‹ Les mères ennemies; drame en trois partiesChapitre 16 sur 81 · S ONT A · texte numérisé non relu

S ONT A

De glorieuses blessures !

ANDRÉ BOLESKI

Un fanfaron.

SONTA

Oh ! point du tout. Ce qu'il raconte de ses guerres dans le Caucase est parfaitement authentique, et il est certain que, s'il n'avait pas eu la supériorité du nombre, il aurait battu les rebelles. Mais, voilà, il avait trop de soldats, cela gênait ses mouvements dans les montagnes, et, naturellement, il a été vaincu par les Tchcrkesses, qui avaient l'avantage de n'être qu'une poignée d'hommes.

ANDRÉ BOLESKI

Enfin, un sot.

SONTA

Pas le moins du monde! Pour un héros, il a de l'esprit.

ANDRÉ BOLESKI

Voyons, Sonya, tout ceci n'est qu'un jeu, n'est-ce pas, un jeu? Vous m'aimez, j'en suis sûr!

Parce que je vous l'ai dit?

DEUXIEME TABLEAU i:>

ANDRÉ B0LESK1

Ah! vous êtes cruelle!

SONYA

N'est-ce pas mon devoir, à présent? Est-ce qu'il n'y a pas Elisabeth Boleska et... l'autre?

ANDRÉ BOLESKI

L'autre ?

SONYA

Oui, VOUS Savez bien le petit. (André Boleski lai saisit violemment le bras. Elle 3 éloigne dans un mouvement de colère et de dédain.)

Vraiment, je ne vous comprends pas.

ANDRÉ BOLESKI

Eh! croyez-vous que je me comprenne moi-même? Quel homme suis-je, enfin? Nul plus que moi n'a le dégoût des choses mauvaises et basses, et tout bourrelé du désir de remonter, je ne sais pas résister aux poussées qui me précipitent. Tenez, c'est affreux, cela. La force de vouloir, du moins, aurait dû m'ètre refusée, puisque je n'ai pas celle de pouvoir.

SONYA

C'est fort bien philosophé. J'aimerais à le lire ; mais il me déplaît de l'entendre, et je vous laisse y rêver.

ANDRÉ BOLESKI

Eh bien oui, partez! mais je vous suis. Je vous adore, — hélas ! voilà ce que je comprends, — à en devenir fou, à en mourir! Je vous aime. Vous êtes tout ce qui me charme, m'enivre, m'entraîne. Il sort de vous des liens qui m'enve-

ôO LES MÈRES ENNEMÏE3

loppent. Je tremble quand je touche votre robe. Vos cheveux tout à l'heure ne brûlaient les yeux. Je vous aime, partons.

SON Y A

F.spérez-vous donc que je serai votre maîtresse?

ANDRÉ Itûl.KSKl

Vous seriez moins deshonorée pour être ma maîtresse que pour m'avoir contraint à une lâcheté.

SONYA

Ah! cette fois, monsieur, adieu et pour jamais!

ANDRÉ BOLESKI

Non!

SONYA

Pour jamais !

ANDRÉ BOLESKI

Eh bien, j'obéirai, oui, je succombe. J'essaierai encore de rompre mon mariage. La comtesse cédera, il le faudra bien, puisque vous l'exigez. Mais dites-moi, Sonya, que je vous reverrai, que vous m'appartiendrez enfin !

SONYA

Pourtant il me semble que vous aviez raison tout à l'heure. Certainement, vous aviez raison, et puisqu'il y va de votre honneur

ANDRÉ BOLESKI, à genoux

Ah ! tout l'honneur pour que tu me souries ! Mais regardez-moi donc ! Vos yeux, c'est un enfer, qui serait comme

un ciel. Que vous êtes jolie! Vous m'aimez toujours! vous m'aimez, je le veux !

SONTAj détournant la tète et laissant sa main glisser sur les cheveux du comte.

Je vous aimais, André...

André Boleski toujours à genoux, la serre passionnément entre ses bras. Élisabet vient d'enrer dans la salle et les regarde sans parler.

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