‹ Les merveilles célestesChapitre 21 sur 39 · LE SOLEIL. (SUITE · texte numérisé non relu

LE SOLEIL. (SUITE

Qviiintl le Soleil entra dans sa route infinie,

A son premier regard, de ce monde imparfait Sortit le peu de bien que le ciel avait fait.

A. de Musset.

Quelle qu’ait été l’idée préconçue dont les pensées étaient dominées en faveur de ce beau Soleil, de cet astre rayonnant, si vénéré que l’idée seule de l’accuser de taches était un blasphème, c’est cependant de l’observation et de l’étude de ses taches qu’est résultée la connaissance que nous avons de lui ; tant il est vrai que la science, supérieure à tous les préjugés, est la véritable souveraine de l’esprit. L’examen de ces taches, de leur forme, et des aspects changeants qu’elles révèlent par suite de la rotation de l’astre, a servi de base à une théorie sur sa constitution physique que divers astronomes ont successivement adoptée et consacrée, depuis Wilson et Herschel, jusqu’à Humboldt et Arago. D’après cette théorie, le Soleil se composerait essentiellement d’un noyau et d’une atmosphère. Le noyau serait obscur et l’atmosphère serait enveloppée d’une couche lumineuse, à laquelle on donna le

LE SOLEIL

Fig. 35. — Rotation du Soleil.

supérieure, semblables à des ouragans verticaux, soit par toute autre cause dépendante de la nature de l’astre. La pénombre des taches serait formée par l’atmosphère inférieure douée de la propriété de réfléchir la lumière de la photosphère et d’en préserver le corps de l’astre. Le centre obscur des taches ne serait autre chose que le corps du Soleil lui-même rendu visible par une ouverture de l’atmosphère inférieure correspondant à l’ouverture de la photosphère. Les taches sont de la sorte suffisamment expliquées, et même les diverses apparences observées à la surface solaire, comme les pores dont elle parait criblée,

nom de photosphère. La lumière et la chaleur qu’il nous envoie ne viendraient pas du noyau, mais de cette enveloppe calorifique et éclatante. On explique les taches en supposant que ce sont des ouvertures formées dans cette enveloppe extérieure, soit par des éruptions de gaz issues de bouches volcaniques, soit par de puissants courants d’air s’élevant de l’atmosphère inférieure à l’atmosphère

les facules ou taches blanches, les rides, etc., phénomènes causés par des mouvements chimiques opérés dans l’atmosphère où les gaz s’associent dans les combinaisons les plus variées.

Cette théorie a paru d’autant mieux fondée, que l’ouverture en forme d’entonnoir qui constituerait lés taches, apparaît plus sensiblement encore dans les perspectives causées par le mouvement de rotation du Soleil. En vertu de ce mouvement, une tache ronde paraîtra se rétrécir à mesure qu’elle s’éloignera du centre, et, lorsque la portion de sphère où elle est située aura tourné jusqu’au point où elle va disparaître, tout en ayant gardé sa longueur intégrale, sa largeur aura diminué jusqu'à ne plus offrir, que l’apparence d’une ligne. De plus, la portion de la pénombre* ou, si l’on veut, de l’entonnoir, qui se trouve du côté du spectateur, diminuera de largeur et disparaîtra avant l’autre. Enfin, lorsqu'une grande tache arrivera au bord de la sphère, si cette tache est assez grande, on devra la voir creusant un peu la partie du disque solaire qu’elle occupe. Or, ces apparences, commandées par la perspective dans le cas où les taches seraient des ouvertures, sont précisément celles que l'on observe.

Les astronomes ont été longtemps généralement d’opinion que le noyau solaire est un corps opaque, obscur comme la Terre, qu’il est enveloppé d'un fluide atmosphérique, et qu’au delà de ce fluide gît une couche de sub stance douée de la propriété d’émettre la lumière et la chaleur; c’est cette couche externe que l’on nomme photosphère.

Mais, aujourd’hui, tous les avis ne sont plus unanimes sur la constitution physique de l’astre qui nous éclaire.

Il faut dire, en effet, que la théorie du Soleil n’est pas tout à fait aussi simple que nous venons de la résumer. On ne voit pas si bien indiqué que dans la figure précédente l’aspect en creux des taches solaires. Personnellement,

i.E SOLEIL.

malgré nos très-nombreuses et très-attentives observations , nous n’avons jamais vu une dépression du bord du Soleil à l’endroit de la disparition d’une tache, même de la tache la plus colossale. D’ailleurs, les recherches d 'analyse spectrale faites depuis dix ans paraissent démontrer plutôt

Kig. S4. — Décomposition de la lumière.

que le Soleil est un corps liquide incandescent, émettant par lui-même la chaleur et la lumière, et environné d'une atmosphère vaporeuse dans laquelle flottent des gaz en combustion à la surface agitée de l'océan solaire.

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Digiti;

Occupons-nous un instant de l’analyse spectrale de la lumière.

Lorsqu’on reçoit un rayon de lumière sur un prisme, en traversant le prisme, ce rayon se décompose entre les couleurs différemment réfrangibles qui le constituent, et au lieu de former un seul faisceau blanc, peut s'étaler sur un écran sous la forme d’une sorte de petit ruban (fig. 34).

Mais voici le fait curieux. Tout métal, tout corps, tout objet mis en suspension dans une flamme et amené à l’état de gaz incandescent incorpore, dans le rayon lumineux issu de cette flamme, un arrangement de lignes spécial à la nature de ce corps. Dans le ruban le long duquel s’étale en quelque sorte le rayon lumineux, le microscope distingue un grand nombre de lignes brillantes transversales, dont l’ordre est spécial à la nature de l'objet porté à l’état d’incandescence.

Ainsi, par exemple, si l’on chauffe un petit morceau de fer jusqu’à ce qu’il soit lumineux et émette une vapeur incandescente, et si l’on reçoit sur le prisme de l’appareil spécial appelé spectroscope le rayon émis par cette incandescence, en examinant le spectre de ce rayon, on remarque au microscope 460 raies brillantes très-distinctes, resserrées et disposées dans un ordre que nulle autre substance ne présente.

Il en est de même pour d’autres corps. Lorsqu’ils arrivent à l’état de vapeur incandescente, ils donnent une image prismatique dont les lignes brillantes révèlent par leur nombre, leur position et leur arrangement, la nature intime de ces corps. ,

Tant que les corps restent solides ou liquides leur spectre est sans raies.

Un fait bien singulier et bien difficile à concevoir exactement, môme pour les esprits accoutumés aux méditations scientifiques , c’est qu’un gaz qui, à l’état d’incandescence, donne un certain arrangement de lignes

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LE SOLEIL

brillantes absorbe, lorsqu’il n’est pas incandescent, les mêmes lignes brillantes existant dans un rayon lumineux qui le traverse, de sorte que ces lignes se présentent en noir.

L’examen de ces raies obscures, dans le spectre d’une lumière qui a traversé une matière gazeuse, fait connaître quelles raies brillantes le même gaz introduirait dans le spectre s’il était incandescent. Par conséquent, la nature de ce gaz se révèle par là aussi bien que par les raies brillantes qu’il émettrait s’il était lumineux lui-même.

Autre remarque non moins importante. 11 n’est pas nécessaire qu’une substance soit en grande quantité pour annoncer sa présence dans la révélation merveilleuse de l’analyse spectrale : un cinquante millionième de gramme de thallium fait apparaître dans son image prismatique sa ligne verte caractéristique. Un millionième de milligramme de sodium révèle sa présence dans une flamme en dessinant immédiatement dans le spectre sa double raie jaune. Une expérience curieuse manifeste mieux encore cette extrême sensibilité. On a fait détonner 5 milligrammes de chlorate de soude au fond d’une salle de fit) mètres cubes. A l’opposé de cet endroit, on avait allumé un bec de gaz dont on observait le spectre. Après quelques minutes, la double raie du sodium apparut, provenant par conséquent d’une infiniment petite partie de la soude répandue dans l’atmosphère de la salle.

Ces principes étant exactement posés, on voit de suite leur application à la détermination de la nature des corps qui existent dans le Soleil.

L’image aux sept couleurs, donnée par le rayon solaire décomposé en traversant un prisme, présente dans sa texture intime un grand nombre de lignes transversales obscures. Huit lignes surtout sont remarquables. La première est au commencement du rouge, la seconde au milieu, et la troisième vers la fin de la même couleur. La quatrième est au milieu du jaune. La cinquième au

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