LETTRE XXIX
Répon9€ de la mère inconnue.
h& r4 septembres
Je la reçois dans rinstant y cette lettre qai fait une époque dans ma vie , et Tune des ^lus chères l. • • je lis les assurances de (a tendresse! . . . Mais quelles tristes réflexions ^ quels sentimens amers se mêlent à ma joie et la corrompent I. •• Tu m'appelles la mère
la mieux aimée ! Ahl Léocadie! la
mieux aimée pour toi n'est-elle pas celle
(i) O quelle est votre force, nœads sacrés da sang et de la nature t. . . De la tragédie de Mérope , de MaJJftù
qui l^adopta? Réponds-moi ^ puîs-je mé* me me flaller d'être placée au même rang daus ton cœur?... Que dis-je? ah! gardetoi de comparer jamais des affections si sa* crées ; la raison y en les pesant y pourroit peut-être les restreindre ; et le cœur, en s'y livrant, n*y sauroit mettre des bornes!...»
Ta bienfaitrice n'est-elle pas la miennei O combien je la respecte ! combien elle m'est clière ! Je lui dois tes vertus , et tes princi-pes qui feront ta gloire et ton bonheur!...
Qu'elle soit toujours pour toi l'objet chéris de la plus vive reconnoissance , de l'admiration lamieux fondée; modèle parfait delà Terlu, qu'elle soit toujours le tienl. • • « « Voilà ses droits : ta malheureuse mère ne les a pas!.... elle doit , et le reconnoitre ,^ et ne s'en consoler jamais !
Je n'ai qu'jin avan tage sur ta mère adopr Vive, un seul, mais biengrand. Quelle que soii sa sensibilité , il est impossible qu'elle puisse t'aimer autant que je t'aime^ Elle a tant d'autres objets d attachement , elle a d'autres en fans; et moi, je n'ai que toi, ma Lépcadie, je n'aime passionnément que toi I . . •
Depuis que tu existes , chère enfant, j'ai touj[ours eu des moyens d'être informée dft
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loul ce qui pouvoit l'être relatif. . . cnffii j'ai su^ depuis long-temps, gagner Ji^cZ/iihe, . * • Elle ignore et mon sort, el mon nom; elle sait seulement que je suis ta mère, c'est à elle que lu peux donner les lettres, et c'est elle désormais qui te remettra les miennes. La pensîorr qu'elle reçoit de moi, el'ce qu^elïe en attend justement par la suite , me répondent de sa fidélité; elle ne nous trahira sûrement pas; mais d'ailleurs ne lui accorde aucune-espèce de confiance. Tû ne fais que ton devoir en cachant même à ta bienfaitrice , ce que je te défends de révéler ; et Jacinthe trahit le sien , jen n'instruisant pas sa maîtresse de tout ce qui regarde la jeune personne confiée à ses soins , et l'argent qu'elle accepte de moi rend cette action aussi vile que ré^ préhensible. On doit aussi se reprocher de donner un argent qu'il est honteux de recevoir; mais, hélas! je n'avois que ce seui moyen de correspondre avectoil... Telle est lâ funeste influence du crime qui te donna le jour! Ah! comment puis-je expier cette première faute, la seule de ma vie , quand les sentimens les plus légitimes qui en résultent, m'obligent sans cesse à m'envelopperdeâ ombres dumystèi*e, kdisî-
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simuler, à Irompèr? J'abhorre la feinte €lle mensonge, ei je suis continuellement ^ forcée d'y avoir recours! Ahi sois toujours irréprochable et pure, le repentir le plus sincère ne sauroit rendre une vertu parfaile; ^lors même que le cœur est purifié, la vie reste encore souillée par des démarches .équivoques et ténébreuses, et par une dissimulation nécessaire! . • •
Tu ne connoîs que ma foiblesse , et non les circonstances qui la rendent excusable!. . . Je n'ai pas eu le bonheur d'être élevée comme toi.... on ne me donna que des talens frivoles , et Fon négligea de cultiver mon esprit , et surtout ma raison ! On me permit dès mon enfance , la lecture des romans; mon cœur ne se corrompit point, mais ma tête s'exalta!... Confinée jusqu'à seize ans dans le fond d'un vieux cl^eau , à cinquante lieues de Pans , privée là de toute société, n'ayant nulle idée du monde , des hommes et même des bienséances , héritière d'une fortuné immense ; enfin , impétueuse , étourdie , sensible el romanesque, pouvois-je ne pas ra'égarer!... Je me livrai toute enlîère à un sentiment qui devoît me paroîlre aûSsi raisonnable que légitime } j'étois abusée par de
)!• LES MEHES
fausses apparences. . . Celle erreur el un îns» tantde foihiesseme perdirenl : j'avoîs seize
ans!... Depuis ce moment fatal, je n'ai pas cessé un seul jour de regretlerrinnocence, et de pleurer ma faute ! L amour maternel , loin de m'en consoler, ne fait qu'aggraver l'amertume de mon repentir. Comment me consoler d'une foiblesse qui doit m'ôter ton estime I Quand mon cœur ïfe seroit pas fait naturellement pour la vertu ^ je Tadorerois , en songeant qu'elle peut me rendre plus digne d'être aimëe de toi !.. • Depuis six ans, surtout , ton souvenir se mêle tellement à toutes mes bonnes actions^ que j'ignore si elles me sont inspirées par la bienfaisance et par rbonnêlelé, ou seulement par le désir d'acquérir de nouveaux droits sur ton cœur, et de m'unir plus intimement à toi. Cher objet de toute, ma tendresse , le sentiment que tu m'insfrires est si suyime , que je ne puis ni le séparer un instant, ni le distiûguer de Tamour de la vertu.
Adieu, ma fille; adieu, ma Léocadie :
oui , nous nous reverrons. Ah ! sans cet espoir, pourrois-je supporter ton absence !
RIVALES. lit