‹ Les mères rivales, ou, La calomnieChapitre 16 sur 46 · LETTRE XXII · texte numérisé non relu

LETTRE XXII

JDelamémeàlamémeé

D« Moulins, lé 20 {ùînét.

A PRÉssiTT , iefaènè ahiié , je sdis' cinlMfés que vous n'ayespas pn venir id anree M.'dii Resnel et Léocadie , parce qtie Tèus* auiM^ été ténioin.d'uhescèneqiii Yoossattrôftliidii fait souffrir .rVous^avrivàifiésici le i6 aii.satir: nous envoyantes des cartes d« viskies ài'intendant^ qui nous fit inTÎter tous à èonper pourlelendethatfii. Noiisy f&mes ; heùreo^ sèment qu'Albert n'y pu\ Mn àrvec noàs^ - Qauscdevesotféires.Tiottsarrîv^esà'bÎYK

tendance ^ n'ayant va personne eneore, car nous n'étions pas sorties de notre auberge, et favois fait fermer ma porte toute ia journée. Léocadie^ que fétoîs orgueilleuse de montrer pour la première fois dans une grande assemblée y éloit fort pai^ée ,et d'une beauté ravissante. Nous entrons dans un sa* Ion excessivement éclairé et rempl i de monde. M «duResnel me donnoitla main , et le premier objet qui frappe .nos regards est le duc de Rosmond y arrivé quelques rainu«tes avant nous, etqui n'étoit à Moulins que depuis Irois jours ! Quelle terrible vision pourM. da Resnel et pour ntoi !... Le duc me fit une profonde révérence d'un air gra* veet r^pectueux; je ne sais si je fai lui aï retindae, mon trouble étoit si grand que je oe me rappelle ni ce que fai fait dans ce mo^ ment 9 ni même ce què^f ai pensé; M. dii Resnbl a été obligé de me dire ^ne rih>tenH dante qiiî est boiteuse et qui marebe avec l»eaucoup de peine y redcMt à mol. Je tm Toyois rien ; en'fin je m?o vai^ce vers Tinterfdunte qui nous condnU, Léocàdie et moi, à Taolre boutdéia ebambre^ et nous fait asseoir à côté d'eUè. Il y avoit plus de vingt femmes toutes assises y et une trentaine d'faommieasUiibtKtiforaïaat un ^emi-cercle

vis-à- vis de nous* Mon trouble éloil uii pen dissipé, mais j'éproii vois une inquiétude extrême pour Léocadie. Elle avoit en effet remarqué mon émotion sans d'abord en deviner la cause; ensuite ses regards se porlèrenl sur le duc de Rosniond , fort remarquable par son cordon bleu , et mênie encore par sa 6gure. Léocadie commençoil à s'émbuvoir ^quand toutàcoup/elle enteodif nommer le duc , et elle epnnùt enfin que celui qu'elle croit son père «toit à six pas

d'elle! Alors elle p&lit^ et un éventait

qu'elle tenoit lui tomba des mâinis...... Le

duc se précipite, ramasse Téventail, etk lui présente. Léocadie se lève ,cliau celle, et retombe sur sa cbaise en disant : [Àhl mon Dieu /.. . . ,-. Tous les yeux étoîent fixée

aurelle •«. Jugez dé l'étal où j'étois !... Par bonheur dans ce nlltoientune femmç entre 4ans le salon y Vintendanté se tève , il y eîit QD mouvement qui causa une distraclioo > pendan t laquelle Léocadie «e remit un peu.

On arrangea les parties de jeu; au beat d*ua quart d'heure le duc disparût. Je< fus bien soulagée- en le vdyaét Isortir! Je ne puis vous exprimer tous les sentiîDens que sa présence m'a fait éprouver!... Sa vue m'a rappelé le|>las beau liâips de h^ vie ; J'étoii

si heureuse quand je le vis pour la première {ois !... Malgré tout ce qu il m'a coûté y je vous rav'oue^ j'ai oublié tout monr^ssenti^ ment en le regardant; sa res^emblauce avec liéocadie est eu effet frappante^ iucouceva- Ue!*.. Non ^je ne puis haïr ce vîsage*Ià!...

D'aUleai^ , depuis que }ei 'le crois véritablemenlle père de Léocadie, }e n'ai pu m'eair pécber de lui pardouoer ^a secret^, ou dui taoma jenai plus pjaur. lui cette ^vei^siori si fondée que j'ai eue dans les premiers teoips. Cependant j'ai senti uat>ioJi!çat moûMenîi^Qt àex^oVète lorsquUià ram/sis^é l'aven t^ilL.b Hooi me audacieuse! ôser$>*2(pppocher si près, de laoi/.f mai^ il .trembloit en,préseqtttn(» rëventail , il éloit. profondémeiit. ému ! ;. , • Celte scène sera, coûtée partout , et sù*rement avec Texagéfation /et Içs broderies de la nkéchaooet4 Celte aventure va renouveler etca^firaier tpjuU^ les calomqîes coa(re mol. C'est une étrange et triste des* tinée que laim^enne f

Sans en trel" dans aucun détail, j'ai con té.à Albert cette rËnconlre ^ qui me rend odieux le séjour de Moiilins* Je ne relaurnérai plus à nntéûid^Qbce. Ae:àreuse«iênt qu'Albert^ tout euti^nài'aes âi&irbs y ne va point dans le monde* Ah I s'il eut ité avec nous le }6 ^.

m LES MEREft

je crois que je serois morla de Saisissement et de terreur.

Le comte Jules ^ nls du duc de Rositiond^ est ici avec son régiment* On dit que ce jeune homme est charmant à tous égards ; révéque d*Auiun Ta élevé et lu'ea ar fait un grand éloge. Je suis sure que Léocadie voudroit bien le rencontrer , mais vouscroy ez bien q^ue je prends toutes les précautions néoessaîres pour que cela n'arrive pas. «

' J'ai fait k Léocadiid toutes les <)ue9liops imagiiiables «ur lefi^ évériemens arrivés 'en mon absence , et je me presse de vous dWe que sa mère est très-grande ^cpi- elle a des mains d'une blancheur y- dune, forme ei dune beauté pfirfaites. M°^^ d'Olbreuse est petite 5 et n*a pae de Jolies mâtos. J^espère qu'enfin ceci {Amrrs vous ètev un iiH juste soupçon que voiis gardet' malgré moi depuis si long-temp6«

Adieu j chère amie i nous partirons dans trois jours pour les grottes d'Arcy, Albert n'ira point ^ à cause de ses affaires qui l'obligent à faire une course de huit jours à Gosne, d*pù il fie vendra à Erne ville. Tïrai aux grottes avec M. duReanel^ M^^^du Rocher et Léocadie* Albert v«ub garder

Mattrioe-^^tid^ns six jours je serai pi^è^.de vdus el' toulp à vous. .

I^ETTKÉ XXIII.

Du çQmte Jules à la comtesse de Roamond.

' ' De Moîitins, le 3o juillet.

Oui , ma obère Uhte , je^Qe Vous cache* rai jaitteis rien ; vbisarponciottrex' (onjonrSi \ous Icfi 'wcitiai8Q&:de de ciseur 'qae< voua a^rsez form^ ei qiAneppturi^s^ainriâs.^Bixulra' nmeo von^é Je voua a»(}éjiimaiid6'Je^enra de nrit ipe je jnënç.iqi ; rébide. et ia lecm. Itire foitt'loo}Oiird med délices , ainsi soyea bîeft'isùpe qM }e irQ^re du temps poui;' teiii.^JE^itpou)riaât faitùne petite escapade* qu'il fout ^ue je vcpifc coûte, il est d-abord* uebessaire de vous dpreîqtt^il y a dans cette province une jeune' personne nonioiée Léocadie^ adoptée p^r- la manfuise d'Ër* nevilie > et que tout le monde dit «tre ma sœur , c'est-a-<direy fiUe^de mqu^pènec Ce* qu'tly a de certain , c'est^qu'ayant Yii,pour la precmèite* fois mou'pèrê à Tintendance , elle nuKU^a une^îotioci qi}i;ikippa..tofit

S8 LUS MEr.BS

le nioTvdis', et^iitonrpère aussi ^partfUfitMU troublé et très-.nttendr.i; La réputciltiottide' beauté , de grâces et de talens de celte jeune personne, joirile a Tideê q*u*eUè>st ma sœur , m'inspira la plus vive curiosité ; mais il me fut iitipossibre de' là rencon-i trer. Enfin je découvris qu'elle ^lloil aveq Mrô« d'Erneville aux grottes d* A rcy.Âiors* je deniande un çong^ y je l'obtiens , je pars avant elle, j'arrive au village le plus près de ces grottes ,. et j'ç in'.y étal)Jis.r.•^^rI^e'Jéhdemain}j'app^end8 qufirLéçcadie èsilriarnU" vée ;. je isnh aArerii dsumooifidtimi fdSe'iseï mod^mx^ grottes.^ et. j'y' vole; eiléxstoii'déJBM dansûes^oiiterraîns, ei eooraaè j'^ientroâs; avecujl domesiiquQ qui4>ûKli«>i:i{deiix4iafl:u^> beaux allumés , je fus tr/èsrsurprts^e vol^l€S grottespleinesd>uo^:épiis&^f«iinpéeym:d'ic« tendi;e <le9jdris|de.if6ninieâ.: C'^tiqfteik»/ conducteurs :ti'ÀVOtei]4: porté qi:t€ di^tMirn cfies enflàra.mées<:de patUe/hiimtde ; 'jeed^ hraodcHifi mouillés s'éioienté4eîn tsyét les* dmxies épronvmeat la plus vive) frayeur yoèn. setroxivantydansiinetolaleobscurilérjklians un4ietiif^nipli>d€'tr0us elà& préçîpicçsM^Je^ kn€f)paraS;.4onc un àngejlîbérajtèujr avi».

mes ^e!ax Aambeaux depoixjl * • . Dams celle' flsQdce de danger , M??^. iH^xmyi^f^M^w^

soh qu'à- sa fille qui, de soa cèlé^ répétoit toujours : Maman ,' maman /.«. Un homme qu'oD appelle M. dii Resnel don noi lie bras à Lëocadie y ua domestique cdirduisoità la fois M'^^ d'Ernevilleet une vieille demoiselle. Ce domestiqua,; tombé dans un trou , s'étoit foulé le pied. Léocadie se dé$€^oit de voir sa mère sans autre souitieu que le bras de la vieille demoiselle qui faisoit des cris aigus. Tel étpit Vétat des choses quand i'eotraî dans la grotte. Aussitôt je cours à jy[]ned']7vQQ ville ; sans la coDSuUei^, je m'eavpave de so^ bras , la vieille d«ni€»SeUe fait a mon égara la même cho$é ; nous étions au fond des grottes , et comme la fumée éioit véritablement étouffante , naus ne sodp gions qu'à en sortir. Nous marchions de-^vaut f afin de frayier le cbetnin à Léocadie^ dont }.e n'avois. pu encore distinguer les traits, car j'eul revoyais s^ p^ijne M^« d'Ef> neville à laquelle je dondois le bras».^ Elle^ de son côté , ne songeoit guère à m'examiner ; à toute n^inute elle tournoil la têt^ derrière nous , pour recommander àM. du Resnel de bien conduire Léocadie. Ënfia nous atteignons Tentrée delà grotte^ pl^uSv respirons avec déljces on ai^ fraiset pur> el> nous voilà tous réunis^ har^ éxk s(HA%rr?ii|l 5v 8

s» LES MERES

en pleine campagne. Alors Léocadi^ s'iftpproche pour me rem^rcter y et je vois la pins charmante créature qui existe. 6a beautéest céleste , et il y a une telle inncicence ^dans toute sa personne , qtie )a première seriéa* tion que son asp^eet inspire, e^t àusèi purie que Tocpression de sa physionomie. On ne sent d^abord que ce que f on éprouverolt à la vue d'un ange. MonfyremierrtiouvemèDt fut de m'applaudir dëire son frère , sam songer que ce titre me prîvoit à |aroais de l'espoir de devenir son amant*.. Elleétoit mise avec une élégatice que }e n'ai vtte qti'à vous. Elle a voit une robe couleur de paille > tme ceinture lilas ; un ruban de même eau»

leur et une rose naturelle , placée dé côïé sur sa télé y rattachoient s^^ beaux cheveux nattés. Il est' vrai qu'eflé â tous les traits de taon père , et par cfoni^éqû^nt ) hi'a chère tante, elle vous ressemble extrêmement; mais y n'ayant pas les cheveux noirsconraie les vôtres , ni vos vives couleurs , ni les yexxt d'un bleu aus^ foncé, elle ressemble davantage encore k mon père. Tandis qu'elle me parloil avec iiiie grâce que rien ne petit dépeindre , M*"* d'Efheville , se ^oîgnan t à elle pour me remercier , me demanda mon ij^ra.'Jelie dk avec une sorte d'embarras^

. RIVALES, Of

M je AM<i>ienat|endriéif YOy^Ql Léocadia

p&lîr et tre98Aii9ir.v Je ireconduim M»^ d'Er-

.iieYtUe^jiis^'à saoraièmi' ; ellf nie fit bon-

(prenéée poiîaieiitii^u'eile désiroit qxxe je n'y

entrMte poini y car elle s'arrêta ^ h porte

en me renouvelant ses remerclafiens. Je fis

eo aoDpinaat une profonde et triste révé^

rince ^ etjevti éloignai sur^^fo^^hamp. Voi)^^

:ma dière tahlfe^y tout çe^tpait jeptlisvousdire

Aes fa'ibensea grotttés d'Arey; Je n ai vu la

wpkVBûkchef^d'ùsm^re'deia natorf beaucoup

plu^ interes^nt t\mt dés stàiaetries ^ et la

descrîptim» de Lëopadie vaut blen< celk

d'noe eaverne«o0t^rai Afe. M>*^d'EpneviUe

^sten^orebiënijolie V'S^ finlcVelir efft ëtoif«-

nsfntet jénéco^titois^iita^e pbysionomit

flus douce et pln^ag^able que la sienne»

Il est bien tie^ireiiix pour moi que cette jfHfgéKqtfe I^ocadie «ojl itia sq^ur^saos cel;!^ persutt^ion ,^editoiscoiiitti^ Uippolyte^aor^ ^œl mon père kne compare si souvent i

Un moment a Taîoca mon audace ifnpnideDte y Cette âme si saperl>e est enfin dépendante.. •;•

Mais je vo^s avouerai frandienient que li* neffacabiè idée de I.éocadieme rendencore plus désagréable le fàcbeux souvenir de M^^ de Jttssy/Voos m*ave« promis ^ «a

fs LES MERES

dtïèréiànie , de faire rîni(»osBible^unpfdri«

tourner mon père^d -une alilianoe i l|Qt ixte

i»ndroîlle plus raaibew'euK d|&5 J^ofiioiM.

Au nom du ciel^ que laiifemibtq *dé ni0|i

père 8 eet égard et Kélanodot goût de'ma

.inèl*e pouir iouie celle leiiniiyeuse : famille

ne vous rebolejàlfâs. J[e saistoot Ç0«(fu'on

|ieutdîre en£a:i€ur.d'^glàé€U^à3Sjrr^'élk

zmk très-'heaj:! nrati.^ die: çat riche, elieest

jolie y elle danse .fort bien ; mais elle n'est

occupée que de sa £giire et de sa\pàriire;

elle u'ajme ni la Jécture, ni la catnpagae,

elle n'eslime quece.quî ésiiàlrènwcfe ;. elle

oest 'Orgueilleuse et : eoqu^Ue ^ ' elle n'a- par

4maséquent' ni carîideur y niraa(iil*el y w seoi*

«ibUité^est«ceià> ma chère tan tct^ la fen^ufie

qui peut convenir^ votre.jélève? Enfin r j'ai

•une véritable antipathie ipotir elle ; - }e !bais

jttsqu'a^sa figurerquë «œônrjière Nantis tant ,

• cet «îr décidé ^ ceSiini^aujderies:> cette pe»

tite Vioix affectée , çe^ rires, foroés , ces yeux

que famais le regard d'un homme n'a fait

baisser , ce front de dix-bàit ans. qui ne rou^"

git point; tout cela me déplaît mortelle'*

ment. Ah ! lorsque dans mp^n intu^inajûon

}e la place à tùié de L/éoc«die > je là trouve

hideuse! ' ta *

Côqm;^ je fi'aiJ aU aucunes des folies qui

RITALES, ^

déshonorent la plupart des jeunes gens qui entrent dans le inonde , mon père me croit iie glace : il se trompe beaucoup. Je vous aime as^ec adoration y et si vous n'aviez pas Teprimé ce premier senlimenlde mon cœur par Uni de Orûelles moqueries y par des cernions si sévères , et enfin par Y exil , en me reléguant Join de vous, celte passion eut fait le destin de toute ma vie. Mais vous m'avez dégoûté de toutes les femmes ; j'en veux une y non qui vous égale , mais qui du moins, voj^s ressemble un peu par les quaXUés de l'esprit et de l'âme. AH! Léocadie rçunit tout! elle a même vos traits M yotrç ravissante. physionomie; elle n'a pourtant pas voira ^ir majestueux et votro regard imposant ^ mais c'est ce que j'almois Je moio6 en vous*. . • Plus j'y pense , et moins je me eonsole que Léoçadie .-soit ma SQ&ur !•,»'•

Adiev^j ma chère 9 mop adorable-tante^ Je ne sais si je reprendrai ma gailé naturelle , mais depuis quelques jours je suis bien mélancolique! Une lettre de vous peut seule me tirer, d'un état si opposé à iQQfi caractère. ' .,

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