LETTRE LXIX
Du marquis d'Enwville à la comtesse à
Rosmond,
De Dijon, le 17 juillet.
Je pars dans deux bewres... et je ir»e lève avant le jour pour écrire. • . à qui ! grand Dieu ! ... Je ne puis résister au mouveroenl qui nve presse, ... il est invincible !... Ah ! Madame, pardonnez !... cen'e&t point une présomption insensée qui peut inspirer c0^ telle démarche ! • • . En osant m'adres^tk vous, b j'aimerois à me prosterner dans \a poussière! Puis-^jem'humilieren vous élevant ! ... 11 m'est doux de ra'anéan tir devant vous 1 de sentir pouf vous tout ce que peuvent inspirer le respect et la profonde vénération ; c'est le seul culte que je puisse vous rendre I . .. ne voyez donc que le motif qui m'anime ! . • .
Vous nous ave« défendu d'instruire lacomtesse Jules et son mari de votre funeste ré" solution , il faut vous obéir!... Vous ne leur apprendrez notre malheur que le a5 , aprà
RIVALES. 35i
Taffreuse cérémouîeL.. Vous ne sere% point encore irrévocablement enchaînée , mais vous aurez fait un premier pas que vous regarderez peut-être comme un engagement sacré ! . . . Main tenant il en est temps encore ^ vous n'avez rien annoncé publiquement!...
Ah I ne dois-je pas voCidire tout ce que Léocadie vous diroit y si elle étoit ici I . • • Vous sacrifier ainsi , n'est-ce pas immoler cette fille adorée! Pensez-vous qu'un objet que vous aimez passionnément puisse ^ en vous perdant, conserver le bonheur?» • . • Toutes ces preuves touchantes d'une affection si vive et si constante que votre filière-* eut de vous , n'auront donc servi qu'à son malheur I Cette tendresse sublime qui fit nailredaxis son cœur unattacbement si pas- •«ionné^ ne Lui causera donc que des peines déchirantes et d'éternels regrets ! . . • . Ah ! songez-y bien ! A^rès avoir inspiré de tels sentimens , renoncer à tout , c'est tromper ^ c'est trdiir!..«^e faire ainier, comme on vous aime, n'est-ce pas se donner? Puisqu'il eiciste des êtres qui nepourroient vivre sans vous , il ne vous est pas permis de disposer de votre liberté. Vous appartenez à l'annitié, à la nature^ leurs droits sont- ils moins sacrés que ceux de l'hymen ? Ce que
35i LÉS MERES
la loi défend à une épouse , le sealîmenUe doit-il pas Tinlerdiré h la plus tendre mère?... Est-ce vous qui vouiez quitter pour jamais Léocadie? vous êtes vous représenté son douloureux étonnement^ sa vive et profonde douleur ?^Ah! ces larmes anières qu'elle répandrc^^vous pouvez encordes empêcher de couler!... et si vous persislex dans votre affreux dessein , qui consolera Léocadie, quand tous ceux tju'elle aimepartageront son désespoir, ou du moins en souffriront ? • • • • O vous la plus généreuse des femmes, songez au triste sort qu'une ré« solution si cruelle prépareroit à Pauline/'., cette Pauline à laquelle vous avez faî/ Uot d'béroiques sacrifices , ne seroit heureuse, ni par son coupable époux , ni par sou eufant d'adoption ! Sa tendresse ne triompberoit jamais delà constance d'une telle douleur ! • • • . Hélas I quand j'ai cru que vous n'existiez plus, je n'ai pu penser qu'à vous, parce que je pouvois me livrer sans remords ^ à la triste douceur de m'en occuper ! . • ..
Eh ! comment pourraî-je un instant déloa^ ner les yeux dé ce tombeau terrible où vous serez descendue vivante , et dans lequel j' vous aurai plongée?. . . Que deviendrai-/?
en vous y voyant à la fleur de vas ans , *
avec tous vouscharmes?... Si cette image qai me poursuivra partout né devoil faire que mon supplice, il faudroit me résigner peut-être, ou du moins reconnoitre Téquité de cet horrible cbàtinient!... Mais Pauline en seroit aussi la victime f... car je n'aurois plus qu'une idée, je ne verrois plus qu'un objet désespérant et dangereux! • • . .HE^Ion imagination vous survroit , elle profanerott votre retraite en s'y égarant sans cesse pour vous y chercher, en osant lever le voile funeste qui vous déroberoit a mes regards!.. • Je retrouverois mon crime avec ma punition , je m'y rat tacherois avec la fureur du désespoir ; oui , j'éprouveroîs toute la rage d*un amour insensé^ranimé par les remords et par une pitié déchirante. . • O ne m'arrachez point aux devoirsies plus chers et les plus sacrés , laissez-moi vivre pour Pauline et pour Léocadie ! je ne puis conserver mes sentimens et ma raison qu'en vous sachant beureuseet calme.. .Préservez-moi de l'hor-
reur de trahir la nature et de manquer à ki reconnoissanee , à l'amitié I
Ah! si le douloureux souTenîr de celle que
je croyois une courtisane, eut une si fatale
influence sur ma destinée, quel sera donc
J'cflet terrible des regrets excités par Tobje^
ê54 tES MEllES
véritable... par cet objet digne des hoinina« ges et de Tadmiralion de TUoivers e»lier!...
INe serai-je pas toujours as$ez puai? puis-je jamais redevenir heureux?.. En vous faisaol connoltre y en vous montrant Sans déguise- * ment , fie vous êtes- vous pas vengée? que ferai*je de tous les sentimens dont vous afez rempli mon âme !.«• Je puis les taire et les cacher^ mais les modérer! ah! quel tourment ! • • •
Hélas I que fais<»je en vous parlant de moi! ... Je ne puis espérer de vous attendri^ je le sais y je dois gémir éternellemeot y et Vous ne devez jamais m'entendrel... iDai5 écoutea Léocadie , c'est elle qui vovspBrle par ma bouche !... O ma fîUe«.. O ma Léocadie , reviens fléchir cette mère adorée^.
6 toi qui peux embrasser ses genoux y reviens ! . . • qui pourroii résister à tes soupirs , à tes larmes ^ à ta douleur I • • • En repie* nant dans ce cœur maternel tous les droils qui t'appartiennent > tu rendras la vie à toa infortuné père ! «^ . , •