‹ Les mères rivales, ou, La calomnieChapitre 29 sur 46 · LETTRE XL · texte numérisé non relu

LETTRE XL

Du comte Jules à la vomtesêe de Rosmond*

Paris , U i3 ikoTViiibre.

t) PRO vidi5nce! . . .elle est au prèsi de Paris! a St.-Mandé î chez M°^« d'Olbrease !.. . Le eiel me récompense d'avoir résjsté si courageusement à la leulaÛQu d'aller à Ërae- N\\\e\ ... Je lai revue ^ je lui ai parlé^ j'ai enlendu sa. douce voix ! • • •

Tai su $ai^>edi qu'elle se promenoil les matins dans le bois de Vincennes ; j'y fus dimanche. J'étois achevai ; « * • Il pleuvoit, *€l je m'en déàoJois^ qiliand j'aperçus une voiture y et je reconnoUJa livrée de madame d'01breu$e, je vole à :Sa porlîèrç, elle e(oît avec Léocadie!..., Cette dernière^ en xn'apiercevant 9 a tre$$ailli, et moi j'ai balbutié quelques plaintes à M"''' d'Oibreuse , sur ce que sa porte m'est fermée depuis quinze jours. Elle m'a répondu que , tant qu'elle resleroit à St.-Mandé, elle ne verroit personne; mais , a- t-elle ajouté en souriant , je vous permets de venir avec nous

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à la messe dans la chapelle du château. J*ai accepté avec transport cette propositiou^et me voilà escortant la voilure et car^acolant aux portières. Léocadie regardoit mou cheval avec une espèce d'effroi , et m'a dit 1^ qu'elle espéroit que ce n'étoit pas le vilain

cheval que je montois le jour o hj'aituéU loup enragé) J'ai répondu que c'éloit le même , et que depuis cet accident je Teo aimois mieux y parce qu'il m'avoit procuré le bonheur de revoir M™« d'Ërnevilleeld'é- Ire soigné par elle. Là-dessus Léocadie a conté à M""^ d'Olbreuse tous les ravages qu'a faits àErneville et aux environs cette bétf furieuse^ et j'ose me flatter que , pour faire valoir mon exploit 9 elle a un peu exagère.

Arrivés au château^ j'ai donné le bras à ]Vf me d'Olbreuse et à Léocadie; dans la cbapelle je me suis placé à tôté de Léocadie ; mais elle a toujours eu les yeux sur sooli-j vre d'heures ; c'étoit véritablement uaang^ qui invoquoit Dieu !... une image de soû livre est tombée^ je l'ai ramassée, etenU lui rendant ^ je lui ai dit tout bas : prie^^ pour moi ! ... A h I reprit-elle , tous les jours depuis quatre mois! . . . O combien la ce-l leste innocence de son regard donnoit dr charmes à la touchante ingénuité de cell

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réponse! • . . . Tous les jours ! elle Ta dit, je n'en doute pas. Ainsi elfe n'a pas, depuis notre première entrevue^ passë.un seul jour sans penser à moi !... Quelle douce idéfl..r^ Je l'ai reconduite après la messe jusqu'à la porte de la maison y de l'heureuse màisoa qu'elle halfite. . . • et que M™« d'Olbreuse n'a louée que pour trois mois. Quand Léocadie retournera en Bourgogne , je louerai eelte maison, je yeux y demeurer aussi^ ne fut-ce que quinze jours ! • • •

Quoi! m,4 chère tante, vous ne reviendrez de la M* '♦^^ qu'au mois de janvier, et vous me défendez positivement de faire une course pour vous aller voir d'ici là! Je vous avoue que si Léocadie n'étoit pas ici, l'obeissance dans cette occasion meseroit bien plus pénible encore; mais croyez, mon ado-rable amie, que rien ne peut me dédommager du bonheur de vous voir, de vouséconler^ et de m'entretenir avec vous.

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LETTKE XLt.

jDu même à la m,éme.

Pâlis, lé 9 àétèisàke.

FaH^ës-Vôûs, s'il est possibley ufie idée ât itibn fàvi^st^ltiéûl ! • ... f ai dàdsë ayec die!... à un bal da{)rès^itiidi chet M^^iât deichësse ***. J'ai passé cinq h^bres àiec

èlleJ L^amoBr mé punisse, sijattiaîs

dans toute nia vie je dàhsè aye^une autre fetnme le menuet de la cour et la cosaquey que j'ai dansés avec Léocadie ! Elle danse comme vous, elle ëtôit belle Comrtie vous^ elle avoit un ficû de roûgè, c'éloit Vénus Urarûe. Tout le monde a été frappé de sa rBsséifiblarice avec vous, Ressemblance ea efiel étonn^ânfé quand elle a d'ùYotigeé Elle a tout effacé^ on n'a vu qo'elle :

Tout Paris pour Chiraène a les yeux de Rodrigue !

Madame la duchesse^^^ lui avait donne un habit charmant ; mais quel habil ne le paroltroitpas sur une telle figure!

£n dansant y un petit rang de perles s'eaï

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détaché de son, habit, je m'en suis emparé sans que personne s'en soit aperçu; ensuite je lui ai demandé la pçrmission de le garder. Comme elle hésitoit à répondre, j'ai ajouté : V amitié fraternelle àoii-eWe craindre un refus ? Oh non ! a-t-elle répondu , et ses beaux yeux se sont remplis de lar« nies!...

Elle 0st sortie du bal à dix heures et demie, je l'ai conduite à sa voiture, et en la quittant je lui ai dit tout bas : Adieu , sœut, âien aimée 1...0

Ah ! grâce au ciel, elle n'est pas ma sœur^ vous en êtes certaine !.•.•• Grand Dieu ! si "VOUS vous trompiez, jeserois le plus cri*mineletle plus malheureux des hommes 1.»^' Cette idée est horrible l O répétez - moi qu'elle n'est pas ma sœur !••• Je ne puis aimer qu'elle; toutes les autres jeunes person-nés me soot odieuses.

O mon unique amie! souvenez*vous que je ne puis souffrir Aglaé de Jussy ^et que V adore Léocadie.

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LETTRE XLIL

De Léocadie à la marquise.

, De St.-Mândé , le ii décembre*'

Ma chère maman , f e reçois dans Tinstant la lettre dans laquelle , en m'accordant la permission de reslerici quinze jours depius^ vous daignez me promettre de ne parlera qui quejce soit au monde (pas même a mou papa et à ma bonne maman) du secret que \e veux vous révéler. Votre caractère, chère maman , ne laisse aux personnes qui exi'gent cette discrétion, aucune espèce de don* t^ sur l'inviolabilité de votre promesse.Mah on craignoit de confier ce secret à la poste^ et je prends le parti de vous renvoyer La France, dont je n'ai d'ailleurs nul besoin, «fin qu'il vous remette cette lettre en mains propres; car je ne puis différer plus long** temps à vous ouvrir mon cœur, et ne de«* Tant vous revoir que dans cinq semaines ^ ]é nepuis supporter davantage l'idée cruelle que je vous supposf' sur ce voyage. O ma bienfaitrice, ma tendre mère! jamais je

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ti*aurois consenti à m'éloign^r de vous , si je n'y eusse ëlé forcée par le devoir le-plus cher et le plus sacré ! une lettre de ma mère m'ordonnoit de partir, si vous y consentiez] . • • Maintenant je vais tout vous dire^ puisqu'on me le permet.

Le soir de mon arrivée dans celle maison, M™« d'Olbreuse me conduisit dans le logement qui m'étoit destiné ; c'est un appartement charmant^composé d'unechambre et de deux cabinets^ dans Tun desquels je trouvai une harpe , un piano-forte , une boite à couleurs , une écritoire , des livres , et un rosier de roses mousseuses aussi beau que dans Tété ! • • . Je fus très-émue; mais Mme d'Olbreuse ne me dit rien , et je n'osai la questionner. Je remarquai qu'il n'y avoit dans cet appartement que deux Iks jumeaux placés dans une grande alcove. Je demandai cil coucheroit Jacinthe? A l'autre extrémité de la maison , me répondit M™^ d*01breuse, mais , poursuivit-elle y une femme dont je réponds, couchera près de vous dans l'un de ces deux lits. • • . A ces mots j'éprouvai un violent battement de cœur ! . • • Cependant M'"'' d'Olbreuse parlant tout de suite d'aa« Are chose d un air très-simple , j'imaginai que je meirompois^etje gardai le silence»

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Nous redescendîmes dans le salon, il éloît iiuit heares ; on attendoil ^ pour souper , le comte d'Olbreuse que nous avions laissé dans ]a rue de Ricbelieti en pafssanl à f^aris. Il avoîl dit qQ*il seroit à boit heures à Saint-^ Mandé , et qu'il y àtneneroit k stmitr et la belle sœur de M»« d'Ôlbretise, qui passeroient quelques fours arec nous* A huf t heures un quart nous entendons le bruit d'une voiture. Je me troublai sans savoir poar^ quoi... Un instant après le Comte d'Olbreuseparolt avec deux^ dames qui lui donnoient le bras ; toutes deux aroieat des chapeaux dont les dentelles noires rabattues cachoienf leurs visages .... Voilà , me dit M™* d'Olbreuse, ma sœur et ma belle*sœur... Mes yeux se fixent sur la plus grande de ce»

deux personnes 9 elle s'arrête , lève la deù-^ telle deson chapeau, et découvre un visage d'une beauté éblouissante. Elle me regar* doit f.... ah ! quel regard !... il me parloit| il m'apprenoit tout ! Je vole dans ses bras^ ce regard et mon cœur Tie pouvpient me tromper ! • . • G'étoit en effet ma mère I • • . En la voyant , en me retrouvant sur son sein , je crus recevoir d'elle unb seconde fois la vie ! elle complétait mon existert^ ce ^ . « «On nous laissa seules |usqù'à dix beu^

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re5 ! • • • Afal quelle soirée délicieuse !... je ne pouvois que répéter cesmols: ilfamér^/.^ vous êtes ma mère !...msLis je récoutois, je lacontemplois ^ ipesyeux fixoieot les siens^ et y retrouvoieut^ comme dans un miroir^ toute l'expression que les miens dévoient avoir ^ toute la tendresse dont mon cœut étoit pénétré! • • • Hélas I malgré l'excès de ma joie 9 mon cœur n'étoit pas pleinement satisfait. Les affections les plus douces et les plus tendres doublées pour moi , ne me procurent jamais qu'un bonheur imparfait^ mêlé de souvenirs douloureux. J'ai pleuré dan&vo^bras l'absence de ma mère^ et dans lessieas je vous regrette!.. .Comment Tune pourroit-elle me faire oublier Tautre?... je trouve , en toutes les deux , les mêmes ver** tus, les mêmes sentimens!... La tendresse^ les soins, les bienfaits de ma mère me rer Iraçeoi à chaque instant tout ce que vous ayez fait pour moi, et ma reconnoissnnce pgur cjlle est ;Ie gage de celle que j'ai pour vousI.«.. Ohl ne goùlerai-je jamais la féli^^cité suprême de me trouver eni^e vousdeux^ et de recevoir à. la fois les douces caresserde deux,ol4etfi si parfaitement, si également aimés ! • . • .

Qu'il me fut doux de souper à côté der

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ma mère* Nous ne mangeâmes guère; Xkoui ne fumes occupées Tuoe et Tautre qu'à nous regarder?. . . . Ah! qu'elle est belle, que sa figure est majestueuse y touchante et parfaite ! . • . .

Après le souper elle me conduisit dans ma chambre où elle a toujours couché.

Elle a pris le lit qui touche la cloison y elle se lève toujours avant moi, et pour cela elle ouvre doucement une petite portée faite dans la cloison y et qui donne dans une autre chambre que la sienne. Tous les soirs ^ après un entretien délicieux, ]e m'endors en tenant la main de ma m'ère« C'est elle qui seule entre le matin dans ma chambre; c'est sa voix chérie qui m'aj^ pelle et qui me réveille, c'est elle qui m'habille, c'est avec elle, c'est à genoux à côlë d'elle que je fais mes prières. • • • Ensuite nous déjeunons tête à tète. • • • • Apres cela je vais me promener; elle ne vient pas avec moi , elle est Ici cachée , et ne sort point. Après la promenade je vole dans mon cabinet , je suis sûre de Vy retrouver , nous lisons les sermons de Bour«daloue; et puis elle me fait dessiner et jouer de la harpe ; elle est excellente mufiicieoûe; elle joue supérieurement du pia«

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no, elchanle à ravir; Vous savez, chère maman, comme elle peiul; ainsi elle miç lient lieu comme vous de tous les maîtres.

Après le dîner nous restons jusqu'à six heures avec M™*^ d'Olbreuse et l'autre dame, amie de ma mère, qu'on appelle Coralie ; nous brodons , et nous lisons des tragédies; ma mère déclame dans la perfection, et me fait lire des vers tous les jours, A six heures nous remontons dans mon cabinet, nous lisons des livres d'histoire, nous faisons de la musique^ nous causons jusqu'au souper, et nous nous couchons à onze heures précises.

Voilà la vie que je mène constamment^ /Tuand M"^ d'Olbreuse ne me mène pas à Paris les matins.Ces courses, quoique intéressantes, me font toujours.de la peine, parce que ma mère ne vient point avec nous; et sans ses ordres positifs, je n'en aarois pas fait une seule. Mais à présent j'ai vu tout ce qu'il y a de plus curieux dans cette immense ville^ et je ne sortirai plus de St.-Mandé que pour retourner à Erjaeville.

Je suis toujours dans la même ignorance sur le nom et l'état de ma mère ; je la vois , je n'ai nulle curiosité de savoir le reste. Je

ne lui hU jamais à- ce sujet la moindre question , même îadirecté.

Voîlà , chère ntàman , tous jxies secrets ; ma mère a le plus grand intérêt à cacher sa liaison avec M™* d'Olbreuse , je, n'en puis pénétrer la cause ; mais , sans la connoltre , je dois respecter son silence , c'est pourquoi je n'ai pu 'vous dire avant sa permission que j'avèis le bonheur de la retrouver ici.

Que je suis soulagée maintenant ! vous connoitrez les motifs de ma conduite^ et vous approuverez votre enfant.

Adieu ^ chère et tendre maman! Hélas T je ne puis que m'affliger de votre absence, je ne puis que regretter Erneville, ce séjour si cher à mon cœur ! . • • • 11 ne m'est pi permis^ ni possible de me livrer à l'impatience d'y retourner; il faudra, pour le retrouver , quitter St.-Mandé , et m'arracher des bras d'une mère adorée, sans savoir quand je la reverrai ! . . . Ah ! je ne sens que mon cœur est partagé entre vous deux, que lorsqu'il faut me séparer de Tune pour aller rejoindre Fautre ! •

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LETTRE XLIIL

De. la niarquiae à la baronne.

Le i8 janvier»

Elle est arrivée! elle m^est rendue!...

Par les inquiétudes que vous m'avez vues> vous pouvez^ chère amie y juger de ma joie et de mon bonheur ! Que j'aime M™"^ d'Olbreuse , qui en a eu tant de soin !.. . Ma chère Léocadie ! . • • • je la trouve grandie et embellie. Qu'elle a été touchante pour moil. • • . O venez ^ mon amie^, venez demain dîner avec nous. Je veux vous procurer un grand plaisir ^ celui de me voir parfaitement heureuse.

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