‹ Les mères rivales, ou, La calomnieChapitre 10 sur 46 · LETTRE XIV · texte numérisé non relu

LETTRE XIV

Dii vicomte de St. Méran à la comtesse dte

Rosfnond.

Du cMtean d*£rnc?nie 9 le 7 avril.

Mfi voila, Madame, danele 6«fiil KeuToù je ptiisse me ptaire en votre a&seoce, «u^ près d'nn ancien et fidèle ami , et auprès de Pauline et de Lëocadie. J*âî Iroave cfelte dernière encore embeUîe,s'il es^possibie. Vous aimez les portraits; je vafîs ëbatfcber le sien , c'est tout ce qu'on peirt faire quand on parte d'elle du A'Uranie !

Léocadiéest ai belle , que l'on croiroît que toutes les descriptions les plus pai^faiites qucles poètes aîeni tracées de la beauié, ont élë faites d'»près ki «ientie, et que K»

visages» de Vénus et d'Hébé , modelés par les sculpteurs grecs, ne sont que des copies du sien. On leur pardon-tie de n'avoir pas rendurexpressiondesaphysionomie(comment donner au marbre tant de sentiment et tant d'âme ) ! mais toujours dans leurs chefs-d'œuvre on relrom^e les traits de Léocadie; en admirant toutes ces têtes ravissantes qui ont entre elle«^des rapports si

RÏVÀtÈS. 47

frâp{>âh^ y He^ èiiWages subitlïilbs de divers orlistl^^ <|ûi Vëeukietit dansd^g siètles difie*fensy lén cdtltetifipldnt là Venus de Médi^ cîs et les enfâtti' de Nîôbë , on ^e rappelle Léotradie^ et r<5nse dit t La béante n'est point îd^ate , Léoùùâit en efei le vrai rno* dèîe ; cl J>our élire belle , 41 fout lui ressenib\et. Cepëndâm, H^êMà an k v^îi pour la jjliremièré ÏVrtS , l'bti ««al fii frappé , ni éb\oix\; sa tôHlè élégante el légère n'eist point la taîHe nvafeetueusede Diaite mi d'€7^ raniey wn vif îtw?arniit ne colore point ©efe )oties ei ne IbiHiie pas nn côniVa^te éçiaiiani âfeclahhncheiXt si pnre de 90t^ H3int; to«ê -en eMe a de ï'rfc<*5rd et dé la d<>»ciear> sa fraiéfaèur est cèHcf d'nne rose Wanéte anittiée d*nnè légère teîh'te de vern=rîlloH. Au premier coup d'étfîl On trouve sa figure si agréable , si retnplïe de gentillesse « dfe grâce, que \t ptemSiér mouvement a'est pas de dire : Çn'èiSe est belle ! tnàis toit^ jours de s'écrier : •Qr/*eife est folie ! Ce n'esft qu'en FestatnÎTiaiit c|ti'on est étonné de s^ rcgularUé ; pltfô làti fiie les yéu^ sîïr dlfe , moins W est possible de délt^tlkrr sa figa- ^ Te, on veut lonjours en cbtitenipVr Vërfsemble. On ne sait- point si sa taHle est parfaite, 00 ssiit seulement guil n y en a point

de mieax proporUoriQjQe ; on Muurqoe & peine la forme et la couleur de sa robe , mais on est charmé de l'çl^g^Qle j^implicilé de son habillemeni; misecomme toutes les çiutres femmes» il semble, toujours qu'elle ait un costume particulier; oa y trouve je ne sais i{uelle gràçe piquaate , q.ui paroit origin^e sans être recherchée; son visage enchauleur produit uoeimpressîon semblable ; quand on vient de la voir pour la première fois , on s'en rappelle mieux l'expression que les traits , et l'on ne sauroit dire s*il existe, de plus beaux yeux que les siens , on n'a été frappé que de son regard. C'est une âme angélique qui donne à sa beauté tant de charmes , tant d'intérêt et de variété^ et son esprit vient aussi tellement de son âme , qu'on n'en peut faire un éloge séparé ; tout ce qu'elle dit, plaît , touche et. persuade, parce qu'elle ne dit rien qui ne soit idspiré parla raison et par la sensibUité ; une délicatesse exquise lui donne cette finesse qui fait tout saisir et tout sentir, et une candeur incomparable répand 9 sur ses moindres actions^ vn charme touchant qui s'insinue jusqu'au fond du cœur.

Ce portrait^ je l'avoue^ est fait par un

ftïVÀLÊS. * 4^

ixmant passionné. Soyez sûre y neamnoins ^ qu'il n'est nulleirnent embelli ; l'amout* même ne saaroit en flatter l'original.. .. Je ne dirai pas ^cependant y que cet objet soit mcomparable ! c'est surtout y en le comparant que je 1 admire avec tant d'enthousiasme»

Je suis sur qu'une muse divine a donné le ]0ur à Léocadie y car elle a tous les talens comme elle a tous les charmes ; elle fait même déjà des vers très-agréables, mais elle ne veut ni les donner, ni les montrer* J'en ai pourtant recueilli quatre qui , sans Tzom âHauteur y sont gravés sur le revers d'un médaillon qu'elle vient de donner à sOn-amie Zéphirine. Il faut que vous sachiez y Madame y que ce médaillon contient d'un coté le portrait de Léocadie y et qu'il a été mis au cou de Zéphirine au moment d une séparation ^ Zéphirine parlant pour Dijon avec son père et sa mère y et ne devant revenir que dans trois mois* Voici les vers.

Que du sentiment le plus dofix^ Ce portrait soit pour toi le gage et l'assurance ^ Mais mon cœur en seroit jaloux , S'il te consoloit de l'absence.

Je resterai ici le temps contenu. ... Je me flatte que vous quitterez la M^^'^ plus tôt 5. 5

«o XES MEHES

qu'à l'ordînaîre , alors j'aurai un bivar tout entrer y Qt ce sera pour moi la beUe.

jsaison. , ■

Adieu , Madame ; ccmiptez à jamais sur les sentimens que vous daignez partager ^ «t même sur loue ceux qy^ vx>us avez prosiCrils; songez du moins quelquefois que si |e puis m« taice , jene saurois cfaaDger. St je ne vous supposQis pas celte idée j le sir lence seroil un tourment sans dédommagement et sans consolation.

La rivalité m'a presqjue brouille' avec •du Resnel ; il ne me pardonne pas d'avoir tant de fois 02/&//6 sa commission des ro-* «es mousseuses qu'il veut offrir à Léocadie. 11 est bien étonné de me trouver de la négligence pour lui et pour Léocadie* Ceci prouve ,

Combiefi nos jugemess sent aveugles et fains. (i)

.<i} Vcxs de Xancxéde, de Voltaire.

ÎIIVALES. Si

Page 1