LETTRE LVI
De lééocadie à la mère inconnue.
lie si4 mat, i 11 heures du soir.
Tout le monde est couche , et moi je ne puis me livrer au sommeil ; j'ai perdu pour jamais le repos] je veille avec le remords, un remords éternel !... O ma mère y c'est à genoux que je vous écris ; c'est en répandant les larmes les plus amères y que j'ose vous avouer que je vous ai désobéi. J'ai donné ma parole , j'épouse Maurice , le jour est irrévocablement fixé, ce funeste mariage se fera le 1 2 de juin ! • . . J ai résisté pendant vingWquatre heures^ mais enfin ma seconde mèfe évoii déshonorée; elle mou« roit, j'ai dû céder! U falloit choisir entre deux crimes affreux pour nîion cœur; j'ai du préférer celui qui racheloit l'honneur de ma bienfaitrice et qui la rendoit àla vie!..* Ah ! jamais la reconnoissance n'obtint ua sacrifice plus douloureux ! vous désobéir, n'est-ce pas m'immolerl. • •
M9.mçr€ !'ma tendre mère ! vous déplai-
igo LES MERES
re, vous irriter est pour moi le plas grand des malheurs. Ah! prenez pîtîé de votre infortunée Ijéocadie, elle vous révère aulanC qu'elle vous chérit , elle déteste un engagement que vous n'approuvez pas ; elle ira à Fautel comme une victime y et non comme une enfant rebelle I O ne pensez pas qu'un sentiment secret ait influé sur ma conduite; j'aime Maurice comme je dois aimer le £l5 de ma bienfaitrice ; il a mille qualités charmantes; cependant (je vais vous ouvrir mon âme toute entière ) je ne Faîme ménne pas comme un frère!... Non , ce sentiment si tendrCiç... ce n'est pas lui qui me l'inspire!... Enfin , je n'éprouve qu'un éioigae* ment invincible pour le lien fatal que je vais former. J'en serai plus à plaindre , mars j'en aurai-moins de remords ; }e ttiid croirois plus criminelle , sU'union que vous ne bénissez pas , plaîsoit h mon cœur. Hélas ! ce cœur consacré sans réserve à la nature , à la reconnoissance 9 n'a pu se livrer à d'autres aentimenslL^ameur filial est son unique passion ! et je ne puis en remplir les devoirs!... Soumise également à deux mères adorées , je n'ai pu leur donner les mêmes preuves de tendresse et de dévouement, il falloit irriter l'une ou désespérer l'autre!...
O daignerezi-voqs me pardonner? J*dUends en trembUcilt voire réponse!.... Ma mère^ ma sensible mère ^ n'achevez pas d'accabler voire malheureuse Léuoadié I
LETTRE LVIl.
De la comtesse de Rosmond au comte Jules.
Le a8 mai.
Ah! mon cher Jules ! fai une- funeste nouvelle a vous annoncer!... Vous n'avez plus de père!... Mon îbsdh^ureax frère a été frappé d'apoplexie hier , à huit heures du soir, en sortant du caBin«t du roi ! . • . Tous les secours ont été- mutiles ! • . • Bouvard lui avoit prédit cet affreux genre de xnori, , s'il persistoit à ne point changer sa manièréde vivre. Hélas ! mioxi frèire n'a pas ii?oulu le croire I».. ils'est tué !... Je De quitte point votre excellente mère; elle est dariiS une profonde affliction , mais sa- santé est aussi bonne que nous pouvons raisonnable* meal Je désirer dans sa situation. ëUq vou$ ordonne de rester à Moulius , j'irai vous j retrouver iucessaoxment.
Voas devez d'autant plus regretter votre père , qu'il vous a donne les plus tendres marques d'affection deux jours avant sa mort !... Je lui parlai en particulier le )6 en présence de votre mère , et il consentil à tout.
Adieu , mon cher Jules ; adieu ^ mon fils!... Tranquillisez-vous sur le mariage de Léocadie ; restez paisiblement à Moulins. Je mérite votre confiance^ accordezla-moi toute entière.
LETTRE LVllL
Jhi'chevaUer de CeUaa à ta nuarqiùa» dom-
rièrede T**\-
D^ Autan 9 le i«v iuîn.
AssunÉMCNT ^niadanTe la marquise , fac»
cepte votre aimable invitation , et mort o^ vif je serai certainement à T*** le 7 au. soi J'assisterai avec autant d'intérêt que de plai sir aux noces de monsieur vptre petit-fi^.
Non 9 Madame , la fête d^ T'*^'*^'^ ne sera point éclipsée parcelle et Erneville ; Tor pai et véritable n'est poiut effacé par l'éclat fac
RIVALES. ï9$
licè dix faux or . . . Mais^ Madame ^ que di« tes-vousde tous cesgraddsévénemeas?Le financier duResnel^ n'ayant pu i^ussirà donner sa femme pour mére^^ prend le parti de se déclarer le père\ cela n'estil pas inge'nieux? Enfin quelle est donc la mère?...
Le mariage déroute les simples , les gens à préjugés; mais les âmes fortes soutiennent que la coutume des Guèbres et des Perses est très^conforme à la nature ! et puis trois cent mille livres de rentes peuvent anéantir bien des scrupules! Nous allons donc voir M. Maurice d'Erneville , arrière-pelit-fils d'un marchand de vin^ le plus riche sei" gneuràe la province !... Quoique j'aie fort a me plaindre des d'Orge val, le ressentiment ne me rend point injuste y et je suis indigné des procédés qu'on a pour eux ; j'ai été té- ^et p moîn des paroles d'honneur solennellement données à l'occasion du mariage projeté de^ 5^^ Ja petite d'Orgeval avec son cousin. Madan^*^ me d'Orgeval est une très-bonne mère ; jua^* gez de l'élat où elle doit être!. .. Celle con- :^^t duîle est véritablement infâme.
j^g f Je sais de bonne part que M. d'ErnevîlIô l'or! ^ poussé l'outrage jusqu'à proposer ea i^^fï échange de son fils Maurice, son petit bâ^^ 3. 17
'tard Stéphen ; connoissez-YOusrieQ de plus révoltant que cela?
Adieu ^ Madame; re<:evez avec Iwnlé rbomtn9ge respectueux d'un admirateur sincère et de Tanii le pluç dévûué.