‹ Les mères rivales, ou, La calomnieChapitre 11 sur 46 · LETTRE XV · texte numérisé non relu

LETTRE XV

De la marquise à la baronne.

Le 39 mak

Ah!, plaignez votre maFheureu&e amiel "Ma mère est dangereusement malade!..; On attelle nos chevaux^ nous allons partir dans ma petite voiture , la grande est cas** ^ée \ \t pars sans femme de chambre , la voiture ne pouviant contenir qu'Albert et moi, Maurice et le docteur que nous esp^ rons décider à venir avec nous en passant à Bourbon. Je laisse ici Léoeadie; Albert a voulu que la quatrième place fût pour Maurice. ... J'ai à supportera la fois une inquiétude mortelle et déchirante , et le c&agriti de me séparer pour la première' ibis de Léocadie^ et il faut eneore que la rougeole étant dans votre château et danà votre village , je ne puisse vous demander de prendre cette cbete petite avec vous durant mon absence l...

Adieu ; mes larmes m'empêchent de voir ce que j'écris !... O mon ange ^ 'prie2 Dieu

Se les HERES

qu'il me conserve la meilleure des mères et la plus cbéne!...

LETTRE XVL

De la même à la Tnéme»

De Dijon, le 8 juin.

Grâce au ciel je respire , elle est hors de danger. Les médecins répondent de tout depuis quarante-huit heures* Mais ^ grand Dieu, que j'ai soufifert ! je l'ai vue à l'extrémi* té I O quel lien que celui qui attache une fîlle à sa mère ! Il y a , certainement , dans ce nœud sacré ^ quelque chose de physique.

Perdre une mère ^ c'est perdre une portion de son existence !•... Nous l'avons veillée quatre nuits de suite y elle avoit toute sa . tête , connoissoit parfaitement son danger, J elle n'étoit occupée que de Dieu , d'Albert et de moi , mais avec une sérénité , une résignation angéliques. Quelles leçons sublimes j'ai reçues d'elle encore dans cette occasion! Ah! qu'avec une vie si remplie d*JQnocence et de vertu la mort est peu redoutable ! Ce spectacle, si déchirant pour

nous , ëlolt le plus grand , le plus auguste que Ton puisse couteitipler.

Elle esl d'une foiblesse extrême ; les sai'^ gnées Font sauvée^ mais Font épuisée. Je resterai encore ici près d'un mois , car je ne la quitterai que lorsqu'elle sera en parfaite convalescence. Je serai bien tourmen-^ tée durant tout ce temps par mes inquié« tadessur Léocadiîé et Sylrestre. Que j'aime M. du Resnel^ qui m'a écrit pour me demander la permission d'aller s'établir à EmeviUe ^ pendant tout le temps de motk absence \ Sachant mes enfans sous sa gar-^ de, je suis bien plus tranquille.

Je suis souvent bien déraisonnable ; si l'entends parler d'un accident, j'imagine dans l'instant que le màme malheur a pu ar^ river à Erneville. Un jour on conta qu^une }eune personne, en lisant , le soir , avoit mis le feu à sa coiffure et s'étoit brûlée d'une manière cruelle , et là-dessus , j'eus la folie d'envoyer un courrier à M^^ du Rocher, uniquementpour lui renouveler desrecom* mandations faîtes mille fois, et je n'ai pume iranquilUaer qu'aprèsavoir reçu sa réponse* O combien l'on doit aimer une bonne mè<re! Quelles inquiétudes, quels déchiremens de cœur ne lui a4p*on pas causés l Dans If

premier âge de mes enfens , que n'àî-jè pas^ souffert ! ils ne sont jamais tombes ^ que je u aie eu pendant quarante jours toutes les horreurs de la crainte d'un GODCre-eonp ; quand ils n'etoient pas sous mes yeuT , je ne pouvob entendre hors de la chambre un cri ou le bruit d'une chute ^ sans frémir et sians croire- qu'il leur étoit arrivé quelque accident funeste; se promenoient-jl&sans moî^et •j'entroient'-fls un peu plus tard que ide cou-^ tume^ l'agitation où )'étoÎ6 est inexprimable ; enfin ^ quoiqu'ils aient tocis-de^botmei santés, je n'ai presqtie point passé de jour sans éprouver des saisissemens affreux el des inquiétudes cruelles. Depuis que je sais M. du Resnel à ErneviUe> je crains infini-" nient moins les accudens physiques , maisje ne puis suppoiier l'idée du chagrin et de la profonde tristesse de Léoc^die ; je voudrois ^d^ bien bonne foi , dans ce moment y qu'elle m'aimât moins ; la savoir souffrante et malheureuse est une peine aa-<lessus de mon courage ; aussi y ne croyez pas que je lui écrive des lettres plaintives sur notre absence ; au contraire^ je lui dis tout ce qui peut la consoler , la rassurer sur moi , et ranimer sa force. J'aime mieux qu'elle ne connoisse que la moitié^tle ma tendresse

RIVALES^. fô

pcretr elle y que d'augrpenler sa douleur ea ta lui peignant telle qu'elle est.

Adieu j mon amie y maudez-moi si cette vilaine ëpidëmie de rougeole dure encore ehez vous ; mais quand elle auroit cessé, je désirerois toujours que vous ne vissiez mes enfans que dans trois semaines ; car en les voyant plus tôt vous pourriez leur commu-" niquer ce mal, puisque nou^^seulement vous ai^ez été dans Tair, mais que vous avez soigné votre bonne gouvernante et sa fille,»

jiendant lottie ieur'maladie. Vous savez si' '^auTots ces craintes pour moi! tnaîs les' âVùirpùtir se^ enfans^ne vous paroîtra pas»

une fbîbfesse. A-dieu, par faite attite, je vous donnerai-exactement des nouvelles de no*-' tre chère malade,

Pardomaez , mon ange ; tnais si vous écrivez à Léocadie , je vous conjure de passer vos lettres ati vfnaîgre avant de les lui envoyer , et de bien recommander au por- 'tetir de'ne point entrer dans le château , eV "de remettre les lettres dans la maison du' garde-chasse. Enfin , je m'en fie à vous* sur toutes les précautions de ce genre.

Dé grâce , n'envoyez poitit de romans a M^** du Rocher , ni rien sans exception que l^on n'auroit pu tremper dans du vinaigr

le LES MERES

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