LETTRE CXCVI
De mademoiselle du Rocher à la marquise.
Le 9 julu.
Madame,
Je reçois dans l'instant la lettre dont vous m'honorez par votre dernier courrier. La France vient d'arriver, et a fait la route sans s'arrêter. Je suivrai ponctuellement les ordres de madame la marquise. Je laisserai tremper dans du vinaigre pendant une heure toutes les lettres de madame la baronne qui seront adressées à mademoiselle Léocadie; mais je suis très-peinée de voir les inquie'tudes de madame la marquise, j'osois attendre plus de confiance de sa part.
Sylvestre est bien raisonnable j M. du Resnel, tous les jours, lui donne une leçon d'histoire et de géographie, et le fait calculer , et puis il joue avec lui au ballon et au volant. M. du Resnel a fait présent à mademoiselle Léocadie
d'une charmante collection de coquilles et d'un livre in-folio gravé sur le même sujet, et il lui explique toutes ces choses; il lui fait aussi répe'ter ses leçons de botanique et de mine'ralogie. Je fais assidûment toutes les lectures prescrites par madame la marquise ; je ne puis que me louer de l'application de mademoiselle Le'ocadie.
Nous allons tous les jours régulièrement à la paroisse prier Dieu pour le parfait rétablissement de madame la comtesse ; tant qu'on l'a crue en danger, l'église ne désemplissoit pas. Mademoiselle Léocadie et les petites fdles de l'école font maintenant une neuvaine en actions de grâces.
La vieille Marie-Jeanne a été à la mort^ mademoiselle Léocadi-e l'a bien soignée , nous faisions nous-mêmes son bouillon.
Nous visitons , comme de coutume, les autres pauvres, qui sont tous en bon état.
M. le curé se porte bien , et vient presque tous les jours dîner avec nous.
Je suis contente de Mina ; elle a fini