CHAPITRE III
UN AUTRE FRUrr HEROÏQUE DE LA MATERNITE SAINTE : LA VIE CÉNOBITIQUE. — SON DÉVELOP- PEMENT PROVIDENTIEL AU IV° SIECLE.
§ I. — Les deux fondateurs de la vie cénobiliqne en Occident. — Le iv"" siècle est l'époque d'une des plus dangereuses crises de la civili-
IIISTOIIU: l)i: LA MATi:ilMTh SAIMi:. Il
sntioii. |)(Mi\ liomruos .ipparnissciil pour li snuvor, saiiU Alli;iiias(i et saint .IcrùirH;.
A (]ii()i (l()iv(Mil-ils \r succès de» leur mission? A liMir ^ciiie, à leur S('i(Mic(% à leur élcxjufîuee, à leur courajj^c, h la soufTrancc, le plus fécond des éléments du bien? Oui, sans doute, mais i autre chose encore. Ils le doivent, Atlianase ?i un tout |)clit incident d(* son illusli-e vie et Jérôme il ce qu(* sur cet incideni il hAlit sa vie tout entière.
(^)u'est-ce qui mettait la civilisation en danger? L'invasion des Barbares. Ils étaient là tous, aux IVonlières de l'empire. Souvent ils l(*s franchissaient en bonds furieux etcpii, h chaque nouvel olfort, les anienai(Mit près du centre. Gotlis, (îerniains, Saxons, Sarniales, (Juades, Vandales, Alains, Hérules, Burgondes, Suèves, Huns, Numides, Klhiopiens ; c'était l'inondation de la fureur, qui arrivait des quatre coins de l'horizon.
11 était permis de prévoir qu'elle ne larderait pas à atteindre la forteresse de la civilisation, Rome. Quel élément de résistance pouvait-on prévoir? Un seul, le catholicisme. La logique l'indiquait; les faits l'ont prouvé.
Oue conseillait-il ? La prière, la pénitence, les bonnes œuvres, sans aucun doute.
Mais encore ? N'y avait-il pas quelque abri d'une apparence plus matérielle; quelque refuge hospitalier où la misère qui allait devenir effroyable fût secourue ; quelque temple que respecteraient les moins farouches de ces Barbares? Cela le catholicisme seul le pouvait donner.
N'y avait-il pas quelques conseils d'une appa-
rence également plus pratique? La résignation ne diminuait-elle pas les angoisses de cette misère? La pauvreté n'augmentait-elle pas les chances de salut? L'individu solitaire, s'il voulait lutter, ne serait-il pas plus libre ; s'il voulait fuir n'était-il pas moins empêché ; et s'il tombait entre les mains de l'ennemi, ne souffrirait-il pas moins que sises propres souffrances étaient centuplées par la torture de la femme, de l'époux et des enfants?
Leconseil de la viecénobitique était doncleconseil lumineux et pratique, en cette fin de l'empire, puisque cette vie possédait en même temps la force de Dieu et la sagesse de l'homme. Elle était à la fois la pénitence, la pauvreté, la résignation, la vaillance morale et physique, la solitude, la chasteté, l'aumône.
Mais le vieux monde est condamné. Y a-t-il encore pour le Romain un moyen de salut, une activité noble et féconde ? Il y a la dignité de l'esprit et du caractère qui donne aux vaincus la ferme espérance de conquérir à leur tour les vainqueurs. Cette dignité procureégalementun refuge intime pour y cacher les résultats de la civilisation précédente et un zèle ardent pour les propager. Ici encore le catholicisme, avec sa patience qui tient de l'éternité, avec sa résistance qui use l'énergie de la mort môme, avec son clergé habitué au martyre, avec ses moines amis de l'étude et dégagés des grands soucis de la vie, était le seul qui pût vaincre la Barbarie victorieuse.
Aussi y avait-il un danger plus grand que l'invasion des Barbares, c'était l'affaiblissement de la société chrétienne. Le seul mal irrémédiable c'était que cette société fût désarmée de
Iii-i..i..l. I.i: I \ MATKnNÎTf': MAINTE. ^lo
sa fiM'vnir et cinrllc \w> fùl pns rniinîo dîninfî^ nonv(»lI(\s (|U(* I;i riiiciir du \" ^ircl^î allait rendre nrccssairrs.
Donc, le grand afr^nl dr la Pmvidonce, riilihî insirumentdo la civilisalion, c'élail l'honimoqui a|)p()rferait celle nouvclh* arme, et après lui, riionune qui vu prnri'aliserail TfMnplf)!.
A ce point d(M'ii(\ .Inlif^n rA|)(jstat eut, sans le vouloir, un rùle bic^d'aisant. Il se croyait un ennemi redoutable du (ialiléen, il n'était que la flamme de l'inciMulie brûlant une masure pour éclairer au loin la venue de l'ennemi, l^^n inventant contre lecatholicisme l'infernale persécution de rii^norance, il démontra aux chrétiens que, aux yeux du plus lucide de leurs ennemis, leur grande force étaient la science et les livres, instruments delà science.
Les grands docteurs chrétiens, qui pullulaient en ce siècle, avec leur éloquence glorieuse, leur intelligence supérieure, avec l'assiette plus ferme qu'ils donnèrent à l'esprit humain; les Grégoire, les Chrysostome, les Hilaire, aidèrent puissamment à la démonstration. Il devint évident que, pour lutter contre la grande nuit qui descendait^ il fallait une charité plus passionnée, une pauvreté plus complète, un désintéressement absolu; un pur dégagement du tout, le renoncement sans réserve, inspirant, avec la vie laborieuse, l'amour de la science. Il fallait la vie cénobitique, c'est-à-dire le monastère et la virginité.
Le monastère, c'est Athanase qui l'apporta en Occident. Là seulement il pouvait produire complètement ses bienfaits, puisque l'Orient était destiné à l'esclavage musulman et schisma-
liquc- La supériorité de la virginité, c'estJérôme, non pas qui l'inventa, non pas qui la prêcha le premier, mais qui la défendit avec une ardeur exclusive. Cette virginité c'était le fruit le plus pur de la maternité sainte. Celle-ci seule pouvait la produire. C'est sa plus grande et sa plus utile occupation pendant ce iv^ siècle où nous arrivons, comme jusqu'ici sa plus noble mission a été d'enfanter l'héroïsme et d'encourager au martyre.
§ II. — La première religieuse de ï Occident, — « L'honneur etrexcellence de la vie régulière des communautés n'était pas encore connues dans la ville de Rome, parmi les dames de qualité. Marcelle n'osait pas en prendre l'habit parce qu'il y était en fort petite estime. Néanmoins elle avait été informée de ce qui se passait en Egypte et en la Thébaïde par le saint évoque Athanase et par Pierre, son successeur, qui vinrent à Rome, comme à un port de salut, pour éviter la persécution des Ariens. L'histoire du grand saint Antoine, qui vivait encore en ce même temps, vint entre ses mains par le moyen de ces illustres prêtres qui l'instruisirent de la règle que le Bienheureux Pacôme faisait observer dans ses communautés, et dont plusieurs vierges et veuves faisaient profession. Marcelle, connaissant que celte vie était agréable à Dieu, fut bien aise de l'embrasser. Elle eut plusieurs dames qui la suivirent en cette sainte résolution. Mélanie et plusieurs autres furent du nombre. Dieu lui fit la grûce qu'étant entrée dans la connaissance de la vénérable Pauhi, sa fille Eustochie, que nous pouvons appeler la gloire de la virginité, a été
IIISKHIii: IH, LA MMI'.hNm. r»Ai.>ll.. i.>
i'h^vrcr (liiiis sa rli;nnl)r<\ (\t* sorlf» (\\u* l'on peut ;u*sriiirnl jniifcr i\r la (jualilr <|c |;i ni.'iîlrcsse d'une IcUt' novice. »
C'est ainsi i\\u) saint .Irronn' et j*ai donné la naïve IrîKluclionirnn llirolof»;ien conlcniporain de Corneille — nous raeonle la fondation d'un <M)nveidi('uIe sur le « nionlAvenlin on loge la HienheuriMise Marc(»ll(* r>.
11 ne faut paspnMidi'e 1(* mot eomniunaulé, dont se sert notre traducteur, dans le sens qu'il a aujourd'hui. Le logis de la Bienheureuse Marcelle, sur TAventin, était un des riches [lalais de lM)in(\ Jérôme le nomme plus justement l/ùjlise (li)mcslifjue.
Il s'y réunissait des veuves, des femmes mariées, accompagnées parfois de leurs lilles. Elles s'y encourageaient dans la vertu, organisaient les bonnes œuvres, cherchaicMità procurer le développement de l'Eglise, l'alTermisscmcnt de la société chrétienne. On y priait en commun, on y étudiait, car on y cherchait autant le développement de rintelligence que l'élévation de Tàme. L'étude approfondie du grec, de l'hébreu môme, naquit de ces réunions. Après les avoir quittées, chacune reprenait le cours de sa vie sociale et domestique, de ses charités, de ses dévolions particulières. Marcelle seule, en ce début, peut être rapprochée des religieuses d'aujourd'hui. Elle avait renoncé aux secondes noces, s'était éloi^'née du monde, avait vendu ses bijoux pour en donner le prix aux misérables, changé ses vêtements de soie pour une tunique de laine brune, comme en portaient les pauvres. Elle passait sa vie dans le travail, l'exercice de
la charité et de la pénitence, jeûnant, priant, veillant.
Si c'est elle que toutes les religieuses de l'Occident peuvent considérer comme leur première mère, c'est elle aussi qui nous fournit l'embryon du premier monastère. Non pas qu'elle menât une vie de recluse. Elle sortait accompagnée presque toujours par sa mère Albina, la plupart du temps pour visiter les tombeaux des saints Apôtres. Mais elle aimait la solitude. Pour se la procurer, elle se retirait souvent avec quelques-unes de ses parentes dans une maison de campagne qu'elle avait, probablement à VAgro Verano^ où l'on a découvert dernièrement les tombes de beaucoup de vierges romaines. Ce fut le premier monastère. Saint Jérôme emploie le mot, pro monasterio, en guise de mo^ nasière.
La conduite de Marcelle fut d'abord regardée comme une « ignominie ». Elle fut bientôt imitée par une autre grande dame romaine, Sophonie; elhieniot, crebrauirginiimmonasteriay monachoruminnumerabilismultitiido, les monastères de femmes devinrent nombreux et les moines innombrables.
Ces Mères de l'Eglise au iv® siècle appartenaient au plus haut malronat. Toutes ou presque toutes descenda-ient des héros, des illustres capitaines, des grands citoyens qui avaient fait de Rome la maîtresse de l'univers.
D'Asella, sans doute, nous ne savons bien que la perfection de sa vie (qu'il faut étudier dans les lettres de saint Jérôme à Marcelle, pour connaître la vie religieuse du iv^ siècle). Mais Mar-
iiisToiiu: dî: î.a matkhnité sainti: 17
4'rllr JiViiil r< lusr il'rpoiisrr (ji^rralis, |);irriil (!«• (loiishniliii Ir (ir.uid, cl on<'I(r du (y»s;ir (iiillus. Sa m^ro Alhina riait vrniscinhiahiciiiciil la sdMJr (lu liiaihl |)nMrc dr .lui^ilcr. Fahiola dc^sccndait du î^raiid ditnrlftlor, de ce Oiiinlns Maximiis r'ahius, (|ui (jinrldndo rrslilfiit rem, qui sauva Houic par srs hal)il(\s lcni|K)risali()ns. I^'uria, (|ui lit plus lard partie» de VJùjlisc (lomcslif/zie, appartenait î\ cette (jens Furia dont le chef était ce prodiîj:ieux luirius Camillus, aussi vénéré que Homulus et qui peut élre rei!:ardé comme le second fondateur do la puissance romaine.
Nous parierons bientôt de. Mélanie. Saint Jérôme nous nomme encore Félicité, que nouj ne connaissons pas plus que Sophonie. Il indique aussi Marcellina. Celle-ci, iille d'un i^ouverneur des Gaules, était la sœur d'Ambroise, préfet de Lip:urie et qui devint saint Ambroise. ' Les plus illustres de ces Romaines étaient Paula et ses deux fdles Eustochium et Blesilla, qui réunissaient sur leurs tètes toutes les gloires de l'histoire: Paula descendait par sa mère du glorieux Macédonien Paul-Emile, et des Scipions ; par son père, d'Agamemnon, le roi des rois; elle avait épousé un descendantd'Énée. En même temps qu'elle est la plus glorieuse, elle est pour nous la plus importante et, elle surtout, nous la retrouverons.
§ III. — Le premier moine au Sénat romain, — Malgré leur grandeur sociale et morale, malgré leur vertu suréminente, leur charité, leur dévouement, leur amour du savoir, l'exemple de ces sages matrones ne produisit pas d'abord l'effet entraînant que tant de qualités ainsi
réunies devaient faire supposer. C'était un exemple féminin. Le catholicisme n'avait pas encore eu le temps de donner à la femme la situation égalitaire, parfois prépondérante, que nous pouvons constater dans le développement de l'histoire moderne.
Rome admirait la femme, à l'état exceptionnel, à l'état de l'héroïne. Son culte pour les grands hommes, qui lui avaient conquis l'empire du monde, lui donnait le respect des matrones historiques. Elle leur permettait le superbe orgueil mais aussi la faiblesse ; et le dédain pour Tespèce féminine n'en était pas diminué. Il fallait un effort plus saisissant d'abord, plus pittoresque ensuite, surtout plus continu, plus accompagné d'éloquence enflammée, pour réduire les grands représentants de la fierté romaine à comprendre l'abnégation chrétienne.
Cette fierté, en effet, était attachée à l'ancienne religion. Le paganisme, c'était Rome conquérant l'univers ; c'était les grands ancêtres. Pour les patriciens, c'était, en outre, l'usage, l'abus même, mais l'abus permis, de ces immenses richesses ([ue les dépouilles de la terre avaient données à ces ancêtres ; c'était surtout la haine contre cette religion égalitaire qui faisait monter les esclaves jusqu'à eux et leur conseillait à eux-mêmes de descendre jusqu'à la pauvreté. L'Olympe, c'était Horace, Virgile, Cicéron, Catulle, les Belles- Lettres, toutes les élégances de l'esprit. Enfin, s'il avait perdu la puissance, Jupiter avait conservé ses fêtes. Les grandes charges religieuses tlonnaient encore à l'aristocratie romaine des titres sonores, des restes d'autorité traditionnelle.
IlISTOIIli: I)i: I.A MATICHNITK SAINTI!. T.^
L.i |»;m\ rrir rhrriirnnr ii'rl.'ul, donc pns cnlréc ;)n Srnal. hlllr y «'iil r.i.
('/est <Mi *ni <nrAlliaii.'is<î vint à Hoiiu); vers ItSO ([iH* Vh'l/lisr (lonicsilf/ftr llorissnDlf* [)()iissnit les lidrlcs an i*rn()l)ilisiii(\ Mn !VJ7, on vil priiélnîr <l;nislo Srnal, un hoiniiu», |)i(*(ls uns, vôlii comme nii |>aiivn\ d'iiiir (''|(>lVr (h* hiiiu» luiinr, (Irpouillé non s(Mil(M!i(Mil (1(*. sa loj^c cUlosiiisifi^nos proconsnlaires mais (l<^ la laliclave, manpHMlc ladij^nilé S(Mial()rial(\ 11 s^nanrail avec iiiu* majcvslé liaïKjuilhi cl alla s'ass(H)ir aii[)rrs d'Alhiiius, le pirlro de Jupil(M\ Il on avait le droit, il était sénateur, {ils et pcdit-lils de consul, « la gloire -de celle gens Furia, descendant de Camille ». < Vêlait Pammacliius, le célèbre contradicleur de Symma(iu(\ Il venait de perdre sa lemme, «lillc <\c Pailla, celle descendante d'Agamemnon, de Paul-Kmile et desScipions ». « llavaitprislecostuniedu cénobite et de prince s'était faitpauvrc. » Il était renommé autant pour la dignité de son caractère que pour l'activité de son esprit. Toutefois, c'était la première fois que le costume méprisé du moine et du moine oriental se montrait dans le Sénat, et approcliait de ces sceptiques, presque tous encore païens. Ils ne comprenaient rien à ceMane, Thècel, Phares que leur envoyait la Providence. Ils criblèrent de railleries ce collègue insensé. Pammacliius ne s'en émut pas. Il ne voulait pas quitter celte assemblée où il avait 4\ défendre les intérêts de la société chrétienne et il avait résolu de prendre de la vie cénobitique tout ce qui ne rempècherait pas de veiller à cette grande cause. Il savait qu'il avait pour lui Tavenir ; il pressentait que cet avenir était prochain ; et, en
somme, comme l'écrivait saint Jérôme, deridentés ipsi derisil, ce fut lui que la Providence chargea de railler ces railleurs.
Elle lui donna, toujours en vue de cet avenir, une autre mission, moins grande sans doute que de prêcher la pauvreté et la patience à ces futurs esclaves des Goths. Elle était utile pourtant. Pammachius doitètre considéré comme le fondateur, en Occident, de ces maisons de refuge, de ces hospices qui devaient sauver tant de misérables, tant de voyageurs, pendant les siècles qui vont suivre. De concert avec Fabiola, il fonda à Port-Romain, aujourd'hui Ostie, un xenodochium, un hôpital, dont on a retrouvé dernièrement les restes et dont la renommée se répandit partout, « jusque chez les Parthes ».
L'exemple de Pammachius eut l'efTet saisissant; voici l'exemple pittoresque.
§ IV. — Le triomphe de la pauvreté, — La scène nous est dépeinte par saint Paulin de Noie, personnage consulaire et sénatorial, neveu du poète Ausone, lui-même poète gracieux, prosateur élégant, saint attrayant, de la race de saint François de Sales.
Il nous montre une vieille femme quittant Jérusalem au mois de mars de l'an 402, débarquant à Naples après vingt jours de traversée, montant sur le plus vil des unes et se dirigeant vers Rome. Nous la voyons bien. Elle a soixanteans, sa figure noircie par le climat de Judée est encadrée de cheveux gris. Elle porte une robe brune de laine grossière, sous un manteau de paille tressée. Il y avait trente-sept ans qu'elle avait quitté Rome. Les parents et les amis qu'elle y avait jadis
iif<r(»im: in: f.\ M\ii:aN!TK saimi f)!
rlaicnl nciius rallnnlrr ii Nnplrs. VA\r .i\.iil «Ir cidr ([(irllc s'îirrrlrrnil h Noh» où «Idiirurait Pnulin, <iui riait \r\\\\ l);Uir wwr vir\'\s(* aupr/îs du loinlxN'Ui (lu luîirlyr Krlix, palromlrla (!arii|).Tnie. a Nullr part, écril-il, <ui ne \ il coiili-aslo plus rempli (ronscMi^iuMnenls (pic celui dr cMr ina- IroiH* (4 (Ic^sou culouraLî^t» ; et il le lui à la gloire du Seii^iUMir. VA\r luarehail eu avanl, assise sur uu l)ourri(]uet maii^n-e, plus vil que tous les Anes du ïuondc tandis que, derrière elle, les s('3naleurs d(* son cortège, rivalisant de magnificence, nous (Malaient h Tenvi l(*s uns des autn^s toutes les pompt^s du sii'^eU^ La voie Appienne étincelait et g(*missait à la i'ois sous la multitude de leurs chevaux superbement harnachés, sous le roulement des chars couverts d'or, le balancement des litières, le croisement des véhicuh^s qui l'encombraient; mais un seul rayon d'humilité chrétienne eflaçait ces splendeurs de l'orgueil. Les riches admiraient celle qui était pauvre, les profanes celle qui était sainte, et elle, elle se moquait de leurs ricihesses. Nous vîmes là une confusion digne des triomphes de Dieu ; l'or, la pourpre, la soie, s'abaissant devant la serge noire et usée et se faisant ses serviteurs. Nous bénîmes alors le Seigneur qui rend sages ceux qui sont humbles, fait de l'humilité la suprême élévation et laisse les riches dans l'indigence. » Ouand elle descendit de sa monture, les hommes jetèrent sur le sol leurs toges de pourpre, afin qu'elle y posât le pied, les femmes repoussèrent leurs voiles de lin brodés d'or, demandant à revêtir son lourd manteau : on eût dit qu'ils voulussent expier leur immense fortune.
Cette vieille femme c'était l'illustre Mélanie, de famille consulaire, une des servantes de l'Église, les plus actives, les plus fermes, les plus dévouées qu'il y eût alors. Ses paroles, son apparence, ses exemples, notifiaient à l'aristocratie romaine que toute cette pompe qui la suivait brillait de son dernier éclat. Sa pauvreté représentait l'avenir; elle symbolisait l'état prochain de la civilisation.
Elle avait reçu ainsi la mission que la Providence donnait aux sages esprits du temps, la mission d'indiquer que l'indigence volontaire, l'habitude de la simplicité, de l'austérité, le noviciat de la patience étaient les seuls remèdes contre l'inénarrable misère qui allait fondre sur les heureux du monde.
Les chrétiens du iv"^ siècle voyaient l'avenir plus clairement qu'on ne l'a dit. Toutefois comme le patriotisme et les restes de l'orgueil qui avait fait l'énergie des citoyens romains leur cachaient le caractère inguérissable de la corruption, ils espéraient encore. « Si Rome voyait souvent le spectacle que votre piété lui donne, elle pourrait échapper aux malheurs qui la menacent, » écrivait Paulin à Pammachius.
Les esprits moins fins, mais plus fermes, n'avaient même plus cette espérance. « La dernière heure approche et vous voulez vous immobiliser dans les vanités de la vie. Vous croyez vainement que vous pouvez jouir tranquillement des grands biens que vos ancêtres vous ont légués, j) Ce sont les prophétiques paroles de Mélanie, que l'historien Palladius nous transmet.'
iiisToiiu: in: i a matkiinité sainti:. 53
l.cs ('S|)rils plus vif^oiinuix cMicorc, voyniil le mal iiu^vili)i)l(\ vn indiqiiaicnl Irs [)nlliatifs. SîunI Jérôme, avec sa mcTvcMlIcuso jHîrspicacifi'î <'l rim|)(Mliirl)al)l(* Iriiacilcî de sa lo^icjuc, répriera sans (M»ss(* : « Oui, voilà la (Irsoialif)!! du siècle; le Ter ennemi n(jns menaccî de mille terreurs; eehii-là va (Hre ass(»z ricdic rpii ne sera pas oldii^'é de demander son pain; eelui-là assez puissant (pii pourra éviter la servitude ».
Kl voici les mots ([ui illuminent l'iiclion de touti* sa vie : « Habituez-vous à la faim et au jeilne. Ce n'est pas que Dieu se réjouisse de vous voir soullVir, mais c'est que votre vertu ne peut être en sûreté autrement. » Il conclura par deux pensées saisissantes. L'une touche aux profondeurs de la plus sage philosophie humaine : « Celle femme a moins souffert parce que la captivité ne l'a pas faite, mais l'a trouvée pauvre. » L'autre est ravie aux lumières du ciel : « Les temps sont venus dont l'Ecriture a pu dire : « Malheur à celles qui seront mères en ces jours- » là! Oui seront les élus alors? Ceux qui présente- » ront à l'Agneau les vêtements blancs, c'est-àï> dire les Vierges. » C'est ainsi qu'en prêchant la virginité et en démontrant l'utilité de perdre tout égoïsme maternel, Jérôme va travailler à constituer la maternité sainte.
§ V. — La Malernilé qui crée les saints. — Bien des écrivains, Tertullien, le pape Damase, saint Ambroise, vingt autres, avaient déjà combattu avec vigueur la chair païenne. Pour en triompher, il fallait des elTorts répétés et la pleine liberté des mouvements. Il fallait également continuer de combattre l'esprit païen, et lui por-
ter les derniers coups avant Tavènement de Tiernorance Barbare. Avant la destruction ou tout au moins la diminution des documents, des livres, des monuments, il était tout d'abord nécessaire de déterminer le texte authentique de l'Ancien Testament. La Providence inspira donc à Jérôme de quitter Rome. Il donne les raisons de cette détermination que partagèrent Paula et sa fille Eustochium :
Rome montrait le spectacle que l'histoire nous a appris à connaître. La victoire a des effets logiques : elle .encourage les vainqueurs à se reposer, elle endort la vigilance, enfle la vanité, offre les moyens de satisfaire les passions. Les vaincus, de leur côté, essayent de reprendre par la ruse ce que la force leur a enlevé. Le paganisme, cédant sous la doctrine et sous l'influence politique, mais vivant encore dans les habitudes et les mœurs, s'efforçait de se venger par la corruption. Le catholicisme, qui avait cessé d'être fouetté par le martyre, ne se composait plus de l'élite morale de l'humanité. Il ouvrait ses bras à tous; et comme il était triomphant et puissant, tout accourait, les lâches comme les ambitieux, les indifférents comme les hypocrites. « La charité s'était refroidie, » dit Jérôme, atténuant le mal. Plus tard il écrira contre « ces veuves, ces vierges même qui s'en vont de maison en maison prêchant le relûchement ». En maint autre endroit de ses œuvres il constate que si la foi est toujours aussi ferme, les mœurs sont en péril. Il ne voulait pas user ses heures à lutter contre les bavardages corrupteurs et les taquineries du vice. En dehors môme de l'archange
UISTOînK DK I.A MATriUNnï: SAINTE. ^U>
^HidicMi (!(' la civilisaiioii liiiiiiaiiir (|iii h; [)otiss;iil loin de Momc, il voulait i^ïrr. hors (\r la conlafrioii poni- l;i ini(Mix j^it^or et la coinhaltre plus lari»*rniriil.
Puis (|n('llr. vie, inc^nie pour les plus sapes; (pielh* |)ert(» do l(»nips, de palic^ncr, (!<» eliarilf'»!
»( Un vous visite. Si vous recevez, adieu le silence. Si vous fermez votre porte, vous ôles ori!:u(Mlleux. Si vous rendez les visites reçues, il faut aller fi ces portes splendides, traverser, au milieu d(^s eselavesqui caquellent et murmurent, ces appartemonis dorés. \ oilà Hom(\ » VA, dans une de ses lettres à jMarcell(% il appuiera sur le trouble^ que cette vie apporte h la prière et au travail.
Le travail et la prière, c'était donc ce que lui et ses saintes compagnes allaient chercher loin de la Ville, et s'il se rendait près de Jérusalem, c'est que la Judée était le reliquaire du Sauveur. Lîi surtout il trouverait Jésus, Ses inspirations moins refroidies. Son amour })lus brûlant, la trace de Ses pas bénis, les échos moins affaiblis de Ses caressantes consolations. Mélanie, installée au mont des Oliviers, vivait dans la mortde Jésus, Jérôme et Paula vécurent dans sa naissance: ils bâtirent à Bethléem deux monastères, et un hospice pour les étrangers. De plus, en Jérôme, le savant joignait la conscience minutieuse de Térudit à la puissance de rintelligence ; il voulait, afin de traduire plus fidèlement les Livres Saints, étudier la géographie surplace, apprendre mieux Thébreu et le chaldéen et conférer avec les rabbins juifs.
Je résiste à raconter lonmiement cette vie
sainte et savante où la pénitence et la poésie se mêlent, où la solitude est nécessaire pour le labeur immense et où pourtant la plus active partie du monde connu semble se donner rendez-vous.
« On vient ici du monde entier, écrit-il, et quand un visiteur s'apprête à partir, on me demande tant de lettres que je n'y arrive pas. »
Ses voisins sont l'austère et énergique Mélanie, l'historien Rufm, Jean, l'évèque de Jérusalem; voisins que la querelle sur l'hérésie d'Origène devait bientôt irriter contre le solitaire de Bethléem. Les correspondants, les visiteurs, ce sont d'abord les grandes matrones romaines, ces merveilles de la vertu et de la charité, Marcelle, Fabiola, Furia, Blesilla, Lœta, Asella, Principia, Salvina, mère de Théodose, fille du roi africain Gildon, une de ces matrones, non pas de Rome mais de Constantinople, dont saint Jc^n Chrysostome nous apprend le zèle. C'est Pammachius, Gaudentius, Népoticn, ces amis de son cœur. C'est Paulin de Noie et son épouse Thérésia à qui il redira le mot prophétique : « N'attendez pas le malheur pour vous faire malheureux ». C'est le pape Damase dont il est le conseil; c'est saint Epiphane, c'est saint Augustin et ses deux amis Alypius et l'historien Orose ; c'est Licinius, puis sa veuve Théodora, Licinius grand seigneur d'Espagne, passionné pour la science, qui d'abord lui avaitcMivoyé six copistes pour copier ses œuvres et qui bientôt suit ses copistes ; c'est Ilébidia, Armoricaine, de race druidi([ue, beau type de la puissance intellectuelle de la femme gauloise, et deux
iiisKHiu: ni; i \ MMiiUMTi': SAINTF. r»7
niilrrs iiohlrs miilioiirs de l.i (î;iiilr. Arlrnii.i et Al^rsi;!.
Diuis crllo (!oiT(»spon(l;uico éUMnliir, l'hislorion [XMil n^IroiivcM- loni Ir iv" sièchî. Nous n*avoiis à y clMM-chcr <|ur U\ foycM* doniosli(|iH». Nous l'y trouvons ('iili(M', dans toutes ses nnniuMvs, dans celles sui'Ioul (|ui (•f)nstituent la Maternité sainte. Il laut l'y eh(;rclier dans eette lettre — je devrais la qualilicr d'adinirahle, nriais il t'aul en dire autant des autres — cette lettre à luistochiuni (|ue Montaleinhert, je erois, a nommée le Code de la \'irf*;inité; dans l'épître à Démétriade; dans la lettres à (laudentius sur l'éducation de sa fille; dans la lettre à Salvina sur Téducation de ses deux enfants; dans la lettre à La3ta, qui s'occupe de la sainteté quand la précédente pense surtout à la piété; dans la lettre à Népotien où il trace les règles de la vie sociale du sacerdoce; dans la lettre à Furia sur les secondes noces ; dans cette lettre à Marcelle que nous avons citée, où il lui prêche les joies de Bethléem et où il met la vie chrétienne en contraste avec la vie mondaine ; dans une autre lettre à ■Marcelle sur la maladie de Blesilla, où il revient sur le veuvage. Les trois plus importantes sont avec celle à Eustochium sur l'éducation de la religieuse, celle à Népotien sur Téducalion du prêtre, celle à Paulin sur l'éducation du moine.
Là, partout Jérôme poussait principalement à la vie religieuse. Il continuait par ses écrits, avec son âpre ardeur et sa hardiesse imperturbable, le combat en l'honneur de la virginité, que saint Ambroise soutenait par la parole.
Combat que je m'obstine à appeler providentiel. L'un et l'autre y développaient une telle éloquence que les mères de Milan empêchèrent leurs filles d'aller au sermon et que les monastères s'élevaient partout. Il y avait, dit Rufin, « autant d'habitants dans les déserts que dans les villes ». « Que Rome ait son tumulte, l'armée ses fureurs, le cirque ses folies, les théâtres leurs dissolutions, que le sénat des matrones soit visité chaque jour par les mondains, nous, notre bonheur est de nous attacher au Seigneur seul! » s'écrie saint Jérôme. « Ne cherchons pas à posséder à la fois le Christ et le monde. »
Il conclut avec son implacable logique si nécessaire alors : « Quand môme une mère, les cheveux épars, les vêtements déchirés, te montrerait le sein qui t'a nourrie, quand même un père se coucherait sur le seuil de la porte, passe pardessus un père, par-dessus une mère et vole, l'œil sec, vers l'étendard de la Croix. » Il dit à Furia : « Vous avez appris par le mariage luimême les ennuis du mariage, pourquoi vous laisser prendre deux fois au même piège? » AEustochium : ce Je loue le mariage joarce quil nous donne des Vierges, ieiire des épines la rose, l'or de la poussière et la perle du coquillage. »
On devine la fureur que ce spiritualisme sans transaction inspirait aux païens et aux semipaïens. Jérôme ne s'y est pas trompé. « Je sais bien que les puissants s'élèvent contre moi et que les patriciens m'injurient. » Le peuple était d'accord avec les sénateurs : « Ce sont les jeûnes qui ont tué cette jeune femme et elle ne laisse pas d'enfants parce qu'on l'a empêchée de
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Il ne faut |)()uitanl [)as croire (|ne Jérôme voulu! la lin du monde : a Le mariage a son rang, les noces leur honneur, cîtleur sairdfîlé ». a II ne faut pîis conlraindre l'Iiomme à nn^ner sur la terre la vii* d(;s an^es. Les noces, je le v(hix bien, sont un don (h; Dieu, mais le don de la virginité est bien supérieur. » H disait d'une laeon pittoresque, sa théorie : « La bonne terre, nous <lit rKvangile, n'est pas également féconde, Tune produit cent fruits, c'est la virginité; l'autre soixante, c'est la viduité pieuse; l'autre sculenieid trente, c'est le mariage chaste et chrétien. i>
Tout en voulant faire l'éloge de la virginité, il dicte les leçons ([ui doivent servir à l'épouse et il la mère. Il n'a pas sans doute cherché à donner un cours complet de [)édagogic sainte. Toutefois, en recueillant ça et là toutes les règles que le catholicisme avait jusqu'ici pratiquées l)lutôt que formulées, et en nous laissant le soin de les rassembler, il nous donne le code du foyer domestique. C'est ce corps de doctrines ([ui aidera la civilisation à triompher de la Barbarie et que nous retrouverons dans le cours des siècles, en esquissant les jNIères des Saints.
§ VI. — La leçon de i avenir. — Mélanie s'écriait : « L'heure approche ! » Jérôme écrivait : <( L'heure est venue. Faites-vous pauvres pour moins souffrir de la pauvreté. Ne mettez votre espérance que dans le Seigneur. »
Un jour une des plus grandes dames de Rome arrive à Bethléem. Elle était ensanglantée. Quand elle fut entrée dans l'hôpital des étrangers, elle
défit les linges sanglants qui lui entouraient le sein, et elle tomba morte. Elle avait quitté Rome avec une blessure à la gorge qu'elle n'avait pas pu soigner pendant le voyage; quand on avait mis cette blessure à nu, la plaie s'était ouverte et le sang avait jailli avec violence. Cette morte était parmi les plus heureuses. Bien d'autres femmes de Rome avaient été égorgées après avoir souffert mille angoisses et mille tortures, pendant les horreurs d'une ville prise d'assaut par les plus farouches des hommes. « Les filles des sénateurs étaient devenues esclaves, leurs femmes servantes. »
Les Goths avaient pris Rome! Pendant trois jours et trois nuits, ils l'avait mise à sac après un long siège où l'on avait souffert une terrible^ famine.
« La brillante lumière qui éclairait toutes les terres est éteinte, la tète de l'empire est tranchée ; avec la mort d'une seule ville, le monde entier périt! » C'est le cri désolé de Jérôme et il faut lire dans la préface de sa traduction d'EzéchicK dans sa lettre à Principia « la ruine de cette fière souveraine des nations, sépulcre de la plupart de ses enfants et qui envoie par tout l'Orient ses fils et ses filles esclaves ».
Alaric, par un caprice inexpliqué, respecta uniquement la basilique de Saint-Pierre et Saint- Paul.
C'était la leçon de l'avenir : « Attachez-vous au Seigneur seul. » Dieu donnait encore raison à son serviteur qu'on avait tant raillé quand il attirait à Bethléem les ûmes saintes : Bethléem servait d'hospice au Sénat romain.
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11 avait rrs(M'V('^ a Jrrùnir nno jïlus haulr iiiissioii encore* (Ml 1(* faisaiil, en (|url(|urs()rlr, un des h\t;islalrurs du luariaj^iî clirrlicn cl non des moins iinporlauls ; car TorgncMl romain adinellail plus aisément le sacrifice de l.i \'ïc (puî des passions, plus facilement le martyre que la virginité.
Nous venons de voir à l'aidcî de cpielle élo- (pience et d(* (juelles circonstances la vie cénobilique fut introduite dans les mœurs romaines. Dés lors la Maternité sainte est définitivement fondée et nous pouvons exposer les détails de son histoire.
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Les Grandes Chroniques de la Maternité sainte du IV au XVIII" siècle.
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Di: LA DÉCADENCE DE i/eMPIUE A LA RENAISSANCE CATHOLIQUE (iV^-Xl" SIÈCLE).
^1. — La mère de saint Aihanase (29G-373*). — Nous commençons cette série d'esquisses par des mots qui reviendront souvent dans notre pensée, sinon dans nos lignes :
Nous ne savons presque rien sur la famille, renlance et l'éducation de saint Athanase. Son intrépidité invincible, son ardente éloquence, l'éclat de ses quarante-six années d'épiscopat dont il passa vingt en exil, la grandeur des services qu'il rendit à TEglise ont rejeté dans l'ombre tout ce qui ne concerne pas sa lutte contre Tarianisme.
Sa première biographie fut écrite quelques siècles après sa mort. L'auteur nous dit seulement qu'il est né à Alexandrie, que ses parents étaient nobles et très pieux.
1. Les dates données à la suite du titre indiquent toujours la naissance et la mort des saints.
Athanase, lui, nous donne deux renseignements.
Il nous parle d'une tante qui fut persécutée à cause de lui par l'évêque arien Grégoire; la haine de celui-ci poursuivit même le cadavre de la courageuse femme et Tarien défendit qu'on lui donnât la sépulture.
D'une lettre qu'il écrivit à un évêque de Cagliari en 358, au plus fort de la persécution, on peut inférer que sa mère vivait encore à cette époque. 11 raconte en effet, qu'elle était alors à Alexandrie et qu'il voulait aller la voir. Mais les ariens faisaient aux portes de la ville une si bonne garde qu'il ne fut pas possible d'y entrer.
Les leçons qu'il reçut de sa mère, nous pouvons les deviner dans le fait suivant, qui nous est raconté par l'historien Rufîn. .
Les Alexandrins avaient l'habitude de célébrer avec beaucoup de solennité la fête de saint Pierre, l'un de leurs archevêques, martyrisé pendant la persécution de Dioctétien. Les cérémonies étaient longues et l'usage voulait que l'archevêque, après la célébration des saints mystères, reçût à sa table quelques-uns des plus notables assistants. Saint Alexandre, qui gouvernait l'Eglise alcxandrine au temps de l'enfance d'Athanase, avait l'habitude de se retirer dans sa chambre pour y passer, dans la méditation, le temps qui séparait la fln de la cérémonie de l'heure du dîner. Cette chambre avait vue sur la mer. Un jour que ses regards se portèrent sur le rivage, il vit une bande de jeunes enfants qui imitaient les cérémonies de l'Eglise, et l'un d'eux paraissait remplir l'oflice d'un évêque avec tant
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^le soin <*l (1rs ^rshîs si \)\c\\ appropricîs à la fonclioiï, (|ii(' l(* |)ivlal (Mî fui rloiiiH', |)rrs(|ii(* iiiqnifîl. Il (Mivoya clirrclKM* cc^s (Milanls ri leur «UMiianda <*>(M|ifils faisai(;iil là. (jMix-ci iiiliiiiidi^s nîslènMil inucls. Il les rassura ri a|)|)ril que l'un d'eux qu'ils lui nioiilrènMil (*l (|iii <Hail. Alhnnase, — reiu|>lissait, eu elVel, 1rs ronclious Vpiscopales, telles qu'ils avai(înt pu les obscirver eu mainte circ'ouslanee. (^.(^jour-lh, il avait décidé ([u'il ha])tiserail quehiues-uus d'entre eux qui n'avaient pas encore reçu le baptême. L(î saint poussa plus loin son interrogatoire. Il leur demanda quc^lles (juestions l'évéque enfant avait posées, quelles réponses il avait exigées, quelles cérémonies il avait Tailes. 11 acquit la certitude que tout ce (jui est requis pour l'administration du baptême avait été observé très exactement. L'archevêque, après avoir pris l'avis des prêtres que cette scène avait appelés auprès de lui, conclut que le baptême était valable; qu'il n'y avait pas lieu de rebaptiser ces catéchumènes et qu'il fallait seulement ajouter celles des cérémonies que les prêtres seuls ont pouvoir de faire.
Par là donc nous pouvons deviner l'éducation qu'Athanase reçut au foyer domestique, les leçons et les encouragements de sa mère. Elle dut aussi lui inspirer Tamour des saintes lettres. Nous le voyons, en effet, quitter bien jeune l'étude des auteurs païens, non qu'il les ignorât car nous trouvons dans ses œuvres des citations de Y Odyssée d'Homère, par exemple, mais saint Grégoire de Nazianze nous dit qu'il ne voulut pas que la noblesse et la générosité de son âme fussent anéanties par les vaines connais-
sances, de crainte qu'il ne lui arrivât la même chose qu'aux athlètes qui frappent l'air plutôt que les membres de leurs adversaires. »
§ IL — La mère de saint Jean Chrysostome (344-407). — ■' Les Mères des Saints ne furent pas toutes des héroïnes de la foi. La plus ferme piété ne détruisait pas nécessairement en elles les doux égoïsmes et les touchantes faiblesses de l'amour maternel. Le cher Seigneur, toujours miséricordieux et toujours caressant pour les âmes pures, même lorsqu'elles ont peine à s'élever jusqu'aux sublimités de la générosité, nous apprend qu'il y a plusieurs demeures dans la maison du Père céleste. Sans doute, les mères angéliques comme Félicité, ayant tout oublié ])()iir la gloire de Dieu, paraissent appelées à jcsplcndir dans les demeures les plus rapprochées du palais de l'amour divin. (Hélas! nous n'avons que des images grossières pour essayer de traduire tout ce qui est du Ciel). Mais le paradis a des places au-dessous de ce que je voudrais pouvoir appeler la table d'honneur de la félicité éternelle.
Dieu utilisa, d'ailleurs, la sensibilité extrême de la mère de saint Jean. Ce fut l'instrument qu il employa pour garder au milieu de la bataille l'un des plus grands, des plus éloquents^ des plus vaillants généraux de la milice chrétienne.
C'est son tendre égoïsme qui empêcha son fds de s'enfermer dans la solitude avec son ami Basile.
CIIIIONIOUKS Di: LA MATi:ilNITÉ SAINTi:. (J7
Nous ne (levons \){\s oiiMier, en onirr, (ju'elle û une silunlion liisl()i'i<|ue ; c'(\st i\ propos d'cllo que 1(* {^n'aiid rlirlciir [);iïen I.ihnnins, l'un des honun(\s les plus éhxpienls et les plus rrnonimés de ee glorieux iv° sièehî, s'écria : « (Juelles merveilleuses femmes se trouvent parmi ces chrétiens! »
Ainsi le christianismi» avait élevé la lemme ù un(* hauteur si slupélianl(» pour les païens, (pie celle-là même ([ue nous jugeons faible, était, pour les plus sag(^s d'entre eux, une merveille.
Klle se nommait Anthusa. Elle était femme de Secundus, grand maître de la cavalerie de l'empire en Orient. Elle resta veuve à vingt ans et ne voulut pas se remarier, pour se livrer à l'éducation d'une lille dont nous ignorons le nom, pour soigner tout particulièrement l'Ame de son fils Jean. Celui-ci avait grand besoin de sa vigilance.
Malgré ses efforts, ses prières, malgré ce saisissant ensemble de qualités intellectuelles et morales qui arrachait ce cri d'admiration à l'illustre païen, elle n'avait pu faire de ce fils ni un chrétien ni un catéchumène. La société chrétienne sortait lentement, malgré le sang des martyrs, du substratiim, dès longtemps durci, de la société païenne.
C'est le paganisme qui distribuait la gloire mondaine , lui qui était brillant , bruyant , attrayant, qui satisfaisait l'orgueil comme l'ambition, et qui donnait les hautes dignités avec la fortune et les plaisirs.
Jean avait vingt-cinq ans. Déjà éblouissant et ébloui par sa renommée, illustre dans l'éloquence, dans les belles-lettres, dans la philosophie et
cherchant dans le barreau l'entrée des plus hautes fonctions, il oubliait aisément les leçons d'humilité, d'abnégation, de pauvreté, de martyre peut-être qu'il avait reçues de sa mère et entrevues comme dernières et lo2:iques conséquences de ces leçons. Le Seigneur Jésus s'empara enfin de cette grande âme.
C'est à lui-même qu'il faut demander l'ardent récit de sa conversion. Nous, nous ne devons penser qu'à sa mère. Mais nous pouvons l'interroger sur l'effort qu'elle fit et qui dirigea tout l'avenir de son fils.
On peut deviner sa joie à l'annonce de cette conversion. Cette joie fut aussi grande que le dépit des païens, dépit dont nous avons recueilli une bien curieuse preuve : Le grand Libanius est à la mort. Ses disciples l'entourent et ils lui demandent quel serait son sucesseur. L'illustre rhéteur réfléchit un instant et il répondit un mot indiquant, avec les espérances que les docteurs du paganisme avaient fondéessur Jean, la déception amère qui avait suivi la ruine de ces espérances : « Je vous proposerais Jean, si les chrétiens ne nous l'avaient ravi. »
C'est à lui, à Jean, que nous allons donner la parole, et les quelques lignes qui vont suivre, rendront mieux que toute analyse l'esprit et le cœur d'Anthusa. Elles donneront aussi quelque idée de ce style caressant en sa simplicité, aussi remarquable en son naturel que les éclats de cet autre style oij flamboient l'indignation et la logique de la Douche d'or,
Anthusa avait offert son fils au Seigneur, elle ne voulait pas le lui donner toni m lier. Elle