LETTRE XXXI
Réponse de la baronne.
' * ' Le i«' octobre.;
S% parlàge v^è effroi^ chère amîe , et stoUeu de n'aller chez voiis que jeudi , j'irai' detaaitl à fa téted'nne'arihée , car M. da Resnel , qui éfoîtîci quand j'ai reçu votre YnWel j ft dk'âé preniîer mouvement qu'il aUok armer ses gens et ses ^aysdns^ et qu'il partiroit deraarn de grand matin avec eux. Le baron à ces mots a senti ranimer son antique valeur guerrière^ et veut aussi faire un armement; les detix généraux da Resnef et le baron seront a cheval , et moi en cabriolet; cto m'escortera jusqu'à Ténlrée du vtlliage, et de là les guerriers se rendront dans la forêt ^ et votre amie ira vous^ retrouver.
Adieu ;' à dèn^alin j je serai près 'de vouis» entre ïrtdt on ûeuf heùresv
*j4 les MERES
LETTRE XXXIL
Du comte Jules à la comtesse de Rosmond».
De Moalins , le 6 octobre.
Ma chère ^ ma diTULe amie ! que }'ai de choses à vous direl... Vous m'approuve-^ rez y vous me louerez^ vous me gronde-^ rez , je mérite tout cela! S^ vais comoienjCer par vous couler ce qui $ûremeut .ob-^ tiendra votre approbation. ;, .
Le premier de ce mois je. dioois chez le commandant de la province ;. nous sortionsde tabl^9 lorsqu'on remet au commandant une lettre apportée par un exprès ;, après.
Tavoir lue tout bas^ il nous dit que la marquise d'Erneville n'ayant auprès d'ellenî son mari, ni son fils alné>. lui fait part des frayeurs que lui ca^seun loup enragé qui désole sa terre. . • • Je n'en écoute pas da*^ yantage^ je prends la parole, je-demmide la permission 4^ partir pour la ^ret d/Ër^ Be ville avec deux compagnies bien armées.
Je sollicite , je presse , j'obtiens , je pars , je ;vais choisir, njies compagnies , et je décide
RIVALES. mS:
que nons^ partirons daus la nuit même ^ afin de nous trouver au point du jour dan8> la forêt, ce qui fut exécuté. '
Guidés par des paysans que j'avoîs envoyé cWcher dans le village y nous formons une enceinte y nous relançons le loup , nous clions en pleine chasse au lever de Taurore^ et à dix heures moins un quart » votre élève ^ votre Jules atteint le monstre y le vi$e y le tire , el l'abat d'un coup de fusil chargé' à halles !..• Je descends de cheval ; je vais^ avec mon sabre, couper le pied de la bête y et V^^^oî^ Vatel au château d'Ërneville ^ avec ordre de porter y 'de ma part y cette .glorieuse marque de ma victoire , et de la?
mettre aux pieds de M°^* d'Ërneville, car je n'osois l'adresser au véritable objet !. • « Dans ce moment nous entendons un bruit extraordinaire de chevaux et d'hommes quL s'avançoient vers npus, n^aiç qui venoient trop tard ; c'étoient les voisins de la mar- ^ise à la téled'une troupe de paysans|armés> pour donner la chasse au loup. Je reconnus M. du Resnel , que j- avois v-u^éjà aux grot^ tes d'Arcy , je Ipi contai la manière dont je m'étois décidé à venir ; je ne prononçai pas le nom de Léàcadie. Après' avoir marché suclestracesd''i£?rcii/eetde Thésée y}pme
ii6 LES MERES
conduisis avec la prudence de T^élémaquey et coHîme si j'eusse été inspiré par Minerve ou par Uranie,,.. On me félicite démon exploit, et après quelques compUmens je me hâte d'anqoncer que je vaîs à Paray tûè reposer quelques heures avec ma troupe, et qu'ensuite je retournerai à Moulins. Alors je me sépare de Tarmée villâgoise , je mets mon cheval au grand galop , j'arrive devant une barrière assez haute' ^ je veux la franchir; mon cheval saute mal, il fait une ruade , me jette à terre en me donnant un coup de pied dans la tête au moment où \t tonibois. Le coup fut si rude, que je m'é* vanouis sur la place. On me porte sans conhoissance dans la maison d'un garde-chasse à deux cents pas de là; onmemetsurunlit; je reprends m^s sens, et j'apprends que je ne suis qu'à an demt-quart de lieue du châfeatti d'Ërneville. • • • Je me décide à me reposer une heure chez le garde-thasse et à repartir pour Moulins, quoique j'eusse une blessure très-considérable à la tête... Au boutd^uiie demi-heure, j'entends une voiture, et jugez de mon émotion en voyant entrer M*»* d'Ef* neville avec une autre dame qu'on appelle la baronne de Vordae , et M. du Reshel.
I^a niarquise , avaC une sensibilité dont j^
fus pénétré^ s'avança vers moi y me remer-*
cia y et m'offrit de ra'emmener dans son
château. Je refusai positivement cette offre'^
mais je me laissai panser par un homme at-^
\acbë à son service , qu'elle avoit amenéw
Cet homme ^ qui sait aussi saigner , voulut
absolument me tirer trois palettes d^sang^
M™* d'Erneville , pendant tout ceci , resta
dans ma chambre , me renouvela ses pre^
mières offres , et voyant que j'étois inëbran^
lable y me conjura d'accepter une voiture
pour retournera Moulins^ ce que je refusai
aussi. Elle me fît avaler et respirer des vul^
oéraires y enfîn élte me soigna comme vous
auriez pu le faire. Après tout cela je de-
Ynande mon cheval , je prends congé de
Mme d'Erneville , elle aToit les larmes aux
yeux y il ne m'en falJoit pas tant pour m'at-^
tendrir ; le héros blessé ne peut plus se coh*
tenîr ^ il saisit une des mains de la marquise^.
e/ quelques larmes s'échappent de sesstoï^
quesjeux /... La marquise , vivement tou-
che'e , m'embrasàâ. . ^ Cést un aiôgé que celle
femme. ... Je pressé fortement sa main , que-
je tenois tbùjoûrs, lel puis je m'éloigne
brusquement, je remon'tè à chevM, et je
pars. Est-ce là une cohduilfe héroïque et
parfaite? Je' pou vois légitimement revoir
Léocadie , passer deux ou trois jours a?vee elle sous le même toit; et f ai eu le courage de résister à cette teatation ! Mais je savoîs que vous approuveriez cet effort, que M™« d'Erneville m'en sauroit un gré inGni^ et que cette conduite réservée et délicate^ jbin te à une grande preuve de xhle et du plus tendre intérêt ^ m'obtiendroil restime et Ta- Blitié de Léocadie. Comme on trouve son eomple à se bien conduire ! La vertu est si utile >.que toujours l'Jbomme le plus con^ tamment vertueux ne paroit être aux jeux de là raison que celui qui a le mieux calculé l
Voilà , mon adorable mentor » la plus^ belle partie 4c pion histoire... J[e reste ferai froncer vos beaux sourcils noirs ; n'impor'^ te : je ne tairai rien j vous saurez tout.
Vous m'avez fait apprendre à dessiner et à peindre ^ et vous m'avez souvent dit que je A^étols qu'un barbouilleur ; eh bien ^ j'ai fait un chef d'oeuvre ! . • • Quoique j'eusse voire portrait., j'en désirois encore un au* tre y^i je voulois le tenir de vous y c'étoit en: doubler le prix ! Voici comment vous lùt Y avez donné* J'ai qcxpié votre. portrait, j^ a'y ai fait que de très^-légers cbaOjgemenS). j'ai peint des yeu^, d'un bleu moins foncé,, dyes cheveux châtains clairs ^ des joues d'ao^
RIVALES. Fr^i
incarnat moins vif j'ai habille cette
figure avec une robe couleur de paille ^ une ceinture lilas ^ j'ai place une rose sur sa iéte ; c étoit toujours vona^ et c'étoit encore Léo* cadie sortant des grottes d^Arcy Cettepeinture a*€st pas d'un fini très -précieux y mais le dessin enest correct ^el la ressemblance parfaite!.... Je mis ce portrait dansun médaillon d'or , et n'osant tracer le nom^ de Vobjety j'ai gravé sur l'une des plaques»
ces mots: Grottes d'Arcjr , et sur l'autre >, ceux-ci : Soutenir mejffagahle. J'ai attachéee médaillon à un^ longue ebalne d'or ^ et je J'ai mis à mon cou^ bien caché> sous j^tie cbemise ^une veste et nn habit. Jelecroyoisi en sûreté là y mais voici ce qui est arrivé.
Quand on me porta , sans donnoissance ,, c&ezle g^rde-chasse , Vaiel > en me posant sur le lit y défit mon col ^ ouvrit ma chemise^, et vit que la chaîne d'or y entortillée y me serroit le cou y que j'avois excessivement gonflédansce moment. Voulant détacher la chaîne ^ il la cassa ; le garde^cfaasse la reçut de ses malins avec le médaillon ^ et la serra dans 4ine armoire qui fermoit à cle£.*En revenant à mol, je ne m'aperçus point que ce trésor me manquait. La visite de M"»* d'Er* Beville prolongea cette distraction. Quandl
je pârlîs SI brusquement, le garde-ctiasse ïi^éloil point là , le médailloù fiit oublié toar Vatel et par moi. Ce ne fut qu'à deux lieues d'Erneville et par delà Paraj , où je ne m'ap rêlai point que je m'aperçus , tout à coup, que je n'ayoîs plus ce portrait sî ebérî ! Vatel , interrogé et grotidé , fut renvoyé chez le garde-chasse; il h'étoît plus temps : trois quarts d'heure après mon départ , le gardechasse se rappelant qu'on lui avoit confié ce médaiBon y le porta sur-le-champ au cbâ'teau ^ et le remit à la marquise. Dans tout ce mouvement il s'hait outerl; la marquise i^it le portrait, rôta de sa place /et m'envo/^ le médanibn vide!...* Ainsi elle m'a t;oIe sans scrupule , et voilà ma récompense d'avoir tué son loup enragé J Cela n'est-il pas bien ingrat ? Elle a pourtant'depuis envoyé savoir deux fois de mes nouvelles. Atr teste , ma chère tante , ne craignez point que ceci puisse découvrir que j'ai votre portrait. Quand je vins dans ce pays vous nfie fîtes promettre que }e dirois que je l'avois perdn y afin de vous dispenser de le faire' copier •pour '/à persomie qui vous» le demandoit avw.tant d'instance.:iDepuïs ce'iemps q«* que ce soit au monde ne la vu'i et sî pat' Basard ( ce que je nô crois nullement ) Ta*:
RIVALES, m
Tenture clo portrait de Léocadie étoit sue , on igaoreroit toujours par quel moyen j'ai pu Tavoîr. Mais certainement M°^« d'Ernevîlle ne parlera point de cet incident , elle secret sera bien gardé.
Je sais. 9 à n'en pouvoir douter , que la marquise croit que Léocadie est fille de mon père ^ par conséquent tout ce que j'ai fait n'a pour cause , à ses yeux y que l'amitié fraternellei Un amant vulgaire seroit fàcbé que Léocadie fût dans une telle erreur , et moi j'en suis charmé ; elle, pense à moi sans trouble ; loin.de repousser mon souvenir, elle se croit obligée de m'aimer , e//e s'occupe, avec intérêt,' de moi j n'estce pas beaucoup? £Ue imaginera que j'ai fait son portrait à Taîde d'un portrait de mon père, peint dans sa première jeunesse ; j'aimerois mieux qu'elle put croire que je ne l'ai fait que de souvenir!
Elle n'est pas ma sœur! vous me la destinez !... Quel mystère incompréhensible!
et comment pouvez-vous savoir là-dessus y avec certitude, ce que M""*" d'Erneville et tout le monde ignore? et comment expliquer alors cette ressemblance si frappante ?••• . Enfin je vous crois aveuglément, vous mon guide , vous que je révère , que 5. Il
j^^dmire et que j'aime cotnnie une dmnîle; je m'abandonne à vous, je ne reçus que de vous une àme et la lumière ; je n*at^ tends le bonheur que dé vous. Adieu y respectable amie, passionnément aimée; je baise vos deux belles mains avec toute la tendresse de mon cœUr.
Ma blessure à la télé m'a beaucoup Ikît souffrir pendant trois' jours, on m'a saigné' une seconde fois. Je suis parfaitement bien depuis hier. ^