‹ Les mères rivales, ou, La calomnieChapitre 38 sur 46 · LETTRE LX · texte numérisé non relu

LETTRE LX

De M', du Reanel à la baronne.

B'Erne Ville y le lo juin,

Nousapprenonsdans rinstant que le duc de Rosmond est moruOn cache cet événe-* meiit à Léocadie y sa tristesse n'est déjà que trop profonde !... cette nouvelle Faugmen'teroitcertainenoent encore. A présent, Ma^ dame , nul doute que la lettre de Tévêque d*Aulun ne se rapporte à la mort du duc de Rosmond. Cette déclaration publi que sevB, sûrement la révélation d'un grand mystère.

Il me paroit plus certain que jamaiç que le duc est père de Léocadie , et que Tévéque^ ami de toute celte famille, s'est chargé de déclarer ce secret. I^a publicité qu'on veut donner à cet aveu, ne peut être qu'une chose bienfaisante de la parid'un homme de-soa caractère ; son but est sûrement de justifier autbentiquement Pauline. Mais quelle est donc la mère ? De quelle main infernale a parti le billet qu'a reçu le marquis? L'évé" que veut bénir lemariage de Léocadie; c'e^

9€fi LES MERES

annoncer solennellement d'avancé qu'il croit cette alliance légitime... Enfin, dans deux jours nous saurons tout. Je compte les heures et les minutes ; jamais le temps ne m'a paru si long. . .

Adieu 9 Madame; en remplissant avec tant de perfection vos devoirs^ ménagez "volrc santé; l'inquiétude qu'elle nous cause^ ajoute un cruel lourmenl au'ohagria d'être séparés de vous. J'irai demain vous porter ^oî-mème le billet de Pattltoe; puisse-}^ trouver le baron dans un élat moii^ afflî* géant!

LETTRE LXL

Du même à la meme»^

B'EmfeTÎUe , le i% jatn , à dix bentei du matin.

Je profite, Madame, de l'oecastoa du volturier qui vous porte la baignoire , pour vous écrire un mot, sans pr^udice du caur^* rier que nous ferons partir après Ift eéré- ^lonie. L'évéque est arrivé à buil heures ; mais ce qui nous a surpris, c'est qu'il aniène le premier président du parlement do4)ij[oa^

M. de ^^^. L'évêquô a dil qu'il ne venoit que poar bénir le marittge; que M. le pre* mief i^résiàeniremtiitokdes papiers impor^ tans dont il est dépoâîlaif e, itiaisqu il allendoit pour cela Tarrlvée de deux personnes^ qui seroîentsùretnent à Ernevîllèavanimîdi.

Vous coûttoîssez lemaialieri froid elgrave^ elle visage immuable dit premier président f aitisi sa physienomiey eoittttie de coutume, ne dit rieti ; mais l'évêque parolt être excessivement préoccupé et touché. Au reste, il n'a jamais m<mtré plus d'estime et pfus d'ainitîe pour Paulin e; observation qui dissipe toute inquiétude. L'évêque sachaùt que le chevalier de Celtas est à trois lieue* d'ici , a conjuré le marquis de luîcn voyer un bitref d'invitation, ce qui est fait: autre preuve certaine qu'il s'agît de fUstiOer Pauline. Monsieur et madame d' Orgeval , sur une lettre qui a dû piquer leur curiosité , ont pris le parti de venir aussi. Ils viennent d'arriver presque en même temps que le chevalier de Ceh^s.Pour le marquis, il ne sait plus où il en «t, il' ^se k peine tever les yeux sur Paujîne, il ne lui parle qu'en balbutiant. Tout lui prouve enfin qu'elle est innocente. Léocadie sera sa belle«fîlle dans deux heures; sori^ trouble et ses remords soat inexprima^

jïoo LES MERES

blés!... Pauline aujourd'hui ne voitqueLéocadie et ne s'occupe qu'à la parer... elle s'est le vée à cinq heures, elle a passé dans Tappartement deLéocadie^ qu elle a trouvée^ nooseulement éveillée, mais habillée et baignée de larmes. Viens^lui a^t-elledit^viensavec moi, allons chercher du courage et de la confiance. A ces mots, elle la prend sous le bras et l'emmène a l'église paroissiale. E^le la fait mettre à genoux à côté d'elle, devant la cuve de pierre où Pauline a reçu le bapté« me , et où Léocadie en reçut aussi les céré« monies. Elles étoient seules dans l'église, et Pauline se tournant vers Léocadie : Chkr0 enfant, lui dit-elle, c'est ici, c'est à ceV\e même place que, dans les premiers momens de notre vie , nous fûmes purifiées et mar^ quées du sceau de la religion L • • Depuis cet. instant^ nous avons conservé celte pré* cicuse innocence ; abjurons donc ici des foiblesseshumaines,remercions le créateur, et prions avec espérance. A ces paroles , Léocadie (de qui je tiens ce récit) se sentit ranimer, ses larmes coulèrent, mais sans amertume; elle resta en prières, avec sa mère, jusqu'à l'heure du déjeuner; ensuite elles vinrent au château, et je fus si étonné du calme que je remarquai sur leurs phj-»

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sionomies^ que j'ialerrogeai Léocadie^ qui m'a conté ce que je viens de vous dire.

Si j'ai été frappé de l'arrivée subite de St. Méran y je le suis bien davantage de Tétat cil il est aujourd'hui. Il ne voit , n'entend^ ni ne répond; il est hors de lui et plongé dans la plus profonde tristesse : il sait le secret y je n'en doute pas. Mais si ^ comme tout le prouve, ce secret est à la gloire de Pauline, comment peut*il en être si douloureusement affecté? Cela est incompréhensible.

Je puis prolonger ma narration , car on n'a p4i trouver encore une charrette assez grande et assez solide pouf transporter la baignoire. Je vais faire un tour dans le salon, avant de fermer cette lettre.

A 1 1 heures et demie.'

Pauline, plus touchante, plus jolie que jamais y et Léocadie, belle comme l'astre du jour, viennent d'entrer dans le salon. Alors le président tire de la vaste poche de son habit un écrin , l'ouvre, lève le couvercle et montre les plus beaux diamans du monde^ ets'avançanl versLéocadie, lui présente cet écrin . . . Léocadie se trouble , et regarde sa mère. De quelle part, dit Pauline, vieal

ceprésenl?... Madame, répond gravement le président, d'une personne qui a le droit de l'offrir. Fabien, Monsieur , reprend Pauline, quand on la contioitra, Léocadie ac« ceptera. A ces mots, le président a posé récrin sur la table.». Dans ce moment, mes yeux se sont portés sur St. Méran , il étoit d'une pâleur mortelle. • • Enfin, Madame^ ce que je ne puis vous dépeindre, c'esl l'embarras, l'inquiétude et Tétonnement de M. d'Orgeval , de sa femme et du chevalier de Celtas. Le dernier, surtout, voudroit bien avoir l'air dégagé, incréd oie ^l moqueur , mais il n'en peut Venir à bout ; il ne sait d'ailleurs a qui parler, étant brouii/e avec M. et M"**" d'Orgeval ; il a voulu s'approcher de révêque et du bon curé , et il en a été reçu avec une sécheresse parfaite.

Le président ne l'a pas mieux lraité,lVl"'*' Regnard a changé de place quand il s'est avancé vers elle, et j'ai défendu à Rémi et a Sauvai de lui répondre; de sorte qu'il est réduit à l'entretien de M"* du Rocher. Je croîs qu'il se repent beaucoup de lacuriosité qui Ta fait venir ici. M. d'Orgeval dandine tantôt sur un pied, tantôt sur l'autre ; il sepro-« mène de temps en temps dans le salon, et îgœnaude. Sa femme ricane, bâille et s'é-

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vente. Le président 9 Tëvèque et les grandsvicaires soutiennent la conversation générale 5 qui ne roule que sur des choses indif« férentes.

Grande nouvelle!... on m' apprend if u une voiture à six chevaux , avec tous les stores baissés , arrive dans le village , et s'est arrêtée devant la maison ducuréy qui vient avec le président de sortir du cbàteao pour aller parler h ces étrangers. Adieu^ iy[adanie;le voîturier part y enfin ; je vais toujours donner cette lettre , et dans une heure je vous manderai le reste*

LETTRE LXIL

Du même à la même Le ta jaia & 3 heures et demie après-midu

O JUSTICE éternelle ! Ecoutez^ parfaite amie y et prosternez- vous avec nous pour remercier l'arbitre souverain des destinées humaines!*.. Au bouid/une demi-heure le curé est reveau très-essoufflé , très-rouge ; on l'entoure^ on l'interroge^ il répond qu il a in&tallé cheai lui les étrangers y qu*il a pro^

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mis de ne rien dire de plus sur eux , qu'il ignore, d'ailleurs , le sujet de leur voyage, que M. le premier président va les amener dans un moment. Leocadie pâlit ^ Pauline s'émeut y le marquis se trouble et s'agite.

St. Méran se lève et s'enfonce dans l'embrasure d'une fenêtre en tournant le dos à toute la compagnie ; on se regarde , on se parle bas... Enfin nous entendons le bruit d'une voiture, le marquis veut aller au-devant des étrangers, l'évéque le retient en disant d'un ton d'autorité : Non, Monsieur, restes, je vous supplie. Le marquis interdit,s'arrèle... La porte du salon s'ouvre. Le premier prési^ dent paroilseul, fait trois ou quatre pas, et s'adressant à la marquise avec un air solennel : Madame, lui dil-il, M "** la comtesse de Rosmond , qui veut révéler un important secret , vous demande la permission d'en^ trer... A ce nom de Rosmond il y eut un mouvement général dans la chambre. .Tout le monde se lève , Pauline , troublée , ne répond que par une inclination de tête.

Le président sort , et presque au même instant les deux battans de la porte se rou*vrent, et l'on voit paroltre la belle comtesse de Rosmond , en longs habits de deuil, ap« puyée sur le président ; elle s'avançoit lea-

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iemenlf elle avoit les yeux baisses. • • • Sa beauté parfaite et frappante, dont cescrèpes noirs et ce deuil profond relevoient Tëclat éblouissant et la majesté^ ne nous cause pas moins d*élonnement que sa ressemblance avec Léocadiel • • . A peine a-t-elle paru y que nous entendons deux cris partir du fond de 1 ame! . • • Léocadie ^ éperdue, s'élance vers elle y et tombe sans connois* sance à ses pieds I • . . • Le marquis pâlit , frémit y chancelle • . • • J'étois à côté de lui. Il saisit ma main , et la serrant avec force: Juste ciel ! s'écrie-t-il d'un air égaré y Camille! « • • c'est Camille! • . • et il reste immobile, la bouche entr'ouverte^lescheveux hérissés et les yeux fixés sur la comtesse!... Pauline y au milieu de ce désordre , ne voit que Léocadie évanouie, elle vole auprès d'elle ; on la pose sur un canapé y et Léo-* cadie , baignée des larmes de la comtesse et de Pauline y et dans les bras de Tune et de l'autre y rouvre les yeux en disant : ô ! ma laèrel. . . Est-ce moi? s'écrièrent a la fois Pauline et la comtesse. Ah! toutes les deux!

répond Léocadie ! • • • Jugez de notre surprise l. • • mais, combien elle devoit augmenter! ... La comtesse , tout à coup , se lève , elle s'avance au milieu du salon , elle

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s'appuie 9 d'un maia^ sur la table ^ et s'a- ' •dressant au marquis : 11 est tenips^ dît-elle, ide justifier l'innocence. Je ne le puis sans découvrir nos égaremens ! Je saurai expier le mien , et le bonheur de votre vertueuse épouse réparera le vôtre I • . • A ces mots, se retournanlvers l'assemblée: Je sais, poui> suivit-elle, la mère de Léocadie. • • et soa père est M. d*ËrnevilleL... • Après avoir prononcé ces paroles , elle baisse un voile noir , se couvre entièceraent le visage , et sort du salon. Léoeadiese précipite sur ses

traces etdisparoh et le marquis est aux

pieds de Pauline. .. O femme incomparable/ s'écrie^tjîl en embrassant ses genoux et en versant un déluge de larmes, je dois passer ma vie à tes pieds , et je ne suis pas digne d'y être souffert ; tu dois me repousser l<Ha de toi , il n'y a , pour moi , d*expiahon que ta haine, le désespoir ella mort!... Pauline, pour toute réponse, se jette dans ses bras, et le serre avec transport , contre son sein...

Nous pleurions tous ! L'envie même y

éleinle , ou du moins suspendue, laisse couler les pleurs du sentiment et de l'admiration ; nous entourons Pauline, chacun veut Tenibrasser, ou la toucher et baiser sa robe; l'enthousiasme est universel^ il a saisi tous

\ps cœurs I et le^ larmes répandues par le chevalier de Celtas et par M'^^d'Orgeval ont €té aussi sincères que les miennes... .. Pau- Une, cet être divin, Pauline. ... ô quelle yoîe pure et céleste brilloit sur son visage ! . . • ^ile a bien mieux fait que confondre ses ennemis, elle lésa vaincus , elle les a subju^ gués. Comme la lumière dissipe les ténè-* hres, comme la vérité anéantit Terreur , je crois que la vertu qui se montre avec un éclat si doux et une telle sublimité,, 9 le droit heureux de purifier tout ce qui la contemple.... Qui peut rester méchant en connoissant Pauline , en la voyant telle qu'elle est!...Cepepdanl la comtesse^ qui s'éloit retirée dans uj» cabinet voisin , renvoie Léocadie , conduite par le président.

Pauline place elle ménae Léocadie dans les bras de son père , qui la reçoit avec transport,^ contemple avec ravissement et et oit la, voir pour la première fpis!... Maurice accourut en pleurant pour embrasser sa sœur, et l'heureuse Pauline , au milieu de ce groupe intéressant, goùtoit un bonheur qui la dédonimageoit pleinement de seize ans de souffrances. L'évêque, s'approchant de Pauline^ lui parle tout bas et Temmène, avec le marquis et Léocadie , dans le peti|

ao8 LES MERES

sâloQ vert. Là il demande la maia de Léo* cadie pour son élève , pour le neveu chéri de la comtesse deRosmond, enfin, pour le comte Jules, ce charmant jeune homme dont nous avons tant admiré les grâces et la conduite ; Tevêque dit que le duc de Rosmond , quelques jours avant sa mort , instruit de tout par sa sœur^ consentit, ainsi que sa femme , à ce mariage , en faveur duquel la comtesse a fait à son neveu unedo-> nation entière de tout son bien. En effet, l'évéque montra le consentement par écrit du duc et de la duchesse ; l'évéque ajoute que le comte Jules attache à cette union tou/ le bonheur de sa vie, et qu'une puissance raison faitdésireràla comtesse deRosmond

qu'elle ne soit pas différée. Léocadie , déjà prévenue par sa mère, déclare ingénument qu'elle a pour le comte l'estime la plus par-* faite et le sentiment le plus tendre, et il est sur-le-champ décidé que Léocadie épousera le comte Jules jeudi prochain. On envoie chercher le comte qui, arrivé avec salante, étoit resté chez le curé. 11 est présenté au marquis et à Pauline ; son amour et l'ivrcs* se de sa joie achèvent d'embellir les tableaux ravissans qui nous entourent... Pauline, au comble de la félici lé > rentre dans

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lesalon^nous fait part de ces dernières nouvelles, invite toute rassemblée à rester au château jusqu'à samedi ; ensuite, prenant Léocadie et le comte Jules par la main^ elle les conduit dans les bras de la qomtesse qui étoit encore dans le cabinet. Ces àeuxmères finales y si dignes d'être amies Tune et Tau- Ire y ont passé ensemble près d'une heure avec les jeunes amans. J'ai bien envié Té-véque et St. Méran y qui y seuls admis à cet entretien, ont joui du bonheur d'admirer à la fois la perfection de la vertu , l'héroïsme du repentir, et le tableau délicieux offert par l'innocence^ par la nature, par la re-, connoissance et par l'amour.

A une heure et demie la comtesse y em*« menant avec elle Léocadie, est retournée chez le curé où l'attendoit Agnès, son amie • Léocadie restera au presbytère avec sa mère jusqu'au jour fixé pour son mariage. Le comte Jules loge au château.

La comtesse, qui^connoU mon attache^* meolpour Léocadie , m'a écrit un billet très-touchant , dans lequel, en refusant ce que je voulois faire pour sa (iPe, elle me dit tout ce qui peut consoler l'amitié du malheur d'être inutile, et m'invite à l'aller voir ce soir.

Ce jour eslj sans doute ^ le plus beau de ma vie! il justifie la Providence et tous les sentimens de moo cœur! Cependant une chose empoisonne ma joie ; Si. Mëran souffre, St. Méranest malheureux 1... 11 adore la comtesse, et il est persuadé qu'elle médite un cruel sacrifice ; c'est le seul secret qu'el le ne lui ait pas confié.^ Mais , en effet , il ne me paroit que trop vraisemblable que la con^

}ecturedeSt. Mëran est très-fondée U

m^a conté qu'étant dans le cabinet avec la comtesse et Léocadie , cette derrière priant sa mère de relever son voile , la com lessé a répondu : Non ,ma fille; après l'aveu que/e viens de faire publiquement , un voile étet^ neldoitme cachera Jamais aux jreuxàe tous les hommes ! St. Méran interprète cette phrased'une manière qui le désespère, et je crois qu'il devine bien.

Voys éleâ sûrement trèsHtmricfuse de sa-* voir quel est ce jeune Stéphen que nous regardions en secret depuis silong4emps conime le fils d* Albert? Vous sere^ Bien surprise en apprenant quele marquis , lui-^méme ( à ce qu'il m'a dit ), se croyoit le père de cel enfant, et que cependant Stéphen ne lui est rien. La comtesse a fait dire au marquis, par Si. Méran , que Slépbea n'est qu'un gauvre

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orphelin ^ pris au berceau àThôpital des eu* fans trouvés. La comtesse a promis de donner à Paulioe et à Léoeadie un manuscrit contenant , avec détail , toute son histoire ^ et dans lequel on trouvera l'explication de cet étrange mystère.

Enfin , Madame , nous allons avoir àeux.

noces. M. d'Orgeva!, dans ces premier»

mromen'i d'effusion et d'attendrissement, a oblr itt de son frère et de Pauline d'assure wâussî fe bouhetir de Zéphîrine en TutS' -*^ Maurice, qui, après son maria* '^c> voyagera pendant deux ans. On a envoyé chercher Zéphirine, qui, comme vous pouvez eroîre , prend doublement part au bonheur de sa jetiue amie.

O combien depuis quatre heures vous^ avez été désirée ici? cottibien de fois Pauline m'a répété : jih ! si elle était là! . . . Elle s'échappera demain pour vous aller embrasser. ... 11 est dnq heures et de— ttiie , on va enfin Se mettre à table ;: on* Ai'appelîe. - Adiéti > Madame; je ne veux pas retardef davantage un courrier qui^ vous rendra si heureuse;-

aia LES MEAES

LETTRE LXIIL

Du marquis à la comtesse.

D'EmeviUe, le i6 juin.

Enfin , tout ce que j'aime , est heureux dans ce jour solennel!... Pauline, Lëo« cadie, Maurice.... Nous revenons de l'église. Léocadie est irrévocablement engagée y le mérite et les vertus du comle Jules me répondent de son bonheur. Mon fils a reçu la main de Zépfairine^ et partira dans quinze jours pour Tltalie. Je ne Yy suivrai point. Pauline veut que j.e reste ici ; quel intérêt plus puissant pour moi désormais que l'espérance de regagner sa tendresse 1 quel devoir plus sacré que ce* lui de lui obéir , et de lui consacrer le reste de ma ,vie L... En ouvrant les yeux ^^ en retrouvant Pauline ^ j'etois bien sur ^ dès le premier moment , d'obtenir un généreux pardon ; mais je ne connpissoisi pas encore le pouvoir suprénve de cet ange consolateur. Je ne croyois pas , comme je vous le mandois dans ma première lettre >

RIVALES. ai5

qu'il fût possible de rne raccommoder avec moi-même, de me faire supporter le poids affreux de tant de remords !... Ah l \e n'ai pu craindre Pauline qu'en me retraçant mes crimes ; auprès d'elle je ne puis que l'adorer. Comment pourrois-je redouter ce doux regard , où Tindulgence ne se peint qu'avec l'expression de la sensibilité? comment pourrois*je être accablé d'une générosité qui ne ressemble qu'à la tendresse? comment enfin serois*je embarrassé dans le tête à tête j si redoutable au coupable y quand je retrouve en elle tous Jes épauchemens de la confiance et de Tainitié la plus intime !... Je suis enx^ore aimé de Pauline y mon existence ne peut être avilie , et ne sauroit m'étre à charge I • . • Et quel sentiment de plus m'attache à là vie l... Ce chef-d'œuvre de la nature et de

Véducation^ cet objet innocent qui causa foutes mes injustices^ que je n'admirois qu'avec saisissement et jalousie^ que la défiance me défendoit d'aimer, dont la ressemblance, surtout depuis deux ans, me frappoitsans m'éclairer, et m'éfonnoit sans m'attendrir, Léocadieest ma fille!....

Je l'aime avec passion!... O quel charme je trouve dans cette affection si naturelle L.

sH • LES MERES

C'est le seul hommage qu'il me soît permis de rendre a sa malheureuse mère , et c'est m^identifier avec Pauline, dont elle est l'idole!. •• Ah! ma mère, comment vous exprimer tout ce qui se passe dans mon âme! Vous connoissez sî bien toutes mes erreurs, tous mes ëgâremens ; vous seule pouvez y lire , et vous faire une îde'e de mon trouble , de mon agitation , de ma )OÎe et de mon repentir !..: Je ne puis dire que je sois parfaitement heureux I Hélas l Je suis trop coupable pour retrouver le bonheur^; mais j'ai repris totts les Uen^ che'ris et puîssans qui font airtierlavîeJ et la gloire de Pauline , cette gloire ccfatanle et pure , quoiqu'elle aggrave mes torts ^ me semble en effacer là honte;...

Ce souierraiù, dans lequel une étrange et triste erreut m'a fait passer tant de nuits douloureuses , ce souterrain où mon imagination troublée s'est égarée tarit de fois...^ je le consacre à Léocadie î... Sa mèrey parut, )e ne sais encore par quel moyen !..^ Mais sans doute ce fut la tendresse mater-» nelle qui l'attira , et qui la fit errer dans le ehâieau,!.... Je ferai mettre sur le rocherune colonne , j'y graverai ces mots : P^ro^ dige de V amour maternel ï... Je donnerai

RIVALES. sriS'

à Lëocadie la clef du souterrain, et je n'y retournerai plus! ceseroit le profaner!...

Non y ma mère y je ne sais point encore pourquoi elle prit le nom de Camille Dercj.... elle doit donner a Pauline l'histoire de sa vie , nous saurons tout....

Ah ! n'en doutez pas , Stéphen me sera toujours cher; il me fut remis par elle;:

]9l\ cru j pendant seize ans y qu'fl étoit mon fils ; vous lui avez prodigué les plus teu-* dres soins : il est aimable et bien né. Mon cœur l'adopte, il est pour jamais au rang; de mes enfaas!...

Adieu , la plus heureuse des mères t (l^iélas I seulement par Pauliue ) Ah ! qu'il zne sera doux de conduire dans vos bras^ celte fille si digne de vous, e4 de presser ik lat fois coatre mon sein les deux objetsd'une si vive tendresse et d'uae reconuaisp saace si profonde l

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