‹ Les mères ennemiesChapitre 7 sur 18 · A CAUSE D^UNE FEMME ÉTRANGÈRE · texte numérisé non relu

A CAUSE D^UNE FEMME ÉTRANGÈRE

— Ainsi, dit-elle d'un ton de causerie, vous ne reviendrez pas à Pétersbourg?

— Je ne sais... qui a pu vous dire?...

L'or des cheveux lui brûlait les yeux.

— On ne m'a rien dit, je devine. Vous avez revu Elisabeth Boleska, et vous restez, rien de mieux. On ne dit pas qu'elle soit fort belle, la castellane? Vingtsix ans, c'est très vieux, cela! et puis, brune, c'est sévère. Votre femme file au rouet, je parie ? C'est amusant de regarder filer sa femme. Aidez-moi donc à faire rentrer mes cheveux sous mon feutre.

Il tendit les mains, souleva la lourde chevelure, et il crut avoir entre les doigts du feu plein d'odeurs brûlées qui lui flua jusqu'au cœur.

— Vous préférez les brunes? dit-elle. Je vous approuve. Que pouvez-vous espérer de la Russie? Un gouvernement, celui de Smolensk, ou celui de Grodno qui est presque une vice-royauté. Mon cousin Zoricz l'avait obtenu pour vous. Nul en Pologne, si ce n'est le roi Stanislas, n'eût été plus grand que vous. Et qui sait même si, quelque jour... car, enfin, dans votre république, la royauté n'est pas héréditaire. Mais, tout cela, c'est peu de chose. Il vaut bien mieux aller à confesse, entendre les sermons du Père Marc ou de quelque autre, chasser, boire après chasser, et, après boire, échanger de grands coups de sabre avec M. le staroste ou M. le grand-panetier ! Quant à Sonya Ivanowna, que vous alliez épouser, oh ! elle ne vaut guère la peine qu'en en parle, princesse, sans doute, assez bien en cour, quoique d'une famille ruinée — qui sait ? c'est peut-être pour votre fortune qu'elle consentait à vous épouser ! — jolie à ce qu'on raconte, les mains

petites, c'est certain, n'est-ce pas ? mais blonde, — ce qui est insupportable, — frivole, coquette, ne sachant ni ce qu'elle veut, ni ce qu'elle dit; une poupée parlante, dont le ressort est devenu fou. Vous avez fort bien fait de revenir à votre femme, je vous en complimente, et maintenant que me voici un peu moins laide, je me retire et je vous dis adieu.

Il ne l'entendait plus, il la regardait seulement, envahi, absorbé, et quand elle se détourna :

— Oh! Sonya! dit-il

— Eh bien ! quoi? qu'est-ce donc qui vous prend ? Oubliez-vous où vous êtes ? Voilà un « Sonya » beaucoup trop tendre. Non, monsieur, point de Sonya. a Elisabeth », à la bonne heure. Bonsoir, je ne vous en veux pas.

— Hélas ! dit-il pour obtenir le consentement de la comtesse, j'ai tout fait, je vous jure !

— Et vous n'avez pas réussi. Qui vous blâme? Tout est bien.

— J'ai menacé, j'ai été lâche, cruel! Je devenais, pour vous conquérir, indigne de vous posséder. Mais plus je me rendais infâme, plus elle se montrait magnanime, et, si vous l'aviez entendue, vous auriez reculé comme moi de respect et d'admiration. Puis elle n'était pas seule ; j'aurais peut-être triomphé de l'épouse, je n'ai pas pu lutter contre la mère. J'ai été vaincu par le sourire d'un enfant. Une joie inconnue jusqu'alors m'a pénétré, possédé, soumis. Ces petits bras qui vous retiennent, on n'ose pas les repousser de peur de leur faire du mal et à cause de leur faiblesse on se laisse captiver par eux. Ah! j'ai dans l'oreille encore la voix dont il m'a dit : « Est-ce vous

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