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I.ES CONSTELLATIONS DU NORD

'* surée. Elle est A 61 trillions 712 milliards de lieues d 'ici. J

C’est de plus une étoile colorée ; vue au télescope, elle est rouge. L’étoile s, que l’on voit au-dessus d’elle, est double, -,

c’est-à-dire que le télescope la décompose en deux astres '■'distincts : l’un de ces astres est jaune, l’autre bleu.

En menant une ligne de l’étoile polaire à Arcturus, et en élevant une perpendiculaire sur le milieu de cette ligne, à l’opposé de la Grande Ourse, on trouve l’une des plus brillantes étoiles du ciel, Véga, ou « de la Lyre, voisine de la Voie lactée. Elle forme avec les deux que je viens de nommer un triangle équilatéral. La ligne d’Arcturus à Véga coupe la constellation d’Hercule. Entre la Grande Ourse et la l’etiteihirse, on remarque une longue suite de petites étoiles s’enroulant en anneaux et se dirigeant vers Véga : ce sont les étoiles du Dragon.

Les étoiles qui avoisinent le pôle, et qui ont reçu pour cela le nom de circompolaires, sont distribuées dans les groupes qui viennent d’étre indiqués. Maintenant que nous savons facilement les retrouver dans le ciel, nous pouvons parler un peu de leur illustre renommée antique. Il y a dans ce groupe l’un des plus grands drames de la mythologie antique. Pour retracer en deux mots cet épisode fameux, je rappellerai que Cassiopée, femme de Céphée, roi d’Éthiopie, eut un jour la vanité de se croire plus belle que les Néréides, malgré la couleur africaine de son teint.

Ces nymphes sensibles, piquées au vif par une telle prétention, supplièrent Neptune de les venger d’un affront aussi colossal ; le dieu permit que d’épouvantables ravages fussent exercés par un monstre marin sur les côtes de Syrie. Pour conjurer le fléau, Céphée enchaîna sa fille Andromède sur un rocher, et l’offrit en sacrifice au terrible monstre. Mais le jeune Persèc, touché de tant de malheurs, enfourcha au plus vite le cheval Pégase, modèle des coursiers, prit en main la tète de Méduse qui glaçait d’effroi, et partit pour le rocher fatal. Il arriva naturellement *

lout juste au ntoment où le monstre allait dévorer sa proie ; aussi n’eut-il rien de plus pressé que de pétrifier le monstre en question en lui présentant la tète hideuse de Méduse, et de délivrer Andromède évanouie. C’est un effet de scènq^ dont la peinture a tiré parti dans tous les sens ; il y a peutêtre autant d’Andromèdes que de Lédas, ce qui devient incalculable, 11 faut avouer aussi que le peintre n’a pas souvent de sujet aussi captivant. Lé combat de Persêe contre le monstre est sans égal dans 1 histoire.

Le héros fond sur lui sans se laisser attendre,

S’élève,' redescend, frappe encor, niais en vain.

L’écaille impénétrable a repoussé l’airain.

Le monstre est en fureur ; Andromède éperdue De cet affreux combat veut détourner la vue,

Pousse un cri lamentable et, levant ses beaux yeux,

Retrouve son vengeur qui plane dans les cicux.

la fille de Céphée, en sa douleur mortelle, *

Pleure, frémit de crainte, et, ce n’est plus pour elle.

Mais enfin le héros vers le monstre abhorré Précipite son vol, et d'un bras assuré.

Dans sa gueule béante enfonce cette épée Du sang de la Gorgone encore toute trempée.

C’en est fait : à ses pieds revoyant son vengeur,

Andromède a senti redoubler sa rougeur;

Les dieux sont satisfaits; et, près de lui placée,

Jusqu'au brillant Olympe elle a suivi Perséc.

Par quels plus beaux exploits montc-t-on dans les cieux ?

(Darc. )

En commémoration de ces exploits, et pour ne pas faire de privilège, toute la famille fut placée au ciel, et aujourd’hui encore, avec un peu de bonne volonté, et en connaissant assez bien les figures conventionnelles qui se partagent notre Atlas céleste, on peut voir sous le dôme étoilé : Céphée trônant, couronne sur la tète et sceptre en main, à côté de sa femme Cassiopée, assise sur un fauteuil orné de palmes ; un peu plus loin, Andromède enchaînée sur un roc au milieu de l’abîme ; un gros poisson la mord aux flancs ;

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Pégase volant dans les airs, un peu en avant ; et enfin le héros de la pièce, Persée, tenant de la main droite un glaive recourbé, et de la main gauche la tête aux serpents hideux. — Voilà ce que l’œil mythologique peut encore contempler au milieu de la nuit pendant la belle saison d’été.

Le Bouvier se voit au-dessus de la Vierge sur la carte zodiacale.Il se nommait Areas, était fils de Jupiter et de Callisto. 11 était encore Atlas qui porte le monde, parce qu’autrefois sa tête était voisine du pôle. Comme les Pléiades se lèvent quand le Bouvier se couche, on avait dit aussi qu’elles étaient ses filles. Dans son voisinage brille comme une poudre d’or la Chevelure de Bérénice. On se rappelle que, 246 ans avant Jésus-Christ, la reine Bérénice, qui avait fait vœu de se couper la chevelure, si Ptolémée Évergète, son époux, revenait vainqueur, la consacra aux dieux, dans le temple de Vénus, après la victoire du prince. Son mari fut très-mécontent de cette malencontreuse idée, et l’on pense qu’il n’aurait pas su calmer ses emportements , d’autant plus que les cheveux de la reine furent volés dans la nuit suivante, si l’astronome Conon ne lui avait assuré que sa regrettée chevelure avait été emportée dans le ciel par ordre de Vénus, et brillait actuellement à l’état de constellation.

Le mortel qui, des cieux écartant tous les voiles,

Calcula le lever, le coucher des étoiles,

Conon me fit voler, par la faveur des dieux.

Du front de Bérénice à la voûte des cieux.

Humide encor des pleurs de ma reine fidèle Je montai, nouveau signe, à la voûte éternelle.

Admise entre la Vierge et le cruel Lion,

Je guide à l’occident, en sa route incertaine,

Le Bouvier qui vers l’aube à pas pesants se traîne.

(Catulle.)

Les Chiens de chasse, ou Lévriers, ne se distinguent par aucune étoile remarquable, mais ils possèdent la plus

belle* nébuleuse du ciel, celle que j’ai décrite et figurée plus haut (p. 41). Elle est située dans l'oreille gauche d’Astérion, chien de chasse septentrional. Comme cette oreille gauche touche la queue de la Grande Ourse, pour trouver la nébuleuse, il est plus facile de la chercher sous la dernière étoile de la queue. Pour discerner sa forme, il faut une excellente lunette. C’est celle nébuleuse qui ressemble. à la Voie lactée, vue de loin, et qu’on a longtemps considérée comme un amas globulaire entouré d’un anneau, jusqu’au jour où le grand télescope de lord Itosse vint montrer en elle la plus magnifique des nébuleuses en spirale.

Toutes ces constellations tournent autour de l’étoile au nord, ou plutôt autour de l’axe du monde, dont l’inclinaison sur l’horizon d’un lieu donné est invariable.

Il résulte de cette invariabilité que ce sont toujours les mêmes étoiles qui 's’élèvent au-dessus de l’horizon dans l’intervalle d’une rotation de la Terre, quelle que soit l’époque de l’année. Seulement, parmi celles qui se lèvent et se couchent, les unes sont au-dessus de l’horizon pendant la nuit, et alors elles sont visibles, tandis que les autres se lèvent et se couchent pendant la journée, et l’éclat du jour ne permet pas de les apercevoir.

Les étoiles circompolaires, au contraire, ne s’abaissant jamais au-dessous de l’horizon, restent en vue pendant toutes les nuits de l’année.

Enfin d’autres étoiles, décrivant leurs circonférences diurnes au-dessous de l'horizon, ne sont jamais visibles dans le lieu considéré.

On voit donc que la sphère céleste peut se diviser en trois zones : la zone des étoiles circompolaires ou des étoiles perpétuellement visibles ; celle des étoiles qui se lèvent et se couchent, et dont la visibilité pendant la nuit dépend de l’époque de l’année où l’on se trouve ; erçfin la zone des étoiles qui ne s’élèvent jamais au-dessus/iè l’horizon. Ces

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trois zones sont séparées les unes des autres par deux cercles tangents à l’horizon : l’un, au nord, se nomme le cercle de perpétuelle apparition; l'autre, au midi, est le cercle de perpétuelle occultation.

Cela posé, voyons ce qui doit arriver lorsque l’observateur change d’horizon en se déplaçant dans la direction de la méridienne, soit du nord au midi, soit du midi au nord.

Fig. ü. — La sphère céleste et le mouvement diurne.

Si la Terre était plate, rien évidemment ne serait changé dans l’aspect du ciel, le déplacement de l’observateur étant nul relativement à l’immense distance où sont les astres même les plus rapprochés de la Terre : les mêmes étoiles seraient en vue, les mêmes étoiles resteraient cachées au-dessous du plan de l’horizon.

La Terre étant sphérique, il n’en peut plus être de

même. Dans ce cas, en passant d’un horizon à l’autre, en s’avançant vers le sud, par exemple, le voyageur plonge sons le plan de l’horizon, et sa vue'découvre du côté du midi des étoiles de la zone primitivement invisible. En arrivant à l'équateur, il n’a plus de cercle de perpétuelle apparition ni de perpétuelle occultation : les pôles sont ii son horizon au nord et au sud, et les étoiles décrivent des cercles droits.

Nous aurons h revenir sur ce sujet dans notre chapitre sur la sphéricité de la Terre. Quant à présent, continuons notre révision du ciel étoilé.

LE ZODIAQUE

Le ciel devint un livre où la Terre étonnée Lut en lettres de feu l'histoire de l'année.

ItosSET.

On sait que, dans sa marche apparente au-dessus de nos tètes, le Soleil suit une voie régulière et permanente; que chaque année, aux mêmes époques, il passe a la meme hauteur dans le ciel, et que, s’il est moins élevé au mois de décembre qu’au mois de juin, la route qu’il suit n’en est pas moins régulière pour cela, puisque cette variation dépend simplement des saisons terrestres, et qu aux mêmes époques il revient toujours aux mêmes points du ciel. On sait aussi que les étoiles restent perpétuellement autour de la Terre, et que si elles disparaissent le matin pour se rallumer le soir, c’est uniquement parce quelles sont effacées par la lumière du jour. Or, on a donné le nom de Zodiaque à la zone d’étoiles que le Soleil traverse pendant le cours entier de l’année. Ce mot vient de animal, étymologie que l’on doit au genre de figures tracées sur cette bande d’étoiles. Ce sont, en elfet, les animaux qui dominent dans ces figures. On a divisé la cil'-

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conférence entière du ciel en douze parties, que l’on a nommées les douze signes du Zodiaque, et nos pères les appelaient « les maisons du Soleil, » ou encore « les résidences mensuelles d’Apollon, » parce que le Soleil en visite une chaque mois et revient à chaque printemps à l’origine de la cité zodiacale. Deux mémorables vers latins nous présentent ces douze signes dans l’ordre que le Soleil les parcourt.

Sunt : Aries, Taurus, Gemini, Cancer, Léo, Virgo,

Iibraque, Scorpius, Arcitenens, Capcr, Amphora, Pisces.

Ou bien en français : le Bélier Y , le Taureau y , les Gémeaux 11 , l’Ecrevisse 69, le Lion SL, la Vierge ny, la Balance le' Scorpion 1%, le Sagittaire +*-, le Capricorne %, le Verseau t=s et les Poissons ){. Les signes placés à côté de ces noms sont des indications primitives qui les rappellent : T représente les cornes du bélier; ^ la tète du taureau; = est un courant d’eau, etc.

Si nous connaissons maintenant notre ciel boréal, si ses étoiles les plus importantes sont suffisamment marquées dans notre esprit avec les rapports réciproques qu’elles gardent entre elles, nous n’avons plus de confusion à craindre, et il nous sera facile de reconnaître les constellations zodiacales. Avant tout, il faut savoir qu’elles appartiennent toutes à une même zone, à une même bande du ciel, qui peut nous servir de ligne de partage entre le Nord et le Sud. Un moyen facile de trouver celte zone par une belle nuit étoilée, et d’éviter des recherches inutiles, c’est de prendre l’étoile polaire pour centre d’un grand cercla, et de décrire ce cercle en prenant un rayon égal à la moitié du ciel. La ligne ainsi décrite dépassera le zénith au sud, et descendra sous l’horizon au nord ; elle marquera l’équateur céleste. Or l’écliptique, ou la ligne médiane du Zodiaque, est un peu inclinée sur l’équateur, mais ne s’en écarte jamais d’une grande quantité, de

LE ZODIAQUE

sorte que notrtî circonférence nous donnera, avec une exactitude suffisante, la ligne vers laquelle nous devons chercher nos constellations.

Ces indications sommaires une fois données, les premiers signes seront très-faciles à trouver. Pour faire avec eux une connaissance complète etdurable, il est nécessaire de suivre sur la carte ci-contre les descriptions que je vais donner, et ensuite de s’exercer le soir à reconnaître directement dans le ciel les originaux dont ces cartes ne sont que des copies. Ces mêmes cartes nous serviront encore, dans le chapitre suivant, à étudier les constellations australes visibles en France.

Le Iiélier est situé entre Andromède et les Pléiades, que nous connaissons déjà. En tirant une ligne d’Andromède à ce groupe d’étoiles, on traverse la tète du Bélier, formée par deux étoiles de troisième grandeur, disposées dans la direction nord-est. Le Bélier est le premier signe du zodiaque, parce qu’à l’époque où cette partie principale de la sphère céleste fut établie, le Soleil entrait dans ce signe à l’équinoxe du printemps. Dans la Fable, il représente le bélier à toison d’or de l’expédition des Argonautes, parce qu’au moment où le Soleil se lève dans ce signe, gardé par un monstre (la baleine) et par un taureau qui vomit des flammes, la constellation d’Ophiucus, ou Jason, sort le soir du môme point, et subjugue ainsi le bélier disparu. Le Bélier était encore le symbole du printemps et de l’ouverture de l’année. Ces deux origines se trouvent indiquées par le traducteur de Plutarque.

Le Taureau vient ensuite. — Nous marchons de l’ouest à l’est. — Vous le reconnaîtrez facilement par le groupe des Pléiades qui scintillent sur son épaule, par celui des Hyades qui tremblent sur son front, et par l’étoile magnifique qui marque son œil droit, l’étoile Aldôbaran, a, de première grandeur. 11 est du reste situé tout au-dessus de la splendide constellation d’Orion, que nous rencontrerons et que

nous saluerons bientôt; Aldébaran resplendit sur le prolongement de la ligne du Baudrier, au nord-ouest. (Sffivre sur notre carte.)

LesPléiades qui paraissent trembler au nord-ouest d’Aldébaran, sont un groupe de 80 étoiles environ, résolues par le télescope.

Les anciens comptaient dans les Pléiades sept étoiles plus brillantes que le fond parsemé de poudre d’or. On n’en

Fig. 23. — Les Pléiades.

compte plus que six aujourd’hui, visibles à l’œil nu, que l’on nomme Alcyone, ou r, du cou du Taureau, de 3 e grandeur; Electre et Atlas, de 4 e ; Mérope, Maïa et Taygète, de 5 e . Si l’on en croit Ovide, la septième se serait cachée de douleur à la prise de Troie. Mais l’auteur des Métamorphoses ne se doutait guère de la distance des étoiles et de la durée du trajet de leurs rayons pour venir à nous.

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Quand même l’une des pléiades se serait eachée à la prise de Troie, Ovide l’aurait encore vue de son temps à l'endroit quelle occupait jadis, et peut-être qu' aujourd’hui même nous l’y verrions encore. Les Hyades forment un Y avec Aldébaran, qui en occupe l’extrémité sud. Comme les Pléiades, elles annonçaient la pluie; leur nom signifie pleuvoir, et celui, de leurs compagnes signifie navigateur. C’est ce qui a inspiré à J. -B. Rousseau ces vers qui sentent la pluie de fort loin :

Déjà le départ des Pléiades A fait retirer les nochers!

Et déjà les tristes Hyades Forcent les frileuses Dryades ■

De chercher l’abri des ruchers.

Les Gémeaux sont faciles A reconnaître à l’est des précédents, parce que leurs tètes sont formées des deux belles étoiles Castor et Poilus. Nous les atteindrions également par une diagonale traversant la Grande Ourse dans le sens du timon. D’un autre côté, Castor, de l rp grandeur, forme un triangle avec la Chèvre et Aldébaran. Ainsi rien n’est plus facile à trouver. Descendant vers le Taureau, huit ou dix étoiles terminent la constellation, et plus bas on rencontré Procyoïv étoile de 2 P grandeur. Cette région marquée par Orion, Sirius, les Gémeaux, la Chèvre, Aldébaran, les Pléiades, est la plus magnifique région de la sphère céleste, C'est vers la fin de l’automne qu’elle resplendit le soir sur notre hémisphère. Les Gémeaux sont, dans la Fable, Castor et Pollux, fils de Jupiter, célèbres par leur amitié indissoluble, dont ils furent récompensés par le. partage de l’immortalité. Les tergiversations de la fortune ont été comparées par le poêle A la destinée de ces deux frères : ' .

Jupiter fit l’homme semblable A ces deux Jumeaux que la Fable y •

Plaça jadis au rang des dieux ;

, Couple de déités bizarre,

Tantôt habitants du Ténare,

Et tantôt citoyens des cicux.

Les Grecs donnaient aussi le nom de Castor et Pollux à ces feux qui paraissent autour des vaisseaux après les tempêtes, phénomènes d’électricité désignés aujourd’hui sous le nom de feux Saint-Elme.

L'Écrevisse ou le Cancer se distingue au bas de la ligne de Castor et Pollux, dans cinq étoiles de 4 e ou o e grandeur. C’est le personnage le moins important du Zodiaque,

La timide écrevisse à la serre traînante Annonce le retour de la saison brûlante :

Son aspect, qui pour nous borne les plus longs jours,

Fait du char du soleil rétrograder le cours.

Pendant qu’Hercule combattait le Lion de Némée, que voici, l’Écrevisse, de Junon secondant la vengeance, pinçait à plaisir le talon du héros. Hercule l’écrasa de son pied, mais la reine du ciel ne lui donna pas moins sa récompense en plaçanl ses mânes dans le ciel.

Le Lion est un grand trapèze de quatre belles étoiles, situées à l’est des Gémeaux. On peut également le trouver en prolongeant en sens opposé la ligne de a, /3, de la Grande Ourse, qui nous a servi à trouver la Polaire. La plus brillante de ces étoiles, «, est de l re grandeur et se nomme Régulus, c’est le cœur du Lion ; les trois autres, j 3 , 7 et S, sont de 2 e grandeur. Le Soleil entrait dans le Lion au solstice d’été, et le faisait disparaître en le couvrant de ses feux ; c’est la victoire d’Hercule sur le Lion de Némée. 11 fut aussi pour la même cause le symbole de la force et de la puissance. Étant la demeure du Soleil pendant le mois de juillet, il était encore le signe des chaleurs brûlantes et des fléaux qu’elles amènent quelquefois. Aux

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yeux des astrologues du moyen âge, c’était là son aspect terrible.

La Vierge vient après le Lion, toujours du côté de l’est, comme on le voit sur la carte. Si nous nous servions encore de la très-complaisante constellation qui nous a si bien servi jusqu’ici, nous prolongerions vers le midi la grande diagonale «, y du carré de la Grande Ourse, et nous ferions la rencontre, d’une belle étoile de I re grandeur placée justement dans la main gauche de notre figure ; c’est l’Épi de la Vierge, astre connu de toute l’antiquité. Maintenant que nous connaissons Arcturus, ou a du Bouvier (p. 80) et a du Lion, nous pouvons encore remarquer que ces deux étoiles et l’Épi font ensemble un triangle équilatéral. L’étoile p, située dans le bras droit de la Vierge, se nomme la Vendangeuse. Elle forme un triangle avec fi du Lion et la Chevelure de Bérénice.

Emblème de la justice et des lois, la Vierge représente Thémis, dont la Balance est à ses pieds. Pourquoi portet-elle des ailes? Peut-être parce que la Justice, autrefois sur la terre, l’a abandonnée pour le ciel. Elle est encore Astrée, fille de Jupiter et do Thémis, que les crimes des hommes forcèrent de remonter au ciel à la fin de l’âge d’or. Elle eut, du reste, le privilège de représenter bon nombre de personnifications ; la liste en serait trop longue, et voici seulement les premières : Cérès, symbole des moissons; Diane d’Éphèse; Isis d’Égypte, déesse de Syrie; Atergatis ou la Fortune; Cybèle traînée par des Lions; Minerve, mère de Bacchus; Méduse; Érigone, fille du Bouvier; enfin, au temps de Virgile, elle fut la Sibylle qui, un rameau à la main, descend aux enfers ou sous l’hémisphère. Au milieu d’un si grand choix, elle paraît avoir préféré le titre de fille de la Justice, exilée aux régions célestes par les crimes des hommes.

La Balance est le septième signe du Zodiaque. A l'est de l’Épi de la Vierge, on voit deux étoiles de 2 e gran-

deur : ce sont a et |3 de la Balance, marquant le sommet des plateaux. Avec deux autres étoiles moins brillantes, elles forment un carré oblique sur l’écliptique. Il v a deux mille ans, le soleil passait là à l’équinoxe d’autonme, et c’est là l’origine de ce signe qui « égale au jour la nuit, le travail au sommeil. » '

J. -B. Rousseau exprime la même idée dans l’une de ses odes :

• Le soleil, dont la violence

Nous a fait languir si longtemps.

Arme de feux moins éclatants Les rayons que son char nous lance,

, Et, plus paisible dans son cours,

Laisse la céleste Balance Arbitre des nuits et des jours.

Le Scorpion , dont le cœur est marqué par la brillante Antarès, astre de l re grandeur, est facile à reconnaître. Ce n’est pas qu’on puisse en distinguer la forme ; car cette forme n’est pas mieux dessinée par les étoiles qui le composent que les précédentes figures , la Balance , la Vierge, etc., ne l’ont été. Mais il est bien entendu que, lorsqu’on parle de reconnaître une constellation, il s’agit simplement des groupes d’étoiles qui portent son nom, et non de sa figure mythologique. Antarès, a du Scorpion, se trouve sur le prolongement de la ligne qui joindrait Régulus (a du Lion) à l’Épi; ce sont trois étoiles de l re grandeur placées en ligne droite, dans la direction ouestest. Antarès forme encore avec la Lyre et Arcturusun grand triangle isocèle dent cette dernière étoile est le sommet. La seconde étoile du Scorpion, /3, de 2 e grandeur, marque la tête. Une file d’étoiles de 3 e grandeur dessine la queue recourbée.

La Balance et le Scorpion ne formaient qu’un môme signe chez les Latins, avant Auguste ; la Balance était alors les serres du Scorpion. Comme Auguste était né le 25 sep-

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tembre, la flatterie se ligua avec l’astrologie pour célébrer le bonheur promis à la Terre par la naissance rie cet empereur ; on replaça au ciel la Balance, symbole rie la Justice, que les Égyptiens avaient jadis institué dans la sphère primitive. D’après cela, on interprète facilement les vers rie l 'Enéide.

Signe rie malheur et d’effroi, le Scorpion fut maudit entre toutes les constellations. On disait surtout qu’il avait une haine invincible contre Orion, parce que celte figure se couche quand la première se lève, et réciproquement. 11 était non-seulement la terreur des Étoiles, mais encore la terreur du Soleil lui-même, comme Ovide nous le dépeint.

Le Sagittaire , formant un trapèze oblique, se lient un peu à l’orient d’Antarès en suivant toujours la direction de l’écliptique. Il ne possède que des astres de 5 e grandeur et au-dessous ; a <î y forment la flèche ; la dernière, y, est appelée Nushaba par les Arabes. L’étoile r. marque la tète. Cette constellation ne s’élève jamais beaucoup au-dessus de l’horizon de Paris. Dans la Fable, il est le centaure Chiron, instituteur d’Achille, de Jason, d’Esculape, et l’inventeur de l’équitation. C’était le dernier seigneur de cette race antique. Sans doute le voisinage du Scorpion avait influencé l’opinion des poètes à son égard, car on ne le représentait pas non plus sous des couleurs bien favorables.

Déjà du haut des cieux le cruel Sagittaire Avait tendu son are et ravagé la terre ;

Les coteaux, et les champs, et les prés défleuris, N’offraient de toutes parts que de vastes déhris; Novembre avait compté sa première journée.

Le Capricorne n’est pas plus riche en étoiles brillantes. Celles qui scintillent à son front, «et |5, sont les seules qui se laissent distinguer à l’œil nu. Elles se trouvent sur le prolongement de la ligne qui va de la Lyre à l’Aigle. La

région du Zodiaque que nous visitons présentement est la plus pauvre du ciel ; elle présente un contraste frappant avec la région opposée, où nous avons admiré Aldébaran, Castor et Pollux, la Chèvre, etc.

Au-dessus du Capricorne brille Altaïr, ou a de l’Aigle ; les étoiles d’Antinoüs forment un trapèze sur le chemin qui va du Capricorne à l’Aigle.

Dans certains auteurs, ce signe représente la chèvre Amalthée , qui nourrit Jupiter sur le mont Ida et reçut pour récompense une place dans le ciel. Pour d’autres, il représente le retour du Soleil au solstice d’hiver par la porte du tropique. Selon d’autres encore, c’est un bouc qui fut élevé avec le roi des dieux, découvrit et emboucha la conque marine, et porta l’effroi parmi les Titans dans leur guerre contre l'Olympe. Les dieux épouvantés se cachèrent sous diverses formes d’animaux : Apollon se changea en grue. Mercure en ibis, Diane en chat... Jamais on ne vit pareille métamorphose... enfin Pan en capricorne, ayant un corps de bouc et une queue de poisson. 11 parait qu’il voulait aussi se dérober aux Géants qui escaladaient le ciel.

Le Verseau forme par ses trois étoiles tertiaires un triangle très-aplati. La base se prolonge en une file d’étoiles du côté du Capricorne, et vers la gauche se porte sur l’Urne. De là part une ligne sinueuse de très-petites étoiles descendant sur l’horizon. C’est l’eau du Verseau. Le terseau paraît personnifier Ganymède qui fut enlevé par l’aigle de Jupiter pour servir d’échanson aux dieux, après que la jeune et candide Hébô se fut laissée tomber d’une manière peu décente.

Jupiter, qui d’Hébé prononce la disgrâce,

Au jeune Ganymède a destiné sa place ;

Le nouvel échanson, hôte digne des cieux.

De torrents de nectar enivre tous les dieux.

Les Poissons, dernier signe du Zodiaque, se trouvent au

sud d’Androipède et de Pégase. Le poisson boréal est celui qui veut dévorer Andromède ; le poisson occidental s’avance dans le carré de Pégase ; ils sont liés l’un à l’autre par un ruban. Peu apparente, comme les précédentes, cette constellation est composée de deux rangs d’étoiles très-faibles qui partent de a de troisième grandeur, nœud du ruban, et vont en divergeant, l’un vers «. d’Andromède, l’autre vers a du Verseau. Ovide raconte que Vénus et l’Amour, voulant se dérober à la poursuite des Géants, passèrent l’Euphrate sur deux poissons qui, pour cela, furent placés dans le ciel. On dit encore que deux poissons, ayant trouvé un œuf de belle taille, l’entraînèrent sur le rivage, qu’une Colombe le couva, et que Vénus en sortit. C’est depuis ce temps que les Syriens s’abstiennent de se nourrir de poissons. Leur signe est la dernière demeure du Soleil avant le renouvellement de l’année, la demeure de février; c’était le temps de l’inondation en Égypte, c’est celui de la pêche chez nous. Ils ferment le cercle des constellations zodiacales.

Enfin aux derniers rang-s paraissent les Poissons,

Qui, fermant à la fois et rouvrant les saisons,

De l’hiver rigoureux tempèrent l'influence,

Et d’un nouveau printemps raniment l’espérance.

(Ricard.)

Si l’on a bien suivi nos descriptions sur notre carte, on connaît maintenant les constellations zodiacales aussi bien que l’on connaît celles du nord. Il nous reste peu à faire pour connaître le ciel tout entier. Mais il y a un complément indispensable à ajouter à ce qui précède. Les étoiles circompolaires sont perpétuellement visibles sur l’horizon de Paris ; en quelque moment de l’année qu’on veuille les observer, on les trouve toujours, soit au-dessus de l’étoile polaire, soit au-dessous, soit d’un coté, soit de

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l’autre, gardant toujours entre elles les rappprts qui nous servent à les trouver. Les étoiles du Zodiaque ne leur ressemblent pas sous ce point de vite, car elles sont tantôt au-dessus de l’horizon, tantôt au-dessous. Il faut donc savoir à quelle époque elles sont visibles. Il nous suffira pour cela de rappeler ici la constellation qui se trouve au milieu du ciel, à neuf heures du soir, pour chaque premier jour de chaque mois, celle, par exemple, qui traverse h ce moment une ligne menée par l’étoile polaire et partageant le ciel eu deux, du nord au sud. Cette ligne s’appelle le méridien, et tontes les étoiles la traversent une fois par jour, marchant de l’est à l’ouest. En indiquant chacune des constellations qui passent à l’heure indiquée, nous donnons ainsi le centre des constellations visibles. En cherchant les boréales au nord, devant soi ; à gauche, celles qui précèdent dans l’ordre des signes la constellation indiquée; à droite celles qui la suivent, on les trouvera toutes sans difficulté.

Le t er janvier, le Taureau passe au méridien. Remarquer Aldébaran, les Pléiades. — Au 1 er février : les Gé- . meaux n’y sont pas encore, on les voit un peu à droite. — t rr mars : Castor et Pollux sont passés, Procyon au sud; les petites étoiles de l’Ecrevisse h droite. — 1 er avril : le Lion, Régulus. — 1 er mai : |3 du Lion, Chevelure de Bérénice. — f" juin : l’Épi de la Vierge, Arclurus. — 1 er juillet : la Balance, le Scorpion. — 1 er août: Antarès, Ophiucus. 1 er septembre : Sagittaire, Aigle. — 1 er octobre : Capricorne, Verseau. — 1" novembre : Poissons, Algénib ou de Pégase. — 1 er décembre, le Bélier.

Notre révision générale du ciel étoilé doit maintenant être complétée par les astres du ciel austral. C’est ce que nous ferons dans le chapitre suivant.

Je n’ai donné qu’un rapide sommaire de l’explication mythologique des signes du Zodiaque; l'incertitude qui règne sur son origine a permis à un grand nombre de systèmes de se faire jour. Je rappelle-

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nti ici que celui dont les partisans voient les douze travaux d’IIercule dans la série des douze signes célestes, ne manque pas d’étre fort ingénieux. Hercule ne serait autre que le Soleil lui-même considéré dans ses attributs relatifs aux diverses époques de l’année. Francœur, dans son Vranographie , après l’astronome Lalande et le philosophe Dupuis, s'est chargé de soutenir ce système curieux. •

L’entrée du Soleil dans le Lion solstical, qu’il fait disparaître en le couvrant de -ses feux, est la victoire sur le Lion de Némée. •

A mesure que le Soleil s’avance, il traverse le Cancer, le Lion et la Vierge; les diverses parties de l’Hydre s’éclipsent tour à tour; d’abord la tête, puis le corps et enfin la queue ; mais alors la tête réparait dans son lever héliaque. C’est le triomphe sur l’Hydre renaissante du lac de Lcrne, qu’IIercule brûla après avoir écrasé l’Écrevisse qui la secondait.

Le Soleil traversant la Balance au temps des vendanges couvre le Centaure de ses feux. La Fable dit que le centaure Chiron, ayant reçu Hercule, en avait appris l’art de faire le vin. Elle ajoute que, dans une dispute causée par l’ivresse, le peuple des Centaures avait voulu tuer l’hôte d’Ilercule, ce qui avait forcé le héros à les combattre; ceci parait relatif au coucher du soir du Sagittaire. Enfin, dans une chasse, il avait vaincu un monstre nommé le sanglipr d’Érymanthe. qu'on croit se rapporter au lever du soir de la Grande Ourse.

Cassiopée, qu’un (igurait aussi par une biche, sc plonge le matin dans les Ilots, quand le Soleil est dans le Scorpion, ce qui arrivait à l’équinoxe d’automne ; c’est cette biche aux cornes d'or que, malgré son incroyable vitesse, Hercule fatigua à la course et prit au bord des eaux où elle reposait.

Au lever du Soleil dans le Sagittaire, l’Aigle, la Lyre (ou le Vautour) et le Cygne, placés dans le fleuve de la Voie lactée, disparaissent tout d’abord dans les feux de cet astre ; ce sont les oiseaux du lac Stymphale chassés d'Arcadie par Hercule, dont la flèche est placée entre eux.

Le Capricorne ou le Bouc céleste est haigné sur le devant par l’eau du Verseau : ce sont les écuries d'Augias nettoyées en y faisant passer un fleuve.

Le Soleil dans le Verseau, ou solstice d’hiver, était près de Pégase; le soir on voyait sc coucher le Vautour, tandis que le Taureau passait au méridien; on a dit qu’llercule, à son arrivée en Élide, pour combattre le Taureau de Crète et le vautour de Prométhée, monta le cheval Arion et institua les jeux Olympiques, qu’on célébrait à la pleine lune du solstice d’été; la lune est précisément alors dans le Verseau, c’est-à-dire dans la région opposée au Lion.

L’enlèvement des cavales de Diomède, fils d’Aristéc, se rapporte au lever héliaque de Pégase et du Petit Cheval, le Soleil étant dans les Poissons ; ces deux chevaux sont placés au-dessus du Verseau, qui est Aristée,

Hercule part ensuite pour la conquête de la Toison d’or, le Verseau et le Serpentaire achèvent de se lever le soir, tandis qu’en môme temps le Bélier, Cassiopée, Andromède, les l’léiades et Pégase se couchent. l)e là la victoire d’Hercule sur Ilippolyte, reine des Amazones, dont la ceinture (Mirach) brille d’un vif éclat : plusieurs de ces guerrières avaient les noms des Pléiades.

Au lever du Taureau, le Bouvier se couche, et la Grande Ourse (les bœufs d’Icare) se lève : c'est la défaite de Géryon et l'enlèvement de scs bœufs. Hercule tue Busiris, persécuteur des Atlantides ; fable qui fait allusion à Orion poursuivant les Hyades, et qui est alors dans les feux solaires. Le retour du printemps est en outre exprimé par la destruction des reptiles venimeux de la Crète et par la défaite du brigand Cacus; celle du fleuve Achelaüs, changé en taureau, est relative à l’Éridan, qui est placé au-dessous.

Après avoir fondé Thèbes d’Égypte, Hercule va aux Enfers, délivre Thésée et enlève Cerbère. Le Soleil est arrivé dans l’hémisphère boréal ; le Grand Chien, dont le coucher héliaque a eu lieu dans le signe précédent', est maintenant absorbé dans les feux; il est tiré des régions inférieures et produit à la lumière. Le fleuve du Verseau, qui se lève le soir avec le Cygne, lorsque le Soleil achève de décrire les Gémeaux, est Cycnus vaincu au bord du Pénéc.

Le Dragon polaire et Céphée, ou le jardin des Hespérides, se lèvent au couchant du Soleil, sous le Cancer; de là le voyage d’Hercule en Hespérie. L’époque du lever héliaque de la constellation d’Hercule est en automne; les pommes des Hespérides sont une allusion à cette saison.

Revenu au solstice d’été, le Soleil commence sa révolution : c’est l’apothéose d’Hercule. La Fable raconte que Déjanire, cherchant un philtre pour fixer son époux, lui envoya une chemise trempée dans le sang du centaure Nessus. Hercule la revêtit pour sacrifier aux dieux, et leur demander l'immortalité promise à ses exploits; mais, dévoré par le poison imprégné dans ce vêtement, le héros se brûla sur un bûcher. Voici le sens de cette fable. Le Soleil est rentré dans le Lion et se lève, tandis que les constellations d'Herculc et du Verseau sont prêtes à se coucher. Le Centaure se couche peu après le Dion; celui-ci fait donc mourir Hercule, et le Verseau, Ganymède, est enlevé pour verser le nectar aux dieux, à la place d’Hébé donnée au héros. La réconciliation d’Hercule et de Junon est relative au Verseau, qui est dédié à la déesse.

Hercule vécut 52 ans, eut 52 épouses et accorda les honneurs néméens à 360 de ses compagnons morts pour lui ; ce sont des allusions aux 52 semaines de l’année et aux 360 degrés du Zodiaque. Les Colonnes d’Hercule étaient les limites occidentales de la terre connue, où le Soleil semblait chaque jour se coucher dans la mer. Quelque vagues qu'on suppose plusieurs des interprétations qu'on vient d’exposer, ajoute Francœur en terminant, il en est de si remarquables.

LE ZODIAQUE

qu'on ne saurait les supposer être l'effet du Lazard : ainsi Hercule n’a pas été ce héros dont les bienfaits ont excité les hommes à lui ériger des autels, mais c’est le Soleil considéré dans ses attributs relatifs aux diverses époques de l’année, opinion conforme aux témoignages les plus révérés des anciens.

LES CONSTELLATIONS DU SUD

Qui donc sur l'Océan, dans l’ombre et le silence.

Élève avec orgueil son front majestueux;

Et, bravant de Phœbé le disque lumineux,

Devant son Irène même insulte à sa puissance?

C'est toi, noble Orion : tes feux étincelants Des soleils de la nuit effacent la lumière.

Comme le dieu du jour, entrant dans la carrière.

Efface de Phœbé les rayons pâlissants.

Sur le trône des airs fais briller la couronne;

Viens, héros indompté, régner sur nos climats,

Lève-toi ! que nos yeux attachés à tes pas Contemplent à loisir l'éclat qui l’environne.

Perçant des sombres mers les nocturnes brouillards . Sous l'orgueilleux fardeau de ta pesante armure,

Je te vois déployer ta superbe ceinture

Et de l’homme étonné commander les regards.

Le Taureau loin de toi recule épouvanté :

Il roule avec effroi sa prunelle sanglante;

Tandis que vers le nord s'enfuit l'Ourse tremblante Aux éclairs menaçants de ton glaive irrité 1 .

A tout seigneur tout honneur. Orion est la plus belle des constellations : il ne faut pas aller au delà saut» lui rendre hommage, et le meilleur moyen de rendre hom-

* >'ewland, cité par Quételet dans son Astronomie.

LES CONSTELLATIONS DU SUD

ïnage aux personnages de valeur, c’est d’apprendre à les bien connaître. ,

Observez notre carte zodiacale : au-dessous du Taureau et des Gémeaux, au sud du Zodiaque, vous remarquerez ce géant qui lève sa massue vers le front du Taureau. Sept étoiles brillantes se distinguent; deux d'entre elles, a. et p, sont de première grandeur; les cinq autres sont de second ordre, a. et y marquent les épaules, y. le genou droit, p le pied gauche; s, <î, ç marquent le Baudrier ou la Ceinture ; au-dessous de cette ligne est une traînée lumineuse de trois étoiles très-rapprochées ; c’est l’Épée. Entre l’épaule occidentale y et le Taureau, se voit le Bouclier composé d’une file de petites étoiles en ligne courbe. La tète est marquée par une petite étoile, i, de quatrième grandeur ; u et v dessinent le bras levé.

Fig. 21. — Orion, AUiï'haran, Sinus.

Pour plus de clarté, voilà la disposition des étoiles principales de ce magnifique astérisme.

Orion est sur le prolongement de la ligne qui joint la Polaire à la Chèvre. Les quatre étoiles a, y, p, x, occupent les angles d’un grand quadrilatère, les trois autres S, e, Ç

sont serrées en ligne oblique au milieu de ce quadrilatère, a, de l'angle nord-est, se nomme Betelgeuse (ne pas lire Beteigeuse, comme la plupart des traités l’impriment) ;

^ de l’angle sud-ouest se nomme Bigel.

La ligne du Baudrier prolongée des deux côtés, passe au nord-ouest par l’étoile Aldébaran ou l’œil du Taureau, que nous connaissons déjà, et au sud-est par Sirius , la plus belle étoile du ciel, dont nous nous occuperons bienlôt.

C’est pendant les belles nuits d’hiver que cette constellation brille le soir sur nos têtes. Nulle autre saison n’est aussi magnifiquement constellée que les mois d’hiver. Tandis que la nature nous prive de certaines jouissances d’un côté, elle nous en offre eu échange de non moins précieuses. Les merveilles des deux s’offrent aux amateurs depuis le Taureau et Orion à l’est, jusqu’à la Vierge et au Bouvier à l’ouest : sur dix-huit étoiles de première grandeur que l’on compte dans toute l’étendue du firmament, une douzaine sont visibles de neuf heures à minuit, sans préjudice des belles étoiles de second ordre, des nébuleuses remarquables et d’objets célestes très-dignes de l’attention des mortels. Ces principales étoiles sont: Sirius, Procyon, la Chèvre, Aldébaran, l’Épi, le cœur de l’Hydre, Rigel, Betelgeuse, Castor etPollux, Régulus et £ du Lion. — C’est ainsi que la nature établit partout une compensation harmonieuse, et que tandis qu’elle assombrit nos jours d’hiver rapides et glacés, elle nous donne de longues nuits enrichies des plus opulentes créations du ciel.

La constellation d’Orion est non-seulement la plus riche en étoiles brillantes, mais elle recèle encore pour les initiés des trésors que nulle autre ne saurait offrir. On pourrait presque l'appeler la Californie du ciel. Donnons-nous le plaisir d’énumérer ses richesses, et nous trouverons un plus grand bonheur à la contempler dans les deux.

Parlons d’abord de sa nébuleuse, située au-dessous de

LES CONSTELLATIONS DU SUD. 105

la seconde étoile du Baudrier. La première fois que l’astronome Huygens, son découvreur, admira cette beauté cosmique, en IG5G, il fut assez» émerveillé pour dire qu’elle paraissait une ouverture dans le ciel, qui donnait le jour sur une région plus brillante. « Les astronomes, dit-il, ont compté dans l’épée d’Orion trois étoiles trèsvoisines l'une de l’autre. Lorsque, en 1650, j’observai par hasard celle de ces étoiles qui occupe le centre du groupe, au lieu d’une j’en découvris douze, résultat que d’ailleurs il n’est pas rare d’obtenir avec les télescopes. De ces étoiles il y en avait trois qui, comme la première, se touchaient presque, et quatre autres semblaient briller à travers un nuage, de telle façon que l’espace qui les environnait paraissait beaucoup plus lumineux que le reste. »

Depuis cette époque on s’est occupé de cette nébuleuse avec une sorte de prédilection; on l’a minutieusement examinée, et les diverses régions de cet amas ont été étudiées et décrites dans tous leurs détails. A mesure que les instruments sont devenus plus puissants, les étoiles qui la constellent sont apparues plus nombreuses, comme il est arrivé pour toutes les observations télescopiques de nébuleuses, et tandis qu’autrefois on se demandait avec une grande indécision s’il n’y avait pas là seulement un nuage phosphorescent, un amas de vapeurs, on est arrivé aujourd'hui à la conviction qu’elle est formée d’un nombre prodigieux de soleils entassés. Au centre on voit une partie plus brillante dont la forme est singulière; sir John Herschel la compare à la tète d’un animal monstrueux, dont la gueule reste béante et dont le nez se prolonge comme la trompe d’un éléphant.

Elle occupe dans le ciel un large espace, dont la dimension apparente est égale à celle du disque lunaire. Lorsqu’on réllécliit à l’éloignement qui nous sépare de cette agglomération, on est effrayé de l’étendue réelle qu’elle embrasse au fond du vide sans bornes.

.Mais le phénomène le plus étrange qui se rattache à cotte nébuleuse, ce sont les changements que l’on a observés en elle. Les dessins qu’on en prend aujourd’hui diffèrent de ceux qui en ont été pris il y a moins d’un demi-siècle. Cette année encore, on vient de remarquer en Angleterre une disposition d’éclat à travers nn endroit sombre, qui n’existait pas il y a dix ans. Les astronomes s’accordent à reconnaître qu’il n’y a pas d’illusion possible dans certaines de ces observations, et que cette lointaine agglomération de soleils est le siège de formidables perturbations.

« L’impression générale que j’ai reçue de ces observations, disait naguère le directeur de l’Observatoire de Russie, est que la partie centrale de la nébuleuse se trouve dans un état d’agitation continuelle, comme la surface d’une mer. »

Orion possède bien d’autres richesses. L’étoile du pied gauche, Rigel, est l’une des plus belles étoiles doubles. (Nous entrerons bientôt dans ce chapitre de l’astronomie sidérale.) Cette étoile double se compose d’un soleil blanc et d’unsolejl bleu; par les nuits calmes et limpides dont nous sommes quelquefois favorisés en hiver, il m’a semblé parfois que le rellet de l’étoile bleue nuance assez l’éclat de la blanche pour que celle-ci paraisse légèrement teintée de bleu, surtout lorsqu’on la compare aux points d’or qui parsèment le ciel alentour.

Deux autres systèmes binaires se rencontrent encore dans les deux étoiles des extrémités du Baudrier. La première, celle de droite, se compose d’un soleil blanc et d’un soleil pourpre; la seconde, d’un soleil jaune et d’un soleil bleu. Ainsi voilà trois systèmes de mondes des plus dissemblables réunis dans la même constellation. Dans chacun de ces systèmes, deux soleils au lieu d’un ; non-seulement deux soleils comme le nôtre, mais deux soleils diversement colorés ; sur les planètes qui appartiennent

LES CONSTELLATIONS DU SUI)

au premier, un astre blanc et un astre bleu se disputent l’empire du jour, dominant naissance, par les combinaisons sans nombre de leur chaleur, de leur lumière, de leur puissance électrique, à une variété d’actions incomparable et inimaginable pour nous, qui sommes voués à un unique soleil. Sur les planètes qui appartiennent au second, c’est un soleil pourpre qui vient diversifier la blanche lumière de son congénère. Sur celle du troisième, le nombre des couleurs, essentiellement différentes des nôtres, puisqu’il n’y a point là de lumière blanche génératrice de toutes les teintes, présente une série inconnue des nuances issues des mariages de l’or et du saphir. Ces planètes sont sans doute des planètes vertes, et la couleur des objets à leur surface ne doit probablement qu’osciller autour de cette moyenne, soit du côté du jaune, soit du côté du bleu.

Mais celte richesse de systèmes stellaires ne constitue pas encore tout le patrimoine de celte belle constellation d’Orion. Elle renferme, en outre, le plus complexe des systèmes multiples qu’on ait jamais rencontrés dans le ciel. Dans la nébuleuse dont je parlais tout à l'heure, on rencontre une étoile extraordinaire, l’étoile marquée 0 sur le catalogue, un peu au-dessous de l’Épée. Cette étoile, décomposée par le télescope, permet d’admirer en elle le groupe merveilleux de sept soleils rassemblés au même point du ciel. Quatre étoiles principales de i p , b*, 6 n et 7 e grandeurs, sont disposées aux quatre angles d’un trapèze un peu irrégulier : les deux étoiles de la base ont chacune un très-faible compagnon. Celle de gauche en a même deux, ce qui fait sept. Que ces sept étoiles forment en réalité un système physique et qu’elles soient reliées entre elles comme les systèmes binaires par la loi d’attraction, c’est ce que je ne veux pas affirmer. Il peut se faire qu’il n’y ait là qu’un effet d'optique, que ces sept étoiles soient en réalité complètement indépendantes l’une

de l’autre, situées à des profoudeurs et à des distances immenses, mais que se trouvant sur des rayons visuels très-rapprochés, elles nous paraissent rassemblées sur un même plan. Cependant il y a des probabilités en faveur de l’opinion qui considère cette étoile septuple comme un

Fig. 25. — Étoile septuple de 0 Orion.

véritable système, surtout quand on voit que le mouvement propre dé l’étoile principale est partagé par les cinq autres.

l’ne autre étoile d’Orion, la 25 e , est également remarquable, en ce qu’elle est double, et qu’au lieu d’avoir sa principale blanche et sa petite bleue, comme dans la généralité des cas, c’est le contraire qui se présente.

Voilà beaucoup sur une seule constellation; mais j’ai pour cette belle et antique figure que Job chantait il y a trois mille ans, une sympathie dont je ne puis ni ne veux me défendre. Trônant entre les Pléiades et le beau Sirius, elle me présente une magnifique plage céleste, enrichie de mondes variés qui font rêver à la vie lointaine. Entre nous, j’ai lu au moyen âge un traité d’astrologie qui avait pour titre : Flamma-orionis . Depuis ce temps-là ce nom m’est cher, je l’aime !

Or, vous savez tous combien les amoureux éprouvent de

LES CONSTELLATIONS DU SUD

bonheur à parler sans cesse de l’objet qui fait battre leur cœur.

Suivant dans son cours, comme le Soleil et conipie les planètes, les constellations zodiacales, la Lune passe quelquefois auprès d'Orion. Elle occulte alors les étoiles devant lesquelles sa marche l’a conduite. En parlant d’Orion, le poète américain Longfcllow a dépeint cette occultation sous de vives couleurs :

« Sirius se levait à l’orient, et lentement, montant l’une après l’autre, brillaient les constellations étincelantes. Au milieu du cortège d’étoiles flamboyantes, se tenait debout le géant Algebar, Orion le chasseur. Sa luisante épée était suspendue à son côté, et sur son épaule, la peau du Lion laissait voltiger sur le ciel de minuit le rayonnement doré de sa chevelure. La Lune était pâlissante, sans que sa clarté fût affaiblie, aussi belle qu’une sainte virginale, s’avançant dans la pureté de sa voie pendant les heures d’épreuves et de terreur. Comme si elle eût entendu la voix de Dieu, elle marchait pieds nus, sans blessures, sur les astres brûlants , semblables à des charbons embrasés ; faisant ainsi éclater sa puissance, comme sa pureté et sa sainteté.

« Errant ainsi dans son pas silencieux, le triomphe empreint sur son visage si pur, elle atteignit la station d’Orion. Étonné, il s’arrêta dans une étrange frayeur, et subitement, de son bras étendu laissa tomber la peau rouge du lion à scs pieds dans la rivière. Sa massue ne resta pas plus longtemps levée sur le front du Taureau ; mais lui chancela comme autrefois près de la mer, lorsque, aveuglé par Œnopion, il chercha le forgeron dans sa forge, et, grimpant sur la montagne escarpée, fixa ses yeux ternes sur le soleil. »

Dans la Fable, Orion, le plus bel homme de son temps, était d’une taille si haute que/quand il marchait dans la mer, il dépassait les Ilots de toute sa tète : ce qui veut dire

que cette constellation est moitié sous l’équateur et moitié au-dessus.

J’oubliais d’ajouter que les trois étoiles obliques qui forment son baudrier, ou sa ceinture, ont été nommées les Trois Rois Mages, le Bâton de Jacob, et que dans nos campagnes on les distingue simplement sous le nom de Râteau.

Au sud-est d’Orion, sur la ligne des trois Rois, resplendit la plus magnifique de toutes les étoiles, Sirius, ou «de la constellation du Grand Chien. Cet astre de première grandeur marque l’angle supérieur oriental d’un grand quadrilatère dont la base, voisine de l’horizon à Paris, est adjacente à un triangle. Les étoiles du quadrilatère et du triangle sont toutes de seconde grandeur. Cette constellation se lève, le soir, à la fin de novembre, passe au méridien à la fin de janvier, et se couche à la fin de mars.

Sirius étant la plus éclatante étoile du ciel, lorsque les astronomes osèrent essayer les opérations relatives à la recherche des distances des étoiles, elle eut le don d’attirer particulièrement leur attention. Après des études longues et minutieuses, on arriva à déterminer sa distance : elle est de 52 trillions 174 milliards de lieues. Pour traverser la distance de la terre à cet astre, la lumière emploie près de 22 ans. Il suit de là que, lorsque nous l’observons, ce n’est point le Sirius d’aujourd’hui qui est au-dessus de nos yeux, mais bien le Sirius d'il y a vingt-deux ans : le rayon de lumière qui atteint notre œil maintenant est sorti de Sirius pendant l’année 1845.

Le nom que nous donnons aujourd’hui à a du Grand Chien appartenait jadis à la constellation tout entière, et l’on ne trouve pas un seul monument égyptien où cette figure soit indiquée sans qu’elle représente Sirius, nom dérivé, dit-on, d’Osiris, le Soleil. A l’origine des constellations, le solstice d’été arrivait lorsque le soleil parcourt

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le Capricorne : le lever de Sirius annonçait à l’Égypte l’époque de la crue du Nil, et, comme un chien fidèle, avertissait les hommes de se tenir sur leurs gardes. Là ne se bornait pas le rôle de Sirius. L’année civile des Égyptiens étant de 565 jours exactement, et les rois jurant de ne jamais permettre l’intercalation de jours supplémentaires, cette année vague empiétait d’un jour tous les quatre ans sur l’année solaire, et revenait coïncider avec celle-ci au bout de 565 fois quatre ans, en 1460 ans; mais pendant ce temps-là les périodes civiles, les travaux d’agriculture, les fêtes et les divers points du calendrier, ne pouvaient être fixés par des dates immuables. On choisit dans le ciel un signe propre à annoncer l’époque du solstice : le lever du matin de Sirius, qu’on nommait alors Sothis, annonça l’époque demandée. Le lever héliaquc (solaire) de cet astre n’était ramené au môme jour de l’année qu’après 1461 ans.

Depuis ces temps antiques, un mouvement de la Terre qui modifie lentement la marche du Soleil parmi les constellations, qu’on appelle la précession des équinoxes, a privé Sirius de sa faculté de prédire l’inondation et le solstice ; son lever héliaquc n’arrive maintenant en Égypte que le 10 août, au lieu du 20 juin. Mais au commencement de notre ère, il arrivait en juillet, au milieu des grandes chaleurs et des maladies qu’elles engendrent. De là cette constellation fut accusée de maligne influence, comme vous pouvez le voir dans Sophocle et dans cent autres auteurs moins anciens ; elle donne la fièvre aux hommes et la rage aux chiens. Les jours caniculaires viennent de là. Pour conjurer Sirius, on lui éleva des autels sur lesquels on sacrifia la caille et la chèvre. On redoutait l’étoile du midi.

Déjfi le Chien brillant dont

Vomissait tous ses feux sur la plaine altérée.

[Gtforgiques.)

l’Inde est dévorée

. Sirius lève au ciel son front pernicieux.

Et son affreux aspect consterne tous les yeux.

(Enéide.)

Sirius ou la canicule s’appelait aussi le chien de Procris , épouse de Céphale, qui la perça d’un trait décoché par mégardc, comme Ovide le rapporte fort au long. Jean- Baptiste Rousseau, qui se plaisait parfois à montrer ses connaissances astronomiques, n’a pas tout à fait réussi en parlant il notre époque du brûlant Sirius, dans une ode, charmante du reste, à l’abbé Chaulieu :

Mais aujourd’hui qu’en nos plaines Le Chien brillant de Procris De Flore aux douces haleines Dessèche les dons chéris,

Veux-tu d’un astre perfide Risquer les âpres chaleurs,

Et, dans ton jardin aride,

Sécher ainsi que tes fleurs?

Boëce (de Consolatione pltilosophiœ, liv. !j, avait plus raison de dire, au dixième siècle :

Le grain semé sous Arcturus Devient épi sous Sirius.

Sirius a une longue et bonne réputation comme chien. Ap rès tous les services qu’il avait déjà rendus aux Égyp liens, Jupiter le chargea de la garde de sa chère Europe ; après l’enlèvement, il passa entre les mains de Minos, de Rrocris, de Céphale et d’Aurore. Des auteurs fort accrédités pensent même que, malgré tout ce qui précède, il fut Cerbère, le canis à trois tètes ; leur opinion est appuyée sur cette coïncidence, que le Grand Chien garde à l’équateur l’hémisphère inférieur des Égyptiens, de la mèmejnaniôre que Cerbère gardait la région du Tartare. On voit que ce

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chien revendique une noblesse fort ancienne. Aucun titre héraldique ne peut se vanter de remonter si haut.

Le Petit Chien , ou Procyon, que nous avons déjà vu sur nos cartes zodiacales, se trouve au-dessus de son aîné et au-dessous des Gémeaux Castor et Pollux, à l’est d’Orion. Si ce n’est «, aucune étoile brillante ne le distingue. Au point de vue mythologique, il partage avec le Grand Chien la plupart des fables attribuées à ce dernier.

L 'Hydre est une longue constellation qui occupe le quart de l’horizon, sous l'Écrevisse, le Lion et la Vierge. La tête, formée de quatre étoiles de quatrième grandeur, est à gauche du Procyon, sur le prolongement d’une ligne menée par cette étoile et par Betelgeuse. Le côté occidental du grand trapèze du Lion, comme la ligne de Castor et Pollux, se dirigent sur «, de seconde grandeur : c’est le cœur de l’Hydre; on remarque des astérismes de second ordre, le Corbeau, la Coupe. Imitant le cours d’un fleuve par ses sinuosités, l’Hydre a été regardée comme habitant le Nil et le représentant. Comine le Navire se trouve non loin de là, on a môme été jusqu’à expliquer par certains aspects le déluge de Deucalion qui se sauve sur un vaisseau, et qui, quarante jours après, s’assure si les eaux sont retirées en donnant la liberté à un corbeau.

L ’Eridan, la Baleine , le Poisson austral et le Centaure sont les seules constellations importantes qu’il nous reste à décrire. On les retrouvera dans l’ordre que nous venons d’indiquer, à la droite d’Orion. L’Éridan est un fleuve composé d’une suite d’étoiles de troisième et de quatrième grandeur, descendant et serpentant du pied gauche d’Orion, Rigel, et se perdant sous l’horizon. Après avoir suivi de longues sinuosités, invisibles pour nous, il se termine par une belle étoile de première grandeur, a ouAchernar. C’est le fleuve dans lequel tomba Phaëton qui conduisait maladroitement le char du Soleil ; il fut placé dans le ciel pour consoler Apollon de la mort de son fils.

« Cependant Phaëton, les cheveux en feu, tombe du haut du ciel et laisse après lui une longue traînée de flammes. L’Érïdan, qui coule dans les lieux bien éloignés du pays qui a vu naître ce prince infortuné, le reçut dans ses ondes et lava son visage qui était tout couvert d’écume. »

Au-dessus du Bélier on rencontre une étoile de seconde grandeur, qui forme un triangle équilatéral avec le Bélier et les Pléiades : c’est a de la Baleine, ou la mâchoire ; a, p, ç et 7 forment un parallélogramme : c’est la tète. Cette hase, a, y, se prolonge sur une étoile de troisième grandeur, i?, et sur une étoile du Cou marquée o. Cette étoile est l’une des plus curieuses du ciel : on la nomme la Merveilleuse, Mira Ceti. Elle appartient à la classe des étoiles changeantes. Tantôt elle égale en éclat les étoiles de premier ordre, tantôt elle devient complètement invisible. On a suivi scs variations depuis la lin du seizième siècle, et l’on a reconnu que la période de croissance et de décroissance est de 551 jours en moyenne, mais toutefois irrégulière, étant parfois de 25 jours en retard ou de 25 jours en avance. L’étude de ces astres singuliers nous offrira de curieux phénomènes.

La Baleine fut envoyée par Neptune pour dévorer Andromède : je ne reviendrai pas sur l’histoire de cette pauvre princesse.

Quatre étoiles de troisième grandeur forment la queue de ce cétacé et descendent vers Fomalhaut ou « du Poisson austral, qui reçoit l’eau du Verseau. Cet astérisme s’élève très-peu sur l’horizon de Paris.

Enfin, la constellation du Centaure est située au-dessous de l’Épi de la Vierge. L’étoile 6 , de seconde grandeur, et l’étoile i, de troisième, marquent la tète et l’épaule : c'est la seule partie de cette figure qui s’élève au-dessus de notre horizon. Le Centaure renferme l’étoile la. plus rapprochée de la terre, a, de première grandeur, dont la

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distance est do 8 tril lions 73 mille millions de lieues. C’est également dans cette constellation que se trouve la belle nébuleuse régulière que nous avons admirée plus haut, l’amas globulaire de « du Centaure. Les pieds de derrière touchent à la Croix du sud , formée de quatre étoiles de seconde grandeur, toujours cachée sous l’horizon. Un peu plus loin se trouve le pôle austral.

tiik tJP

II est pour la pensée une heure... une heure sainte Alors que s'enfuyant de la céleste enceinte,

De l'absence du jour pour consoler les cienx,'

Le crépuscule aux monts prolonge ses adieux.

On voit A l'horizon sa lueur incertaine.

Comme les bords flottants d'une robe qui traîne. Balayer lentement le firmament obscur,

Où les astres ternis revivent dans l’azur.

Alors ces globes d'or, ces îles de lumière,

Que cherche par instinct la rêveuse paupière. Jaillissent par milliers de l’ombre qui s'enfuit. Comme une poudre d'or sous les pas de la nuit.

LAMAnn.sE.

Afin que l’esprit pût se reconnaître plus facilement au milieu de ces milliers de points étincelants, outre les divisions que nous venons de passer en revue, on convint dès la plus haute antiquité de classer les étoiles selon leur éclat apparent. Nous l’avons vu, les étoiles les plus brillantes ont été appelées étoiles de premier ordre ou de première grandeur, quoique cette dénomination n’implique aucun sens relatif à la grosseur réelle ou à l’éclat réel

de l’étoile; celles qui viennent ensuite, toujours dans l’ordre de leur éclat apparent, furent nommées étoiles de seconde grandeur; puis viennent celles de troisième, de quatrième et de cinquième grandeur à mesure qu’elles paraissent plus petites; enfin on appela étoiles de sixième

grandeur les dernières étoiles visibles à l’œil nu.

. Les étoiles de première grandeur sont au nombre de dix-huit. En réalité la dix-huitième, c’est-à-dire la moins brillante de la série, pourrait aussi bien être inscrite au premier rang des étoiles de seconde grandeur, et la première de cette seconde série pourrait de la même façon être ajoutée aux étoiles de première grandeur : il n’v a pas dans la nature de ces séparations que nécessitent nos classifications. Mais comme il faut s’arrêter à une étoile si l’on veut faire des séries, on est convenu de terminer la liste des astres de première grandeur comme elle se termine ici.

Liste des étoiles de première grandeur, dans l'ordre de leur éclat

décroissant.-. 1

Sirius ou a du Grand Chien.

r, d'Argo (étoile variable).

Canopus, ou a du Navire, a du Centaure. **•*

Arcturus, ou a du Bouvier.

Bigel, ou j3 d’Orion.

La Chèvre, ou a du Cocher.

Véga, ou a de la Lyre.

iTocyon, ou a du Petit Chien.

Bételgeuse, ou a d’Orion.

Achcrnar. ou a d’Éridan.

Aldébaran, ou a du Taureau.

£ du Centaure, a de la Croix du sud.

Antarès, ou a du Scorpion.

Ataïr, ou a de l'Aigle.

L'Épi, ou a de la Vierge.

Fonialhaut, ou a du Poisson austral.

On peut penser qu’en -général les plus brillantes sont les plus rapprochées, et qu’elles nous paraissent d’autant plus petites qu’elles sont plus distantes de nous. 11 suif de là que le nombre des étoiles doit augmenter en raison inverse de chaque grandeur, que les astres qui forment la seconde série, par exemple, se trouvant sur un cercle visuel plus éloigné, et par conséquent plus étendu que celui de la première série, sont plus nombreux, que la troisième série est plus riche que la seconde, etc. C’est précisément là ce que l’on observe. On compte environ 5a étoiles de la seconde grandeur, 170 de la troisième, 500 de la quatrième, etc. Voici du reste un moyen facile de connaître approximativement le nombre des étoiles de chaque ordre. On a observé que chaque classe est ordinairement trois fois plus peuplée que celle qui la précède, de sorte qu’en multipliant par 5 le nombre des astres qui composent une série quelconque, on a à peu près le nombre de ceux qui composent la série suivante. Par cette estimation, le nombre des étoiles des six premières grandeurs, autrement dit, celui de toutes les étoiles visibles à l’œil nu, fournirait un total de 6,000 environ. — Généralement on croit en voir bien davantage, on croit pouvoir les compter par myriades, par millions : il en est de cela comme du reste, nous sommes toujours portés à l’exagération ! Cependant, en fait, le nombre des étoiles visibles à l’œil nu, dans les deux hémisphères , sur toute la terre, ne dépasse pas ce chiffre, et même il est bien peu de vues assez bonnes pour aller au delà de quatre à cinq mille.

Mais là où s’arrête notre faible vue, le télescope, cet œil géant qui grandit de siècle en siècle, perçant les profondeurs des cieux, y découvre sans cesse de nouvelles étoiles. Après la sixième grandeur, les premières lunettes ont révélé la septième. Puis on est allé jusqu’à la huitième, la neuvième. C’est alors que les milliers ont grossi jusqu’aux

dizaines de mille, et que les dizaines sont devenues des centaines de mille. Des instruments plus perfectionnés encore ont franchi ces distances et ont trouvé les étoiles de la dixiéme et de la onzième grandeur. De cette époque on commença à compter par millions. Le nombre des étoiles de la douzième grandeur est de 9,556,000; ajouté aux onze termes qui le précèdent, il dépasse quatorze millions. A l’aide d’une amplification plus puissante encore, on dépassa de nouveau ces bornes. Aujourd’hui la somme des étoiles composées de la première à la treizième grandeur inclusivement est évaluée à 45,000,000. Le ciel s’est véritablement transformé. Dans le champ des télescopes, on ne distingue plus ni constellations ni divisions; mais une fine poussière brille là où l’œil, laissé à sa seule puissance, ne voit qu’une obscurité noire sur laquelle ressortent deux ou trois étoiles. A mesure que les découvertes merveilleuses de l’optique augmenteront la puissance visuelle, toutes les régions du ciel se couvriront de ce fin sable d’or, et un jour viendra où le regard étonné, s’élevant vers ces profondeurs inconnues, se trouvant arrêté par l’accumulation des étoiles qui se succèdent à l’infini , ne trouvera plus devant lui qu’un délicat tissu de lumière.

Voici par exemple (fig. 26) un petit coin de la constellation des Gémeaux, dans lequel les vues ordinaires ne voient que deux étoiles, et où les meilleures vues ne parviennent à en distinguer que cinq autres plus petites. Eli bien, en dirigeant le télescope sur ce point on voit une véritable poussière lumineuse (fig. 27), et l’on arrive à y compter 5,205 étoiles.

Quelle étendue occupent ces myriades d’étoiles qui se succèdent éternellement dans l’espace? Cette question a toujours eu le don de captiver l'attention des astronomes

fig. 20. — Un pelit l anv de la Constellation (les Gémeaux vu il l'œil nu.

aussi bien que celle des simples penseurs; mais on n’a pu commencer des recherches relatives à sa solution qu’à une époque très-rapprochée de nous, lorsque les moyens si minutieux d’y parvenir nous furent accessibles. Les anciens ne se formaient pas la plus légère idée de la distance des corps célestes, pas plus que de leur nature. Pour la plupart, c’étaient des émanations de la terre, s’étant élevées comme les feux follets au-dessus des endroits marécageux ; ce serait faire une longue et curieuse histoire que celle de toutes cés idées primitives si peu en harmonie avec la grandeur de la création. Pour pouvoir mesurer la distance des, étoiles les plus proches, il faut pouvoir mesurer l’épaisseur d’un. cheveu. On a attendu longtemps avant d’en arriver là. Je donnerai à la fin de ce chapitre une idée de la méthode employée pour arriver à ces déterminations rigoureuses ; mais satisfaisons d’abord notre curiosité, et apprenons de suite à quelle distance se trouvent de nous les étoiles les plus rapprochées. .

L’étoile la plus voisine se trouve dans la constellation australe du Centaure : c’est l’étoile «. D’après les recherches les plus récentes, elle est éloignée de nous de 21 1,300 fois la distance d’ici an soleil, distance égale à 38,000,000 de lieues, il y a quelques années encore, on la croyait un peu {plus’ loin ; mais des déterminations plus précises ont établi définitivement qu’elle n’est pas au delà de la distance qui vient delre mentionnée.

11 est fort difficile, pour ne pas dire impossible, de sefigurer directement de pareilles longueurs, et, pour arriver à les concevoir, il est nécessaire que notre esprit, associant à l’idée de l’espace l’idée du temps, voyage en quelque sorte le long de cette ligne et estime par succession sa longueur. Pour les faibles grandeurs, nous agissons déjà de même sur la terre. Si, par exemple, on nous dit qu’il y a 500 kilomètres de Paris à Strasbourg, nous nous figurons difficilement celte distance du premier coup

JDjftilizçd ha Uoogl c

d’œil ; mais, en lui associant l’idée du temps nécessaire pour la franchir avec une vitesse donnée, en apprenant qu’un train express direct, animé d’une vitesse moyenne (le 72 kilomètres à l’heure y arrive en 7 heures, nous

nous représentons de suite le chemin parcouru. Cette méthode, utile pour les distances terrestres, est nécessaire pour les distances célestes. Aussi nous mesurons l’espace, par le temps; seulement, au lieu de la vitesse d’un train

Fig. 27. — Un petit carré de la constellation des Gémeaux au télescope.

direct, nous prenons celle de la lumière, qui voyage eu raison de 77,000 lieues par seconde.

Eh bien, pour traverser la distance qui nous sépare de notre voisine « du Centaure, ce courrier emploie 5 ans et 8 mois. Si l’esprit veut et peut le suivre, il ne faut pas qu’il saute en un clin d’œil du départ à l’arrivée, autrement il ne se formerait pas davantage la moindre idée de la distance; il faut qu’il se donne la peine de se représenter la marche directe du rayon lumineux, qu’il s’associe à celte marche, qu’il se figure traverser 77,000 lieues pendant la première seconde de chemin à dater de son moment de départ, puis 77,000 autres lieues pendant la deuxième seconde, ce qui fait 154,000; puis de nouveau 77,000 lieues pendant la troisième et ainsi de suite sans s’arrêter pendant 5 ans et 8 mois. S’il se donne cette peine, il pourra comprendre l’effroyable valeur du chiffre; autrement, comme ce nombre dépasse tous les nombres que l’esprit a coutume d’employer, il ne sera pour lui d’aucune signification et restera incompris.

Notre étoile voisine est donc a du Centaure. Celle que sa distance met immédiatement après elle est une étoile située en une autre région du ciel, dans la constellation du Cygne. C’est notre seconde voisine; ce qui n 'empêche pas qu’elle soit presque trois fois plus éloignée de nous que la première. On a calculé la distance d’une dizaine d’étoiles. Voici les plus rapprochées. La première colonne de chiffres représente le nombre de rayons de l’orbite terrestre (distance de la terre au soleil) qu’il faudrait aligner à la suite l’un de l’autre pour atteindre l’étoile; la seconde donne les lieues de la distance en millions ; la troisième indique le nombre des années que la lumière emploie à franchir la distance : t

a du Centaure . . . 21 1 530 8 073 000 3 ans 8 mois.

01' du Cygne. . . . 530920 21 045000 Dans et demi.

Véga, a de la Lyre. . 1 530 700 50 830 000 21 ans.

Sirius. a du Grand

Chien

22 ans.

i delà Grande Ourse.

Arcturus, a du Bou-

vicr

Étoile polaire. . . .

La Chôvrq, a du Co-

cher

Telles sont les étoiles les plus rapprochées. La plupart dos étoiles dont la distance a été calculée sont au nombre des plus brillantes du ciel et comptent parmi celles de première ou de seconde grandeur. Un peut se demander S’il est possible, par comparaison, do déterminer la distance vraisemblable des régions où brillent les dernières grandeurs. C’est là une question curieuse, dont Arago a cherché la solution et sur laquelle il raisonne comme il suit :

Nous prenons, par exemple, sur la liste ci-dessus, une étoile moyenne de première grandeur, non pas Sirius, qui dépasse toutes les autres par son éclat, mais Arcturus ou Véga; nous nous demandons à quelle distance il faudrait transporter cette étoile pour qu’elle diminue d’éclat apparent jusqu’à la quatrième grandeur, et nous voyons qu’il faudrait la transporter à une distance quatre fois plus grande que la distance présente ; — qu’en l'éloignant à huit fois de la distance primitive, elle deviendrait de cinquième à sixième ordre ; — qu’en moyenne, une étoile de première grandeur, transportée à douze ibis sa distance actuelle, ne cesserait pas d’être visible à l’œil nu, et que son éclat ne tomberait pas au-dessous de la sixième grandeur.

William llerschel essaya d’étendre aux observations télescopiques l’échelle de visibilité qu’il avait formée pour l’œil nu. Il prépara une série de télescopes dont la puissance allait sans cesse en augmentant, et prit pour sujet de ses observations la nébuleuse de Persée.

L'œil ne distinguait là aucune étoile. S’il y en avait, elles

étaient nécessairement plus faibles que ne le seraient les étoiles de première grandeur transportées à douze fois leur distance actuelle : le petit instrument en montra, un grand nombre. Admettons que dans ce grand nombre il se trouvait, comme cela est probable, d’aussi fortes étoiles qu’Arcturus, que Véga, etc., ces étoiles, pour devenir tout juste visibles après que leur intensité avait quadruplé, devaient être deux fois plus loin que les dernières étoiles visibles à l’oeil nu, c’est-à-dire vingt-quatre fois plus loin qu’Arcturus, que Véga, etc.

Le second instrument, celui qui augmentait la lumière dans le rapport de 1 à. 9, qui rapprochait les objets trois fois, faisait voir des étoiles dont le premier ne dévoilait aucune trace; les étoiles' étaient en intensité ce que deviendraient Arcturus, Véga, etc., à trente-six fois leur distance.

En arrivant, toujours par degrés, jusqu’au télescope de trois mètres avec toute son ouverture, l’observateur apercevait des étoiles pareilles à ce que seraient les étoiles de première grandeur à trois cent quarante-quatre fois la distance qui maintenant les sépare de nous.

Le télescope de six métrés étendait sa puissance jusqu’à neuf cents fois cette même distance des étoiles de première grandeur; et il était évident qu’un télescope plus fort aurait montré des étoiles plus éloignées encore.

Pour échapper aux conséquences numériques que je vais déduire de ces résultats d’Herschel, il faudrait supposer que, parmi le nombre prodigieux d’étoiles que chaque télescope d’une puissance supérieure découvre, il n’en existe aucune d’aussi brillante qu’Arcturus ou Véga de la Lyre ; il faudrait admettre, en un mot, qu’il ne s’est formé d’étoiles de première grandeur que près de notre système solaire. Une pareille supposition ne mérite certainement pas d’être réfutée.

11 n’y a aucune étoile de première grandeur dont la lu-

LE NOMBKE DFS ÉTOILES, ETC.

mière nous parvienne en moins de trois ans. D’après cela, ajoute Arago en terminant, les lumières des étoiles de différents ordres, aussi grandes en réalité qu’Arcturus, que Véga de la Lyre, etc., doivent être situées à de telles distances de la terre, que la lumière ne saurait les parcourir:

Pour les étoiles de deuxième grandeur en moins de. . (5 ans

— - quatrième grandeur 12 »

. — de sixième grandeur 36 »

Pour les dernières étoiles visibles avec le télescope de

trois mètres 1042 »

Pour les dernières étoiles visibles avec! le télescope de six mètres.. . . 2703 »

Ce sont lù des valeurs minimum. Mais il y a des étoiles dont la lumière ne nous parvient pas en moins de 10,000, 50,000 ans... et des nébuleuses dont la lumière emploie plusieurs millions d’années pour nous parvenir.

Les rayons lumineux qui nous arrivent des étoiles nous racontent donc V histoire ancienne de ces astres, et non leur état contemporain.

Mais par quel pouvoir l’homme est-il parvenu à connaître les premières distances des étoiles?

Il y a en astronomie des faits qui surprennent par leur grandeur, et qui surpassent de telle sorte la sphère des conceptions habituelles de l’homme, qu’on est tenté de les révoquer en doute malgré l’affirmation des astronomes et de les reléguer au rang des prétentions trompeuses dont la science s’est quelquefois enveloppée pour en imposer au vulgaire. De ce nombre sont les principales conquêtes de l’astronomie stellaire, et notamment les déterminations relatives à la distance des étoiles.

J’essayerai de donner une idée de la méthode dont on se sert pour obtenir ces distances et d’éloigner, par cette exposition, l’idée défavorable qu’un grand nombre partagent encore contre les assurances parfaitement fondées de l’astronomie moderne.

Une réflexion de quelques instants suffira pour faire admettre que si la terre se meut dans l’espace, pendant son cours annuel autour du soleil, il doit en résulter pour nous un déplacement apparent des autres astres dans le ciel. Personne n’a mis la tête à la portière d’un wagon sans s’apercevoir que les arbres, les maisons, les collines, les divers objets qui accidentent la campagne se meuvent dans un sens opposé à la marche du train, et que les objets les plus proches sont ceux qui paraissent suhir le plus grand déplacement, tandis que les plus éloignés se meuvent plus lentement, jusqu’à l’horizon qui reste à peu près immobile. 11 doit donc résulter du mouvement de la Terre dans l’espace, que les étoiles situées dans une région du ciel dont la Terre s’éloigne à une certaine époque de l’année paraîtront se resserrer, tandis que les étoiles dont la Terre se rapproche paraîtront s’écarter les unes des autres. Cet effet sera nécessairement d’autant moins grand que les distances des étoiles seront plus grandes.

Si l’on pouvait mesurer la valeur de l'écart subi par une

Fig. 28. — Masure des distanças célestes.

étoile, par suite du mouvement de la Terre, on aurait la distance de cette étoile. Voici comment :

Soit cette ellipse la courbe suivie par la Terre dans sa . marche annuelle autour du soleil, soit S le soleil, TST' un diamètre de l’orbite terrestre, T et T' la position de la

Terre aux deux extrémités de ce diamètre, c’est-à-dire à six mois d’intervalle (puisque la Terre fait le tour entier en un an); soit enfin K l’étoile dont on veut mesurer la distance.

Quand la Terre est située au point T, on mesure l’angle STE, formé par le Soleil, la Terre et l’étoile; quand la Terre est en T', on mesure l’angle ST'E. On sait que dans tout triangle la somme des trois angles est égale à deux angles droits, c’est-à-dire à 180°; donc, si l’on fait la somme des deux angles observés STE et ST'E, et qu’on retranche cette somme de 180°, on aura la valeur de l’angle E, sous-tendu à l’étoile par le diamètre de l’orbite terrestre. Et cette valeur sera aussi exacte que si l’on avait pu se transporter sur l’étoile pour la mesurer directement. La moitié de cet angle, c’est-à-dire l’angle SET, est ce qu’on nomme la parallaxe annuelle de l’étoile E. Ainsi la parallaxe annuelle d’une étoile, c’est l’angle sous lequel un observateur placé sur l’étoile verrait de face le rayon de l’orbite terrestre.

En prenant toujours des observations correspondantes à deux points diamétralement opposés de l’orbite de la Terre, on obtiendra de la sorte, dans le cours de l’année, un grand nombre de mesures de la parallaxe annuelle. Dans notre exemple et dans notre figure, l’étoile est située au pôle de l’écliptique ; l’opération est la même, quoique un peu moins simple pour les autres positions du ciel. Dans la pratique, on obtient d’une manière exacte la valeur des angles STE, ST'E, en comparant les positions successives de l’étoile observée à celle d’une étoile relativement fixe, qui n’ait pas de parallaxe. La grande majorité des étoiles se trouve dans ce dernier cas.

Les recherches des astronomes ont démontré qu’il n’est pas une seule étoile dont la parallaxe soit égale à 1". Elles leur sont toutes inférieures. Pour se faire une idée de cette valeur, il faut savoir que la circonférence des cercles astronomiques qui servent aux observations est di-

IBS MERVEILLES CÉLESTES.

visée en 560 parties appelées degrés, chaque degré en 60 minutes, chaque minute en 60 secondes. Cette valeur d’une seconde est si petite, qu’un fil d’araignée placé au réticule de la lunette cache entièrement la portion de la sphn«; céleste où s’effectuent les mouvements apparents des étoiles, au plus égaux à 1". >

L’étoile que ces sortes d’observations ont constaté être la plus proche, c’est l’étoile « du Centaure, sa parallaxe est égale à 97 centièmes de seconde (0",97). De l’étoile a du CçpSatire, le rayon de l’orbite terrestre est donc réduit à 0",97,. Or, pour que la longueur d’une ligne droite quelconque vue de face se réduise à n’apparaitre plus que sous un angle aussi petit que celui de 1 seconde, il faut que cette ligne soit à une distance de 206,000 fois sa longueur, et pour quelle se réduise à 0",97, il faut qu’elle soit un peu plus loin encore, à 211,330 fois sa longueur. C’est, là une donnée mathématique. Donc l’étoile «. du Centaure est éloignée de nous de 211,530 fois le rayon de l’orbite terrestre, c’est-à-dire 211,530 fois 58 millions de lieues, soit : 8,073,000,000,000.

C’est là l’étoile la plus voisine. La lumière marche pendant trois ans et liuit mois pour venir d’elle à la Terre. Les autres étoiles l’approchées se succèdent, comme nous l’avons vu, à des distances supérieures à celle-là.

On voit par ce qui précède que ces résultats, quelque prodigieux qu’ils paraissent au premier abord, sont dus à des méthodes mathématiques d’une grande simplicité. Toute la difficulté de ces sortes de déterminations consiste dans l’observation extrêmement minutieuse, longue et pénible, du faible déplacement de l’étoile dans le ciel.

Toutes ces étoiles, vastes comme notre soleil, éloignées les unes des autres par de telles distances, se succédant à l’infini dans l’immensité des espaces, sont en mouvement dans les cieux. Rien n’est fixe dans l’univers, il n’y a pas un seul atonie de matière en repos absolu. Les

LE NOMBRE DES ÉTOILES, ETC. l‘29

forces formidables dont la matière est animée régissent universellement son action. Ces mouvements de translation des soleils de l’espace dans l’étendue sont insensibles à nos yeux, parce qu’ils s’exécutent à une trop grande distance ; mais ils sont plus rapides que nulle vitesse que nous puissions observer sur la Terre : il y a des étoiles qui sont emportées dans l’espace avec une rapidité de vingt lieues par seconde. Pour l’œil qui saurait faire abstraction du temps comme de l’espace, le ciel serait un véritable fourmillement d’astres divers tombant dans toutes les directions du vide éternel. L’étoile qui est notre soleil tombe, entraînant la terre et les planètes avec elle, avec une vitesse de 120 lieues par minute, ou 7,200 lieues à l’heure... s’enfonçant de plus en plus chaque jour, chaque année, chaque siècle, dans les immensités toujours ouvertes de l’espace.

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