LETTRE LXV
JDe la marquise A la comtesse»
En pouves-vous donter, chère ma* man? oui, votre Pauline est parfaitement heureuse , plus heureuse qu'elle ne le fut jamais. Ah! maman ^ loin de regreUer ce temps brillant de la jeunesse , je pense aver plaisir que ces jours orageurx sont passés (... Désormais à Tabri , et des sédùdiôns^) el de la calomnie, je n'ai plus à parcourir qu'une carrière exempte de périls; je ne vois plus devant moi qu'un chemin semé de fleurs immortelles, qui ne peuvent se faner el qui n'ont point d'épines ! et me reposant délicieusement dans les bras de l'amiOe rendue inviolable par tant d'épreuves, je m'avancerai vers le dernier buUavec confiance el sérénité.
Albert, qu'il est tendre, qu'il est aimable
pour moi ! Il m'a tout révélé -• quelle
étrange histoire! combien cet égarement
fut excusable !.. . . Albert m*a conlé une infinité de traîls qui me sont relatifs, que fignoroîs, et qui dévoient fortifier tous ses soupçons. Il receVoit aussi des lettres ano^^ njmes. • . Je ne veux point chercher à pe'nélrerd'ott partbîent ces noirceurs. Je, né dois songer qu'à remercier le ciel qui a fait servir toutes ces méchancetés à mon bonheur! Lé méchant n'est qde l'insirument * aveugle de la justice ét'erneïle ; D ieu se sert de sa ra'ge pout accomplir ses décrets équîlables de vengeance ou d'aniçur, pour épou-.
vanter le crime ou pour honorer la vertu.
Si Ton ne m'eût pas envoyé les rêveries du souterrain , cet écrit qui me plongea dans un si cruel désespoir, Albert n'auroit pus reçu la preuve d'affection la plus toucbauie que j'aie jaraaispu lui donner, et près de ce tombeau où j'ai versé pendant trois ans tant de larmes amères ,' je n'auroîs point passé avant-hier les pins doux, les plus beaux momens ae'ma vie ! . . . O quel bonheur peut se compareir au mien, le souvenir de mes malheurs en augmente encore le prix ! A.lberl m'a rendu toute sa tendresse, toute sa confiance; nos cruelles divisions n'ont produit entre nous que l'effet d'une longue absence; après'seize ans nous nous
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telroQVons^ et c'est avec transport. Que de choses nous avons à nous dire! que de questions à nous faire I... quel intérêt dëlicieui anime nos entreliens!... Et Léoçadie est chérie d'Albert!... et le sort de Léocadie est fixé de la manière la plus heureuse^ la plus brillante! elle aime son mari comme j'aime Albert , et elle en est adorée L • . • Grand Dieu ! que je serois ingrate envers la Providence .^ si je ne pensqispas qu'uo., seul jour d'une teHe. , Celrcité doit effacer., toutes les tra.ces du ressentiment et de la douleur! Aussi je me suis raccommodée, sincèrement avec le chevalier de Cqllas et avec ma belle-sœur* Le bonheur doit faire oublier tout ce qui peut aigrir.
Noire excellenle amie est enfin, libre;* j'ai eu à ce sujet une longue conversation avec M. du Resnel.: je lui ai fait part du seul vœu, qui me reste,à former; il a paru, surpris , il s'est attendri^ et pressé de ré- • pondre ; il m'a dic que, s!il étoit accepte ^ . il s'uniroit avec joie à lajftdèle amie de. Pau- ' Une. Ainsi ce projet si cher h mon cœur se réalisera. Qu'il me sera doux de voir eiifia celle femme , vérilabtement parfaite , aussi heureuse qu'elle mérite de l'être ! ca^r M. du ^esnel est l'homme du mondq .qu'elle esti-
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RIVALES. BS)
nie le plus, ei qu'au fond de Fâme elie aime le mieux.
Je vais toujours tous les soirs passer une heure au preshyrèreravec la comtesse de Kosmond, qui n'eu sort pas , quoiqu'elle le puisse sans risquer de rencontrer Albert, qui de son côté ne sort pas des jardins du château; Ah! maman, que cette belle et charmante personne est intéressante! que de grâces , que d'esprit , que de sensibilité ! que de talens!... et comme elle est mère, comme elle aime Léocadie ! • • • quel courage que le sienj!... A trente- trois ans, avec cette éclatante beauté, ce nom brillant, cette grande fortune, faire un aveu public qui la sépare pour jamais de la cour et du inonde! se dépouiller de tout pour sa fille , se condamner à une éternelle solitude!..*, quels sacrifices à son âge et dans sa situation!. . . • Elle a fait au comte Jules une donation entière de ses terres et de tous ses biens; elle ne s'est uniquement réservé qu'une somme d'argent comptant de soixiante mille francs, qui , dit-elle lui suffit. Le comte Jules et f^éocadie veulent en vain n'accepter, en jouissance actuelle, que le quart de cette immense donation ; je vois qu'elle est fermement décidée à tout don
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ner, et que même elle ne consentira point à se fixer dans le château de la M** , comme sa fille l'espère. C'est une personne d'ua très*grand caracltere, et dont rinraginatioa romanesque est excesivement exaltée. Je crois qu'elle préférera toujour-s l^s partis . exlrénves aux résolulionscomniuues et modérées. Malgré la double rivalité qui m'a causé tant d'émotidns pénibles^ j'admire sincèrement celte femme extraordinaire qui a réparé la foihiesse d'un moment par tant de grandeur d^àme ,.de vertus ^ et par tant de sacrifices généreux. Je la regarde je l'examine , et je l'écoute avec'une curîogité mêlée d'émotion et d'un tendre intérêt; néanmoins je vous avoue que je ne suis point à mon aise avec elle; elle a une sorte d'humilité qui m'embarrasse , parce qu'elle vient seulement du souvenir de sa faute et de sa situation , et non de 6on caractère naturellement impérieux et fier. D'ailleurs Léocadie est beaucoup plus démonstrative avec elle qu'avec moi. Elle pense, avec raison , devoir celte espèce de préférence à une mère qui lui sacrifie tout, et qui s*esl déshonorée pour la reconnoitre et ||our justifiersa bienfaitrice ! Léocadie veut y autant qu'il est eu elle^ relever sa mère humiliée^
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par toutes les marques du plus profond respect et d'une tendresse qui va jusqu'à radoration. . .Elle est toujours à ses pieds ^ et ne voit qu'elle ; ce spectacle étrange et si nouveau pour moi ne sauroil m'élre agréable. . . Léocadie( je n'en puis douter), m'aime aussi tendrement qu'il est possible d'aimer, mais le sentiment qu^elle éprouve pour sa mère a quelque chose de plus vif; je n'en suis ni surprise , ni jalouse; cependant je souffre toujours un peu quand je me trouve en tiers entre elles deux.
Non, ma mère , je verrai dans deux jours partir pour Paris le comte et la comtesse Jules, sans éprouver un grand chagrin. Léocadie e^t heureuse : que me faut-il de plus ? D'ailleurs faut-il vous avouer toutes mes foiblesses! Vous savez que je n'ai jamais un instant désiré de quitter la province, même depuis mes malheurs ; mais la vanité frivole que je n'eus jamais pour moi , je n'en suis pas exempte pour, cette enfant trop aimée! je pense avec plaisir qu'elle paroilra avec éclat à la cour et dans le grand monde, j'apprendrai ses succès, et \e ne crains rien pour ses mœurs; elle aime son mari , elle sera guidée par une belle-mère * vertueuse ; elle a trop d'esprit^ de sensib?
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litë , de religion , d'élévation d'âme , poar ne pas mépriser toujours tout ce qui peut ressen^bler à la coquetterie ; enfin elle passera régulièrement plus de la moitié de Tannée dans des terres éloignées de Paris; je suis donc tranquille sur ses. principes et sa réputation , et je jouis sans trouble du bonheur de me la représenter universellement admirée surun brillant théâtre. Hélas!
il seroit plus raisonnable y je le sais, dedé^ sTrer pour elle un sort moins éclatant ! aussi je ne compte faire ici ({ue Taveu.d'uoe foiblesse.
Je ne puis vous exprimer combien je suis contente du comte Jules; il est impossible d'avoir plus d'esprit et d'agrément, plus <i1nstruc(ion h son âge, et des sentimens plus élevés. D'ailleurs, sa recoiinoîssance et son attachement extrême pour sa tante suffiroient pour donner la meilleure opinioa de son caractère et de son cœur. 11 m'a promis d'amener sa femnae tous les ans en Bourgogne, et je suis sûre que la M**, malgré la beauté de l'ingénieux jardin allégorique , ne fera jamais oublier Erneville a Léocadie. Ils partiront après -demain avec la • comtesse , qu'ils laisseront à Dijon , où des ^ affaires la forcent , dit-elle , de s'arrêter.
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' fie cfomte Juleci ti^a pas vn^sâ>tnère de-pai5 Urmorti de{^soDpèr6.(i^Beou|;'»dë s^ part Ijordfieqpositif 'dé iie>^ouKl' retéurnàri à Paris). Maintenant il ne peut plus différer son dëf>art/ » ^
L^ comtesse, de ^/bsiiioild in^a dît tout bas ce soie, qu'elle desiroit me parferea, pâFticiilierdemaia ôiatin. J'ignoiieab^olui* ment œ qtielle veutme dire; mars cç tête à léie m'embarrasse d'aVance. f
' Adieu , chëre rbamair ; mon Albert aura termtHie tontes sesaffairesdans qpuinzejours^ etaloirs jl vous mènera rotre faeuireiise P^u^r llae; D<avèc quelle joie votre enfant j:i(sti*^ fiée TOUS reverra , laMc quel délice elle re*!* . cevra vos tendres emhrassettiensl '
LETTRE LXVL
De ta même à la même*
Le ao juiû.
QuB je suis profondément touchée^chèrè
maman y de l'entretien que ji'ai eu ce. itruiirl
avec la comtesse de Rosmon'd l A Ifi l quelle
'belle âine que la sienne ! que de grandeur