‹ Les merveilles célestesChapitre 14 sur 39 · NOTRE UNIVERS · texte numérisé non relu

NOTRE UNIVERS

Un monde est assoupi sous la voûte des deux,

Mais sous la voûte même où s’élèvent mes yeux,

Que de mondes nouveaux, que de soleils sans nomlnv Trahis par leur splendeur étincellent dans l'ombre ! Les signes épuisés s'usent à les compter.

Et l'Ame infatigable est lasse d'y monter !

... Là l’antique Orion, des nuits perçant les voiles, Dont Job a le premier nommé les sept étoiles;

Le Navire fendant l'éther silencieux,

Le Bouvier dont le char se traîne dans les cieux,

La Lyre aux cordes d'or, le Cygne aux blanches ailes, Le Coursier qui du ciel tire des étincelles,

La Balance inclinant son bassin incertain.

Les blonds Cheveux livrés au souffle du matin,

Le Bélier, le Taureau, l'Aigle, le Sagittaire,

Tout ce que les pasteurs contemplaient sur la Terre, Tout ce que les héros voulaient éterniser,

Tout ce que les amants ont pu diviniser,

Transporté dans le ciel par de touchants emblèmes, N’a pu donner des noms à ces brillants systèmes.

Lamaiitixe.

D’après ce qui précède , nous habitons le sein d’une vaste nébuleuse, dont la couche équatoriale, se projetant sur notre ciel, y décrit cette voie blanchâtre connue sou s le nom de Voie lactée. Notre soleil est l’une des étoiles

composantes de cette agglomération gigantesque, et toutes les étoiles qui scintillent durant nos nuits silencieuses t'ont partie, comme lui, de cette même tribu. C’est là, à proprement parler, notre univers. Les autres nébuleuses peuvent être regardées par nous comme d’autres univers, étrangers à celui-ci, et dont nous n’avons contemplé l’ensemble que pour nous élever à une notion plus rapprochée de la grandeur de la création, mais que nous laisserons désormais dans l’immensité inexplorée qu’ils habitent au fond des espaces. Descendant du grand au petit, procédant de l’ensemble à la partie, nous embrasserons maintenant de moins vastes proportions ; nous nous arrêterons à notre univers sidéral, autrement dit à la description générale des îles qui constituent notre archipel céleste.

Nous ne parlerons pas encore ici de la nature des étoiles, ni de leurs distahces, ni de leurs mouvements, ni de leur histoire particulière; avant de poursuivre la réalité, il sera bon pour nous de faire une digression sur les apparences. Nous sommes pourtant bien mal disposé contre les apparences, et nous leur préférons de beaucoup la réalité; mais il en est quelques-unes dont nous ne pouvons nous dispenser de parler, attendu qu’elles forment en quelque sorte la superficie des choses que nous devons approfondir, et qu’il faut passer par cette superficie avant d’arriver à l’intérieur. Mais lorsque nous convenons bien entre nous que tel ou tel phénomène n’est qu’une apparence, il n’y a aucun inconvénient à nous occuper de lui : le principal est de s’entendre et de ne rien confondre.

Les étoiles paraissent disséminées comme au hasard dans les cieux. Par une belle nuit étoilée, quand notre regard s’élève vers ces hauteurs, il remarque une grande diversité dans l’éclat de ces lumièrés, en même temps qu’un désordre apparent dans leur disposition générale. Cette irrégularité et le nombre considérable des étoiles ont em-

LE MONDE SIDÉRAL. (i5

pêché de donner à chacune d’elles un nom particulier; et pour les reconnaître et en faciliter l’étude, on a partagé la sphère céleste en sections. L’astronomie des premiers peuples, dit F rancœur, s’est bornée à quelques distinctions grossières ; on s’est d’abord contenté de dénommer les planètes et les plus belles étoiles, et nous avons conservé cet usage; mais quand on a ..voulu étudier avec plus de soin et qu’on a eu besoin de désigner les astres d’un éclat moindre, on n’a pu suivre une méthode dont on sentait l’imperfection. On s’est conduit connue le font les naturalistes, qui, peur dénommer les espèces des trois . règnes, réunissent sous un nom commun un certain nombre d’individus, qu’ils distinguent ensuite entre eux par une qualification. Les astronomes ont réuni les étoiles en divers groupes, sur lesquels ils ont dessiné un animal ou un être fabuleux. On imposa à ces groupes ou cqnstellations des noms tirés do la Fable, de l’histoire ou des règnes de la nature. Ces dénominations, consacrées par l’antiquité, sont d’ailleurs tout à fait arbitraires, et, à moins que l’imagination ne se crée des fantômes, comme elle fait voir des tableaux dans les contours capricieux des nuages ; on ne doit s’attacher à trouver dans les groupes d’étoiles rien * (pii puisse rappeler la figure ou imiter l’image de l’objet dont la constellation porte le nom.

La nécessité de se guider sur les mers obligea l’homme à choisir dans les cieux d’invariables points de repère sur lesquels il pût orienter sa course, et c’est là l’origine historique des constellations.

On forma des cartes représentatives du ciel, et, dès Ilipparque, astronome grec, on put classer les étoiles, en les distinguant selon leur éclat, dans les positions occupées par chacune d’elles sur les figures dessinées.

11 était nécessaire de déterminer unie méthode pour trouver facilement une étoile particulière au milieu d’un si grand nombre (quatre à cinq mille) que l’on distingue à

66 LES MEIIVETLLES CÉLESTES.

l’œil nu. On ignore la première origine des constellations, mais on sait qu’elles ont été établies successivement*. Le centaure Chiron, précepteur de Jason, a la réputation d’avoir le premier partagé le ciel sur la sphère des Argonautes ; mais Job vivait avant l’époque où l’on place le précédent, et ce prophète parlait déjà d’Orion, des Pléiades, des Hyades, il y a trois mille trois cents ans! Homère parle également de ces constellations en décrivant le bouclier de Vulcain. « Sur la surface, dit-il, Vuleain, avec une divine intelligence, trace mille tableaux variés. Il y représente la terre, les cieux, la mer, le soleil infatigable, la lune dans on plein, et tous les astres dont se couronne le ciel : les Pléiades, les Hyades, le brillant Orion, l’Ours, qu’on appelle aussi le Chariot, qui tourne toujours aux mêmes lieux et regarde l’Oriôn : c’est la seule constellation qui ne se plonge point dans les Ilots de l’Océan. » (Iliade, ch. XVIII. )

C’est toujours la même division mythologique qui est en usage aujourd’hui Depuis l’établissement du christianisme, il y eut plusieurs essais destinés à réformer ce système païen et à le remplacer par des dénominations chrétiennes. Dans le planisphère de Bède, saint Pierre remplace le Bélier, saint André le Taureau, etc. De ces tentatives aucun nom n’est resté; car le Chariot de David, le Sceau de Salomon, les trois Rois mages, ou « le Bâton de Jacob, » etc., datent de plus haut. Plus tard encore un Allemand proposa de donner aux douze signes du Zodiaque le blason des douze plus illustres maisons de la noblesse européenne. Ces essais particuliers restèrent stériles, et le règne de la mythologie se continua jusqu’à nos jours.

Comme on observe une grande diversité dans Y éclat des étoiles, pour en faciliter l’indication, on a classé ces astres par ordre de grandeurs. Ce mot de grandeurs est impropre, attendu qu’il n’a aucun rapport avec les dimensions

1 Voy. notre Histoire du ciel.

des astres, puisque ces dimensions nous sont encore inconnues; il date d’une époque où l’on croyait que les «toiles les plus brillantes étaient les plus grosses, et c’esl là l’origine de cette dénomination; mais il importe de savoir (pie ce n’est point là son sens réel. Il correspond simplement à Y éclat apparent des étoiles. Ainsi les étoiles de première grandeur sont celles qui brillent avec le plus de vivacité dans la nuit obscure; celles de seconde grandeur sont celles qui brillent moins, etc. Or, cet éclat apparent tient à la fois de la grosseur réelle de l’étoile, de sa lumière intrinsèque et de sa distance à la terre; il ne possède par conséquent qu’un sens essentiellement relatif. On peut dire cependant qu’en général les étoiles les plus brillantes sont les plus rapprochées, que celles dont la lueur pâle est à peine distinguée dans les champs du télescope sont les plus lointaines.

Ainsi, lorsque nous parlerons de la grandeur des étoiles, il est convenu qu’il s’agira simplement de leur éclat apparent ; cet éclat facilite beaucoup les moyens de les reconnaître parmi les constellations. Il y a maintenant un autre fait qu’il n’importe pas moins de considérer comme relatif, et non comme absolu : c’est la disposition des «toiles, ou la forme des constellations. Nous savons déjà ijue le ciel n’est pas une sphère concave sous laquelle des «Ions brillants seraient attachés, mais qu’il n’y a aucune ■espèce de voûte, que le vide immense, infini, enveloppe la terre de toutes parts, dans toutes les directions. Nous savons aussi que les étoiles, soleils de l'espace, sont disséminées à toutes les distances dans la vaste immensité. Lors donc que nous remarquons dans le ciel deux étoiles voisines, leur proximité apparente ne prouve en aucune façon leur proximité réelle : elles peuvent être éloignées l’une de l’autre, dans le sens de la profondeur, à une distance égale on supérieure à celle qui nous sépare de la plus rapprochée. De même, lorsqu’on réunit dans un

LES MEItVEILLES CELESTES.

mémo groupe quatre ou cinq étoiles, ou davantage, cela n’implique pas que ces étoiles, formant une môme constellation, se trouvent sur un même plan et à une égale distance de la terre. Nullement. Disséminées à toutes les profondeurs de l’espace, tout autour de l'atome terrestre, la disposition qu’elles revêtent à nos yeux n’est qu’une apparence causée par la position de la terre vis-à-vis d’elles. C’est là une pure affaire de perspective. Quand nous nous trouvons pendant la nuit, au milieu d’une vaste place publique (soit, par exemple, sur la place de la Concorde), dans laquelle un grand nombre de becs de gaz sont dispersés, il nous est difficile de distinguer, à une certaine distance, les lumières les plus éloignées de celles qui le sont moins : elles paraissent toutes se projeter sur le fond plus obscur; déplus, leur disposition apparente, vue du point où nous sommes, dépend purement de ce point, et varie selon que nous marchons nous-mêmes en long ou en large. Cette comparaison vulgaire peut nous servir à comprendre comment les étoiles, lumières de l’espace obscur, ne nous révèlent pas les distances qui peuvent les séparer en profondeur, et comment la disposition qu’elles affectent sur la voûte apparente du ciel dépend uniquement du point où nous nous plaçons pour les considérer. En quittant la face et en nous transportant en un lieu de l’espace suffisamment éloigné de celui-ci, nous serions témoins, dans la disposition apparente des astres, d’une variation d’autant plus grande que notre station d’observation serait plus éloignée de celle où nous sommes. Mais il faudrait pour cela nous transporter, non-seulement sur les dernières planètes de notre système, mais encore quitter entièrement ce système, et nous en éloigner à des distances au moins égales à celles des étoiles voisines. En effet, de la dernière planète de notre système, de Neptune, on voit les étoiles dans la même disposition qu’ici. Le changement ne s’opère qu’en partant d’une étoile à l’autre.

Un instant de réflexion suffît pour convaincre de ce fait et pour nous dispenser d’insister davantage à son égard.

Une fois ces illusions appréciées à leur juste valeur, on peut commencer sans crainte la description des figures dont la Fable antique a constellé la sphère. La connaissance des constellations est nécessaire pour l’observation du ciel, et pour les recherches que l’amour des sciences et la curiosité peuvent inspirer; sans elle on se trouve dans un pays inconnu, dont la géographie ne serait pas faite, où il serait complètement impossible de se reconnaître. Faisons donc la géographie du ciel. Les innombrables figures d’animaux, d’hommes, ou objets dont on a orné la sphère, ne seront cependant pas dessinées ici, attendu qu’elles ne peuvent servir qu’à l’Histoire du ciel, et non à l’astronomie pratique. Dans le temps, on gravait des atlas célestes, où les figures étaient représentées avec un soin exquis, avec tant de soin même, qu’on avait fini par oublier les étoiles et que le ciel n’était plus qu’une ménagerie. Malgré l’intérêt des images, je lie veux pas suivre cet exemple. Je donnerai seulement plus loin, sur une carte spéciale, le tracé des constellations qui dominent sur notre hémisphère. A présent, voyons comment on s’oriente pour lire couramment dans le grand livre du ciel.

Il y a une constellation que tout le monde connaît; pour plus de simplicité nous commencerons par elle; elle voudra bien nous servir de point de départ pour aller vers les autres et de point de repère pour trouver ses compagnes. Cette constellation, c’est la Grande Ourse; que l’on a surnommée aussi le Chariot de David; que les Latins nom-, niaient Scplem triones (d’où est venu le mot septentrion), ou encore Hélix, Plaustrum : que les Grecs ont saluée sous le nom d’"A/5xro; utyàlri, üuxij, etc.; que les Arabes appellent Aldebb al Akbar , et (jue les Chinois ont saluée, il y a trois mille ans, dans le Tcheou-pey comme la divinité du

LES MKltYEILLES CÉLESTES.

nord. Ainsi elle peut se vanter d’ètrc célèbre. Si pourtant, malgré son universelle notoriété, quelques-uns n’avaient pas encore eu l’occasion de lier connaissance avec elle, voici le signalement auquel on pourra toujours la reconnaître : •

Tournez-vous vers le nord, c’est-à-dire à l’opposé du point où le soleil se trouve à midi. Quelle que soit la saison de l’année, le jour du mois ou l’heure de la nuit, vous verrez toujours là une grande constellation formée de sept belles étoiles, dont quatre en quadrilatère et trois à l'angle d’un côté ; le tout distribué comme ceci :

I'ig. lü. — Constella lion de la Crandc Ourse.

Vous l’avez tous vue, n’esl-ce pas? Elle ne se couche jamais. Nuit et jour elle veille au-dessus de l’horizon du nord, tournant lentement, en vingt-quatre heures, autour d’une étoile dont nous allons .parler tout à l’heure. Dans la figure de la Grande Ourse (voy. flg. 17), les trois étoiles de l’extrémité forment la queue, et les quatre en quadrilatère se trouvent ijans le corps. Dans le Chariot , les quatre étoiles forment les roues, et les trois le timon. Au-dessus de la seconde d’entre ces dernières, les bonnes vues distinguent une toute petite étoile, nommée Alcor, que l’on appelle aussi le Cavalier. Les 'rabes l’appellent Saidak, c’està-dire l’épreuve, parce qu’ils s’en servent pour éprouver

l.E MONDE SIDÉRAL

la portée de la vue. Les lettres grecques servent à désigner chaque étoile ; ce sont les premières de l'alphabet : a et (3 marquent les deux premières étoiles, y et S les deux autres, s, Ç, r,, les trois du timon; on leur a également donné des noms arabes que je passerai sous silence parce qu’ils sont généralement inusités.

Fig. 17. — Les Ourses.

Cette brillante constellation septentrionale, composée (à l'exception de S 1 ) d’étoiles de seconde grandeur, a reçu depuis les temps antiques le don de captiver l’attention des contemplateurs et de personnifier les étoiles du nord. Plusieurs poètes l’ont chantée; nous n’en appellerons qu’un,

* Cette étoile est changeante. 11 y a deux cents ans, elle n’était pas moins brillante que ses compares.

dont les paroles sont dignes de la majesté du ciel : c’est l’Américain Ware :

« Avec quels pas grandioses, et majestueux, dit-il, cette glorieuse Constellation du Nord s’avance dans son cercle éternel, suivant parmi les étoiles sa voie royale dans une clarté lente et silencieuse ! Création puissante, je te salue ! J’aime te voir, errant dans les brillants sentiers, comme un géant superbe à la forte ceinture, — sévère, infatigable, résolu, dont les pieds 11e s'arrêtent jamais devant le chemin qui les attend. Les autres tribus abandonnent leur course nocturne et reposent sous les vagues leurs orbes fatigués ; mais toi, tu 11e fermes jamais ton œil brûlant et ne suspends jamais ton pas déterminé. En avant, toujours en avant! tandis que les systèmes changent, que les soleils se retirent, que les mondes s’endorment et se réveillent, tu poursuis ta marche sans lin. L’horizon prochain essaye de t’arrêter, mais en vain. Sentinelle vigilante, tu ne quittes jamais ta faction séculaire; mais, sans te laisser surprendre par le sommeil, tu gardes la lumière fixe.de l’univers, empêchant le nord de jamais oublier sa place...

« Sept étoiles habitent dans cette brillante tribu ; la vue les embrasse toutes ensemble ; leurs distances respectives ne sont pas inférieures à leur éloignement de la terre. Et c’est encore là l’éloignement réciproque des foyers célestes. Des profondeurs du ciel, inexplorées par la pensée, les rayons perçants dardent à travers le vide, révélant aux sens les systèmes et les mondes sans nombre. Que notre vue s’arme du télescope et qu’elle explore les cieux. Les cieux s’ouvrent, une pluie de feux étincelants tombe sur nos tètes, les étoiles se resserrent, se condensent dans des régions si éloignées, que leurs rayons rapides (plus rapides que toute chose) ont voyagé pendant des siècles avant d’atteindre la terre. Terre, soleil et constellations , plus voisines, qu’êtes-vous parmi cette immensité infinie et la multitude des œuvres divines infinies ! »

Ces pensées, inspirées par la vérité scientifique, sont bien supérieures à celles que l’antique mythologie avait répandues. Sans parler du nom d 'Ourse donné à cette constellation et à la suivante, non-seulement par les Grecs et les Latins, mais encore par d’autres peuples qui ne paraissent pas avoir eu de communication avec ceux-ci, comme, les Iroquois qui la désignaient sous le même mot 1 , nous dirons que, généralement, la Grande et la Petite Ourse étaient considérées comme Callisto et son chien. Jupiter avait eu de cette nymphe un fils, le Bouvier, dont nous parlerons plus tard ; il les avait placés l’un et l’autre dans le ciel. Mais l’épouse officielle du roi des dieux, madame Junon (comme disait Virgile travesti), en avait été courroucée et avait obtenu de Tétliys, la souveraine des ondes, que ces constellations perfides ne se baigneraient jamais

1 C’est un fait remarquable, et qui peut servir à l’iiistoire de l’astronomie antique en particulier comme à celle de l'origine des peuples en général, que des groupes d’étoiles sans aucune ligure caractéristique aient été nommés du même nom par les peuples les plus divers. Les Indiens et les Chinois ont les mêmes constellations zodiacales que les Grecs, portant les mêmes noms étymologiques et distribuées dans le même sens, quoique tout cela soit arbitraire. Les constellations du nord ont reçu le nom d’Ourses chez les peuples de la haute Asie, les Phéniciens, les Arabes, les Grecs, les Iroquois, quoique le carré et la queue dessinés par leur disposition ne rappellent en aucune façon les ours, qui n’ont pas de queue. En Amérique, on donne le nom de « mâchoire de bœuf » aux Hyades placées sur la tète du Taureau. Citez les Arabes, la constellation d’Andromède est Une femme enchaînée; chez les Perses, Cassiopée est sur une chaise et Hercule à genoux ; les Indiens nomment « petits de la poule » les Pléiades que nous nommons Poussinière ; dans l’Inde et dans la Perse, Persée porte une tète; les brames ont sensiblement le même zodiaque que nous ; la Voie lactée des Grecs est pour les Chinois le Fleuve céleste, pour les Coptes et les Arabes le Chemin de chaume , pour les sauvages de l’Amérique septentrionale le Chemin des Ames, et pour les habitants de nos provinces le Chemin de saint Jacques. A part les rares rapports qui, à la rigueur, pourraient expliquer ces désignations, ces coïncidences restent l’objet d’un grand mystère. Elles seraient en faveur de l’unité d’une souche humaine primitive.

dans l’Océan. — C’est ainsi qu’on expliquait leur présence perpétuelle au-dessus de l’horizon.

Callisto, dont le char craint le flot de Tétliys, „

Vers les glaces du nord brille auprès de son fils ;

Le Dragon les embrasse ainsi qu’un fleuve immense.

Selon d’autres, les deux Ourses sont les nymphes qui ont nourri Jupiter sur le mont Ida ; selon d autres encore, elles représentaient les bœufs d’Icare-; mais ces fantaisies de la Fable ne nous intéressent pas plusqu’elles ne doivent le faire, et maintenant que nous connaissons la Grande Ourse, il faut savoir en tirer le meilleur parti possible afin qu’elle serve à nos voyages célestes et à nos recherches uranographiques.

Fig. 18. — Grande Ourse, Petite Ourse, Étoile polaire, Cassiopée.

Reportons-nous à la figure tracée plus haut. Si l’on mène une ligne droite par les deux étoiles, marquées « et qui forment l’extrémité du carré, et qu’on la prolonge au delà de a d’une quantité égale à cinq fois la distance de p à a, ou, si l’on veut, d’une quantité égale à la distance de a à l’extrémité de laqueue, y, on trouve une étoile un peu moins brillante que les précédentes, qui forme l’extrémité d’une figure pareille à la Grande Ourse, mais plus petite et dirigée en sens contraire. C’est la Petite Ourse ou le Petit Chariot, formée également de sept astres.

L’étoile à laquelle notre ligne nous mène, celle qui est à l’extrémité de la queue de L’Ourse ou au bout du timon du Chariot, c’est l’étoile polaire.

L’étoile polaire jouit d’une certaine renommée, comme tous les personnages qui se distinguent du commun, parce que, seule parmi tous les astres qui scintillent dans nos nuits étoilées, elle reste immobile dans les cieux. A quelque moment de l’année, du jour ou de la nuit que vous observiez le ciel au lieu permanent qu’elle occupe, vous la rencontrerez toujours. Toutes les étoiles, au contraire, tournent dans vingt-quatre heures autour d’elle, prise pour centre de cet immense tourbillon. La Polaire demeure immobile sur un pôle du monde, d’où elle sert de point fixe aux navigateurs de l’Océan sans routes, comme aux voyageurs du désert inexploré.

Sur mille faits que je pourrais citer pour montrer combien l’étoile polaire et sa constellation, toujours visibles au nord, ont sauvé de fois la vie de voyageurs égarés dans les ténèbres; je me contenterai du suivant, dont Albert Montémont fait honneur à l’étoile du nord :

Le 4 avril 1799, le général anglais Baird, lors de la guerre contre Tipoo-Saïb, reçut ordre de marcher durant la nfiit, pour reconnaître une hauteur sur laquelle on supposait que l’ennemi avait placé un poste avancé ; le capitaine Lambton l’accompagnait comme aide de camp. Après avoir traversé à plusieurs reprises cette hauteur sans y rencontrer personne, le général résolut de retourner au camp, et il se reculait, à ce qu’il paraît, au quartier général. Cependant, comme la nuit était claire et que la constellation de la Grande Ourse était près du méridien, le capitaine Lambton remarqua qu’au lieu de retourner au sud, comme il le fallait pour retourner au camp, la division s’avançait vers le nord, c'est-à-dire vers le gros de l’armée ennemie; et il avertit immédiatement le général de cette méprise. Mais cet officier, qui s’inquiétait fort peu

de l’astronomie, répliqua qu’il savait très-bien ce qu’il faisait sans consulter les étoiles. A l’instant même, le détachement tomba dans un avant-poste ennemi. Cette surprise ayant trop bien confirmé l’observation du capitaine, on se hâta d’abord de disperser les soldats de l’avantposte, puis de rebrousser chemin. On se procura de la lumière, on consulta une boussole, et on trouva, comme , le disait en riant l’officier astronome, que les étoiles avaient raison.

L’immobilité de l’étoile polaire au nord, et le mouvement du ciel entier autour d’elle, sont des apparences causées par le mouvement de la terre autour de son axe. Nous en donnerons plus tard la démonstration ; mais, pendant que nous sommes à visiter le pays des étoiles, il ne faut pas quitter un aussi beau spectacle pour redescendre sur la terre. Continuons donc notre méthode d’arpentage et faisons plus ample connaissance avec la population du ciel étoilé.

LES CONSTELLATIONS OU NORD

Aux lieux où rayonnant des clartés éternelles ' Les rieux sont toujouis pure et les nuits toujours belles, Où l'Kuplirate roulant ses Mots au loin couverts De l'ombrage fleuri de. palmiers toujours verts.

Voit de feux plus puissants la nature animée Prodiguer le cinname et la myrrhe embaumée.

Le pasteur de Babel'en gardant ses troupeaux Observa le premier les célestes flambeaux;

F.t, la nuit, promenant ses tentes égarées.

Osa du firmament diviser les contrées.

OnéxEDoixÉ.

En regardant l’étoile polaire, immobile, comme nous l’avons vu, au milieu de la région septentrionale du ciel, on a le sud derrière soi, l’est à droite, l’ouest à gauche. Toutes les étoiles tournant autour de la polaire, de droite à gauche, doivent être reconnues selon leurs rapports mutuels plutôt que rapportés aux points cardinaux. De l’autre côté de la polaire, par rapport à la Grande Ourse, se trouve une autre constellation facile à reconnaître. Si de l’étoile du milieu (<î), on mène une ligne au pôle, en prolongeant cette ligne d’une égale quantité (voy. fig. 18 )

Okjitized

on traverse la figure de Cassiopée , formée de 5 étoiles de 3® grandeur disposées un peu comme les jambages écartés «le la lettre M. La petite étoile x, qui termine le carré, lui donne aussi la forme d’une chaise. Ce groupe prend toutes les situations possibles en tournant autour du pôle, se trouvant tantôt au-dessus, tantôt au-dessous, tantôt à gauche, tantôt à droite ; mais il est toujours facile à trouver, attendu que, comme les précédents, il ne se couche

Fig. 19. — Cassiopée, Andromède, Pégase.

jamais, et qu’il est toujours à l’opposé de la Grande Ourse. L’étoile polaire est l’essieu autour duquel tournent ces deux constellations.

Si nous tirons maintenant, des étoiles a et S de la Grande Ourse, deux lignes se joignant au pôle, et que nous prolongions ces lignes au dètà de Cassiopée, elles aboutiront au carré de Pégase, qui se ‘termine d’un côté par un prolongement de trois étoiles assez semblables à celles de la Grande Ourse. Ces trois étoiles appartiennent

LES CONSTELLATIONS DU NORD. 79

à Andromède, et aboutissent elles-mêmes à une autre constellation, à Persée.

La dernière étoile du carré de Pégase est, comme on voit, la première, a, d’Andromède; les trois autres se nomment : 7 , Algénib; a, Markab, et p, Sclieat. Au nord de p d’Andromède se trouve, près d’une petite étoile, v, la nébuleuse oblongue que l'on comparait à la lumière d’une chandelle vue à travers une feuille de corne, la première ' nébuleuse dont il soit fait mention dans les annales de

l’astronomie. Dans Persée , a, la brillante, sur le prolongement des trois principales d’Andromède, se trouve entre deux autres moins éclatantes, qui forment avec elle un arc concave très-facile à distinguer. Cet arc va nous servir pour une nouvelle orientation. En le prolongeant du côté de S (voy. fig. 20), on trouve une étoile très-brillante Kig. 20. — Chèvre, Pléiades, de l rc grandeur : c’est la Chèvre.

En formant un angle droit à cette prolongation du côté du midi, on arrive aux Pléiades, brillant amas d’étoiles. A côté est une étoile changeante, Algol, ou la Tète de Méduse.

L’étoile Algol, ou p Persée, que l’on voit au-dessus de *, appartient à une classe* d’étoiles variables dont nous observerons plus loin le singulier caractère. Au lieu de garder un éclat fixe, comme les autres astres, elle est tantôt très-brillante et tantôt très-pâle : elle passe de la seconde grandeur à la quatrième. C’est à la lin du dix-septième siècle que l’on s’est aperçu de cette variabilité pour la première fois. Les observations faites depuis cette époque ont montré qu’elle est périodique et régulière, et que cette période est d’une étonnante rapidité. Ainsi, pour s’élever de son minimum d’éclat à son maximum, il ne lui

faut qu’une heure trois quarts, de sorte qu’en trois heures et demie elle a accompli son cycle entier, a passé par tous les éclats intermédiaires de la quatrième à la seconde grandeur et de la seconde à la quatrième. L’étoile Ç do Persée est double.

Tels sont les principaux personnages qui habitent les régions circompolaires, d’un côté ; tout à l’heure nous ferons plus ample connaissance avec eux. Pendant que nous sommes à tracer des lignes de repère, gardons encore un peu de patience et terminons notre révision sommaire do cette partie du çiel.

Voici maintenant le côté opposé à celui dont nous venons de parler, toujours auprès du pôle, devenons à la

V* (baronne Boréale

o. • ' trrtnrus

Fig. 21. — Arcturus, le Bouvier, la Couronne boréale.

Grande Ourse. Prolongeant la queue dans sa courbe, nous trouverons à quelque distance de là une étoile de première grandeur, Arcturus ou a du Bouvier. Un petit cercle d’étoiles, que l’on voit à gauche du Bouvier, constitue la Couronne boréale.

La constellation du Bouvier, est tracée en forme de pentagone. Les étoiles qui la composent sont de troisième grandeur, à l’exception de a, qui est de première. Celle-ci est l’une des plus proches de la Terre, car elle fait partie du petit nombre de celles dont la distance a pu être me-

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