LETTRE LXIV
Du même à La m>éme.
DTrneTille , le i8 jain*
- Croirez-vous^ ma mère, que depuis mes dernières lettres Pauline ait acquis de nouveaux droits sur mon coeur ^ et des droits plus puissans que tous ceux qu'elle avoil déjà ? Croirez - vous que ce que je viens de découvrir^ soit encore au-dessos de tout ce que naus savions j et qu'enfin la sublimité du sentiment surpasse en eWe, s'il est possible 9 l'héroïsme de la vertu ?..• Cette créature angélique a su dès leur orî* gine tous mes coupables secrets^ sans ja* mais se permettre un reproche ^ une plain^ te, ou même une confidence déposée dans le sein de l'amitié , sans jamais en dire ua seul mot ni à la meilleure des mères , ni a la plus parfaite amie.M™^ de Vordac étoît, à cet égard , dans la même ignorance que nous !.... Pauline, instruite par des lettres anonymes, a tout su !.. . Elle découvrit ^^ans le temps tout l'artifice é^ voyage de
RIVALES. tij
Vîchiy la seule chose qu'elle ait confiée à M™* de Vordac , parce que d*abord elle D'en connut pas le motif ^ et n'y soupçon-* na rien de criminel. Mais ensuite, éclairée sur toute 1 intrigue, elle s'imposa uu éternel silence. La France ^ envoyé à Vichi ^ fut pensionné secrètement par elle depuis ce temps , afin qu'il ne révéUt point un inystère que jeivoulois cacher. J'avois découvert qu'elle faisoit cette pension , je ne vous en ai jajanais parlé , parce que c'étoit^ selon moi, une preuve très-convaincante contre elle; je ne pouvois vous dissimuler ma défiance , mais il m'auroit été afireux de la déshonorer à vos yeux; trop/oible pour ne pas aimer à me plaindre, j'étois cependant trop sensible pour qu'il me fût possible de révéler ce qui la coudamnoU :
quoique votre incrédulité m'impatientât souvent , j'y trou vois une sorte de consola** tîon , il m'étoit doux de voir encore Pauline estimée par une âme telle que la vôtre.
Cnfin , votre conviction , qui ne faisoit nulle impression sur mon esprit , eu produisôit une irrésistible sur mon cœur,
elle ébranloit ma certitude, et balancoil
pour moi l'évidence. Mais tandis qu'abusé par de fausses apparences je condamaois 5. 19
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}'oulrageois Pauline , elle , connoissant avec certitude tous mes torts réels , n'étoit occupée que du soin de cacher mes égaremens 9 et de m'épargner l'embarras et la confusion d*en rougir à ses yeux !...
Quels discours y quels éloges pourroient exprimer Tadmiralion que mérite une telle conduite ! le cœur d'une mère et le mieo peuvent bien IVpprécier mais on ne sauroit louer dignement Pauline que par Je récit de ses actions. Hier^ le bal jque nous devions donner neut pas lieu, parce que nous apprîmes à 4!!:di la mort du pauvre ba« ron de Vordac. 11 avoit quatre-vingts aD5, et n'ajamais rendu sa femme heureuse; ain'sf cet événement ne pouvoit nous aiïï\ger, d^autant plusique Pauline est persuadée que monsieur du Resnel épousera la baronne; mais Pauline , par respect pour le deuil de sonamie, a sur-le-champ contremandé toa« le la fête. Nous avons été passer la journée avec la veuve, Pauline, du Resnel et moi.
La baronne , malgré nos instances , ne veut venir à Ërneville que dans six semaines.
Nous ne sommes revenus au château qu'à minuit; nos jeunes mariés, suivant nos ordres, ne nous avoienl point atten us; tout le qiondeéloit couché^ du Resnel s'est rc-
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tiré dans sa chambre; il fàJsoîl le pJasl)eaa tenaps du monde, Fajiilikie m*a proposé de faire une promenade au clair de la lune , et elle m'aconduil dansisou jardin particulier, où^llpa fait faire untomàecuiy il y a^ trois ansL^fLib^ure et le clair de'la lune m'ont rappelé nie$ tristes promenades uljcturn^s du souterrain; j'ai soupiré, f ai; senti une émotion douloureuse! . ; • En me laissant guider par Paulineet en avançant, j'ai vu qu'elle me conduisok vers le tombeau,et j'ai remarqué avec surprise qu'il éloit extrémetïient éclairé par des lampions cachés derrière les feuiilages,et par deax grands vasesd'aibàtre renfermant des bougies , et placés sur le de* ' vant de la tombe. Cette illumination pro-* duisoit un effet charmant; mais je m'étonnai en remarquant que Ton avoit enlr'ouvert le tombeau , et en découvrant par cette ou- Terlure une espèce de niche faite en briques, dont Tun des côlés ^battus laissoit voir un coffre de bois de cèdre. Je questionnai làdessus , et Pauline, au lieu de me répondre, ine serra la main avec attendrissement , et me fit asseoir à côté d'elle sur un banc de gazon auprès du tombeau! ... Je la regardois avec autant de trouble que d'étoiinement!...
Jamais je ne vis sa charmante pbjstouom'
tio LUS HERES
si toucbaDtel. A Elle joignities nraitis y et les levant isrers le cîel avec une expression divine : O Providence ! s'écria-t-elle , à toi qui .conduis tout par des ressorts admirables et cachés, ô créateur de l'Univers y combiea .nous sommes insensés de murmurer au temps de raf&iciioQ ^ puisque Tinfôrtune la plusiaffreusè peut n'être par ta bonté que la préparation nécessaire d'une félicité suprême ! . . . CLer Albert , poursuivi t*elle , tu vas connoître si jamais Pauline a cessé de t'ai- .mer! A.ces mois elle me ditde lire l'inscription tracée de sa main sua* la pierre renfermée dans la tombe L • . Que devins^^je ea lisant ces mots :
^ux mdiies de l'infortunée Camille / . . •
Un ruisseau de larmes s'échappe de mes yeux , je reste muet , immobile! ... Vous savez, ma mère, que je perdis^ il y a irais ans, dans cette année 17**, un porlefeuillecontenantun écrit intitulé : Mes réi^eries dans le souterrain. Cet écrit exprimoit avec clarté , et mon égarement^ et sa cause. 11 tomba dans des mains ennemies^ et fut envoyé à Pauline ! Et voilà quel fut le
RIVALES. sur
yférilMe $u}*eide cette vivedouleur que j'attribuai dans le teitips à la fausse nouvelle de la mort du duc de Rosiiiond ! .t. Tandis (|[iie' celt ange gémissoil en secret de dm folié ^ je m'irritois de son désespoir ^ et finsnUois aux larmes que je faisoîs répandre !.. ; You» croyez tout savoir ! . J. O ma nière , écoutea? le reste !... Non^ rEtre**5opréme > le créateur qui a formé cette &me vérilablement' angéliqlie , peut seul en prévoir et en devi^ ner les mouvemens sublimes ! '
Pauline prend le coffré y elle l'ouvre , et' eh tire deux ;petit& manuscrits; Tunétoitle mien , celui que je perdis et qu'on lui eû«> vbya; Tantrje.y écrit par elle ^ a pqur titre : Iiesrêieerie$:fle Patdine/ en voici la copie fidèle : çf rOu) )o moft, pùiifieHotites l^s âf- (c fections !... Elle anéantit les projets et les i<: désirs coupables 9 elletie laisse subsister « que les regrets intéressans y et que la doufo leur toujours respectable «t toucbanfe/. .' <f Aihcr^ ^ tu pA.eur6s.! U« vètt« pleurer aVéC" €i loil..^ Ea'vaiiitameffuis!,:en'*v^inUume « ferqies loncœurlmatendresseingëikiea- * u fiesaurajrétablir etcon&èinrcrentrenpusla <r 9ym(Mi(hiedoot>tttbriseslesnoeudsI..; Ce « » Juigubre moanipaeht tjue t'u^ voudrais et " « quâ tu n'oeM^s^oasti^uire:^ mes nu^ins^L'oat ^
^27 XES MERES
« élevé!... Je veillerai avec ici,; à Mieure M. 0ii tu gémiâ dans le silence des nuits k la 41 dartédela lune, Batiline aussi répandra iç. les pleurs oniersdtt sen tinrent le p)ti$ maV If heureux ! Tu regrellés'urf objèiâîmél...
K O ce regret afFreo» déchire aussi mon JK âmeji.^nos cœurs divisés ont encore les u^finénies mouvenieftsl.. . A<b'lque nepuis* <!($ I jetre.de!voirdans:nionseTn les plaîei^sdoaif i lotireuses , et pari;» boni {^ssi on la plus •r tendre, adôucif tes -maux *et cielmèv les •r terreurs de ton imagination troublée !...
w qu il dut être puissant lé charme qui l'é- ((.giar;a!.w Je ne c<>nnois que ta foibless^^ u 9iàis ai*|e (besoin d'en con«iQ}tre l'excuse? ic ne satS' je paa- supposer t6ut' ce^ui peul r( te. justifier ?.«i. IHelas'i tu^ nief cr6is cou-* « pable l je Buisif^nocenle ; cependtttit mon (( prétendu critnen'èD est pas moins- réel à «.tes yeuqc , eltu lerpardobnes ! Je trouve u. dans ion ir¥Ju6tfièémenKele nobliaexemple «;,li'mie gétiére&ité sutilknel AurAlr^nioins M' d'indulgence epôup.ua: égarement mU\e <c> foîsrnoinfttrondaitioahleïqueioetui que )u « supposes eniRmi^iuFÎonynofevyje ne vois cf duet6i%inforttineiet<tai*douleiir'! Quand « ftusoiiffnes, je sie puis que te plaitidre'bt « z aH' àfiligerl . viiQmviirèstM^es mèmefi/ Ui^tx^
<r qui nous virent naître, dans ces lieux chérie ris > témoins des jeux et des plaisirs de noa tre enfance , et du bonheur de notre pre* u tniëre jeunesse, Albert évite Pauline, « Albert errant , isolé , croit pouvoir pieu* «r rer seul , et se livre seul a la plus profon-*
cr de mélancolie! Pauline existe « et Albert
a se consume enr regf els sur une tombe ! . . . ic Ah! tu creuses la mienne en nourrisani H cette sombre tristesse!... Albert, tu n'aic( mes plus qu'une cendre inanimée, tu cf n'invoques plus qu'une ombre; et Pau- Ci Une fidèle, Pauline toujours sensible, Pau* (( Une gémissante et désolée , t'appelle et Cf (e tend lés bras! Dorant ces longues nuits « consacrées à nos tristes rêveries, ce jarcf din, ces bosquets, ainsrqu'aux jours heu- H reux de ma jeunesse, ne retentissent que •r du nom d'Albert!... Et l'écho du soûlerie raîn ne répète que le nom de Camille !.., a 1^2 la vois encore : ton imagination reproc< duit ce qui n'est plus!... et Pauline est fc anéantie pour toi! lu la méconnois, tu i< l'oublies!... Ah! c'est Camille qui vit î€ encore! elle est loujoursdans ton cœur!... « Pauline a disparu ! elle est bannie de ton i€ souvenir!... Mon époux, mon frère, mon a ami, j'ai toatperdù!...ettoi,lun'asper(^
« qu'Bne amante! Quaud la mort né le K l'eût pas ravie, quelques années déplus ce auroient brisé ces liens fragiles I... maïs K le temps ne peut que resserrer el qu'afu fermir Tiodissoluble nœud de la sainte 4c amitié !... Je veux déposer ici cet écrit ^ « ce monument de ma douleur et de ma fc tendresse ! Quand je ne se^ai plus^ ce m tombeau s'ouvrira pour Albert^ et du (f moins alors il connoitra que Pauline sut % aîpfier!.. • ».
Concevrez- vous , ma mère, ce que j'ai du ressentir en lisant ce manuscrit? Volve cœur, tout sensible qu'il est^pourra-t-il se représenter tous les transports du mien/''** Je n'essayai même pasd'expriraer à PauWue ce que j'éprouvois. Quel l.angage auroit pu donner l'idée d'un remords si pressant , si déchirant , d'une reconnoissance et d'une admiration si passionnées.... Je tombai à it^ genoux , je les baignai de, pleurs, je pressai ses deux mains dans les miennes , je la regardai, je comtemplai avec extase ce doux , cet aimable visage où la nature a mis l'empreinte. auguste et touchante de toutes les vertus g^Jtii/sont dans son âme !
(Ce visage angelique, do«t l'expression aussi pure qu ençhanteressie ne peignit ja*
mais le délire de l'amour , conservera loujonrs son charme ravïssanl : c'est l'alliaït immortel de la seasibililé unie à la céleste îaaocence.
Voilà doue l'être incomparable que j'ai mÀronnu pendant seize ans , et que j'outrageai en coreavectautd'eraportemetit et d'iudignité il y a trois semaines ! . . . Quand je songe à mes égaremens, à mes crimes, je ne puis concevoir mon bonheur; si conpable, comment peut-on être heureux? Que dis-je? ah I comment ne pas l'élre, quand on est aimé de Pauline l
Je n'ai pu vous parler aujouril'hai que de Pauline et de ma félicité; demain je répondrai « tontes vos questions. Ah! ma mère, mon bonheur est votre ouvrage :
que j'ai d'impatience de me retrouver à ■vos pieds, pour vous en remercier encore î , . , . * — —
»e LES MERES