‹ Les mères rivalesChapitre 6 sur 45 · LETTRE CCXIV · texte numérisé non relu

LETTRE CCXIV

De la marquise a la baronne.

Le i5 ûclobre.

Eh bien , mou amie , Léocadie me quitte, et elle le veut!.... Dans cinq jours elle part pour Paris avec madame d'Olbreuse. Cette dernière me demanda hier de l'emmener pour six semaines ou deux mois , me disant qu'il paroissoit désirable que Léocadie, avec une éducation si parfaite, tant de talens et de goût pour les arts , fit un petit voyage à Paris, pour y voir tant de monumens célèbres, et de superbes collections de tableaux , d'histoire naturelle, etc. Madame d'Olbreuse ajouta que, pendant ces deux mois, elle seroit étabhe à la campagne, près de Paris, n'y recevroit absolument que trois ou quatre amis d'un âge mûr, et n'iroit à Paris que pour en faire voir à Léocadie toutes les curiosités, et sans jamais y coucher^

et qu'enfin elle me la ramèneroit ellemême sur la lin de décembre

Gonsterne'e à cette proposition, j'ai simplement re'pondu que je ne m'opposerois point à ce voyage, si Léocadie y consentoit. . . . Léocadie est appelée, je lui fais part de la demande de madame d'Olbreuse, et de ma réponse. Léocadie pâlit, rougit, pleure, devient tremblante j mais , sans balancer , sans hésiter une minute, elle accepte.... Ah! je vous l'avoue , jamais coup plus rude et pllis inattendu n'a frappé mon cœur, ce cœur trop sensible, déchiré depuis si long-temps par tant de peines connues et secrètes!.... Cependant je me contins, je n« pleurai point. Le ressentiment le plus vif et le plus douloureux étouffoit ma sensibilité et suspendoit mes larmes. Je me levai en disant : « Je vais ordonner les préparatifs de votre départ, » et je sortis. Je cours à l'appartement de Léocadie, et j'ordonne à Jacinthe de faire des malles de tout ce qui appartient à Léocadie , et sur-le-champ, et de ne rien oublier.

Dans ce moment, on vient me chercher de la part de madame d'Olbreuse, on me dit que Léocadie se trouve mal , j'oublie toute ma colère, je vole auprès d'elle .... Hélas ! elle étoit dans un état véritablement affreux ; pâle comme la mort, glacée, tremblante, et pleurant avec une amertume dont rien ne peut donner l'idée. ... Je la pris dans mes bras, je l'embrassai mille fois, je l'assurai que je ne doutois point de sa tendresse, que je ne désapprouvois point ce voyage, que je sentois même qu'il lui seroit très- utile j en un mot, je lui dis tout ce qui pouvoit la consoler, mais vainement : elle pleuroit toujours avec la même véhémence, et toujours en gardant un silence qui n'étoit interrompu que par des gémissemens et des exclamations douloureuses. . . . O combien je me suis reproché cette scène déchirante , qui m'a laissé un souvenir affreux , ineffaçable! Quel remords que celui d'avoir affligé mortellement ce qu'on aime!.. . . Qu'importe d'avoir eu raison : le vrai

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crime, le vrai malheur, est de réduire au désespoir l'objet pour lequel on donneroit sa vie ! . . . .

Dans le trouble où j'étois , j'oubliai de contremander les ordres donnés, dans mon dépit , à Jacinthe. Léocadie vit trois grandes malles rassemblées dans sa chambre , et qu'on s'occupoit à remplir, ce qui lui fit comprendre que je comptois sur une entière séparation. Alors elle se jeta à mes pieds , et me dit tout ce que la douleur et la tendresse peuvent inspirer de plus touchant , mais sans rétracter le consentement donné au voyage. Je soutins que je n'avois craint qu'une absence plus longue ; elle me protesta , et me donna sa parole de ne pas rester plus de deux mois. Hélas ! pourra - t - elle la

tenir? Elle ne veut absolument

emporter qu'un gros porte-manteau , un sac de nuit , et la moitié de ses bijoux. Je suis bien certaine que l'espérance de revoir sa -mère est la seule chose qui puisse la déterminer à me quitter j mais pourquoi me cacher ce motif? pourquoi manquer

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ainsi à la confiance qu'elle me doit ? J'ai pensé que peut - être sa mère a trouvé le moyen de lui faire parvenir une lettre à mon insu , ce qui est possible par le moyen de madame d'Olbreuse , qui certainement est confidente de la mère -, mais quelle ingratitude de la part de cette mère inconnue , de m'ôter ainsi la confiance de l'enfant pour laquelle j'ai tout fait et qui me coûte si cher ! . . . Et Léocadie , sans trahir son secret, ne pouvoitellepas me confier seulement qu'une raison puissante lui faisoit désirer ce voyage? elle a craint mes questions ou ma pénétration j et on la force à dissimuler avec moi ! . . . Enfin, pourquoi sa mère ne m'at-elle pas écrit franchement pour me demander sa fille? Veut-elle cacher sa liaison avec madame d'Olbreuse ? a-t-elle quelque intérêt secret qui l'oblige à ce mystère ? Cela est possible , dans cette incertitude, nous devons taire nos conjectures, et c'est assurément ce que je ferai , efc ce que j'exige positivement de vous , mon amie. D'ailleurs , Albert recevroit cette IV. 4

confidence avec son incrédulité ordinaire : tout ce qu'il pourroit croire^ c'est que madame d'Olbreuse est confidente du père de Léocadie , et qu'elle veut lui procurer le plaisir de la revoir. Enfin , madame d'Olbreuse et Albert ne s'aiment pas , chose que j'ai remarquée depuis long-temps , ce qui me fait imaginer qu'Albert sait peut-être qu'elle est liée avec le duc de Rosmond. Cette idée me donne à moimême quelques doutes sur la réalité de l'existence de la mère. Si en effet tout ce que nous avons vu. n'étoit qu'un roman imaginé par cet homme intrigant et profondément artificieux , par cet homme qui toute sa vie s'est fait un jeu de la tromperie et du mensonge !... Cependant, comment croire que madame d'Olbreuse se préteroit à favoriser une telle intrigue ? Le pouri'oit-elle à l'insu de son mari j et le comte le souffriroit-il ? Mais qui peut pénétrer les motifs de gens qui vivent à la cour ? Leurs liaisons , fondées sur l'intérêt et l'ambition , les engagent si souvent à faire des démarches équivoques et même

contraires à leurs goûts et à leurs principes ! En ve'rite' , je ne sais plus que penser. ... Je dis à tout le monde que c'est moi qui de'sire que Léocadie fasse ce petit yoyage , car il me seroit affreux que l'on put croire que c'est elle qui veut me quitter , sans autre motif que celui de la curiosité de voir Paris ! . . . . Que de chagrins je suis forcée de renfermer au fond de mon âme !

Je voudrois qu'elle fût partie , puisqu'il faut qu'elle parte dans cinq jours!. . . A présent , toutes les fois que je la regarde , j'ai peine à retenir mes pleurs ! . . . Quel moment que celui de ce départ !.... qu'il sera différent de celui de Dijon , qui me

fit déjà tant de peine ! Un devoir

sacré me forçoit à nous séparer , mou iuquiétude pour ma mère ahsorboit tous mes autres sentimens , je laissois Léocadie chez moi , je n'allois qu'à vingt lieues

d'Erne ville Aujourd'hui , c'est elle

qui me quitte , une étrangère l'emmène à quatre-vingts lieues de moi !.... Et qui sait si je la reverrai !... Si sa mère existe

en effet , n'est-ce pas pour la reprendre et pour la garder qu'elle la fait venir?... Dans quelles mains va tomber cette enfant si chérie !.... 0 Dieu, que toutes ces inquiétudes sont cruelles ! Je vous ^voue que madame d'Olbreuse , dejiuis hier , m'est devenue odieuse; je me défie d'elle et toutes ses démonstrations d'amitié ne me paroissent plus que de la fausseté!.. Je suis peut-être injuste , cette idée est un tourment de plus ; peut-être que toutes mes suppositions ne sont que des chimères,madame d'Olbreuse , charmée des grâces d'une jeune personne véritablement incomparable , n'a peut - être pas d'autre projet que celui de lui être utile , et de lui procurer l'avantage de faire un voyage aussi agréable qu'instructif; alors Léocadie ne me quitteroit que pour son plaisir !.. Il seroit possible encore qu'elle sût que sa mère est à Paris , sans que madame d'Olbreuse fût dans cette confidence . . . . Je me perds dans toutes ces suppositions ; je ne puis m'arrêler un quart-d'heure de suite à la même idée. ... cet état est in-

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supportable ! Ah ! chère amie , je n'ai jamais e'té si agite'e et si malheureuse.

LETTRE CGXV.

Du même a la même.

Le 1" novembre.

Elle est partie !.. . . H y a une heure! maintenant chaque minute l'e'loigne de moi ! . . . . A son âge tout distrait , on s'afflige facilement, on se console de même î Ali î tant mieux ! . . . . Puisse- je souffrir seule ! . . . . L'ëtat où je suis n^est pas concevable et n'est pas naturel ! . . . ^ Cette douleur profonde et de'chirante ne peut être inspirée que par un funeste pressentiment. Ah! mon amie^ je ne la reverrai jamais!.. . . non jamais! j'en suis sûre : j'en mourrai. Oui, je l'aimois trop! c'est une ve'ritable idolâtrie, et par conséquent une folie coupable. Le ciel m'en punira; je ne la re verrai plus!. ... Ah! c'est dans sa bonté que Dieu nous interdit les sentimens passionnés ! Quelle défense

paternelle ! Que peut-on admirer sur la terre? des vertus toujours imparfaites et souvent trompeuses, des cre'atures fragiles, inconstantes, et dont la mort ou l'absence peuvent séparer à jamais!..., 0 cette seule ide'e ne suffît-elle pas pour empoisonner tous les charmes de l'attachement le plus heureux ! . . . Cependant il faut au cœur un objet qui puisse le remplir entièrement. Je veux admirer avec transport, je veux aimer sans mesure! Ah! je ne le puis le'gitimement qu'en, remontant à la véritable source de la perfection! La sensibilité, celte précieuse faculté d'aimer sans bornes, n'est qu'un égarement et une folie quand elle n'a pas pour objet un être parfait, un être infini ! . . . .

^ Le soin de dissimuler ma douleur me la rend encore plus amère. Personne ici ne me plaint! On ne me devine plus,

on ne me connoit plus ! Albert ,

dans cette occasion , n'est pas aimable pour moij il a l'air de ne pas se douter que ce départ puisse m'afïliger, je vois

même qu'il est charmé de l'absence de cette pauvre petite; il ne l'aime pas!... Maurice est tout aussi gai que de coutume. Zéphyrine n'a pleuré qu'un instant; mademoiselle du Rocher est insoutenable par les choses déplacées qu'elle dit làdessus Tout le monde me paroît

insensible et grossier!.... Que je suis

aigrie et mécontente!

A midi.

Je reçois un billet d'elle, et bien touchant.... Je leur avois donné des chevaux pour les conduire jusqu'à la première poste 'j elle m'a écrit par le postillon qui ramène les chevaux. Ah! chère amie, que je l'aime, et que mon pauvre cœur est souffrant et combattu!

LETTRE CCXVI.

De la même a la même.

Le 8 novembre.

Enfin, une troisième lettre d'elle m'apprend qu'elle est arrive'e. C'est un grand poids de moins sur le cœur, de la savoir saine et sauve à Paris. Elle n'est pas accoutume'e à voyager; combien j'ai craint pour elle, et la fatigue, et les mauvais gîtes, et les insomnies, et tous les accidens qui peuvent arriver en route ! . . . . Elle est établie dans une charmante maison de campagne ( à Saint-Mandé ) à une demilieue de Paris. Puisse-t-elle s'y plaire ! qu'elle soit heureuse et contente, et je ne me plaindrai de rien ! . . . .

La pauvre femme dont je prends soin a été' bien malade ces jours passés; je l'ai veillée toute la nuit de lundi ; elle est hors d'aiFaire. Vous savez comme elle est intéressante, et quel chagrin me cause roit sa perte , d'autant plus que ,

malgré moi , j'attache une idée superstitieuse à sa conser.vation ! Je Vai

prise depuis la maladie de ma mère^ par un motif de reconnoissance religieuse , inspiré par la piété filiale j elle est de l'âge de ma mère, sa mort seroit pour moi le plus affreux présage .... Grâce au ciel, elle est parfaitement bien. Le docteur lui a prescrit, pour ce printemps, les bains de Bourbon, et je l'j mènerai sûrement. Elle me disoit hier qu'elle avoit eu bien peur de mourir ^ et que j'en étois cause, car , a-t-elle ajouté, je suis si heureuse! . . . . Cette excellente femme- n'est plus pour moi l'objet d'une action véritablement bonne, elle me paie par une reconnoissance qu'il est rare de trouver aussi vive et aussi affectueuse dans son état ! . . . .

Ah! mon amie, que nous sommes loin encore de cette sublime philanthropie prescrite par l'Evangile ! . . . .

Pour ne pas s'enorgueillir du bien que l'on fait quand on est riche, il suffit de songer à celui qu'on pourroit faire si IV. 5

5b LES MÈRES

l'on avoit une charité véritablement chrétienne. Je n'aime pas le luxe,* mais combien je me permets de petites fantaisies , et combien je dépense d'argent en petits présens inutiles^ au lieu de le donner aux pauvres!

Pendant la nuit où j'ai veillé Monique je réfléchissois là-dessus , et je me représentois le douloureux tableau des misères humaines j je me mettois à la place d'une malheureuse mère sans talens, sans ressources , qui voit ses enfans manquer de subsistance! Ces idées me frappoient si vivement que mon cœur en étoit oppressé!. . . Ah! je le sens, la religion et l'humanité n'ordonnent pas seulement l'aumône, elles prescrivent encore de retrancher toutes les dépenses superflues, toutes les vaines fantaisies, de se réduire au simple nécessaire, et de donner le reste. Que je serois heureuse si, débarrassée des entraves de l'usage, et loin du monde , je pouvois porter une robe de bure , n'être servie que par une servante, et ne brûler que de la ch^n-

RIVALES. 5l

délie! Honorable et noble économie, que vous plairiez à mon cœur! vous me rappelleriez sans cesse de petits sacrifices qui me procureroient le seul bonheur réel que l'on puisse goûter sur la terre. S'il est beau de se résigner à la pauvreté, qu'est-ce donc de s'en imposer une volontaire en faveur de l'humanité? Ily a dans ce dévouement quelque chose d'héroïque qui plairoit à mon esprit quand mon cœur n'en seroit pas touché. Donner à l'objet que l'on connoît et qui plaît , ou <jue l'on aime, n'a rien de vertueux j on satisfait son penchant. Je ne mettrai point au rang de mes bonnes actions ce que j'ai fait et ce que je ferai pour Léocadic; au contraire, je reconnoîtrai que j'aurois du lui donner moins, et verser sur des infortunés mille superfluités pour elle que je n'ai pu me refuser. Mais je réparerai cette foiblesse en me réduisant davantage moi-même. La véritable vertu c'est de donner aux êtres qui souffrent, et dont on n'attend ni plaisir ni reconnoissance.

La philosophie^ qui parle tant de hien-^ faisance , est bien inconse'quente à cet égard ( comme à tant d'autres ), puisqu'elle ne re'prouve pas toute esjièce de faste. Si la charité est la première des vertus, le luxe est un crime, et il devroit être déshonorant. Peut-on nier que la femme qui donne mille louis pour avoir un collier de diamans, ne préfère le plaisir déporter à son cou un ornement brillant, au bonheur de relever et de sauver vingt familles expirantes et désespérées. Cependant cette même femme débitera de belles phrases sur la bienfaisance; en at-elle le droit?. . . Madame d'Olbreuse me contoit qu'une femme de ses amies, qui passe pour être fort sensible , dépense au moins par an dix ou douze mille francs en chiftbns. Avec une telle prodigalité et une frivolité si honteuse et si coupable, comment ose-t-on parler d'Jiumanité? L'homme religieux est seul sur ce point toujours conséquent ; il est seul capable d'immoler ses goûts, et de mépriser l'usage pour secourir les infortunés.

Le philosophe croit beaucoiip taire en sacrifiant quelquefois une très-petite partie de son superflu; et l'homme ve'ritablement pieux ^ en le donnant tout entier y ne croit remplir qu'un devoir indispensable et sacré.

Adieu, mon amie; je suis exactement le re'gime que vous me prescrivez; je bois de l'eau de poulet, je me baigne, mais je ne dormirai que lorsqu'elle sera de retour.

LETTRE CGXYU.

De la comtesse d'Erneville à la marquise.

De Dijon, le 12 novembre.

Je sais, ma chère enfant, que vous ne mangez point, que vous êtes changée, maigrie, et j'imagine bien que l'absence de Léocadie en est la cause. Ah ! chère amie^ soyez donc plus raisonnable! La tendresse maternelle ne doit avoir aucune des foiblesses inséparables des autres affections , car, pour être utile et

sublime, il faut qu'elle soit constamment une bienfaisance absolument désintéresse'e. Gomment une mère pourroit-elle se livrer à la jalousie quand elle veut marier sa fille , et qu'elle sait qu'un jour elle aura des enfans? Gomment auroitelle la folie de s'affliger d'une courte absence, quand elle est certaine qu'un mari lui enlèvera sa fille, et pour toujours? Elle doit donc employer toute sa raison, sinon à restreindre sa tendresse ( la nature la donne sans bornes ) , du moins à la régler, à la de'gager de tout inte'rét personnel. Des raisonneurs , dépourvus de toute réflexion, répètent qu'une mère ne doit être que Y amie de sa fille; c'est en confondant toutes les idées que l'on affoiblit et les principes et les sentimens. On ravit la raison et le désintéressement à l'amour maternel , la vénération à la piété filiale, et l'on profane l'amitié en lui donnant toutes les foiblesses de l'amour. Voilà ce que produit le galimatliias métaphysique de nos beaux esprits. La seule amitié demande une parfaite

égalité^ et de la conformité dans les âges et dans les goûts. Une mère est un ange tutélaire , un mentor vigilant^ sacrifiant toujours le plaisir de plaire au bonheur ou à l'espoir d'être utile j et de même la pie'te' filiale ne peut ^ sans y perdre, se comparer ni à la simple amitié, ni à tout autre attachement ,• c'est un culte fondé sur la plus juste reconnoissance^ c'est un sentiment défini par son nom même , le plus noble , le plus touchant dont on puisse honorer une affection humaine , puisqu'on n'en a point d'autres pour exprimer l'amour que nous devons au créateur.

La fille la mieux née préférera souvent la société d'une amie de son âge à celle de sa mère, et malgré cela elle aimera sa mère mieux que sa jeune amie; quelquefois elle confiera à des personnes indifférentes ce qu'elle cachera à sa mère,quel est Têtre qui dans sa vie n'a jamais craint les conseils austères de la raiçon et de l'expérience? Si l'on manque d'indulgence pour tous ces torts , on est

injuste j ils sont inévitables, et du moins en ge'nëral ils ne prouvent nullement le manque de tendresse et de reconnoissance. Si le de'sir de plaire et de gagner toute la confiance engage une mère à taire des ve'rités utiles ;, à supprimer des avis nécessaires, elle perdra l'estime de sa fille, et les jeunes amies lui seront toujours pre'fe're'es en mille occasions. Pour qu'une mère soit heureuse, il faut qu'elle n'ait aucune susceptibilité' , et qu'elle joigne une excessive indulgence à une extrême fermeté,- qu'elle offre touîoûrs la vérité sans déguisement, qu'elle soit toujours prête à pardonner. Elle doit avec ses enfans représenter sur la terre l'image auguste de la Divinité.

J'ai le droit , chère Pauline , de vous tracer lé portrait d'une bonne mère j mais, si J€ voulois faire celui de la fille la plus tendre et la plus parfaite sous tous les rapports, c'est vous que je prendrois pour modèle. Oh ! puisse votre enfant d'adoption être pour vous ce que vous avez été si constamment pour moi ! Le ciel vous

doit cette récompense ; il est juste , il vous l'accordera. Mais modérez donc votre sensibilité'. Mon enfant , je ne puis avoir de l'indulgence pour une de'raison f[ui vous maigrit , et qui ternit vos belles couleurs. Mandez-moi que vous dormez , que vous mangez et que vous engraissez ; je ne \ous pardonne qu'à cette condition.

LETTRE CGXVni.

De la comtesse d'Olbreuse à la marquise.

De Saint-Mandé , le 22 novembre.

Oui , ma clière amie , Le'ocadie a un bon régime ; elle ne déjeune point tous les jours avec du café a la crênie ; elle ne prend point du thé tous les soirs ; elle vit exactement comme si elle étoit sous vos yeux ; et quand je voudrois la pervertir à cet égard , je n'y réussirois pas. Rien ne l'empêchera jamais de suivre vos conseils j vous obéir est non-seulement pour elle un devoir , mais c'est encore un bonheur.

Elle se promène tous les matins une heure et demie dans le bois de Vincennes. Une porte de mon jardin donne dans ce bois. Nous allons à la messe tous les dimanches et toutes les fêtes au château de Vincennes ^ à pied quand il fait beau , ou sinon en voiture. Nous faisons deux ou trois fois la semaine des courses à Paris pour y voir des monumens j nous avons de'jà vu plusieurs e'glises, le Louvre, les Invalides , les palais des princes , le cabinet et la bibliothèque du roi , l'Observatoire, quelques cabinets particuliers; et trois manufactures.

Léocadie fait un journal de'taillé qui vous est dédié ; elle ne pense qu'à vous, ne parle que de vous , et je vous assure que vous la guidez et que vous Yinspirez tout comme si elle habitoit le château d'Erneville. Elle dessine , elle lit , elle fait de la musique , et cultive avec la plus grande application tous ses charmans talens.

Je l'ai menée avant-hier chez madame la duchesse *** , qui l'a revue avec un

plaisir inexprimable. La princesse étoit seule et nous a reçues dans sa chambre , nous n'y sommes reste'es qu'une heure j ce temps nous a paru bien court ^ parce qu'on n'a parlé que de vous et d'Erneville. Madame la duchesse *** veut absolument donner un petit bal à Lëocadie j il n'y aura que vingt - quatre danseuses et autant de danseurs; cela commencera à cinq heures et finira à dix précises.

Mais Le'ocadie ne veut absolument pas s'engager avant de savoir si vous approuvez qu'elle accepte. Elle vous e'crit là.- dessus seulement pour vous demander vos ordres, et moi je sollicite vivement une permission,, et je me flatte que vous n'aurez pas la cruauté' de la refuser.

Je ne mènerai Léocadie, comme nous en sommes convenues, que six fois aux spectacles , une seule à l'Opëra et cinq à la comédie Française. Elle verra jouer Ciima, Andromaque y Athalie, le Misanthrope et la Métromanie. Enfin , tout ce que vous avez prescrit est et sera suivi avec la ponctualité la plus scrupuleuse.

6o LES 3IÈRES

Je ne vous dis pas que tout ce qui voit ou aperçoit Lëocadie est charmé d'elle , n'en êtes-vous pas bien sûre? Votre cœur TOUS pre'dit tous ses succès , mais il ne sauroit vous les exage'rer : c'est une ravissante cre'ature !

JNous sommes enfin débarrassés du jeune Celtas. Après avoir dérangé sa fortune pour dix ans au jeu et avec des courtisanes , il a fait des lettres de change , il n'a point pajé à l'échéance , et il a été arrêté et mis au Fort - l'Evéque. Mon beau-frère l'en a retiré , et s'est hâté de le faire repartir pour sa province , où ce mallieureux jeune homme retourne avec des dettes énormes , des mœurs tout-àfait corrompues , une santé délabrée et une réputation perdue. Tel est le fruit qu'il a retiré de ses lectures!

Parlez - moi de vous , ma charmante amiC;, et de tout ce qui se passe à Erneville. Quelques détails , je vous prie , sur les jeunes- amours de jMaurice et de Zéphyrine. Ces amans ingénus m'offroieut un tableau tout nouveau pour moi. Leur

Rivales. 6i

gaîtë , leur franchise et leur légèreté représentent l'amour tel qu'il est , c'est-àdire un sentiment superficiel qui amuse plus qu'il n'occupe. Ce n'est pas ici ce que nous voulons croire ; un tel sentiment ne seroit l'excuse d'aucune grande folie , et nous avons besoin d'excuses : ainsi nous avons fait de l'amour une passion , non-seulement sérieuse , mais terrible et absolument invincible ; et comme elle est rarement légitime parmi nous^ elle est toujours accompagnée du mystère , et tout ce qui la décèle, alors même que par hasard elle est innocente , paroît à nos yeux une indécence , ou du moins une chose de mauvais goût. C'est pourquoi je riois tant lorsque Zéphyrine , en entrant dans le salon , disoit toujours ; Oîi est donc Maurice ? quand elle ne le voyoit pas , ou Tappeloit dès qu'elle l'apercevoit. Ici c'est tout le contraire. C'est une réserve excessive qui trahit les amans. Aussitôt qu'ils sont d'accord , ils ne se regardent plus ; ils se rencontrent sans se rapprocher, et dans une assemblée , l'homme amou-

reux est toujours celui que la femme dont il est aimé voit le premier et salue le dernier.

Adieu, ma chère amie ; dans un mois j'irai vous rendre le trésor que vous m'avez confié, et je pense avec délices que j'aurai le bonheur de passer encore cette année quelques jours avec vous.

LETTRE CGXIX.

Du comte Jules h la comtesse de Rosmond.

Paris , le i3 novembre.

O Providence ! . . . . elle est auprès de Paris ! à Saint-Mandé ! chez madame d'Olbreuse !.. . . Le ciel me récompense d'avoir résisté si courageusement à la tentation d'aller à Erneville!.. . . Je l'ai revue, je lui ai parlé, j'ai entendu sa douce voix ! . . . .

J'ai su samedi qu'elle se promenoit les matins dans le bois de Vincennes; j'y fus dimanche. J'étois à cheval. . . . Il pleuvoit, et je m'en désolois, quand

j'aperçus une voiture , et je reconnois la livre'e de madame d'Olbreusej je vole à sa portière; elle étoit avec Léocadie!.... Cette dernière, en m'apercevant, a tressailli , et moi j'ai balbutie quelques plaintes à iijadame d'Olbreuse , sur ce que sa porte m'est fermée depuis quinze jours. Elle m'a répondu que , tant qu'elle resteroit à St-Mandé, elle ne verroit personne; mais, a-t-elle ajouté en souriant, je vous permets de venir avec nous à la messe da'ns la chapelle du château. J'ai accepté avec transport cette proposition, et me voilà escortant la voiture et caracolant aux portières. Léocadie regardoit mon cheval avec une espèce d'effroi , et m'a dit qu'elle espéroit que ce n'étoit pas le vilain chacal que je montois le jour où fai tué le loup enragé. J'ai repondu que c'étoit le même, et que depuis cet accident je l'en aimois mieux, parce qu'il m'avoit procuré le bonheur de revoir madame d'ErnevilIe et d'être soigné par elle. Là-dessus Léocadie a conté à madame d'Olbreuse tous

les ravages qu'a faits à Erneville et aux environs cette bête furieuse , et j'ose me flatter que, pour faire valoir mon exploit, elle a un peu exagère.

Arrivés au château, j'ai donné le bras à madame d^Olbreuse et à Léocadie ; dans la cbapelle je me sui 'placé à côté de Léocadie; mais elle a toujours eu les yeux sur soa livre d'heures ; c'étoit véritablement un ange qui invoquoit Dieu!. . . . Une image de son livre est tombée, je l'ai ramassée, et en la lui rendant je lui ai dit tout bas : « Oh ! priez pour moi!.... ■ — Ah! reprit-elle, tous les jours depuis quatre mois!. . . » O com-, bien la céleste innocence de son regard ^onnoit de charmes à la touchante ingénuité de cette réponse!. .... Tous les jours ! elle l'a dit. je n'en doute pas. Ainsi elle n'a pas, depuis notre première entrevue, passé un seul jour sans penser à moi!. . . . Quelle douce idée!. ... Je l'ai reconduite après la messe jusqu'à la porte de la maison, de l'heureuse maison qu'elle habite, . . . et que madame d'Ol-

VOUS sachiez une idée que je condamne et que je repousse vainement- ne m'en grondez pas; soyez l)ien sûre que je ne puis la confier qu'à vous. J'aime aussi cette bonne , celte aimable comtesse d'Olbreuse ; il y a tant de grâces dans sa personne, tant de franchise et d'obligeance dans son caractère ; elle est si naturelle et si sensible , sa figure est encore si agréable, comment pourroiton ne pas l'aimer? et elle a été si charmante pour vous!. . . . Mais, chère amie, n'avez -vous pas remarqué ce qui m'a frappé si vivement? De bonne foi, son affection pour Léocadie vous paroît-elle une chose simple?. - . Assurément Léocadie est une enfant incomparable , c'est un ange. Mais n avez- vous pas vu de quelle manière madame d'Oibreuse la regardoit , et combien de fois , en la contemplant, les larmes lui sont venues aux yeut? Et celte curiorité sur tout ce qui la regarde , ces questions sans fin , ce désir extrême d'avoir son portrait!... Songez encore que c'est madame d'Oi- III. 6

bieuse qui a déterminé la princesse à pre'férer les eaux de Bourbon. . . Songez avec quelle ardeur elle vous a défendue avant de vous avoir vue. . . Elle parle de votre innocence avec une certitude!. . . D^où lui vient cette parfaite assurance? elle vous connoît si peu ! Je vous l'avoue, mon amie^ je n'ai jamais parfaitement cru que madame du Resnel fut la mère de Léocadie, et je crois la reconnoître^ à ne pouvoir s'y me'prendre, en madame d'Olbreuse. Je sais combien cette idée est injurieuse pour elle; il faut lui supposer une foiblesse inexcusable^ puisqu'elle l'auroit eue pour un autre que celui qu'elle a épousé. . . . Mais comment démentir le témoignage de ses yeux!....

Me voilà soulagée , je vous ai ouvert mon cœur. Je suis sûre que vous allez repousser avec sévérité cette imagination; mais , mon amie , vous ne me l'ôterez jamais.

La belle Toulousaine est ici depuis hier; elle a une véritable passion pour M. du Resnel; elle songe très-sérieuse-

RIVALES, Gj

ment à l'épouser, et m'a chargée de le sonder à cet égard. C'est ce que j'avois déjà fait avant d'en avoir la commission, et je suis certaine que notre philosophe n'engagera plus sa liberté. J'avoue que j'en suis bien aise. Il me semble que, s'il s'étoit remarié, il seroit moins notre ami; et quel ami!.... c'est son incomparable attachement pour vous qui lui a gagné mon amitié. A présent je sens que je l'aime aussi pour lui-même ; je sais bien que je ne suis pour lui que l'amie de Pauline; mais ce sentiment indirect est si touchant pour moi ! il me suffit , je ne lui en désire point d'autre. Adieu, ma chère amie; on vous attend samedi à Gilly, et l'on y prépare une jolie surprise à Léocadie ; on lui offrira une charmante collection de laves du f^ésuve et d'autres choses curieuses qu'on a fait venir d'Italie pour elle.

Tâchez d'arriver moins tard qu'à l'ordinaire.

LETTRE GXLin.

Réponse de la marquise.

D'Erneville , le 28 septembre.

Assurément je vous gronderai , mon amie. Quelle idée indigne de vous ! Je suis accoutumée à juger comme vous, je vous regarde si bien comme une autre moi-même, qu'il me semble que je suis coupable aussi de celte vilaine pense'e. Je me rcpens que vous l'ayez eue. Quoi! parce que cette femme inte'ressanle m'a rendu justice, parce qu'elle m'a donné les preuves d'estime et d'amitié les plus aimables et les plus utiles, nous aurions l'ingratitude de la soupçonner de l'égarement le jilus avilissant ! Il est vrai , elle a montré un extrême enthousiasme pour Léocadie j mais c'est ainsi qu'on aime cette enfant, et sans parler de M. du Resnel, n'avez-vous pas remarqué que le vicomte de St-Méran en étoit si singulièrement occupé, que, si Léo-

cadie avoit quelques années de plus^ on l'en auroit cru passionnément amoureux ! Je conviens cependant que j'ai été frappée de la manière dont madame d'Olbreuse m'a parlé dans notre premier têteà-tête sur la naissance de Léocadie. C'est une chose si universellement reçue que cette enfant est ma fille ;, que depuis long-temps je ne songe plus à me justifier de cette calomnie ; je sais trop que tout ce que je pourrois dire ne paroîtroit que de la fausseté ; j'aurois une sorte de honte de nier formellement ce que tout le monde croit si positivement. Ainsi , quand madame d'Olbreuse me parla de cette aventure , je répondis simplement que je n'avois rien à dire làdessus , qne j'avois pris mon parti sur l'opinion publique , que je me contentois du témoignage- de ma conscience.

Là - dessus elle m'embrassa avec attendrissement^ en me disant tout ce qui , pouvoit me convaincre qu'elle étoit intimement persuadée de mon innocence.

Son ton étoit si vrai; ses expressions si

rjo LES MÈRES

fortes^ qu'il m'ëtoit impossible de douter de sa sincérité. Enfin, une chose encore qui m'a frappée, c'est qu'elle m'a fait très-peu de questions sur le passé , et qu'elle m'a montré la plus vive curiosité sur l'avenir et sur tous mes projets pour Léocadie. Je lui ai dit que je ne lui déclarerois sa naissance que le jour de sa première communion. Je lui détaillois mes raisons, qu'elle a fort approuvées , et toujours elle répétoit qu'un devoir sacré pour moi étoit d'inspirer à Léocadie une vive affection pour cette mère inconnue, si malheureuse et si tendre.

Tout ceci m'a fait naître une pensée beaucoup plus naturelle que la vôtre , c'est que madame d'Oibreuse connolt cette mère inconnue, et qu'elle est sans doute sa confidente et son amie. Cette supposition explique beaucoup de choses , entre autres le choix qu'on a fait de moi pour me confier Fenfant.

Albert étoit lié à Paris avec le comte et la comtesse d'Oibreuse , il leur parloit souvent de m.oi ^ il est probable que

RIVALES. yr

c^est madame d'Olbreuse qui eut l'ide'e de me donner l'enfant. Mais gardons toutes ces conjectures pour nous. Je n'ai pas montré à la comtesse l'apparence d'un soupçon; ce secret n'étant pas le sien^ toutes mes questions seroient inutiles, et je n'en ai parlé ni à ma mère ni à mon mari. La première n'a jamais douté une minute de mon innocence, et Albert , quelques preuves tjue je puisse lui en donner, sera toujours flottant à cet égard entre l'erreur et la vérité. Je n'ai été complètement justifiée à ses yeux que dans les premiers momens de la fausse déclaration de madame du Resnelj mais peu de temps après je remarquai fort bien qu'il avoit repris des soupçons. Il a sur ce point une si longue habitude de défiance, que je crois réellement qu'il la conserveroit même alors que la véritable mère se nommeroit et se montreroit. Votre pauvre amie ne se justifiera qu'au lit de la mort!. . . C'est une douce consolation qui m'est assurée dans mes derniers momens. Après avoir

supporte sans me plaindre durant toute ma vie le poids accablant de la calomnie^ ou me croira quand sur le Lord de la tombe je prendrai Dieu à témoin de mon innocence ! Alors je dirai à Albert : Tu fus injuste, et je t'aimai toujours, je te pardonnai sans effort!....

Tous ses doutes . s'évanouiront , et du moins il honorera ma mémoire ! . . . .

Ah ! mon amie, que mon cœur est surchargé dans de certains momens ! . . . et comme il se déchire quand je me rappelle la félicité dont j'ai joui dans ma première jeunesse et dans les deux premières années de mon mariage I . . . Où sont-ils ces beaux jours! que sont devenues tant de délicieuses espérances!.. Oh ! qui m'eût dit alors que je pourrois vivre sans l'estime d'Albert ! . . . . Les souvenirs laissés par l'amour perdent avec le temps tout leur charme , ils n'ont d'attraits que durant la jeunesse -, mais quel souvenir incffaçaljle que celui d'une amitié si tendre et d'une confiance si intime , d'un sentiment si paisible , si

pmv, enfin d'une affection si parfaite!.... U me tourmentera dans ma vieillesse ainsi qu'à présent, ce souvenir de'solant et cliëri ! . . . . La vieillesse ! . . . . Autrefois je l'envisageois sans aucune peine, je voyois la mienne honorée par la confiance , la reconnoissance et l'estime d'Albert!.... mais vieillir avec son mépris!.... odieuse existence plus affreuse que le néant!.. . . Quand j'aurai perdu ces agrémens et ces talens qui lui plaisent. , que je n'aurai plus qu'une âme qu'il ne connoît pas y et qu'une réputation flétrie ! grand DieU;, quel sera mon sort !. . . . Et maintenant même, combien il seroit horrible, si je n'avois eu que des amis froids et lâches ! . . . . Ah ! je sens profondément tout ce que je dois à Tamitié qui m'a protégée , défendue avec tant de courage, de zèle et de constance!. . . Croyez , mon amie , que la reconnoissance est ma \)\n& douce consolation.

Adieu j je vous promets d'arriver de bien bonne heure samedi à Giily.

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