‹ Les mères ennemiesChapitre 17 sur 18 · IX · texte numérisé non relu

IX

bande Taleareose. ciaspérée parla défaite et la prison, la répandant à travers les Rosses en fête et sans dé* fiance, dans la ville sans garnison, qn'allait-il tenter de sinistre 'f quel était le crime qne Diea allait permettre?

Seuls, mordant leurs bàiUons avec des râles, sourds, sans paroles, le père et le fils se tordaient dans leurs liens. Autour d'eux, le silence dans la cour déserte n'était rompu quelquefois que par le bruit vague et profond des soldats enfermés dans les souterrains.

Rongé d'angoisse, le comte Boleski pensait :

— Ils fuient. Etienne aurait fui avec eux, il échappait au supplice ! C'est à cause de moi qu'il périra » grâce au manteau et au casque, ses compagnons l'ont pris pour un Russe, et tout à l'heure les gardiens vont venir, ils le reconnaîtront pour un Polonais, euxl C'en est fait de lui. Ah ! misérable homme que je suis ! Je me croyais pardonné, je croyais que Dieu voulait bien m'employer au salut de mon enfant ; c'est à sa perte que je suis utile. Que l'éternelle justice est cruelle, et qu'elle est adroite à châtier ! Tout ce que •'ai tenté pour Etienne a réussi contre lui. C'est af-

'eux, cela: quand on a fait le mal, on ne peut plus

faire le bien ; et parce que j'ai abandonné mon fils autrefois, il faut que je le tue aujourd'hui. Le tuer ! mon Dieu, s'il était mort déjà? Si ce» hommes, en le renversant, l'avaient frappé? Non. Je l'entends qui se plaint, je le vois qui remue, il vit ! Oh ! si je pouvais lui parler, l'encourager. Comme il doit souffrir, le» membres liés de ces anneaux ; peut-être une chaîne, comme à moi, lui serre le cou et Tétrangle* Juste ciel! je n'avais pas pensé à ceci, qui serait terrible ; il croit peut-être que j'ai prémédité ce qui arrive ; que l'évasion offerte, que le déguisement, cachaient un piège où il est tombé. Hélas ! s'il croyait cela ! Pourquoi non? A ses yeux, que suis-je, malgré sa clémence d'un instant? Un traître* On peut soupçonner un traître d'une trahison nouvelle* Oh ! cette étoffe qui m'emplit la bouche, il faut que je la crache ou que je Tavale. Comme je l'arracherais si mes mains étaient libres. Parler ! parler ! je veux parler ! . . . On ne le prendra pa§ avant que je me sois justifié !

D'autres pensées encore qui auraient voulu devenir des mots lui montaient à la gorge, et dans sa rage impuissante il se sentait tout le visage mouillé de larmes.

Cependant, être calme, c'est ce qu'il fallait d'abord ; il se maîtrisa, essaya d'envisager les choses froidement. Par l'adresse, sinon par la force, il n'était pas impossible, peut-être, de se délier ? Une fois délivré, ah l il saurait bien délivrer Etienne ; et le salut de son fils pouvait encore être espéré.

Mais les chaînes l'enveloppaient fortement, immobilisant les jambes, les bras; à chaque mouvement, la dureté d'un anneau lui pénétrait dans la chair, à tra-

vers rétoffe. N'importe ! il essaya, lentement, en amincissant le plus qu*il put son poignet, de dégager sa main droite du bracelet qui la serrait. Ses os crièrent sous Tétroite pression; il ne s'arrêta pas, il s'efforça encore, encore, et, brusquement, les phalanges écorchées, sanglantes, il agita sa main libre. Alors pliant son corps, malgré l'étreinte multiple du fer, avec d'affreuses souffrances, le ventre lacéré, les reins frottés comme d'une énorme scie, il rapprocha sa bouche muette de sa main libérée ; il saisit le bâillon et l'arracha en criant : « Mon fils ! » Une plainte lui répondit. Pourtant il avait repris courage. Sur sa mam déchirée, qui s'accrochait aux inégalités de la neige, il se traîna, comme une lourde bête sur un moignon sanglant. Qui savait si, en se plaçant comme il faudrait, il ne pourrait pas dénouer, avec ses doigts meurtris, les nœuds de fer qui maintenaient Etienne? 11 rampait, il approchait, il allait toucher son fils.

Tout à coup un bruit de pas. Dieu! un des soldats, sans doute, avait réussi à s'échapper du souterrain ; il venait, il donnerait l'alarme, Etienne serait saisi, sans défense possible !

Mais non, ce n'était pas dans l'intérieur de la pri- * son que sonnait ce bruit de pas. On marchait derrière eux; le survenant avait dû entrer non par la grille toujours close, mais par la porte de la cour que les fuyards avaient laissée ouverte. Un passant peut-être, qui s'avançait avec précaution, étonné, inquiet de la citadelle déserte.

André Boleski tourna la tête; celui qui était là, c'était Ivan.

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Ivan! pourquoi? Comment? Que venait-il faire? Mais ce n'était pas l'instant de demander ni de fournir des explications; une seule chose urgente : la délivrance d'Etienne.

— Toi ! dit le comte Boleski. Est-ce Dieu qui t'envoie? Oui, Dieu. Écoute, oublie ta haine, aide-moi à délier ton frère.

— Mon frère! dit Ivan dans un cri farouche.

En se penchant, il reconnut Etienne, en effet, et, les deux poings aux dents, il le regardait, les yeux rouges.

Mais Ivan reprit d'une voix presque douce :

— Eh! bien, oui, je le délivrerai.

Rapidement, avec des mains adroites, comme une femme dénoue les cordons d'une robe, il défît les nœuds, élargit la pression des chaînes, qui enfin tombèrent.

Etienne était debout, étirant ses bras.

— Maintenant, lui dit le père, fuis, rejoins tes compagnons.

— Et vous?

— Ne t'inquiète pas de moi. Ton frère m'enlèvera ces liens; je n'ai rien à craindre ; pars.

— Adieu ! dit Etienne.

Il allait s'éloigner ; Ivan lui barra le passage. — ^ Vous ne sortirez pas d'ici !

— Juste ciel ! dit le comte.

— Eh ! reprit Ivan, vous êtes fous tous les deux, j'imagine. Lui Polonais, moi Russe; lui fils d'Élisabelh Boleska, moi fils de Sonya Ivanowa; lui aimé d'Hélyonne, moi haï d'elle, je lui donnerai, vous croyez, la liberté et la vie ? Parbleu, comme dit mon

LBS MEBES EJCSEMIES

M. ?f Yépir Ivanowitch, voilà qui est da dernier <?x:rrv. j-âjit- Savez- vous pourquoi je nMais aotoor de li ' "> 3. p .urquoi je révais d"v pénétrer? Pour le r.'t* r >^ -TLe. Le bcmrreau m'aurait volé ma plus . ;-r*r J- -r ! Lî f^:»rte est ouverte, j'en profite pour •trîij^r .. .• >. ?ir ma parole, il n'en usera pas pour -?. r. *

— T i I î> irl:-. p«>artant î dit le père.

— Z.\ -.«-> i :îe. Siis-je un assassin? J'entends

h':i ii»rna»f ^.rt^r^-^ Ivm tira son sabre.

— >î r> -a:*.. ir>! sanjTi-ta le comte Boleski en se- O'jiiiiiiî »'^ rVrri..x»'S pi T-rtrei^rnaient.

Eî. î -^jm; iLt v-Ts eux. avec des larmes, levant une rriaiii sijpf i:.j.i*:c? !

— Sj^'-z triipTI-?. EL a père, dit Etienne; je ne nu.' bdrtm p^as âv^:r v.:»tre tLU.

— T 1 te h ''\XT7i% ! Je t'ai pris ta fiancée.

— Tni^toi ! orércit le f»ère.

— Elle ne vo^is aime pas. dit Etienne, froidem^nt.

— J'en ferai ma femme.

— Mi>n*

— f>n ma maîlressi^.

îMe.

CtJirikfi**! suppliait André Boleski.

\\\\m\, mordant ses lèvres, prêt à bondir:

j*i fon pays, plein de lâches tels que toi.

It Ion frrre. malheureux!

\\ votre fils y peut-être. On sait ce que vaut sa

Ab ! je vjîUâ tuerai, dît Etienne.

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— Tu veux donc te battre, enfin ! à la bonne heure! et si tu n'as pas d'armes, tiens, prends celle-ci.

Ivan s'était penché, et d'un geste rapide il avait tiré le sabre du comte, qu'il ofifraît à Etienne.

Ils tombèrent en garde.

Mais le père s'était dressé, ses chaînes pendantes autour de lui, à demi délié par quelque énorme effort.

— Gains ! Gains ! cria-t-il, vous ne vous frapperez qu'à travers moi !

Il était entre eux, pâle, suppliant, pitoyable.

— Voyons, enfants, c'est une affreuse folie!

Vous battra, vous deux, pourquoi? Vous me déchirez le cœur ; je sens là, dans ma poitrine, tous à la fois, tous les coups que vous vous destinez. Deux frères, songez donc! ah! oui, vos mères, vos patries, et cette jeune fille que vous aimez, ce sont des fatalités effroyables. Mais ce n'est pas une raison pour vous assassiner, comme cela, devant votre père !

Il disait cent paroles encore, n'osait pas ordonner, à cause d'Etienne, dont les antiques et sévères griefs créaient à ce jeune homme, par une interversion des droits naturels, une sorte de supériorité morale, se bornait à prier, à pleurer, comme une femme...

Etienne, le premier, sa colère domptée, courba le front, abaissa l'arme et la jeta au loin.

— Ah ! c'est bien, c'est bien, dit le père. Toi, Ivan, toi, remets le sabre au fourreau,

-Ghose étrange, Ivan obéit, et pendant que la poitrine d'André Boleski se gonflait d'une immense joie, il ajouta :

— Vous avez raison, nous étions fous, tous deux, et moi, j'étais coupable. Je me repens. Ecoutez, j*ai délivré M. Etienne Boleski, je ferai mieux : je raccompagnerai dans sa fuite, je le cacherai si on le poursuit, je le défendrai si on l'attaque. Vous, mon père, pendant que nous nous éloignerons, vous resterez ici ; les gardiens de cette prison ne tarderont pas sans doute à se jeter sur nos traces ; eh bien ! vous, gouverneur de Troki, vous serez là, les arrêtant, les dépistant, nous donnant le temps de gagner quelque asile.* Vous croyez peut-être que je vous parle ainsi pour que vous me laissiez m'en aller avec M. Etienne, pour que nous puissions nous battre, seuls, loin de vous ? Non, tenez.

Lui aussi, il jeta son arme.

— Vous voyez, je suis désarmé. Bien plus, je demande pardon.

il se tourna vers Etienne Boleski :

— Monsieur, j'aime Hélyonne et je n'en suis pas aimé. C'est cela qui me rend méchant. Notre père vous dira que j'ai des colères, mais que, dans le cœur, je ne suis pas mauvais. J'ai mal parlé de votre pays, j'ai eu tort ; je me repens surtout d'avoir outragé votre mère. Permettez-môi de réparer ma faute en vous offrant mon aide, et laissez-moi vous suivre jusqu'à ce que vous soyez en sûreté.

Il pari .it d'une voix douce, n'avait pas de mauvaises pensées dans les yeux,

— Mes enfants ! mes bien-aimés !

Mais André Boleski frissonna, et considérant Ivan :

— Tu es sincère, au moins ?

— Sur mon honneur, je vous le jure.

— Ah! Dieu soit loué, et soyez bénis, mes fils, pour la joie que vous me donnez !

Il les serra tous deux, éperdument, sur sa joyeuse poitrine.

— Le temps presse, dit Ivan.

— Oui, mais je peux m'en aller sans vous.

— Ecoutez, mon père.

En effet, il montait des souterrains un bruit plus menaçant, qui paraissait plus proche.

— Soit, je reste ; partez vite.

Il les embrassa encore. Ils s'arrachèrent de ses bras, s'enfuirent. Brisé de joie, il s'appuyait contre la muraille, près la porte, disant:

— Ah ! ciel clément ! ils s'aimeront peut-être ! Mais dès qu'ils furent hors de la citadelle, quand

ils comprirent que le père ne pouvait plus les voir ni les entendre, Ivan s'arrêta en écartant sa pelisse :

— J'ai jeté mon sabre, dit-il, parce que j'ai des pistolets.

-^ Je les avais vus, dit Etienne.

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