LETTRE XXX
De la marquise à la baronne.
Le i<^' octobre.
Bon Diev , inoo amie , nous avons bien un autre sujet de frayeur que celui que TOUS nous avez vu il y a quelques années ; ceci est bien pis quun revenant ! Imagines qu \\ y a dans la forêt d'Erneville un loup enragé^ qui est venu jusque dans le village; il a mordu le gros dogue de Rochu^ et ce
.chien est mort enragé un malheureux
petit enfant a été lavictime de cette horrible bête... • rien ne peut se comparer à no« tre effroi. Nous n'osons plus sortir, i'hermîlea quitté la forêt , Tépouvante est unirerselle. Et Albert y maintenant presque toujours absent ^ n'est point ici y il est avec Maurice et Stépben , à trente lieues de nous î... Que dois-je faire?... On m'a conseillé d'écrire au commandant de la province. M™« Regnard me dît qu'auprès de Lyon , il y a vingt ans , pour un sem« blable fléau y on envoya des troupes y qui
lia LES MERES
firent une chasse ordonne'e par le gouver* nenienL Conseillez - moi , chère amie ; quel parti dois- je prendre ? Il y a une garnison si nombreuse à Moulins ; nous pourrions avoir des troupes bien promptemeut.
Adieu , mon amie ; je ne puis vous dépeindre mon agitation et ma terreur.
Toute réflexion faite ^ j'écris au comman« dant^ car j'apprends qu'il est à Moulins; je fais partir un courrier. Je vous envole toujours cette lettre , pour vous prier de ne venir ici que lorsque nous serons débarrassées de ce fléau. Je crois bien qu on ne risque rien en voilure^ mais néanmoios il faut passer sur la lisière de la foret y ei je mourrois d'eflroi de vous savoir là ; ne venez donc pas jeudi ^ attendez de ines nouvelles.