‹ Les mères rivalesChapitre 42 sur 45 · III · texte numérisé non relu

III

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retourna , s'arréla , et tout-à-coup elle se mit à genoux, et tendant les mains vers le ciel elle s'écria : « O mon Dieu, pour elle.., pour elle! » Ensuite elle s'e'loigna rapidement. ... Il me sembloit qu'elle emportoit avec elle , et mon a me , et ma force, et ma vie ! A mesure qu'elle s'éloignoit, je me sentois défaillir. . . Elle disparut, et moi je restai couchée sur la mousse, la tête appuyée sur le siège de gazon. Je regardois mon arbre avec douleur , elle n'y étoit plus!. ... Je restai dans cette situation jusqu'à sept heures et demie. J'entendis la voix de Jacinthe qui m'appeloit. J'essuyai mes larmes, je mis un chapeau dont je rabattis le voile, et je fus joindre Jacinthe. Je lui dis que je me promenois depuis long-temps , et que j'allois rentrer au château, et je fus m'enfcrmer dans mon cabinet. Mon premier soin fut d'examiner mon anneau ; il est d'or émaillé de vert, avec ces mots tracés en lettres d'or : Amour maternel. Dans l'intérieur de l'anneau sont écrits CCS deux noms qui paroissent n'en

faire qu'un : Pauline et Rosalba. C'est ainsi que ma mère a réuni deux sentimens que Je ne puis se'parer^ et qui remplissent mon cœur sans le partager, tant ils sont égaux et semblables ! ... ;

Je sais donc que le nom de ma mère est Rosalba, nom désormais si cher et si révéré ! . . . . Il m'est doux de pouvoir enfin lui donner un nom, c'est la connoître un peu plus.

Après le dîner, je m'échappai seule pour aller voir mon arbre j quel fut mon étonnement lorsque , voulant contempler \&. place où ma mère s'étoit assise, j'y trouvai un superbe rosier de roses mousseuses dans un magnifique vase d^albâtre! Je l'ai fait porter dans mon cabinet; je ne l'arroserai jamais sans répandre les larmes de la plus tendre reconnoissance!. . . .

A cinq heures du soir Bousset vint au château; il y dit que les deux dames étrangères étoient parties à neuf heures du matin, et qu'elles l'a voient chargé de m'apporter une corbeille de leur part ,

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en reconnoissance de ce que je leur avois envo}e des rafraîcliissemens. Cette corbeille est parfame'e et cliarmanle , elle est remplie des plus belles fleurs artificielles, parmi lesquelles se trouvent un bouquet et une guirlande de roses mousseuses. Ce présent et la vase d'albâtre ont causé beaucoup de surprise dans la maison. Je n'ai rien éclairci, voulant instruire maman avant de répondre. Elle me prescrira ce que je dois dire 3 j'attends ses ordres là-dessus.

Le départ de ma mère m'a fait verser bien des larmes! Hélas! peut-être ne la reverrai-je jamais ! . . . cette idée est affreuse!.... J'ai été plusieurs fois à Paray, afin d'entrer dans la chambre où elle a couché. J'ai acheté un vieux fauteuil do tapisserie dans lequel elle s'est assivsc. Je n'oserai le faire transporter dans ma charnière que lorsque vous m'aurez mandé, chère maman, qu'il n'y a point à cela d'inconvénient. Bousset croit que je veux donner ce fauteuil à l'une de nos pauvres femmes^ et en effet j'en donnerai un

dans ce genre à Marie -Jeanne. Mais je serai heureuse d'avoir celui-ci cliez moi !...

Je me flatte^ chère maman, que vous montrerez cette lettre à ma bonne maman et à mon papa, qui, j'ose le croire, prendront part à mon bonheur; car c'en est un grand pour moi de ne pouvoir plus douter de l'existence et de l'afFection de ma mère. Enfin, elle a paru! les pre'sens et les lettres anonymes sont bien d'elle, il n'est plus possible de supposer que toutes ces choses soient des stratagèmes! Les bras dans lesquels je me suis trouvée e'toient des bras maternels : ah! c'étoitun cœur materne], celui que j'ai senti palpiter sous ma main ! . , . . et les sentimens que j'ai éprouvés seroient seuls des preuves certaines.. Ainsi donc, plus de doute, plus de moyens de calomnier l'innocence la vertu, la générosité, enfin ma bienfaitrice, ma seconde mère! cette idée me rend bien heureuse.

Adieu, chère maman; quand revien drcz-vous? O que cette absence est longue!' Ah! revciiv?z, vous qui seule pouvez

me rendre la mère que je regrette!

Revenez, chère et tendre maman; songez que votre enfant , votre ouvrage , votre Le'ocadie vous désire dans tous les instans, vous appelle, et ne peut vivre sans vous.

L'homme qui m'a parlé dans le bateau et chez Bousset est un valet de chambre de ma mère.

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