LETTRE IX
Ikif vicomte de Si. Méran au demie âe
Poligni.
Par» f le 38 airril.
Je voîsavecuoplaîsîrinexprîmable, mon ami, que gticrî enfin d'une passion malheureuse, vous vouslivrezavecardeuraux charmes de l'élude ^ de la lecture el de la philosophie. Je vais répondre aux doutes que vous me proposez, el aux questions que
vT)us me faîtes.
Croyez , mon cher Polignî , que les pré-* jugés les pinsnombneuxcommelespFùs nuisibles, sont l'ouvrage des passions. La simple crédulité peut facilement céder à l'évidence : nul attrait puissant ne l'attache à l'erreur; elle se dissipe sans résistance en voyant la lumière que les passions redoutent, et que par conséquent elles évitent ou feignent de méconnoltre.
Non , il faut an peuple une religion. Plus les hommes sont rapprochés de la natiire, plus ils sentent ce besoin , ce désir sublime inspiré par l'espoir et par la reconnoissan-
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ce. L'alUéi&me est ua rêve mo&âtrueux de l'hMnme civiiisé y corrompu par l'orgueil ; toua les sauvage^ont établi parmi eu x des cérémonies religieuses. Reconnoltre un pouvoir souverain, rkonoreret l'invoquer sont des idées et des actions inséparables , lorsqu'on ne suivra que les lumières naturelles de la raison . Ainsi l'idolÀtrie n'est ^q'un éga;remeni de l'instinct <{ue le créateur nous a donné , et l'athéisme , ou , ce qui revient au même, le déisme des pkilosophesmodernes, en est la dépravation la plus absurde et la plusélonnai^e.De fous les systèmes, le plus -extravagant est sans doute celuideralbée; mais l'indifférence et la conduite des déistes encyclopédistes sont également incompré* hensibles. Qui leur a révélé que cet être suprême qui a créé l'homme sensible et raisonnable, et qui lui a donné une âme im-^ -mortelle, soit indifférentà ses hommages et sourd à ses prières? qu'il n'attende rien de plusdes créatures intelligentes qui ont reçu de lui la pensée et le don de la parole , que des animaux dépourvus de raison qu'il a sou* mis à leur empire ! Quoi ! ces réflexions si simples n'inspirent même pas le plus légei* doute à nos déistes !
I>im ne punit point, et ne veut point à
culte : ils en sont surs I Et à quoi donc peut jne servir la croyance d'un £)iéu? quelle in« fluence peut* elle avoir sur mes desseins et sur ma conduite? quelle utilité , quelle consolation en puis« je tirer ? Quest^ce doncque cet être impassible que je ne puis offi^nser, que je ne puis toucher? ce maître dédaigneux qui refuse d,e nl'en tendre? pourquoi m'a-t-il donné la faculté de connoitre qu'il, est la source éternelle de toute perfection ^ sicen'estpour Tadorer?..» L'athée du moins est conséquent ; il dit : Point de cuke, parce qu'il tij a point deDie^. Mais dire : Point de culte , quoiqu Uljr ait un Dieu y c!eslblas^ phémer encore , et c'est copclure d'une manière infiniment plus absurde.
L'homme irréligieux , dès qu'il eat affirmatif^ est insensé, eu ne jugeant aiême que d'après ses propres raison nem^iis; il ne veut croire que ce qui lui est géométriquement prouvé. Or il sait qu'il lui est imposa sible de prouver qu'il n'y a point de Dieu , il doit être dans le doutq ; et s'il admet un Dieu^ comme il lui est.également impossible de prouver que Dieu ne yeut pas qu^on Thonore et qu'on l'invoqua , il doit être encore dans le doute à cet égard , etjdaus ce doute il est 43xtrayagaiU de rejçtejr la prière.
Au lieu de ce scepùcisâie ( le seul genre d'irréligion qiie Ton puisse concevoir) nos esprils forts aflichent!une croyance fixe^ inébranlable ; ils sont affirmalifs et tranchans , comme s'ils avoientles preuves les plus po« siUves de la vérité de leurs suppositions»
Quelle est donc celle aveugle foi de Tincrédulité? cette foi si vive et si ferme? et pourquoi )a foi chrétienne lui cause-t^elle laul d'étonnement?
On répète ce qu'on disoit jadis (et ce qui pouvoit être vrai il y a cent ans) , qu'il n'y apoînld'alhéesdebonnefoi. Avantque h philosophie moderne eut bouleversé tous les principes 9 toutes las idées ^ et délruit toute moralité y Falhéisme éloit en effet ex*tréaiement rare ; il y a voit alors dé véritables déistes^ mais par conséquent très-différens des nôtres. Ces anciens déistes , en admettant l'existence de Dieu^croyoient qu'on doit l'adorer et le prier. Sur tous les autres points ils n'avoient que des doutes, et ce scepticisme (qui fut celui de Montaigne et de tant d'autres) Içur laissoil du moins du respect el même de; ta véaéralion pour le culte établi ^ parce qu'ils pensoient que de cuke pouvoit être agréable à rËlre-suprê*me ; ils nadm^ettoient ni ne rejetoienllaré-
vélation , et ils admiroient la sublimité a« la morale évangélicpie. Ces déistes n'avotent point d'orgoeil, le simple doute n'en donne pas ; loin de mépriser ceux qui croyoieni fermement, ils r^toient : Peuth être ont-ils raison. Aussi parmi eux , les âmes douées d'une grande sensibilité et les esprits capables de méditation ne pouvant supporter cette funeste incertitude , réfléchissoient , s*instruîsoient , afin de dé*couvrir la vérité qui se montre toujours à ceux qui la cherchent avec sincérité, et ils fînissoient par devenir véritablement jreligtevix. Le» autres, entraînés par les passions ou dominés par la paresse, restoient avec întïblence dans un état d'indécision.
A ces déistes ont succédé les athées; l'orgueil qui les dépravoit et les enivroit, les a réunis, et ils ont formé une secte, celle des encyclopédistes. Assurément on ne peut mettre en doute Talhéisme des chefs de celte secte : durant leur vie ils en ont enseigné la doctrine,en n'osant nier toutefois, du moins ouvertement, l'existence de Dieu et la spiritualité de l'âme ; mais depuis leur mort, leurs lêttDes et leurs ouvrages -posthumes montrent assez leurs véritables sentimens.Voltaire,Dideroletd'Alemberr,
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en prêchant le imatérialisme ^ en faisant des athées de tous leurs prosélytes y n'osèrent prendre un titre odieux qui auroit révolté la multitude; ils donnèrent à l'athéisme un iiommoinsdéAhonoré,maispendantsoixanfe ans ils en répandirent les principes avec
uiieinfatigablepersévérance.C'estainsique Tathéisme^ malgré sa stupide audace^ forcé de devenir hypocrite , a pris le masque du déisme. Et Ton pourroit aujourd'hui dire , en général avec justesse , qu'il ny a point de déistes de bonne foi. Enfin par un ren-^ versement de toute raison , par une inconcevsible meonséquence , et qui peint particulièrement ce siècle y la cause de l'athéisnre n'est plus soutenable , elle est universellement abandonnée ^ et Ta théisme n'a ja^ iDiais été si commun. Il est vrai que nos prétendus déistes conviennen t de l'existence de Dieu (i), mais ils ne s'occupent pas plus que les athées , de ce Dieu dont ils ont fait un être si parfaitement inutile à Thomme et a la morale I enfin ils ont brisé le h'en sacré qni unit l'homme à son créateur, et qui donne à la fois un but, un encouragement
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(t} Robespierre en convenoit aassi.
Noie de Nditeur^
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et un prix a la vertu. Je le répète, il n'y a entre eux et les athées aucune di0érence réelle , et voilà Tespèce d'irréligion dominante et générale.
Les philosophes modernes prétendent qu'un peuple composé d'athées, formeroil la nation la plus paisible et la plus douce de l'Univers, et ils soutiennent qu'il seroftà désirer qu'il n'y eut point de religion dominante dans un État, et point de culte prescrit. Tout gouvernement qui ne prescriroit pas un culte public, aboliroit la religion. Si ' ce malheur arrive jamais en France ou ailleurs, qu'en résultera- t-il? que le peuple tombera dans la plus déplorable superstition. Quiconque a vécu dans les campagnes et connolt le peuple , sait qu'il ne se passera jamais de culte. Si on lui ôte la religion de ses pères , il s'en fera une ; il oubliera l'Ëvangile dont la morale gêne les passions, il fera consister toute la piété en petites pratiques; ces pratiques se multipliant et dégénérant, deviendront chaque jour plus absurdes, et formeront insensiblement des idolâtres et des fanatiques.
Pour assurer Fempire des lois équitables et bienfaisantes , il faut appuyer ce code humain sur un code religieux. Que sont les
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Jois sans ane morale publiqne? et cette morale où la puîseroit-oa en France, si la religion étoit détruite? où le peuple en Irouveroît-il les premières notions? Dans les livres des vrais philosophes 7 dans ces ouvrages immortels qui ont élevé la France (l'ingrate France!) au-dessus de toutes les nations? Mais si Ton ne vouloit plus de religion, il faudroit défendre la lecture de Fénélon, de Pascal, de Massillon, de Bossuel, de Racine, etc. , parce qu'on prouve dans leurs ouvrages que la véritable vertu ne peut exister sans la religion, et qu'on y réfuie yîclorieusement tous les sophismes qui de nos jours ont paru de si Zâmineuses nouveautés!... Il faudroit donc recourir aux livres des philosophes modernes.
Le ciel nous préserve du malheur affreux de voir jamais leurs maximes et leur morale en action ! . . . Nous verrions tout ce que la folie, rinconséquence, le dérèglement, l'injustice et la férocité peuvent oflFrir de plus monstrueux ! Qui pourroit trouver dans ces ouvrages incohérens une chaîne quelconque de principes? Les contradictions les plus frappantes y fourmillent à chaque page, les vices les plus odieux y 5. 5
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sont dlvinl&és, c'est un labyrinthe lénél)reux parsemé d'abîmes où l'on s'égare cTès les premiers pas.
La morale sans religion sera toujours arbitraire, et personne alors ne partant de principes sacrés^ chacun pourra soutenir les spphismes les plus pernicieux. L'un fera l'éloge des passions ^l'autre celui du suicide ; un autre tournera en ridicule les vertus, et traitera de préjugés ramt)ùr de la patrie et les sentimens de la nature. 11 soutiendra qu une femme galante est plus ùtîte à VÈtat que. celle qui passe sa vie à soigner les malades, secourir les pauvres et délis^rer les prisonniers (i ) . Uni autre louera des actions féroces, et ne verra qu'une^oiblesse aimable dans Tadûltère, et même daniTç^cès le plus honteux et le plus dépravé de la débauche (2). Toutes ces choses se trouvent dans les écrits de nos philorsopbes. Pourquoi tous ces principes tie seroîent-ils pas admis? ils sont comtiiodes pour tant de gens! et à quel tribunal pourra-t-on en appeler I qui aura rautorilé ôe les condamner? L'opinion d'un homme
(1) Helvéïius.
(a) Diderot, Voltaire*
ne^v^pMli^l^t^c^led'uo autre bomuif ? et SJCQlui qui 011 i^puUepl une.qfiauyai^e, a (Ip l'esfprU?el^ç^rands talons, ,rip sera-l-il pas toujours $&r ^'àyoir.r^isQn? l^aisay^Cup coder^llgieù^c^ceitci anarchie morale aep^ut .€«îiiler^ipMipqi»e :iout iç« .ijHi est <;Qniï;ç J^ •moitié ea^ig'Q^eipar la r^ligîpp>;^t re-
cono» TO^uvaîa. JWra-iTpR:<ïweIVm jferoît £âre des :oay rages éleni^lairQo 4e morale pour lie peuple ? Je cl^Qe i\^,o^ les fasse laUeSiOl^Of^^équen^ ssm^ CQpîerrÉvaogile; ^iQ^s, m4|iA,e>dao$ içe cas, ^î oa ae les donqe .pa$ coawiïwevlfi (P&:ÇQle 4^îPieu, jls ne ferpu t :q^e 4Wjlïyj)^ri|jes^;Qar par )ie^r ^eule au- ,torûe fos^Qoimçâa obliendr:ont jappais 4e leurs seiublahles de ijfe (Sp^ipettre ^ .i:ine morale si au^fèr^e et isî piiçq; on ;5çulira quleUe eslsubUme, on .paroUr^ qpelquefqis la suîvre.(<;e ^uî oe sex:a qu'qjK.tQrieur J|,qn substituera J'or^ueîl .à Ja co^i^ciençe. I^a crainte de Dieu peu( conduire à 1^ .perfection ; la seulecrainte du blâpie^des hppimes n'a jamais do,nné de vertus reeUes^ et n'inspire cOu)f)Qiluen)ent que de la Jjlidbete'et^e la fausseté. E)qfin , si l'pn donne tlue autre dlprale que, celle de TÉvangile, elle sera fausse; et si pn la dpnue cette morale éternelle^ quelle folie^ quand pu oe peut par-
1er au nom de Dieu, c'est-à-dit4, avec une autorité suprême , de ne parler qVen sou propre nom ! Piller TÉvangile et le pro^ crire, seroît une étrange démence.
Que peut-on opposer aces raisonnemeas?
que la religion ipétit produire le fanutisme. De quoi les hommes n'abusent-ils pas?Fautîl tâcher d'éteindre dans tous les cœurs Tamour de la patrie et de la liberté , parce que ces sentimens mal eârteiïdus ont fa^t commettre dans tous les temps lefe crimes les plus atroces? Observons que le fanatiéme religieux peut se combattre parTÉvaagile même qui ne prêche que la douceur etla tolérance, etque, loin d'avoirun moyeu si puissant contre le fanatisme inspiré par Tamour dé la liberté, les exemples les pliis imposans semblent en autoriser tous- les excès. Tous les béros les plu& révérés éa ce genre ont été dés iassassins. Hamiodius et Aristogiton , Timoléon chez les Grecs, Brutus chez les Romaii^s , etc.
Heureusement, pour la cadse delaverlu, ' que depuis la mort des chefs de la plus da ngereuse de toutes les sectes, Tirréligibn xi-est pUs^^rônéequepardes gens don t*les ouvrages sont aussi méprisables que leurs principes; prosélytes impies qui, faisant
profession de révérer les encyclopédisles^ ont tant de fois, par leurs louanges îgno-* minieuses, flétri le nom de Voltaire et profané celui de Rousseau. Ecrivains sans talent , qui ^ dans un langage barbare aussi boarsoufflé qu'incorrect, ne répétant que des lieux communs également usés et dangereux, s^imaglnent avoir sondé toutes les profondeurs de la métaphysique, et croienC (p&ele génie consiste à tout nier, à tout détmire; qu'on est éloquent , si Ton est obs« cur et bizarre , et qu^ôn écrit corrune Voi- ^lùre dès qu'on a - parié, de la philosophie y et qu'ca a pris son orûiograpbe. Ridicules pygmées montés: sur de frélés écbasses pour contrefaire les Titains :0$oalft4sat le cieU... H^asî les : vrais Titaas , cdmme^ ceux de la fable, sdulevarit après leur inorl la terre qui couvre leurs ossemens , out^ entr'ouvert de plus profonds abîmes que les gouffres brùlans de l'Etna (i) l
(i) Suivant la^ fable» les Titans foudroyés et ploDgés dans des^ gouffres souterrains de la Sicile , ont produit 9 par leurs efibrts pour se déiivrei^^ lW?;»tare de FEtna et se» éruptions^
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LÉTtFÉEJt.
jR'époris'e du comte de P'dl^i,
Oui y moucher St. Mërâr^^ votive ^teer** virlioû est )iiste et deirve^ la cause de Tath^itsmfite «si abandounëe^ iBt jaift»s:îl n'y eât àutlAHY d'atfiées; G'est que Pesprita été éclairé malgré Xm^ ou pour rnieui dire ^ ]^ous8é k bout par deç réfutations viclc^ ^reus^> màt^qfile le cnear est realé cdnfom^*' fk. 'Ok re^ônnw à des pik>positî«a8imMi»^ r^^btefi, otv enserre leapriacîfjds quî fa-^ i^ifif^iaeftU lé8 p»sëiaty9^ Ainsi celte bîi»arre^ )^ appâtante (fuf tous a frappé^ est motn^f «ae iilccniséqueDCè qu'an arè^fice. On Veut cacher uiie dép^avtatibit <|ùi rdvohétoit ^ 51; elle se monlroil à dfîCQUYçrt.; on. se fait déiste pour ne pas avouer un borriblç ma* tériali^pie, ou l'iasouciançê la plus entière et la plus extravagante s«h! cet imporlanln sujet. Personne^ parmi ie^pintotopbes mo-* dernes, n'ose dire au vrai ce qu'il pense , c'est surtout ce qui m'adégoùté d'eux; car
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}ai reconnu quil n'exjsle pas un seul de leorsw prosélytes, qui» a moins d'être un ûubécîUe y ne soit un hypocrite.
Le« hypocrites .q:qi pronn«nt le masque de la rejigioQ , peuj^eol, au moins à beaucoup drégaj?ds., êtTQ utiles u la morale pur blique par leurs exteinple^j çt même par \wrs zçÛQTi^ i il» 9ont forces j par leur genre d'bypoerisie ^ de vivre d'une manière aus« \ère et frugale^ de renoocer au fasie et aux gouU ruioeux qui dtent aux cœurs gcnë* reux même la possibilité de se livrer à la Ineatalsaace. Un tartufe secourt les paufve^, fonde dçe hôpitaux,. Tbisloire de sa fie e^twi^we ^st celle dj^n. çaiat, tous les raWlUts^ e«r spnt bienfei^s <^ car h $eulç i«ii|aiîa« â^ h véritable verlu peut êtrç tttUe à l'^umaollé.
Miki$ cieQ de bon ne pc^ut résiuUer dç rbypocrisie de nos déû^tes <]ui,qe se parent que d'^i^ vertu arbitraire^ ei par çonsé-qtieni (oujqucs faussç^. Esclaves de§ passioiis^ #i;iiviés des plaisirs, en parlant sans cesse d^Ia verlUi iU en d^gureni Timagç sacrée^ ^it souvent ils donnent son auguste nom au vice même; ils ^spn^ eg-alement, par Uoca dimours et par leurs exemples, les e^cvpleuc^ à^i moei^rs publiques.
, Sa LES MÈRES
Dans le temps oxi , emporté parle lorrenl, j'étois un homme à boîines fortunes , je me demandai plus d'une fois, auniilteu de mes plus brillans succès , pourquoi je trouvoîs ce rôle si insipide. J'en ai depuis de'couvert la raison. Il peut être flatteur pour l'amour-propre de vaincre les scrupules d'une femme sensible, et la voir conserver et révérer des principes dont on obtient le sacrifice s^ns les détruire ; de posséder un cœur subjugué et non corromr pu ; de recueillir, de sécher les larmes du repentir, et de ne pouvoir en tarir la sour-r ce ; de trouver dans la foiblesse qui rend heureux, un sujet, éternel de craintes j dé triomphes , d'attendrissement et de recon-^ noissance. Mais c'est un bonheur que j^ n^ai jamais goûté. Je n'ai eu que des mai*tresses déistess c'est-à-dire, adoratrices des ouvrages de nos philosophes et de leurs principes; j'ai reçu d'elles, en passant , il est vrai , le titre et les droits d'un amant ; mais la victoire nem'appartenoit pas; Voltaire, Diderot, Helvélius furent leurs vrais séducteurs. Ces métaphysiciennes ridicu*^ les, aussi insipides que méprisables, cedoient sans rien sacrifier ; elles parloient effrontément de la vertu saiis la regretter
^t même sans la coanoUre^ et je pensots »
avec quelque raison, que l'on peut quitter sans scrupule la femme qui se donne sans remords. Enfin je finis par trouver que , tout calculé^ des courtisanes valoîent infiniment mieux que des maltresses philoso* pkeSj' c'étoit retrancher d'un genre de vie scandaleux le mensonge et l'adultère ^ et deux grands désagrémens, la contrainte et Vennui.
AdieU| mon cher vicomte; je vais entreprendre un nouveau voyage ; mais je passerai par Paris ; et si vous y êtes encore , je m'jr arrêterai quelques jours uniquemeni pour voas.