‹ Les mères rivales, ou, La calomnieChapitre 9 sur 46 · LETTRE XIII · texte numérisé non relu

LETTRE XIII

De la comUfsae d^Olbreuae à la marquise.

De Paris, le 3o mars.

L'uBUREux St. Méran part demain pour Ërnevillç^ et je lui donnerai cette lettre.

J'envie bien son. bonheur y ma charmante amie ; il vous verra y il vous entendra , il passera six/semaines dans la plus aimable société qua je çotinoisse.

Cependant 9 tant de bonheur ne sera pas pour lui; sans danger. Il rerra Léocadie, ^ ayant atteint sa<]uinzièn:)e année^^t^ sans doute, acquis de nouveaux charmes; car il me semble qu'elle ne pouvoit que graadir^et non embellir.. Que dieyiendra le pau* vre vicomte, que nous avons vu si passionné il y a cinq ans ? 11 sait d'avance qu'il a un redoutable rival en M. du Resnel , ce qui produira sûrement ces grands événemens qui plaisent tant a M'^*" du Rocher dans les romans , et qui lui paroissent si ingénieux y quoiqu'ils ne soient pas absolumen.t neufs ^ les brouilleries d'amis in* Urnes y les duels ^ les enlèvemens , etc.

RIVALES. 4i

«Tavois raisoï) de vous mander -que je n'augurois rîeh de bon d'un homoie ^ui s'appelolt Celtas. Néanmoins, malgré mon anlipathie pour ce nom, j'ai très«biea reçu le frère de ma belle-'Soear; c'étoit nn de-^ voir pour moi. Il arriva k Paris sur la fia de novembre 9 et me fut amené dès le \endemaîn. 11 étoil encore en deuil de son grand père, dont il est Tnniquei héritier.

J'avois beaucoup de monde chez mot, et après les premier^ compliment > je lui parlai de son grand'père , et quelqu'un qm se trouva là et qui a connu ce vieux Cellas^ s'avisa de demander de quelle ma* 4adie il étoit mort. D'un mal, répondit son pelii-fîls y dont en ne se plaint jamais, et qui n'exerce que la patience des enfans ou des héritiers. -- Quel est donc ce mal?

— La vieillease. Figurez-vous , k cette réponse, la surprise et rfndignatiolb de toute l'assemblée! M*'''' de Sévîgné, pour une réponse nkise , vit un peu < légèrement iles coi'nes à un jeune provincial ; pour moi , avec plus de raison , j'ai vu à celuici des cornes et des griffes y et tout ce qu'on peut voir de plus dégoûtant et de plus hideux. Mais rappele2*vous le conte de la . Bonne Mère de Marmontel > et vous f 5. 4

42 LES MER^e

iroavercz rorîgine de ceiie jelîé saillie* Vous y verrefc mx' P^bf*gl^n qui. tourne lit iéVe aux femmes^ mënie.l^ plus 9i»isi« Mes et les plus' vertueuses y avecoè^eare dt^ gnité., et (pli, rcitanidè perdi^e no 06^ ck et an bîenftiiteiar , appfellé Ma^bkide |[l'atid ievèA un htibit dêgoûi A /

M. le iDarqmde Celtos ^ Bâcbiml eiiM**' temènt parccevit tes cbrrteâde MAr^ilootel et leé romatie de^Grébillop^ ei vodlant^oiyftolurnent plaikre aux femmes, a phris pour modèles 'led hommes représentés dans ces outrages comme des êtvesrenipHs de grir €es et dont )â séductiott est irrésistible'. A 4ia vérité ,068 auteurs nôusas^urlsntgrâ^e^ ment que cen^ ^o»l|)ias iè'd^sl^uhesjg<e«i« estimables, mais ils prét»ijdetit que lés feitsh mes ne peuve^nt Hnt résist«\iel.<Ie jeune €eltas , qui ne ^ueM jras qu'^n im résisie, fte passe dé l'esti we, ^ftti d^obtenir des pre« féi*etices , dès' succès, 'et de bnllaAtes vid* toires ; dn moins telles soirt ees idées et ses espérances. Quelques fours après le souper dont je viefvs de vous parler, M. de Celtas revint we foire une visite f fîétois seule et j*avoue qu'à trente-bdit ans ^ .pe ne m'attendois pas k recevoir une dcdaralion d^atnour d'un jeunehonbniede vingt-deux ,

que je Toyeis p^qr la çecfôû^e fois. Cesl poviriafit ce ^m m'urriv^. Je répondis de manière à déeoncmHer quiconque auroit eu Tâppaiieoce d^ $em cqniniun; mais M. àc Gdias n'écouta xti^me pas ma réponse. Je n'épi^ou v«i pa$ unp midioçte su^^ prise , en le /voyait se l^ver d'uu aM* IripfPt filant^ s'âaoïcet ver$ la qbeminëe.^ Ûreir des ciseaux 4e. sa poeJbe 9 ^l eooper les4?r meut les deux c<^dons de Jâales sounelte^w, C est tm iQor îngéiMCjax qju'il a lu dar>f i-'iMi des roiii9eriâ.de CrébîHor» * Goinin^ Ç0l^ ^atillesse annonçoil itti»edt toque *U9 peu ^iv>eyje pris, a(fôc prudecioe^ lep^rtidp U l<etm(€f* je me précipitai yens la porte-, j# €0un»B dans lliiuichambi^e , d'iMÎie lui en**» tojai dire, par un de mes gens,.qu$ je l^ priois de«orftîr de ma fiiaison et de n'y re« venir jacnais;^Quedtle6-*vcMii5 de cette a-ven-r lune calante?' Au resie , il fe^ coiidait en felte oèoàsion: dafls touies les règles de rart, presorkfis et i^erivées par ses modè-r les , qui ne révesisstent qu'à force duudace «l d'effronterie , él qui comnienoent louj^ui s leur carrière amoureusiese/i atécuftiafit les fenvmes dq i|ciarante ans , afin de s'.éta-^

bUrdatis le monde*

11 a été présenté ches los princes, «e^

esl couvert de ridicule par l*impertinenc# ie son ton bruyant et familier, et par la suffisance de son maintien et de ses manières. Enfin, à Texception de sa sœur> toiil le monde lui a fait fermer la porte ; banni de la bonne compagnie , il s'est )ètë dans la mauvaise, et s'y ruine au jeu et avec des femmes déshonorées. Voilà un jeune homme qui, avec un beau nom, de lafortuoe, une très-agréable figure, de l'esprit, est perdu sans ressource , parce que , sur la foi d'écrivains corrupteurs elsans aucune con* noissaâce du monde, il a cru que , pour plaire et pour réussir, il falloit être inj^okot let se monlrer^ervers. Cet exemple n'est pas le seul que je connoisse dans ce genre; j'en ai vu beaucoup d'autres semblables depuis que je suis dans le monde. Je vou^ assure que le tort que ces nmuvais ouvra-ges font aux provinciaux et aux jeunes gens des pays étrangers, est véritaWement incalculable. Le vicomte vous contera qu il a vu , dans ses voyages , un jeune fat qui ne s'dccupoit qu'à faire de petits ouvrages de femmes, afin d'imiter le marquis de la comédie du Cercle (i), qui séduit toute9

(i) Comédie de Poinsinet.

les femmes eu brodant^ et en faisant de la tapisserie et des jarretières. Assurément ce n'est oas in hon!ime du monde qui a.#t que Fauteur de cette pièce ai^oit écoute auùc portes. Qui a jamais vu dans la société les jeunes gens faire des ouvrages à Taigutlle, elles coquettes s'exprimer comme Poinsinet les fait parler? Qui pourroit désabuser la jeunesse de toutes ces folies absurdes y lui reiidroit certainement un bien grand service. Le talent pour cela ne seroit pas nécessaire ; il sufBroit que Tauleur d'un tel ouvrage fût reconnu pour avoir pissé la plus graude partie de sa vie à la cour et dans le gr^nd monde.

Adieu, mon aimable et chère Pauline; ne m'oubliez pas lout-à-fait, ce sera vous rappeler quelquefois une tendre amie et votre plus sincère admiratrice.

i^ LES MERES

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