‹ Les mères des saintsChapitre 5 sur 9 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

L AGE HEROÏQUE DE LA MATERNITE CIIRETIENN' LE MARTYRE. — 11° ET Ilf SIECLES.

^ I. — Les premiers éléments de V èdacalion sainte :

« Que sont tes parents ? » demande le préfet Ilierax à Rusticus, un des compagnons de martyre de saint Justin.

« Mon vrai père est le Christ. Ma vraie Mère est la foi au Christ. »

C'est là la première Mère des saints, la Foi au Christ. La pensée qui se résume en cette parole du Bienheureux Rusticus domine tout l'âge héroïque de la famille chrétienne.

La société catholique n'est pas fondée. Elle est pour ainsi dire, encore campée, allant des Catacombes au supplice. Ce n'est pas un ordre social, c'est un noviciat du martyre. Ce n'est pas l'éducation de la vie qui importe à la mère chrétienne ; c'est l'éducation de la mort.

Tel est l'aspect général des trois siècles qui suivent la mort du Seigneur. Je sais bien que

iiisToiiu-: i>i: iwV mati:iimtk haintk. 15

I(\s mille soins liahiliu'is de la vie litiinaiiK* n'ont pasc(\ssc. Les corps sont nom ris, rinlrllifr(.||(.(. est insirnile, rc'ulneation est (lonn(''e. Le callioiieism(* ne* vil |):is dans les cav(îrnes, ni dans l'état nomad(\ ScMdenuMit, 1(^ foycM* dom(\sli((n(* chrétien (*st en élal de* sié<^(\ Il (»st assié^^'^é par la p(M*séculion ; les ehevalels, le plomb l'ondn, Icî feu, la dé(M)llalion, les massacres en masse sont, pcMidanl les (rois pn»micrs siècles, les perspectives (|U(^ l(* cœur mat(M*nel entrevoit dans beaucoup d(^s avenues de la vie.

Crainte* (*l silence anj^oissant cliez les mères tendres ; exaltation, dèli à la })uissanee diaboli(jue et païenne chez h^s mères énergiques, c'est là ce qui domine l'éducation et la vie des enfants de Dieu juscprà Constantin. Il y a hésitation entre les habitudes aneicMines du paganisme et les conseils de la loi nouvelle; lutte entre les anciens instincts et ceux qui vont se développant à l'ombre de la Croix. Mais, chez les chrétiens, au milieu de cette hésitation, domine la volonté d'obéir au Christ. Cette volonté est entretenue par la claire vue de sa bonté, de son amour, de son droit divin d'exiger de nous tout nousméme.

On n'est pas, comme en toute autre période de l'histoire, d'abord chrétien puis riche ou pauvre, avocat ou médecin, ou soldat, ou agriculteur, ou prêtre, enfin rangé dans une des classes habituelles de la société humaine : on est chrétien, et encore chrétien, et rangé devantles bourreaux de César pour être supprimé. Si l'on sort de ce rang, c'est pour un instant. Si l'on est autre chose qu'apprenti martyr, c'est par hasard ; et il

ne faut pas que les prévisions d'une vie réglée,, paisiblement laborieuse, dirigent, comme il est convenable en temps ordinaire, les soucis de Téducation maternelle. Les leçons des choses et les leçons des idées ne ressemblent à rien de ce que la pédagogie a entrevu jusque-là.

Les leçons des choses, ce sont ces hommes enduits de poix et qui brûlent vivants ; ce sont ces enfants que les bêtes déchirent dans le cirque ; ce sont ces jeunes fdles dont les chevalets blessent les membres, dont les râteaux de fer arrachent les entrailles ; ce sont ces femmes dont on met le corps à vif et qu'on enduit de miel pour le faire dévorer lentement aux mouches.

Les leçons de l'idée, ce sont ces mille torturessouffertes en souriant, en protestantavec sérénité, en défiant paisiblement la tyrannie. Ce sont surtout les miracles ; c'est le feu qui ne consume pas les corps ; c'est le corps tourmenté qui se retrouve, le lendemain, dans toute sa vigueur, c'est le lion qui s'agenouille devant le chrétien, c'est la colombe qui s'élève du bûcher de la chrétienne; c'est le corps du martyr qu'on va chercher, la nuit, sur l'ordre d'une vision céleste ; c'est le sang des martyrs qu'on va recueillir et qui guérit ; c'est la veille dans les catacombes qui console et encourage. C'est surtout le corps, et le sang du Christ qui enivre l'ûme d'énergie, qui la cuirasse de la patience humaine et de la certitude divine.

Ce sont là les leçons qui mettent l'héroïsme dans le cœur de la mère chrétienne. Elles montent du cœur aux lèvres, fournissent le sujet des conversations et constituent le fond de l'éducation.

nisTomi: nr: i.a matf.unitic sainïk. I /

Mais Jrsiis-dhi'isl, <|iii (uodi^Mia |rs niir.irlcs nc^cossairrs pour ;i|»|)ii\ « r 1rs prcniicrs pas dr son K<2;lis(\ ur drlViidiiil \n\s à srs nd'anls le spcours d(*s nioyrns lnnii.iiiis. Sans doulr, rciicoiinif^ru\v\\{ sii|)i(^ino c'rlîul l'ohrissîUUM» nu drvoir, à la volonir du S(Mt;'iHMn\ i\ la loi; c'rlait ^osp('»ran(!(^ dria n'^coinpcnsi* crlesU*. Mais, si 1rs (•alJioli(pi(»s avaient (jurNpir cliosc de l'anfi^i», ils <''lai<Md lioinnips aussi cl ils se sentaient plus foris parce (jimIs vlnienl cncoiini<n''s j)(U' la vicloirc. In hoc si(/no rinces. Avant d'(Mr(^ inscrite sur le Labarum, eelledevise était écrih* dans le cerveau {\\\ cliréticMi. h^lle sortait d(\s catacombes avec lui (M le précédait au bûcher.

Ainsi, avec le noble ori^-ueil de la vicloire et riiuinilialion du martyre, S(* formait le couraj^e chrétien, composé de liertéet d'humilité et constituant la |)lus grande ibrcc de ce monde. Puissant élément aussi pour l'éducation sainte, puisque que la fierté donnait la vigueur morah^ en même ti^nps que riiumililé donnait la docilité.

^ IL — Les premières familles. — Nous sommes peu renseignés sur Tintimité des premières familles catholiques. Elles n'avaient pas tardé à devenir nombreuses. Les calculs les plus modestes nous apprennent que, au ii° siècle, les chrétiens forment en Orient le dixième de la population indigène, en Occident, le quinzième, et que, au ni' siècle, ils représentent presque la moitié de la population soumise à l'empire romain. Toutefois, comme c'était une relicfion surtout spirituelle qui recommandait l'humilité, elle commençait par réformer l'esprit plus que les habitudes extérieures. Tertullien nous

rcvclc que la moitié d'une ville pouvait ôtre devenue chrétienne sans que l'autre s'en doutât. C'était la douceur, la bonté, cette amitié réciproque qui stupéfiait tant les païens et qui était si contraire à l'orgueil individualiste, conséquence nécessaire du paganisme; c'était la pureté des mœurs et la sérénité de la conduite qui excitaient les premiers soupçons. C'était le martyre qui apportait la certitude. Les auteurs païens ne peuvent donc pas nous renseigner sur le foyer domestique des chrétiens et ceux-ci ne le veulent pas. Il faut avoir recours à l'observation intense pour voir se détacher la maternité chrétienne du formalisme pieux de la maternité juive ; de la rigueurjuridique de la maternité romaine; et de la mollesse de la maternité grecque.

La première famille chrétienne sur laquelle notre attention est attirée par les ^1 des mêmes des yl/)d/res est celle d'Aquilas et de Priscilla, que saint Paul rencontra à Corinthe en fan 52. C'étaient des Israélites que le décret de Claude, chassant tous les Juifs de Rome, avait exilés. Ils exerçaient le môme métier que Paul : ils fabriquaient des tentes. Celui-ci logea chez eux. Quelques historiens disent qu'ils assistèrent au concile de Jérusalem en fan 57. Cette introduction de la femme chrétienne dans les discussions où allait s'affirmer le caractère universel de l'Eglise, serait pleine de suggestions historiques et philosophiques. Mais le texte àasAcles ne me paraîtpas se prêter à ce sens.

L'émancipation de la femme n'en est pas moins commencée et dès lors la mère devient assez respectable pour élever des chrétiens et des saints.

insToinF. i)i: i \ >fATi:HMTi': sainte. T.i

Saillir lMii4vni(» riii(li<|iiri;i avec mi«' roulnir ori^inaU* cl vijj^oiirriisc, en uwr plirasiî <|ue niillcî IVinnH* iir (Irvrail i^rionM*: « l'rllc (»st la vorlinlii nom (lu (Ihrisl, dil-clUî à sou juj^c, ([\ir la IrniiiMî ass(V. luMireusc* pour le conuaîln^ et pour TainicT s'rlrvc jusqu'à la Jif^nilé de l'homme. La (lilVrrence <les sexes s'évauouil dcvaulla foi. •

Dès les lem|)s a|>osl()li<|ues et [)eu(Iaul Irre <pii les suivit d(^. [uès, cell(i iifrandcur nouvclK; que le Christ ap[)oi'lait h la Irniuie l'ut connue. Chose saisissante, (die fut a[)pr6ci6e par les femmes mc^me à (|ui huir rang social semblait ilonner toutes satisfactions d'orgueil. Mais de ces premi(M*es chnHiennes, de ces clarissimes, de ces nobles matrones de sang sénatorial dont on a retrouvé dernièrement les tombeaux dans la partie la plus ancienne des catacombes, nous savons peu de chose ; non plus que de ces autres femmes illustres que Septime-Sévère, au début de son règne, protège contre la rigueur de la loi romaine.

Toutefois la Providence voulait, dès le commencement, dessiner d'un trait lumineux tout le cercle des destinées du christianisme. Le Christ frappait l'humanité en haut comme en bas et II lra(.n\it sa Croix sur le front comme sur les pieds de la société humaine. A côté de cette famille de petits artisans, à côté d'Aquilas et de Priscilla, que voyons-nous ? Le plus puissant nom de cette Rome qui avait vaincu le monde ; la gens Flavia, la famille Flavienne, Titus Flavinius Sabinus, le frère aîné de Vespasien, qui fut, selon toute apparence, converti par saint Pierre et saint Paul. Le pêcheur galiléen et le cordier de Tarse pre-

liaient Tcmpirc à la tetc. Le fils de Titus Flavinius, Flavius Clemens et la femme de celui-ci, Flavia Domitilla, voilà les premiers modèles de la famille héroïque chrétienne. Cette Domitilla était la nièce de l'empereur Domitien. Malgré cette parenté, elle fut condamnée à la déportation dans l'île de Pandataria, tandis que son époux Clemens, malgré son rang de consul, était condamné à mort.

Près d'eux nous voyons la sœur de ce Clemens, Plautilla, puis la fille de celle-ci, une autre Flavia Domitilla que Domilien, en l'an 57, quinzième année de son règne, déporta dans l'île Pontia. Sainte Paula, lorsqu'elle quitta Rome pour la Palestine et qu'elle fit ce voyage dont saint Jérôme nous raconte si curieusement les étapes, visita pieusement cette île et les cellules où Flavia Domitilla passa les années de son long martyre.

Nous eussions dû citer avant elle Petronilla, illustre matrone de la gens Petronia. Mais nous savons d'elle seulement qu'elle était fille spirituelle de l'apôtre Pierre ; c'est le titre que lui donnent les Actes des saints Nérée et Achilléo. Nous n'oublierons pas cette grande famille des Bassi, que Prudence cite comme l'une des premières qui embrasse la religion du Christ.

Nommons encore Flavius Ptolemieus et Ulpia Concor<lia, sa femme, dont on voit la tombe dans les catacombes de Domililla.

Rappelons la gens Pudenlin qui descendait du sénateur Pudens, contemporain et disciple des apôtres. Elle fournit au Martijrologe sainte Pudentienne, sainte Praxède cl plusieurs autres.

IIlSTOIUi: I»i: LA MAII.U.MIl- hAl.MI I

Nous nous iiiclinrrons <l(*vniil sainlr (^rcilt;, qui i\ imr |)l;uM»;'i \)i\r\ (ImiisIjï Ininilh' i'\\vH'\rnui% plulùl à i'CAr ilrs\irv*j:rs i\ui\ ro\r i\rs innlroncs.

Nous ne jIcvous \)i\s ouhlicr <tII(' Pouipouia OniM'ina donl \)i\v\r Tacilc, cl (|ui Tut accusée, en Tan r)S, d'avoir ciiibrassc " iiih' siipf^rslilion l'IrangriT ». Ses ix^lils-onlauls, conlcsscurs de la loi, nous port(Mil à rroiiM» (pu* c(*U(î superslilion (Mail h* chrisliauisuu'.

La uh'm'c* chrriirnui* va sorfir do Tobscurilé de €cs pnMuiors Iciups. Nous allons la Irouver non pas plus sainte, non pas plus lidèlc cpie les autres témoins du Christ, les VierL»es et les Confesseurs, mais plus héroïcpie sans doute, car comme* eux elle se donne tout entière au marlyir m;ns plus qu'cnix (die y donne ses enfants.

^111. — Sainte Si/mphorose et ses fils. — On nous pardonnera d'aimer à recueillir les paroles qui illuminent les (W(3nements. La Providence les confie à l'histoire afin qu'elles nous r(3vèlent rame de nos pères. Ici elles ont un plus c^rand rejlc encore. Non seulement elles nous dévoilent dans sa beauté Tàme des martvrs, mais elles sont comme cette étoile miraculeuse qui menait les hommes sages aux pieds de Jésus. Elles brillent dans le ciel de Thisloire, Lumen in cœlo, comme un fragment de la lumière divine; et aux intelligences graves, aux esprits sincères, aux cœurs purs, elles font découvrir l'entrée du sentier qui mène à la vérité.

La phrase qui illumine cette période héroïque de la maternité chrétienne c'est celle-ci : Le magistrat dit à la mère chrétienne: « Si tu ne sacrifies aux dieux, non seulement loi mais

tes sept enfants, vous allez être torturés ! y>

Que va-t-elle répondre? Va-t-elle implorer le juge, lui démontrer la dureté de son arrêt, la faiblesse de ses enfants, sa douleur maternelle? Décourager ses enfants, leur conseiller une lâcheté, un crime? Au moins, sent-elle le besoin de les fortifier contre la douleur?

Non. Les cœurs sont trop haut; la magnanimité est devenue le conseil habituel de la vie vulgaire. La foi est entrée dans les ûmes, elle soulève l'hu'manité au-dessus de terre. La mère n'a donc pas besoin d'encourager ceux qu'elle a élevés dans Théroïsme.

Non. Il n'y a en elle qu'une idée : le bonheur de souffrir pour le Christ. Elle répond — et cette réponse, nous prions notre lecteur de la garder dans sa mémoire et de la secouer en son esprit pour lui faire rendre tout son parfum surhumain, — elle répond donc : « Est-il possible que je sois assez heureuse pour souffrir huit fois le martyre ! » Jésus a voulu que cette parole fût dite pour défendre ses premiers-nés contre le reproche qu'on leur fait d'être hallucinés jusqu'à l'impassibilité et d'avoir perdu, dans cette ivresse de la foi, tout sentiment humain.

La mère souffre ; elle souffre le martyre de ses enfanis. Elle va souffrir huit fois et souffrir huit horribles tortures. Mais elle est heureuse parce qu'elle fait à son devoir, à son amour, à celui qui est « mort pour tous ceux qu'il aime », le sacrifice de ce qu'elle a de plus précieux et surtout parce qu'elle gagne ainsi pour elle et pour ses fils le bonheur sans limites.

C'est là, en effet, ce qui dislingue cet héroïsme

IIISTOIIU: I>i: r.A MATl-liNITK SAINTK. 23

ilr Ions ciMix (loiil l(^ ilrralciira mis rinstinri ru nous. Sîi(*ri(i(*r iiinfj^nîuiinHMiiciil sa vir A son (!<•voir, comnu» H('»^ulus, cola cstVlans riiiinianilr à l'élal ox<'r|)li()nii(*l, |)uis(|iio les païens l'ont tant adniiiT. L(* (Christ est v(miii oidoiiiicr la conlinnilé de C(* sa('rili(*e : ce qui rl.iil aiihclois rcxccplior) est devenu l'usafj^e counnun, (»l a Ibrnié le sentiment (ItMicat de l'honneur pour la vie mondaine, raniour du martyre pour la vie spiriluelh». Il y a plus. Le Créaleuravaitdomn'» à l'homme héroïc|U(* une récompense mystérieuse*, la haute satisfaction du devoir accompli. Jésus en sa bonté y ajoula inlininienf plus. Il donna le bonheur de réternité.

La mère îi qui nous devons la réponse typique qu(* nous mentionnons plus haut, c'est Symphoros(\

h^Ue était la femme d'un homme très docte, qui demeurait dans la cité de Gabium au pays des Sabins. Il se nommait Gclulius. Il était de race tribunitienne, riche et charitable. Chaque jour il réunissait dans sa maison les chrétiens, leur donnait la nourriture, leur exposait la loi de Dieu.

Cela se passait au commencement du ii'^ siècle, au début du règne d'Elius Adrianus qui fut empereur de Tan 118 à Tannée 138.

Les Actes de saint Getulius nous apprennent qu'Adrien envoya son vicaire Cerealis pour saisir Getulius ainsi que son frère le tribun Amantius. Céréalis, avec ce o-énéreux et candide amour de la vérité qui est le caractère vaillant et étonnant de la race militaire romaine, non seulement n'arrêta pas Getulius mais il se laissa convertir par lui. Son premier cri est saisissant. Dès qu'il

entrevoit la vérité, il dit, tant Théroïsme emporte tout alors: « Et qui est-ce qui m'empêcherait de répandre mon sang pour le Christ, Fils de Dieu? »

Il le répandit, en effet en compagnie de Getulius, d'Amantius et d'un autre martyr. Symphorose recueillit le corps de son époux. Elle l'ensevelit dans VArenarium de sa maison de campagne « au p^ys des Sabins, au delà du fleuve ».

Quelque temps après, en l'an 120, Adrien fit élever à Tibur un palais magnifique. Il le dédia aux dieux avec les cérémonies habituelles et interrogea les augures sur la durée de l'édifice. Les augures répondirent : « Nous ne pouvons satisfaire ta curiosité, à cause d'une veuve chrétienne qui invoque son Dieu dans le voisinage du palais. C'est l'épouse de Getulius, elle se nomme Symphorose. Elle a sept fils. Force-la à offrir de l'encens aux dieux; nous répondrons à tes questions. »

Adrien fit amener Symphorose. Il connaissait déjà l'obstination des chrétiens; il lui parla avec douceur en lui demandant de sacrifier aux idoles.

« Seigneur, répondit tranquillement Symphorose, j'ai eu pour mari et pour beau-frôre deux officiers de tes armées. Ils commandaient tes soldats, ils étaient tribuns. Ils ont mieux aimé endurer les tourments que brCder de l'encens aux démons que vous adorez. Ils sont morts après avoir vaincu ces démons, ils sont maintenant couronnés de gloire. Ils vivent dans le ciel et suivent parloatle grand Roi qui y règne.

— C'est bien, sacriiie à l'instant même ! cria

lil^MHi;i, hl. I S M\ll i; MM, î»Al."ML. ^«J

Adrien, (mi inoi-iiH'^iur jr le. sacrififTni av«;c l(;s S(»|)l- (Mifimls ;mx <li<Mi\ (|(ir lu lïirprisf^s ! »

(l'csl alors (|irrll(' lit cr[h\ i^'ponsc; <|ni fiion- Irait (|U(^ l'axe: du uionth» était chaui^^r :

i( D'où iu(* vi(Mit ce i)oidieui' «le pouvoir <Hrc innuolée iiuil l'ois à mon Dicui? »

Adrien ne pouvait couiprendrc. il linlerrom-

u .le le dis que je [r. sacrilicrai à ni(*s dieux!

— Tes di(Mix no peuvent me recevoir en sacrilieo, je ne. suis pas uikî victime [)our eux.

— (Mioisis! s'écria l'enqxMMMir iirilé, sacrifie ou meurs! — Tu crois nré[)ouvant(M*! Je ne serai jamais assez tôt réunie à mon éj)()ux; tu l'as l'ail mourir pour avoir confessé Jésus-(]hrist. (Ju'attends-tu? J'adore le même Dieu. »

L'empereur la lit traîner dans le temple d'Hercule. Là on lui déchira tout le visage, on la suspendit par les cheveux; puis, voyant que son courage augmentait avec les souffrances, Adrien la fit jeter dans le Tibre. Le lendemain il fit venir en sa présence les sept fils de la martyre. Rien ne put ébranler leur foi, ni les menaces, ni les caresses, ni l'appareil des plus douloureux supplices. Il fît alors planter sept poteaux autour du temple d'Hercule et y fît attacher les sept fils. Il choisit pour chacun un supplice diiïérent, en réservant le plus diabolique pour Eugène, le plus jeune, dont la fermeté lui parut plus particulièrement irritante en un ûge si tendre. Il le fit fendre du haut en bas.

§ IV. — Zoé el ses fils. — La mère esclave est aussi vaillante que la noble matrone. Sous le même Adrien nous voyons l'exemple d'un

héroïsme plus énergique encore. Symphorose, même en son ardeur, conserve quelque chose de la gravité du peuple-roi. Sainte Zoé, esclave, de nationalité phrygienne, a l'élan des races méridionales. Elle ne se contente pas de dédaigner la puissance de l'enfer, elle la raille, elle la défie, avec une allégresse de foi qui est remarquable même en cet âge d'or du christianisme. Nous notons cette nuance parce qu'aux yeux de l'histoire cette variété dans les récits, cette couleur locale, si l'on peut dire, et ce rapport exact entre les temps, les lieux et les tempéraments, confirment l'authenticité. On ne saurait garantir, en effet, que les siècles n'aient pas ajouté quelques fleurs de rhétorique à ces Actes des premiers martyrs, mais le fond est vrai ainsi que les traits principaux, les pensées fondamentales et les phrases caractéristiques.

Le maître de Zoé veut la faire sacrifier à la grande déesse, la Fortune. Elle résiste. « Eh bien, je vais faire torturer tes fils afin devoir si le Christ que tu appelles ton Dieu pourra leur venir en aide. »

On prend les enfants, on leur déchire le corps avec des ongles de fer. « Combattez vaillamment, mes fils, ne craignez pas les tourments !

— Que sont ces tourments ! disent les enfanls Dis à cet impie de nous faire souffrir davantage, mère, afin que notre patience obtienne une plus belle couronnç! »

Zoé, transportée par l'amour maternel, par un amour maternel éclairé des lumières de la foi et voulant, en effet, augmenter le bonheur dont ses

iiisToiiu-: i)i: r.A M\Ti:iiMrf: saimi:. 27

rufjinls irrlîuriil plus srp.uvs que |);m' (|ucl<|iirs inimilc^s dr Si)\\ï\'vi\\\r(\ Yah*, «lit au lyniii :

« lN)un|ii()i ;is-lu fiiil siis|M'n(lr(* tii(*s rnf;inls? i]r ii'rsl pas les lorUircr, ils nr sciilnil iih^iihî ])j\s los coups de l(\s bourreaux ! »

L(* païru so sentit vaincu par l'esprit nouveau <|ui inspirait de* (elles |)arolcs à une mère. Toutefois il lit allumer un i^raïul feu et y lit jeter Zoé, son é[)ou\ et s*t\s (I(mi\ enfants.

Du milieu (l(*s llammes sortaient des chants qui bénissai(Mit \c Christ. Le tyran, enragé, cher- 4'hait commcMit il|)ourrait donncM'à la flamme un redoublement de lerocitc et de pouvoir torturant. On entendit (Micon^ une voix ([ui venait des cieux et (jui disait : « l^renez couraj^c. Votre prince cherche de nouveaux tourments pour vous ôtcr la vie. » Vue dernière prière sortit du foyer : « Seigneur Jésus, prenez nos Ames! » Et ils s'endormirent en paix. C'était le second jour du mois de mai.

Ouand on enleva les cendres de la fournaise on trouva les corps des martyrs intacts et tournés vers lOrienl, La voix qui avait encouragé les martyrs se fit entendre une dernière fois : « Tu trouveras à ton tour, tyran, une place au milieu des llammes, mais celles-ci ne s'éteindront jamais! »

^ V. — Sainte Félicite et ses fils. — Quelques années plus tard, sous le règne d'Antonin, en l'an 150, Félicité rappelait le courage de Symphorose. Elle était accusée d'irriter les dieux contre l'empereur et contre l'empire. Antonin ordonna à l^ublius, le préfet de Rome, delà forcer à sacrifier aux dieux, elle et ses enfants. Publius

les fit venir et engagea doucement l'illustre veuve à mériter la clémence de l'empereur par son repentir. Elle répondit avec fermeté : « N'espcre pas, Publius, qu'une lâche crainte ou une complaisance mondaine puisse me faire oublier ce que je dois à Dieu. Je porte en moi l'Esprit-Saint. Il ne permettra pas que sa servante soit vaincue, lorsqu'elle combat pour sa gloire. Tu peux me laisser vivre, Publius, ou me faire mourir. Mais si tu crois triompher de moi parce que je suis une femme, tu te trompes, tu serasvaincu par une femme. — Misérable! s'écria le préfet, puisque la mort a tant de charmes pour toi, meurs ! je ne m'y oppose pas. Mais quelle fureur te pousse à vouloir ôter la vie à tes enfants. — Mais c'est pour les faire vivre, répondit gravement la matrone, que je ne veux pas qu'ils sacrifient aux idoles. Tu ne saurais me comprendre, mais la mort éternelle serait le prix de leur lûcheté. »

Le lendemain Publius monta solennellement sur son siège, au Champ de Mars. Cette fois il n'agissait plus en conciliateur mais en juge. Il fit amener devant lui la veuve et ses sept fils

(( Veux-tu prendre pitié de tes enfants ? Je t'y engage. Ne sois pas cause que ces jeunes gens d'une si belle espérance soient enlevés à la fleur de l'Age. — Ta compassion est feinte, répondit tranquillement Félicité. Garde-la pour d'autres. Elle ne saurait nous tromper; nous n'en voulons pas. Ta clémence n'a d'autre but que d(^ nous pousser au crime. » Puis, se tournantvers ses fils : « Levez les yeux, mes enfants, et regardez le ciel. C'est la que Jésus vousallend. Combattez généreusement pour sa gloire, pour la

lIISTOmi: DlC LA MATKIlMTl': SAINTIC. 29

vAlrr îuissi ri iimnl rcz-vous i\i' (idrics scrvilriirs (riiM Koi si t^i-.'iml cl si «IIliik' <I<' Iniil .Irvoueninil. » Lr prrlVl, riiiicnx, injuria I^'rliciir; il lit approcluT cliacuii des (Milaiils. Il leur parla l'un a|)ivs rauliT, (»ssaya dn les tra^nrr par 1rs |)r()mrssos, de 1rs allcndrir pai- les carrsscs, ih' 1rs iiiliniidcM' (Ml {(Mil" ariirmanl (pu* l(Mir iiirrc était (l(^nalinv(\ (]u\dlr voulail leur inspiicr la rrvollcî vl riiupirlr (^1 (pTclIr allail causfM- Jriir |HM-lr. Nous nr l'cdiroiis pas les rr|M)ns(*s dr chacun des onlanls. L'iMupcnMir, à (pii on iransmil le procèsverhal de ('(^lle iid(M*royalion, s(* déliant de TatlondrissiMuenl ([ue ccîT su|)plices répétés j)Ourraient inspirer à un scnd bourreau, eu nomma huit chargés de torlurcM* \c plus cruellement chacun (h^s martyrs, « (pii arrivèrent, par (l(*s routes dilVérenlcs, au lieu où le juste Ju^e les attendait pour récompenser la mère héroïque et ses lils dignes d'elle ».

^ VI. — Les mères de Sijmphorien et de Méliion. — Lntableaucélèbrenousa dépeint le supplice de saint Sympliorien. Il vivait à Autun, du temps de Marc-Aurèle (178). Il est pour nous Je type charmant de ces jeunes chrétiens qui joignent les grâces de la civilisation gréco-romaine h la pureté chrétienne. Son père est à la tète d'une des premières familles de la ville. Il est lui-même un savant, un lettré, et Dom Huinart, à ([ui nous devons les Aetes de son marlvre, nous fait de lui un portrait touchant. Il n'a pas voulu adorer Cybèle. la « déesse Mère ». Un éditdusage Marc- Aurèle oblige le juge à le condamnera mort. II va au supplice Sa mère est montée sur les remparts de la ville. Elle le voit passer et elle lui

crie : « Mon fils Symphorion, mon fils! Aie dans la pensée le Dieu vivant; garde la constance, mon fils! La mort n'est pas à craindre quand elle conduit à la vie. Tiens ton cœur en haut. Regarde celui qui règne au Ciel. On ne t'enlève pas la vie, on la change pour une meilleure. C'est aujourd'hui que lu fais cet heureux échange ; tu vas gagner la vie éternelle. »

Une autre mère se montre plus héroïque encore. C'est la mère de Méliton, le plus jeune et le seul survivant de quarante officiers de la légion Fulminante, martyrisés à Sébaste au commencement du iv"" siècle. Elle l'exhortait à souflVir le martyre et, de ses propres mains, elle le soutenait dans le chariot qui le conduisait, déjà à demi mort, au bûcher : « Tu m'as été donné par la grâce de Dieu, je te rends à Lui pour son amour. »

Origène, dans son Exhorlalion au marlyre, résume bien celte situation morale et historique : « La rosée de la piété et le souffle de la sainteté ne permettaient pas à la flamme de l'amour maternel d'étouffer l'amour de Dieu. »

§ VII. — Vivia Per peina et son enfant, — La préoccupation de la vie éternelle, avec l'amour de Jésus et la passion de la pureté, c'est là ce qui aide la société chrétienne à émerger du milieu de la société païenne. Il y a dans ces trois impulsions un tel élan vers les hauteurs, un tel conseil de dignité morale qu'il s'en forme un instinct nouveau. On voit poindre ce sentiment de l'honneur qui est le lien de toute société destinée à vivre et qui constituera plus tard la partie noble de la chevalerie. C'est l'honneur chrétien,

insToïKi: i)i: la .maiI'Ilmti: saimi:. iii

la (i(*rl('* d'cHre clui'îlion. C'est c<' puissanlel luAAr, iiioiiViMnnil <nii, m \)Vrsr\\i'r iVwn i\r[r conlrainr i\ la loi, l'ail lirsilcr im'^riKî 1rs plus l'aiMcs et l(;s plus corrompus et (liriy;e les vaillants et U*s f^/îiiércux.

Les martyrs disaient : « Je suis clir/'llen, » comme on (lira plus lard: aJe suis{^entilhommc, » et non pas iwcc cette ficM'té arro:!:ante (pii criait : « Je suis ciloyen romain! » mais avec une* humble dignité et une niodcsle intrc[)i<lilé.

Ce nouvel inslinct semble guider une des plus suaves martyres du commencement du m'' siècle, Vivia Perpétua. C'est une toute jeune mère, elle allaite encore son enfant. Elle nous a laissé le récit des j^remières journées de son supplice.

Ces Mémoires d'une martyre du iii° siècle, écrits par elle-même, dépassent en douceur pour l'esprit, en curiosité pour l'intelligence, en ennoblissement pour l'ànic, tout ce qui a été publié dans le genre autobiographique. Le ton en est candide, si sincère, si chaste, Théroïsme y est si simple, on voit si bien cette virginité d'Ame que la jeune femme a conservée, cette fermeté est si sereine qu'on voudrait appeler ce document le babil d'un ange. Pour sa valeur historique, comme pour sa hauteur morale, nous le voudrions mettre en toutes les mains. Mais nous n'en devons tirer que les passages maternels,

A divers traits fort frappants et qui révèlent des nuances peu connues de l'état de la société et des esprits, on comprend mieux l'héroïsme des martyrs. Ce n'était pas la crainte des souffrances seulement qui pouvait les faire hésiter, mais l'amour envers ceux de leurs parents qui étaiejit

païens, mais la honte mondaine, la crainte de déshonorer ces parents, et bien d'autres sentiments qui, pour la plupart des historiens, disparaissent en présence des horribles tortures.

Perpétua a vingt-deux ans. Elle est Carthai^inoise. Elle a épousé un homme de race noble, elle est elle-même d'une famille considérable. Sa mère est chrétienne. Elle, elle est catéchumène ainsi que ses deux frères. Son père est païen. Elle a été enfermée, ainsi que plusieurs autres catéchumènes, dont quelques-uns et quelquesunes sont esclaves. On va leur donner le iDaptèmc, dans la prison même. Elle a à lutter non seulement contre l'amour filial mais aussi contre l'amour maternel.

« Peu de jours après, on nous conduisit en prison. L'horreur et l'obscurité me saisirent d'abord, car je ne savais ce que c'était que ces sortes de lieux. Oh! que le premier jour me fut rude! Quelle horrible chaleur! On étouffait, tant on était pressé. En outre, il nous fallait souffrir l'insolence des soldats qui nous gardaient. Toutefois, ce qui me causait le plus d'angoisse, c'était l'inquiétude pour mon enfant. Mais Tertius et Pomponius, deux charitables diacres, obtinrent à force d'argent que l'on nous mît dans un lieu où nous fussions plus au large. Nous commençâmes en ellet à y respirer un peu. Chacun songeait à ce qui le regardait. Pour moi, je me mis à allaiter mon enfant que l'on m'avait apporté el qui était déjà tout languissant pour avoir élé longtemps sans manger. Toute mon inquiéUuh^ était pour lui. Je consolais sans doute ma mère et mes frères, surtout je les conjurais d'avoir soin

iiisToim: in: i.a mati:iimti': sainth. .TJ

<|<' Dioii rnr;nil, Mm (|nr y fusses S(»iisil)l(rinrnt louclirc (le les voir ;irilit;rs pour l'amour de moi. ,1(» ross(Milis CCS |)riiM's prudanl plusifMirs jours ; mais, ayant oblcMiu qu'on me laisserai! mon «*iii'anl, les soins (|ue je lui donnais nie l'urerd une consolalion, la [jrison me devin! un palais...

» Au hou! d(^ (|U(d(pu^s jours, h; bruit ayant couru (juc* nous allions ùlvc in!(»rrof^és, jo vis arriver mon père. Un chafi^rin morlel le consumait. Il viid à moi.

» — Ma lille, me dit-il, aie pitié do mes eheveux blancs, aie pitié de !on père. Si je t'ai élevée jusqu'à cet ùy^c, si je l'ai préférée h tes frères, ne me rends pas l'opprobre des hommes. liei^arde Ion enfant qui ne j)ourra vivre si tu meurs; laisse cet!(^ lierté! Nul de nous n'osera plus parler s'il t'arrive malheur!

« jMonpère me disait toutesces choses tendrement. Il me baisait les mains, puis se jetant à mes pieds tout en larmes, il me nommait non plus sa iille mais sa dame. Je plaignais sa vieillesse, songeant qu'il serait le seul de notre famille qui ne se réjouirait pas de mon martyre.

» Un jour, comme nous dînions, on vint tout d'un coup nous enlever pour subir l'interrogatoire. Le bruit s'en étant répandu dans les quartiers voisins, il s'ameuta un peuple infini. Nous montâmes sur l'estrade. Mes compagnons furent interrogés et confessèrent. Quand ce fut mon tour et comme je me préparais à répondre, mon père parut à l'instant avec mon enfant. Il me tira de ma place et me dit en suppliant : « Aie y> pitié de ton enfant » !

» Alors le procureur Ililarion qui exerçait le

droit de glaive à la place du proconsul Minucius Timinianus, mort depuis peu de temps, me dit : « Épargne la vieillesse de ton père, épargne l'enfance de ton fils. Sacrifie pour la santé des empereurs. » Je répondis : « Je ne le ferai pas ».

» Ililarion reprit : « Tu es donc chrétienne?

» — Oui, je le suis ».

» Cependant mon père qui, espérant toujours me gagner, était resté là, reçut un coup de baguette d'un huissier à qui Ililarion avait donné l'ordre de le faire retirer. Je le sentis comme si j'eusse été frappée moi-même, tant je fus affligée de voir mon père ainsi maltraité dans sa vieillesse.

» Le juge prononça la sentence par laquelle nous devions être tous condamnés aux botes. Nous redescendîmes joyeux dans la prison. Mon enfant était ordinairement avec moi pour que je le pusse nourrir. Mon père me l'avait repris. J'envoyai le diacre Pomponius le lui redemander, il ne voulut pas le donner. Dieu permit que mon enfant ne demandât plus à téter et que mon lait ne m'incommodât pas. Il calma mes inquiétudes sur l'enfant et m'épargna les douleurs du corps. »

Perpétua continue de raconter ce qui lui arriva dans la prison où Dieu montrait, comme le lui disait son frère, qu'elle avait beaucoup de crédit auprès de Lui. Et elle conclut avec sa simplicité gracieuse et héroïque : « J'ai conduit ce récit jusqu'à la veille du spectacle où nous devons être immolés. Ouclqu'autre écrira, s'il lui plaît, ce qui s'y sera passé. »

Cet autre s'est trouvé, en effet, et la narration,

iiisToiiu: m: i.a MAiruNiTi'': saintf:. 35

si clic n'a pas la iiH^nic. M]a\(; urij^inalili-, est il'un forain! iiilri(M. Mlle nous raronle l(»s p('Ti|)/*lics (lu ciniiic. I*('r|»(»liia ri l'rliciti'î, \\i\r, autre jeune* IVininc», cnlrcnl m clianlant. Les martyrs i('i;ar<lenl hanlinienl le [xMiphî et en passant de- \ant Ir balcon (l'ililarion, ils lui crièrent : a Tu nous a jnycs, Dieu le juj^(M*a à son toui! n

Uieu permit que Perpcîtua écliiU à un {^gladiateur novice ([ui la frappa entre les ccHes. La martyre poussa un cri et conduisit elle-mc^me h sa gort^e la main Iremblante de cet apprenti bourreau.

[^'émotion (|u'on ressent en voyant cette jeune; et noble cbrétienne aider le gladiateur à la tuer, n*est pas seulement poignante, elle est douce aussi. Si ce corps débile a quelques frissonnements, en senlant la torture s'égarer et lui imposer un supplice auquel elle n'es! pas condamnée, si ce cœur gracieux de jeune épouse ne défie pas les bourreaux, n'attise pas les flammes, ne demande pas un supplément de douleur; s'il est surtout ferme en sa passivité et va à la mort en chantant le bonheur qui s'approche, n'est-ce pas attendrissant de voir la sainte hâter le moment du bonheur céleste et indiquer au gladiateur la blessure qu'il doit lui faire, pour qu'elle soit mortelle. Elle ne demande pas grâce et répit. Elle ne se débat pas, elle ne gémit pas, elle n'injurie pas son bourreau et non seulement elle lui pardonne, mais elle l'aide, elle l'aide contre elle-même. C'est par de tels spectacles qu'on rer^uait ce qu'il y avait de nobles âmes dans le paganisme ; les jeux du cirque qui devaient amener l'extermination du christianisme, en pré-

chent la vérité avec une grandeur écrasante ou une douceur pénétrante.

§ VIIL — La mère du martyr Thêodule. — Il nous serait facile de recueillir bien des fleurs brillantes dans le jardin de la maternité héroïque. Je n'en veux plus offrir qu'une. Elle m'a enivré d'émotion cette mère qui, non seulement comme sainte Symphorose, sainte Félicité, sainte Perpétua, confie pieusement l'enfant à la Mère- Providence ou l'encourage à souffrir généreusement, mais qui le porte elle-même dans ses bras jusqu'au lieu du supplice; cette mère dépasse toute grandeur d'àme.

Romain, martyr cher à saint Jean Chrysostome, était exorciste dans un village voisin de Césarée en Palestine. La persécution éclate. Il se rappelle qu'il a, à titre d'exorcist-e, pouvoir sur le démon et le voici parti pour la grande ville. Le préfet Asclépiade y triomphait par les tortures. Quelques timides apostasient. Le préfet entremôle les railleries de menaces et annonce en souriant l'extermination prochaine du catholicisme dans Antioche. Romain s'approche de lui.

c( Asclépiade, votre victoire est incomplète. Dieu a encore de braves soldats. Il ne vous sera pas facile de les vaincre. »

La hardiesse plaisait toujours à ces fiers et habiles Romains. Devant la fermeté, ils s'arrêtaient un instant, discutaient, cherchaient à convaincre les ûmes fortes, à philosopher avec les sages; et, soit hypocrisie, soit bienveillance sincère, ils commençaient souvent par la douceur.

Asclépiade, étonné à la vue de ce vaillant, et

lll.^lollJ. I»l I A \I\IIIISIII. >.\|\|l. '\7

(Irviiianl un <\s|)iil, plus cullivr <|iir cjîIui diî s<îs vicliincs ordiiuiircs, riiilcrro;^;^. Il vcmiI- savoir dr, lui les ('auscs de sa IVîiincIr vl les raisons de sa eoiiduile, c'est-à-dire les rèj^les de sa foi. Les prenii(M's chréliens croyaient <[ue leur courage et l(Mirs miracles suClisaient à prouver l;i divinité du ('lii'isl. L(Hir sant;- était la déinonsiration de la X'érilé. 11 \cuv élait recornniand/' dr, ne pas exposer ini[)rudeiunient les saints mystères aux yeux de ces sophistes, de ces libertins, de ces jut»es dont beaucoup des instincts étaient en contradiction avec la Bonne Nouvelle.

Homain répondit donc avec réserve. Mais tout d'un coup, comme illuminé par un conseil divin, il s'écria : « Je vais vous donner une preuve de la vérité que je prêche. Faites venir un entant, n'importe lequel, un enfant qui n'ait rien appris de moi. Demandez-lui si j'annonce la vérité. (Ju'il soit mon juyc et le vôtre.

— Soit, dit Asclépiade, rapportons-nous-en à ce que les dieux inspireront à cet enfant. »

Il en désigna un qui parlait à peine. On le nommait Barulas, nom que dans plusieurs chrétientés on change en celui de Théodule ou Enfant de Dieu.

« Mon fils, dit Romain, quel est le plus raisonnable d'adorer un seul Dieu ou plusieurs dieux?

— Mais, répondit l'enfant, il ne peut y avoir plusieurs dieux. Dieu doit être seul. Les enfants eux-mêmes savent cela et aussi que Jésus-Christ ne fait qu'un avec son Père.

— Qui t'a si bien instruit, petit impie ? s'écria Asclépiade furieux.

— Mais c'est ma mère. Le nom de Jésus- Christ est le premier qu'elle m'ait appris à prononcer.

— Qu'on aille la chercher afin qu'elle voie le fruit de ses leçons ! »

Il fit alors déshabiller l'enfant, on le suspendit et on le flagella violemment.

La mère arriva. Les lanières étaient teintes du sang de son fils ; mais dans son cœur, la joie luttait victorieusement contre la pitié. Seule, elle ne pleurait pas.

(( J'ai soif, dit l'enfant. Par pitié, qu'on me donne un peu d'eau.

— Courage, mon fils, ne cède pas à la douleur. Encore un peu de courage ; tu vas te désaltérer aux sources du bonheur éternel. Te rappelles-tu ce que je t'ai conté de la constance de sept frères contre un tyran nommé Antiochus ? »

Elle lui raconta de nouveau le courage des Macchabées.

« Rappelle-toi, mon enfant, que je n'ai rien épargné pour ton bonheur. C'est encore ton bonheur que je veux. Ne me déshonore pas par l'apostasie. Je sais combien tu m'aimes, fais que je sois fièrede mon fils. »

L'enfant reprit courage, et, l'angoisse étant passée, il restait calme et semblait défier la douleur et les bourreaux. Le préfet le fit reconduire en prison. Puis il tourna sa rage contre Romain. Celui-ci subit la torture en le raillant.

« Comment, disait-il, vous voulez lutter contre mon Dieu et vous n'avez môme pas la force d'arracher une plainte au plus humble de ses disciples ? »

iiisToiiii: i)i: i.A MATDiiNrrÉ saintk. .'59

Mil vain Ir |)n'»r<»l, (Mira^é so> nu^la aux l>onrrraiix; (mi \ains(» nrlayaicMil-ils loiis pour lorhirrr Icclirôlicn. Il fallut s'arnM(M*.

Asclépiadi* coiidaîiina Homain à <lrr lirùlr vif.

« l']t comnio il lu*, fan! pas i\\\r, le <lisci[)lo soit moins bien Irailo (pie I(î inaîln», reniant pôrira. Qu*on raniènn et qu'on lui (•()U|)C le cou ptMulant que cet alhéci sera livré aux flammes ! »

Ou alla donc rli(Mv.her Barulas dans la |)rison.

La mère voulut le porter elle-mèiuf*. Elle le prit dans ses bras. Pendant qu'il lui souriait en passant les mains autour de son cou, elle suivait les bourreaux. Lui ne pouvait parler tant il avait été martyrisé. Mais son sourire continuait de dire à sa mère qu'il était heureux de lui obéir et de mourir pour le Dieu qu'elle lui avait ap|)ris à aimer.

Ouand on lut arrivé au lieu du supplice, le bourreau demanda l'enfant. Elle l'embrassa encore une fois.

« Va mon fils, où Dieu t'appelle. Ouand lu seras près de Lui, souviens-toi de ta mère. Jusqu'ici je t'ai appelé mon enfant; désormais je rappellerai mon Seigneur. »

Elle le remit au bourreau qui d'un seul coup trancha cette jeune tète.

Pendant ce temps la mère murmurait : « Il était votre serviteur et le fils de votre servante. »

Puis étendant son voile, elle reçut le sang qui coulait, rapprocha la tète du corps et portant dans ses bras son enfant mort comme elle avait porté son corps vivant, et le tenant comme un objet précieux et comme en un triomphe, elle

alla le déposer dans le lieu le plus honorable de sa maison.

Toutes les mères n'ont pas ce courage exceptionnel. Dieu ne le leur demande pas. Il exige qu'elles éloignent leurs enfants de Tapostasie, non qu'elles les portent elles-mêmes au supplice.

Trois contemporains austères nous racontent la vie d'Origène. Ils nous disent que, en l'an 202, pendant la persécution de Sévère, son pèreLéonidas fut martyrisé. Il avait alors dix-sept ans. Il voulut suivre son père au supplice. Sa mère cache ses habits, l'enferme. Aucun des trois historiens n'a un mot de blâme, pas même d'étonnement. La période sanglante commençait à se perdre dans la période doctrinale. Les docteurs succédaient aux martyrs. Les chaires s'élevaient sur les catacombes et la science commentaitl'acte de Foi.

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