas pu s'empôcher de considérer avec atlendrisscMiient ce cœur si doux.
Si la lendn^ssc^ de Jésus de Nazareth a pu produire celle impression sur les incréduh^s, que ne doit-elle pas faii-e éprouver aux Ames pieuses!
Ajoutons à cette tendresse l'amour divin ; essayons d'imaginer la puissance de dévouement que peut créer, en nous, ce cœur de Jésus dans sa divinilé, quand, dans son humanité, il émeut de telles alYections. Joignons à cela la grâce d'en haut, les sacrements, celui surtout qui donne à nous cet homme et ce Dieu tout entier, cet homme admirablement aimable et ce Dieu ineffablement caressant ! Nous comprendrons alors la Maternité sainte : La mère élève son enfant pour ce Dieu de tout amour et en offrant à Jésus cet être qu'elle a voulu très pur pour qu'il fût moins indigne de Dieu, elle donne plus que si elle se donnait elle-même.
Cet enfant devient saint; à son tour, il ne sait que rêver pour plaire à cet ami, qui, dans sa vie, dans sa mort, lui a offert tout ce que la puissance
divine peut donner. Il veut être toujours plus pur^ il veut toujours plus souffrir pour Celui qu'il aime; il veut s'idéaliser de plus en plus pour se rapprocher plus de Lui. Il veut expier toutes les ingratitudes que lui et les autres ont montrées à ce Dieu de la toute bienveillance. Il veut surtout augmenter, au prix de n'importe quelle torture, au prix de la mort même, le nombre desamis de son Ami. Et la mère comprend cet héroïsme qui est né du sien, elle y encourage, elle en jouit.
Voilà donc l'origine de la Maternité sainte : rineffable bonté du Christ a fait germer ce mystérieux sacrifice de l'égoïsme maternel.
§ III. — Comme c'est là un des plus* grands efforts de l'héroïsme humain, Jésus a voulu établir Lui-même le code de cette sainte maternilé. Comme aussi c'est un des plus grands élémenls de la vie chrétienne, H y a pensé avant Sa naissance et à l'heure de Sa mort. Enfin, comme il y a là un état surnaturel qui différencie ce sentiment de tous les autres. Il nous a fait révéler les deux traits de Son enfance qui devront servir d'exemple.
» En ces jours-là, Marie se levant vint dans le pays des montagnes, dans la ville de Judée où demeurait Zacharie, et entrant dans la maison, elle salua Elisabeth. Des que Elisabeth entendit la salutation de Marie, son enfant tressaillit dans son sein. »
Voilà la vocation de la sainteté. C'est le premier signe de la Maternité sainte : Dieu montre qu'il appelle à Lui particulièrement, très près de Lui, pour un but d'apostolat ou de pénitence,
IIISTOIIIK Dr: I.A MATKIINITI^ SAINTR. VS
<rilluiniii;iii()ii ou <rr\|)iali<)ii, r(*nr;iiit (|iii va naître Wnni <lrs Mrirs de» nos saiiils, nous Ir verrons, ont olVrrl cl cons.'icré a Jr'^siis renTanl, (jn'rllcs all('n(lai("nl.
Aprrs la vocalioii, (|m'llr rsl rrduralion ! «« La J\lciT (l(* .Irsus conscrvail toutes ces choses dans son conir. » Tont(\s ces chos(*s, r/(»sl-îi-dire les faits extraordinaires <|ui ilkiiniiMnl la vie dcî reniant. Nous en |)()uvons eonelurc i\\w. Dieu d(Mnan(l(* aux mères, en !U(^ni(* lenips (|u'un r(Ml()uldeni(Md (\v soins pour réduealion, unr sorte de [)réoccu|)atioii res|)ectueuse (l(*s actes de l'cnlant prédestiné. Mais pour celui-ci ses devoirs filiaux n'cMi soiil ([uc |)lus étroits : Jésus, bien qu'il sont^c^iitiléjà aux choses d(i son Père et qu'il vînt d(^ discut(M' avec les docteurs, était soumis à Jose[)li ci à Marie.
Voilà la vocation et l'éducation de la vie sainte. En voici la régl(\ (Juand Jésus fut sur la croix, Il vit sa mère et, debout auprès d'elle, le disciple qu'il aimait, Il dit à sa mère : « Femm(\ voilà votre lils ; » puis 11 dit au disciple : «Voilà votre mère. »
11 laisse voir d'abord que c'est le culte et l'amour de Marie qui doivent servir d'entrée dans le chemin de la sainteté. Il ajoute encore une leçon plus austère, que le monde trouve insupportable et qui blesse, en effet, les exigences comme les égoïsmes et les règles générales de l'humanité, c'est que, pour les saints, la famille n'est plus la chose la plus chère, celle à qui on préfère tout le reste. Jésus envoie ceux qu'il aime particulièrement, dans les chemins qu'il Lui plaît. Il leur donne de nouvelles familles, de
nouveaux devoirs. Il montre la sainteté à l'homme comme il a montre Marie à Jean et II lui dit : « Voilà ta mère. »