‹ Les mères ennemies; drame en trois partiesChapitre 21 sur 81 · UN PAYSAN · texte numérisé non relu

UN PAYSAN

Dans nos villages, lorsqu'un homme a renié son Dieu et sa patrie, tous les enfants, conduits par leurs mères, s'approchent du parjure, et en étendant la main, ils lui disent : Que le malheur soit sur toi !

lïn long silence.

ELISABETH

Il n'y a qu'un enfant ici : mais cet enfant suffira. Etienne, dis à cet homme : « Que le malheur soit sur toi ! »

ETIENNE

Oh ! madame ma mère... ce n'est pas cela que vous m'aviez appris...

ELISABETH

Va, et parle haut !

E.ienne e'avnnce en tremblant.

Que le malheur...

Alors, le comte, silencieux jusqu'à ce moment dans la stupéfaction d'une rage impuissante, éclate brusquement.

ANDRÉ BOLESKI

Non ! Non! pas cela ! non ! La mort, oui, la mort plutôt, la mort surtout. Ah ! lâches qui outragez un homme sans défense et captif, j'ai tout supporté sans daigner vous montrer ma colère, tout ! la main de mon vassal sur ma poitrine et le doigt de ce juif sur mon front! mais je ne veux pas que mon fils me maudisse. Non, je ne le veux pas. Etienne, tu ne diras pas cette parole ! Ils te font faire une chose que

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tu ne peux pas comprendre, qui est terrible ! Ah ! si tu savais ! Je te quitte, oui, mais je t'aime. Te rappelles-tu comme je t'embrassais tout à l'heure ? Va-t'en, va jouer, ne sois pas ici, ne sois pas mêlé à ces infâmes vengeances. Je t'en prie, mon fils, ne dis pas cette parole !

ELISABETH

J'ordonne. Mon fils obéit.

ETIENNE

Monseigneur mon père, que le malheur soit sur vous.

Le comte baisse la tôle, écrasé.

ELISABETH

Tout est accompli en ce qui concerne cet homme ! Quant à celle-ci, sa complice, retenez bien son nom, amis et serviteurs ! Elle s'appelle Sophia. Que celles de vos filles et de vos femmes qui ont reçu ce nom, cessent de le porter, mais qu'on le donne désormais, comme un titre d'infamie, aux voleuses et aux prostituées !

ANDRÉ BOLE3KI

Madame!

ELISABETH

Et maintenant sortez, le traître et l'adultère! J'ai béni votre union et célébré vos noces !

LA FOULE

Sortez !

Tous s'écartent pour laisser pisser les maudits. Le père Dominique apparaît sir le stuil, entouré d'enfants de chœur.

LE PEHE DOMlM^li:

Pas encore ! La malédiction des hommes serait sans effet, si elle n'était confirmée par la malédiction du ciel. (Étendant les mains.) Au nom du Seigneur, par la vertu du Saint-Esprit et l'autorité donnée de Dieu à ses apôtres, que cet homme et cette femme soient séparés du sein de notre mère l'Église! qu'ils soient maudits dans leurs personnes et maudits dans leurs proches ! qu'ils soient maudits à la maison et fugitifs dans les champs! Maudits soient les fruits de leurs entrailles et les fruits de leur terre ! Qu'aucun prêtre ne célèbre la sainte Messe en leur présence, et ne les confesse et ne leur donne la communion, fût-ce à l'article de la mort! mais qu'ils soient ensevelis de la sépulture des relaps, des renégats et des ânes. Et, comme nous éteignons aujourd'hui ces flambeaux, que leurs âmes soient à jamais éteintes !

Le père Dominique jette son flambeau à teriv. A son exemple, tous, en même temps éteignent leurs flambeaux contre les dalles. La scène, brusquement, est plongée dans les ténèbres.

Qu'il soit ainsi

ELISABETH

LA FOLLE

Qa'il soit ainsi !

La foule, étendant les bras, forme comme une Toute de flambeaux éteints ou-dessus des excommuniés qui s'enfuient.

Une clairière dans la Bruyère Noire, — toute baignée de lune. La forêt est profonde et farouche. Au fond, sur une petite hauteur, une grande croix de bois où l'image du Christ est suspendue. Au lever du rideau les gentilshommes à cheval sont groupés en demi cercle; des serviteurs tiennent les chevaux par la bride.

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