LETTRE XXXVII
De la même à la même*
^ Le 8 novembre.
Enfin , une troisième lettre d'elle m'apprend qu'elle est arrivée. C'est un grand poids de moitis sur le cœur , de la savoir saine et sauve à Paris. Elle n'est pas accoutumée à voyager; combien j'ai cralnl pour "^ elle, et là fatigue, et les mauvais gites ^ et les' insomnies, et totis les accidens qui peu- S^enl arriver en route !• . . Elle est établie dans une charmante maison de campagne (à St. Mandé) à une demi-liéue de Paris.
Puisse^t-elle s'y plaire ! qu'elle soit heureuse et contente^ et je ne me plaindrai de rien ! • • • •
Ld pauvre femme dont Je prendà soin ^ a
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2 elé hîeit maîadeceà jours passés; je Tai veifTlée totrte la Btiit de lundi ; elle est hors
^ d'affaire. Vous savez coûitîie elle est inlé-
, ressànle, et quel chagrin me causeroit sa perle, d'autant plus que , maigre moi, j'attache une idée superstitieuse à sa conservation!.... Je 1-ai prise depuis la maladie dô
^ ma mère par un motif de reconnoissance religieuse y inspiré ^ar la pitié filiale; elle esi de Tâge de ma mère, sa mort seroitpour moi le plus affreux présage. . . . Grâce au ciel, elle est pat^faitentient bien. Le doc- Veut \ui a prestrit, pour ce printemps, les bains de Bourboà , et je l'y mènerai sûrement; Elle me disôit hier qu'elle avbit eu bienpeurde mourir, et que j'en éloîs cause, car, a-t*elle ajouté , je suis si heureuse !. . • Céife excellente femme n'est plus pour moi l'objet d'une action véritablement bonne, elle me paie par une reconnoîssâDce qu'il est rare de trouver aussi vive et aussi affectueuse dans son état! • • • •
Ahî mon amie, que nous sommes loin encore de cette sublime pbilantropîe prescrite par TEvangJJe! . . . .
Pour ne pas s'enorgueillir du bien que Ton fait quand on est riche, il suffit de songer à celui qu^on poar»oît faire , ri Ton avoit
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une charité vérllablement chrétienne; n'aime pas le luxe; mais combien je me permets de petites fantaisies , et combien je dépense d'argent en petits présens inutiles ^ au lieu de le donner aux pauvres!
, Pendant la nuit où j'ai veillé Monique, je réfléchissois là^dessus, et je me représentois le douloureux tableau des misères humaines ; je me mettoi» à la place d'une malheureuse mère sans talens y jsans ressources^ qui voit ses enfans manquer de subsistance ! Ces idées me frappoient . si vivement, que mon cœur en étoit oppressé!... Ah! je le sens, la religion et Vhumanité n'ordounent pas seulement l'aumône, elles prescrivent encore de retrancher toutes les dépenses superflues , toutes les vaines fantaisies, de se réduire au simple nécessaire , et de donner le reste. Que je serois heureuse , si débarrassée des eutraves de l'usage , et loin du monde , je , pouvois porter une robe dé bure, n'être servie que par une servante > et né brûler qjie dé la chandelle ! Honorable et noble économie , que vous plairiez à mon cœur!
vous me rappelleriez sans cesse de petits sacrifices qui me procureroient le seul bonheur réel que l'on puisse goûter sur la
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terre. S'il est beau de se résigner à la pauvreté, qtf est-ce donc de s'en- imposer ^une volontaire en faveur de l'humanité? Il y a, dans ce dévouement, quelque chose Â'héroïque , qui plairoit à mon esprit quand mon cœur tien seroit pas touché. Donner à Fobjet que l'on connoit et qui plaît, ou que Fon aime , n'a rien de vertueux ; on satisfait son penchant. Je ne mettrai point au rang de mes bonnes actions ce que j'ai fait et ce que je ferai pour Léocadîe; au contraire, je reconnoltrai que j'aurois d& \u\ donner riloins, et verser, sur des infortunés, mille superfluilés pour elle que je ir'aî pu me refuser. Mais je réparerai celte foiblesse en me réduisant davantage moi-même. La véritable vertu, c'est de donner aux êtres qui souffrent , et dont on n'attend ni plaisir, ni reconnoissance.
La philosophie qui parle tant debienfai* sance^ est bien inconséquente à cet égard (comme à tant d'autres ) , puisqu'eHe ne réprouve pas toute espèce de faste. Si la cha« rUé est la première des vertus , le luxe esl un criove^ et il devroit être déshonorant»
Peut-on nier que la femme quî donne mille?
louis pour avoir un collier dediamans, n^ préfère le plaisir de porter à son cou ua 5. 121
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ornemenl brillanl au bonheur de relever et de sauxevvifigt familles expii anles^t désespérces. Cependant ceUernéme femme débitera de belle phrases sur la bienfaisance; en a-l-elle le droit?... M™fd'Olbreuse me couioît qu'une femme de ses ^mies, qui passe pour être fort sensible^ dép nse an moins, pâran,dixoudouzesmille francs eu chiffons. Avec une telle prodigalité , et une frivolité si honteuse et si coupable, corn* ment ose*l on parler d'humanité? L'homme religieux estseul, surce point, toujours conséquent; il est seui capable d'imnioler ses goûts , et de mépriser Tusage pour secourir Iesinfortunés.iLepA//o.vo/7Âé^croitbeaqcoap faire en sacrifiant quelquefois une très petite partie de son superflu; et Thomnie véritablement pieux y en le donnant tou^t entier, ne croit remplir qu'ua devoir indispensable et sacré.
. Adieu, mon amie; je suis exactement le régime que vous me prescrivez ; je bois de Teau de poulet, je me baigne, mais je ne dormirai que lor^cpi'eUe sera de relaur*
RIVAtES. 1%
LETTRE XXXVin.
De la comtesse d'Emeville à la marquise,
DeDijoB,k la'noyeuibre*
Je sais, ma cb£;rpeDf/3int,que vpus ne mandez point, que vousêles changée, maigrie, leX j'imagine bien que l'absence de I^éocadie en es\ la cause. Ah ! chère amie , soyez donc plus raisonnable! La l^ndressç maternelle ne doit avoir aucune des foihle^sçs insép^f»
jr»hïes de^ autres affectiops, car po^r être utile et sublime, il faut qu'elle soit con$t^mr ment une bienfaisance absqluipent désintéf ressée. Cqninient uae mère poui^roil-elle se livrer à la jalousie quand elle veut ms^rier ^ fîlle y et qu'elle sait qu'un jopr elle aura ^es enfans? Comment auroit-elle la folie de s'affliger d'une courte absence , quand elle est certaine qu'un mari lui enlèvera sa fiUe , et pour toujours? Elle doit donc employer toute sa raison, sinon à restreindre $û tendresse (la nature la donne sa qs born nés )^ du moins à la régler^ à la dégager die tout uilérét personnel.
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* Des raisonneurs , dépourvos de toute réflexion , répètent qu'une aière ne, doit être q^ Y amie de sajille; c e&l eti confondant toutes les idées, que Ton affoiblit et les principes et les sentimens. On ravit la raison elle désintéressement à l'amour maternel , la vénération à la piété filiale, et Ion pro« fane l'amitié en lui donnant toutes les foiblesses de l'amour. Voilà ce que produit lé galimathias métaphysique de nos beaux es»
prits. La seule amitié demande une parfaite égalité y et de la conformité dans les kges et dans les goûts. Une^jfnère est un ange lulélaire, un mentor vigilant, sacrifiant toujours le plaisir de plaire au bonfaeur oii à l'espoir d'être utile ; et de même la piété filiale ne peut^ sans y perdre, se comparer ni à la simple amitié , ni à tout autre attachement ; c*est un e^te fondé sur la plus juste reconnoissance; c'est un sentiment défini par son nom même , le plus noble , le plus touchaùt dont on puisse honorer une affection hu-maine , puisqu'on n'en a point d'autres pour exprimer Tamour que nous devons au créateur.
La fille la mieux née préférera souvent la -société d'une amie de son âge à celle de sa xncre, et malgré cela elle aimera sa mère
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mieux que sa jeune amie ; quelquefois elle confiera à des personnes indifférentes ce qu'elle eacbera à sa mère ; quel est Télre qui dans sa vie n'a jamais craint les conseils austères de la raison et de l'expérience? Si l'on manque d'indulgence pour tous ces torts, on est injuste ^ ils sont inévitables, et du moins en général ils ne prouvent nullement le manque de tendresse et de recon^noissance. Si le désir de plaire et de gagner toute la confiance engage une mère à taire desvérités utiles,» supprimer des avisnécessaires^ elle perdra l'esûme de sa lille , et les jeunes amies lui seront toujours préférées eu mille occasions. Pour qu'une mère soit
heureuse, il faut qu'elle n'aitaucunesuscep* tibililé,et qu'elle joigne uneexcessive indulgence à une extrême fermeté ; qu'elle offre toujours la vérité sans déguisement, et qu'elle soit toujours prête à pardonner. Elle doit avec ses enfans représenter sur la terre l'image auguste de la Divinité.
J ai le droit, chère Pauline, de vous tracer le portrait d'une bonne mère; mais, si je vouiois faire celui ée la Bile la plus tendre et la plus parfaite sous tous les rapports , c'est vous que je prendrois pour modèle.
O puisse votre enfant d'adoption être pour
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VOUS ce que vous avez ele si conslamment pour moi! Le cîel vous doit celle réconripeuse ; il esl j usle , il vous l'accordera Mais modérez donc votre sensilûlité. Mon enfant , fe ne puis avoir de Tindulg^nce pour une déraison qui vous marf^rit , et qui ternît vos belles couleurs. ISfandez^moi que vous dormez, que vous mangez et que vous engraissez ; je ne vous pardpntieKiuk celle condition.