LETTRE CLXXXIV
De la marquise a la baronne.
Le 33 octobre.
Quoiî chère amie, vous cloutez de ma confiance et de ma tendresse ! Ah ! n'achevez pas d'accabler votre malheureuse Pauline!... Eh bien! je vais vous dire tout ce qu'il m'est permis d'avouer. Je vous affligerai sans vous instruire. Je vous «donnerai la plus grande preuve de confiance sans vous révéler mon secret. . . Mais à mon tour j'exige de votre amitié que vous cessiez de m'interroger sur ce sujet, et que vous brûliez cette lettre qnand vous l'aurez lue.
Oui, ce mal subit fut pi'oduit par une cause morale, par la découverte d'un mystère effrayant et douloureux ! . . . J'ai éprouvé dans l'espace de quelques minutes tout ce qui peut frapper l'imagi'nation et déchirer le cœurî. ... la surprise, le saisissement, la terreur, la pitié,
l'indignation , . . . et d'autres mouvemens encore plus pénibles et plus violens ! . . . Ne m'en demandez pas davantage , 6 mon amie ! je me fais une vertu de mon silence j respeclez-le , vous ne pourHez le faire rompre.
Ne soyez point inquiète de ma santé^ je la soigne, elle est utile à quelques êtres; ail ! la douleur ne cause point la mort ! . . . Ce corps périssable, malgré sa fragilité, est fait pour résister, sans se détruire, aux souffrances inséparables de la vie, comme un vaisseau est fait pour supporter, sans se briser, l'effort des vents et des tempêtes. Adieu j j'irai sûrement vous embrasser avant la fin de la semaine.