‹ Les merveilles célestesChapitre 22 sur 39 · I RO · texte numérisé non relu

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milieu du vert, la sixième dans le bleu, la septième au commencement du violet, et la huitième à la fin. On a désigné ces lignes principales par les huit premières lettres de l’alphabet : A, B, C, D, Ii, F, G, H (lig. 55). Mais ce ne sont pas les seules : on en compte aujourd’hui plus de trois mille.

Jtougc. Orangé. Jaune Vert. Bleu. Indigo. Violet.

Fig. ôü. — Haies principales du spcclre solaire.

Pour connaître la nature des substances gazeuses qui, dans l’atmosphère du Soleil, donnent naissance à ces raies obscures, on a établi avec le plus grand soin une suite de comparaisons entre la position de ces raies obscures et celle des raies brillantes produites par diverses substances amenées à l’état de gaz incandescent.

La première remarque importante faite fut que la double vaie du sodium coïncide exactement avec une double raie noire du spectre solaire. On put ensuite constater que les 4(ï0 lignes microscopiques du fer coïncident exactement dans leur position et leur arrangement avec des lignes identiques dans le spectre solaire.

Des comparaisons rigoureuses analogues amenèrent à conclure que l’atmosphère solaire renferme, en outre de la soude et du fer, du magnésium, de la chaux, du chrome, du nickel et du cobalt (éléments des aérolithes), du baryum, du cuivre, du zinc, de l’hydrogène et du manganèse; mais l’or et l’argent n’y sont point. Ce qui aurait pu contrarier fort les alchimistes du temps passé, et Nicolas Flamel, en particulier, pour lesquels le Soleil était l’astre

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d’or par excellence. Tous ces matériaux, révélés exister dans cette sphère par l’analyse spectrale, furent aussi révélés s’y trouver à l’état de fusion. Voilà donc pour les expérimentateurs et théoriciens dont je parle, l’astre du

Fig. 56. — Tache avec facules. (Observation de Cliacornac )

jour revenu à ce qu’il était pour nos pères, un astre de feu. En effet, non-seulement on réédita la théorie que le flambeau du jour était un globe incandescent, loin d’être obscur, que la lumière que nous en recevons vient de son noyau enflammé, et non de son atmosphère ; mais on cher-

cha encore comment les taches sont explicables dans cette nouvelle hypothèse, et on proposa d’admettre que ces taches soient simplement des nuages se combinant dans l’atmosphère solaire sous l’influence d’un refroidissement de température partiel, et devenant assez opaques pour intercepter tout à fait le noyau du globe incandescent. D’autres savants, partageant les mêmes idées sur la constitution physique du Soleil, émirent sur les taches l’idée qu’elles étaient, non des nuages, mais des solidifications partielles de la surface, des scories comme on en voit se former à la surface des substances fondues sur le creuset des métaux en ébullition. On explique môme comment l’ombre des taches est la partie centrale plus épaisse de ces solidifications partielles, laquelle intercepte les rayons émis par le corps solaire, d’autant mieux qu’elle serait plus chargée, et que la pénombre correspondrait à la pellicule qui, dans toute formation de ce genre observée à la surface des métaux en fusion, se produit invariablement autour de la scorie..

Le Soleil est regardé maintenant, d’après ces investigations. comme un corps liquide lumineux par lui-même, environné d’une atmosphère non lumineuse, transparente, à travers laquelle passent d’abord les rayons émis par la surface incandescente du Soleil.

Les observations faites pendant l’éclipse totale de 1868 ont montré de plus que les hautes protubérances qui s’échappent du Soleil sous forme de longues flammes sont formées d’hydrogène incandescent. La surface de l’immense foyer n’est donc pas régulière, comme on serait porté à le croire, mais hérissée de flammes, de jets lumineux, de vagues aux crêtes gigantesques, de tourbillons inouïs, dont nos volcans terrestres et nos plus violentes tempêtes maritimes ne peuvent nous donner la moindre idée.

Arrivons maintenant aux éléments cosmographiques du Soleil, et parlons d’abord de ses dimensions.

LE SOLEIL

La grosseur du Soleil, 1 million 400 mille fois plus gros que la Terre, surpasse trop le degré de nos mesures habituelles pour que l’on puisse espérer d’en donner une idée suffisante. Dans l’ordre des volumes, comme dans celui

Fig. 57. — Dimensions comparées du globe du soleil et de l’orbite de la lune.

des distances et des temps, les grandeurs qui surpassent de trop haut nos conceptions ordinaires ne disent plus rien à notre esprit, et toute la peine que nous prenons pour nous les représenter reste pour ainsi dire stérile. Cependant une comparaison pourra tout au moins inspirer une idée approchée de la grandeur dont nous parlons. Si l’on plaçait le globe terrestre au centre du globe solaire, comme

un noyau au milieu d’un fruit, la distance de 96 000 lieues qui nous sépare de la Lune serait comprise dans l’intérieur du corps solaire : la Lune elle-même se trouverait absorbée en lui, et pour aller de la Lune à la surface du Soleil, en suivant le même rayon, on aurait encore à parcourir une distance de 80,000 lieues! (Voy. la fig. 57.)

On compte d’ici au Soleil trente-huit millions de lieues de quatre kilomètres. C’est à cause de ce grand éloignement que cet astre si volumineux ne parait pas mesurer un pied de diamètre, et c’est ce qui explique comment les anciens et Épicure en particulier ne l’estimaient pas plus grand que cette mesure. Cette distance est également la raison pour laquelle il ne nous parait guère plus grand que la Lune, qui n’est qu’à 90,00(1 lieues d’ici. On peut à ce propos demander avec une curiosité bien légitime comment on a pu trouver cette distance du Soleil à la Terre. La méthode est trop compliquée pour que je la développe ici tout au long ; mais on peut en donner une idée sans dépasser les bornes de cette causerie.

Entre le Soleil et la Terre il y a deux planètes, Mercure et Vénus, dont la dernière a rendu les plus grands services à la recherche de la distance qui nous sépare de l’astre radieux. Comme le plan de son orbite (circonférence qu’elle suit autour de l’astre central) oscille, et coïncide parfois avec celui de l’orbite de la Terre, il arrive de temps en temps qu’elle passe entre le Soleil et nous, comme un point noir traversant le disque lumineux. Ce passage arrive aux intervalles singuliers de : 8 ans, 115 ans 1/2 — 8 ans, 8 ans, 115 ans 1/2 -+- 8 ans. Ainsi l’avant-dernier passage a eu lieu en août 1761, le dernier, 8 ans après, c’est-à-dire en août 1769. Ajoutons à cette année 115 ans 1/2 — 8 ou 105 ans 1/2, nous avons 1874, décembre. C’est le prochain. Le suivant aura lieu 8 ans après, en décembre 1882, etc. À ces époques précieuses, les astronomes de tous les pays font abstraction de leur nationalité, s’entendent

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comme des frères, et s’arrangent de manière à observer en différents pays le passage de Vénus. Deux observateurs situés en leurs stations les plus éloignées possible l’une de l’autre, marquent les deux points où la planète, vue de chacune de leurs stations, parait se projeter au même moment sur le disque solaire. Cette mesure leur donne l’écartement de l’angle formé par deux lignes partant de leurs stations et venant se croiser sur Vénus pour aboutir dans un angle opposé sur le soleil. C’est la mesure de cet angle, faite par des observateurs placés sur tous les points du globe, qui donne ce que l’on nomme la parallaxe du Soleil. Nous avons déjà parlé de cette méthode page i 20.

Aux derniers passages de Vénus, un astronome français, Le Gentil, que son nom aurait dû sauver de pareils désappointements de la part de Vénus, fut singulièrement récompensé de son amour pour la science et de son désintéressement. Envoyé dans les Indes par l’Académie des sciences, il s’embarqua avec armes et bagages pour observer en 1761 le passage de la planète sur le ciel de Pondichéry. Sa grande activité, son ardeur ne purent vaincre les hasards de la traversée : il débarqua justement quelques jours après que le phénomène s’était passé... Les obstacles aigrissent le courage et l’augmentent encore. Il prend la résolution héroïque de rester pendant huit ans au sein de ce pays inconnu, afin de compenser son observation manquée : il attend le passage de 1769 et prend alors toutes les dispositions recommandées pour faire une observation irréprochable. L’année et le jour arrivent enfin! le ciel est pur, aucun obstacle n’empèchera sa longue résolution de recevoir enfin son couronnement . Mais hélas ! voilà que juste au moment où le point noir va entrer sur le disque solaire, un petit nuage se forme dans l’atmosphère, et reste sur le Soleil jusqu’au moment où Vénus sortie du disque aura mis fin à la possibilité de toute

observation... Pour comble de bonheur, ne pouvant de nouveau se résoudre à attendre le passage suivant (1774), l’astronome en reprenant la route de France trouve la mer orageuse, qui faillit mettre fin à ses jours. Le Gentil de la Galaisière mourut en 1792, après avoir écrit ses impressions de voyage.

Par des considérations fondées sur l’action magnétique du Soleil, on peut être fondé à croire que sa lumière est de même nature que la lumière électrique, si ce n’est qu’elle est incomparablement plus puissante, attendu que les éléments dont nous disposons sont incomparablement inférieurs à ceux dont dispose la nature. Quelque éclatants que soient nos foyers électriques, quelque éblouissantes que soient leurs flammes, dont la blancheur nous étonne ; projetée sur le disque solaire, la lumière électrique a l’apparence d’une tache noire.

L’intensité de la chaleur solaire n’est pas moins difficile à concevoir ; les plus intenses de nos foyers qui s’élèvent à la température de la chaleur blanche ne nous en donnent qu’une faible idée. Voici pourtant quelques comparaisons qui en indiqueront la valeur. Que l’on se représente le Soleil sous la forme d’un globe volumineux comme un million quatre cent mille globes terrestres, et entièrement couvert d’une couche de houille de sept lieues de hauteur. La chaleur qu’il déverse annuellement dans l’espace est égale à celle qui serait fournie par cette couche de houille embrasée. — Cette chaleur solaire serait encore capable de fondre en une seconde une colonne de glace qui mesurerait 4,000 kilomètres carrés de base et 310,000 kilomètres de hauteur. Si l’on se proposait simplement d’empêcher la chaleur solaire de rayonner, il faudrait lancer à sa surface un jet d’eau glacée, ou pour mieux dire de glace, qui mesurerait 18 lieues de diamètre, et qu’on lancerait avec la vitesse de 70,000 lieues à la seconde. En recevant une pareille colonne de glace, l’astre du jour ne

LE SOLEIL

rayonnerait plus; mais cela ne veut, pas dire encore qu’il y aurait là une action suffisante pour l’éteindre.

Enfin il est fort curieux de savoir combien pèse ce gigantesque corps. C’est un fort beau poids : deuxnonillions de tonnes de mille kilogrammes. On écrit ce nombre en ali gnant à la suite du chiffre 2, neuf colonnes de 3 zéros, ou, plus exactement, comme ceci :

Si ce globe était encore aujourd’hui, comme du temps d’Apollon, traîné par quatre chevaux, il faudrait des coursiers d’une force vraiment exceptionnelle, surtout si l’on songe à la vitesse avec laquelle ils devraient voler pour arriver à faire le tour du globe en vingt-quatre heures. Voici maintenant en regard du poids du Soleil, celui de la Terre où nous sommes, exprimé comme le précédent en tonnes de mille kilogrammes :

Lorsque les astronomes placent le Soleil sur le plaleau de la balance gigantesque dont ils se servent pour connaître le poids des astres, il leur fout mettre dans l’autre plateau 350,000 globes terrestres pour lui faire équilibre.

Nous n’avons pas à craindre que cet astre gigantesque vienne un jour à s’éteindre, laissant la Terre dans l’obscurité glacée. Il possède en son colossal foyer un nombre suffisant de degrés de chaleur, pour que nous ayons devant nous des millions de siècles pendant lesquels il nous serait impossible, lors même que cette chaleur décroîtrait, de nous en apercevoir.

Oui, l’étoile resplendissante du jour reste pour nofls le

plus beau et le meilleur des astres. Nous avons reconnu sa grandeur et sa puissance : nulle force n’est capable de rivaliser avec la sienne. En nous révélant les secrets- de sa nature, la science n’a pas amoindri dans notre pensée son image vénérée, et comme dans nos études précédentes, la réalité fut ici supérieure à la fiction. Nos hommages lui restent donc, mieux compris et mieux justifiés que jamais. Nous pouvons encore lui dire avec Byron :

« Astre glorieux, adoré dans l’enfance du monde par cette race d’hommes robustes, ces géants nés des amours des anges avec un sexe qui, plus beau qu 'eux-mêmes, fit tomber dans le péché ces esprits égarés, bannis à jamais du ciel ; astre glorieux ! tu fus adoré comme le dieu du monde, avant que le mystère de la création fût révélé. Premier ministre du Tout-Puissant, c’est toi qui réjouis le premier le cœur des bergers chaldéens sur la cime de leurs montagnes, jusqu’au jour où ils répandirent devant toi leur âme en prière ; roi des astres et centre d’une multitude de mondes, c’est à toi que la Terre doit sa durée ; père des saisons, roi des éléments et des hommes, les inspirations de nos cœurs comme les traits de nos visages sont sous l'influence de tes rayons, car de près ou de loin nos facultés intimes s’illuminent devant ton rayonnement aussi bien que nos aspects extérieurs. Nulle gloire n’égale la pompe de ton lever, de ton cours et do ton coucher »

1 Lord Byron, Manfred.

MERCURE

Combien je chéris l’heure où s'éteint la clarté du jour, où les rayons du soleil semblent se fondre dans la mer silencieuse! C'est alors que s’élèvent les doux rêves des jours passés, alors le souvenir exhale vers toi son soupir du soir I

Thomas Moore, Mélodies.

Au-dessus du Soleil, à l’occident, quand l’astre radieux est couché, ou bien ù l’orient, avant son lever, on voit quelquefois une petite étoile blanche, un peu nuancée de rouge. Les Grecs la nommaient Apollon, le dieu du jour, et Mercure, le dieu des voleurs, qui profitent du soir pour commettre leursméfaits ; car ils voyaient en elle deux planètes différentes, l’une du matin, l’autre du soir, comme ils firent pendant longtemps à l’égard de Vénus. 11 en fut de même des Égyptiens et des Indiens. Les premiers lui donnaient les noms de Set et d’Horus; les seconds ceux de Bouddha et de Rauhineya ; noms qui rappellent comme les précédents les divinités du jour et du soir. Les Latins eux-mémes, qui, du reste, s’occupèrent fort peu d’astronomie, restèrent dans le doute à cet égard. Ce n’est que

dans les temps postérieurs qu’on reconnut définitivement l’identité de ces deux astres qui, comme Castor et Pollux, auxquels ils ont été assimilés, ne "paraissaient jamais ensemble. On lui garda son nom du soir : Mercure.

Dans l’océan de flammes incessamment plongé, Roulant sa masse obscure en un orbe allongé, Divers dans ses aspects. Mercure solitaire Erra longtemps peut-être inconnu de la Terre. Cependant quand, le soir, le soleil moins ardent Laissait le crépuscule éclairer l’occident,

Au bord de l’horizon une faible lumière Semblait suivre du dieu l’éclatante carrière.

Daiiu.

Première planète du système, Mercure reste toujours absorbée dans le rayonnement royal du prince radieux ; aussi, comme les courtisans, elle se prive de son individualité pour se confondre dans la personnalité de Castrerai . Elle n’y gagne rien, comme vous voyez, elle y perd même beaucoup, attendu qu’elle n’a pas eu l’honneur d’être connue des fondateurs de l’astronomie. Copernic désespéra de jamais la voir : « Je crains, disait ce grand homme, de descendre dans la tombe avant d’avoir jamais découvert la planète. » Et, en effet, celui qui avait transformé le système du monde, et pris en main chacune des planètes pour les placer autour du Soleil, mourut sans avoir vu la première d’entre elles. Galilée put l’observer, grâce aux lunettes qui venaient d’être inventées ; mais on ne peut encore dire qu’il l’ait connue suffisamment, puisqu’il lui fut impossible de jamais distinguer ses phases. Les adversaires du nouveau système opposaient précisément aux premiers astronomes, Copernic, Galilée, Kepler, l’absencedephaseschez les planètes Mercure et Vénus. Car, disaient-ils, si ces planètes tournaient autour du Soleil, elles changeraient d’aspect ù nos yeux, comme le fait la

MERCURE

Lune, selon que nous verrions de face, de profil ou par derrière le côté qu’elles tournent vers le Soleil. Copernic et ses collègues avaient répondu: Nous ne distinguons pas de phases, il est vrai ; mais, s’il ne manque que cela pour que vous adoptiez notre système, Dieu fera la grâce qu’elles en aient. Kn effet, elles en ont, et voici celles de Mercure :

Fiy. 58. — Phases de Mercure.

Par l’observation des irrégularités visibles dans l’intérieur du croissant ou du quartier, on a reconnu que Mercure est hérissé de hautes montagnes, plus hautes que celles de la Terre, quoique Mercure soit un globe beaucoup plus petit que le nôtre. On a de môme remarqué l’existence d’une atmosphère plus dense et plus élevée que la nôtre. Au milieu du siècle dernier, l’un des nombreux romanciers qui simulèrent des voyages aux planètes prétendit savoir que les montagnes de Mercure étaient les unes et les autres couronnées de jardins superbes, où croissaient naturellement non-seulement les fruits les plus succulents qui servent à la nourriture des Slercuriens, mais encore la plus grande variété de mets. 11 paraîtrait qu’en cethcu-

reux monde, il n’est pas nécessaire de préparer, comme chez nous, les objets d’alimentation ; poulets, jambons, beefsteaks, côtelettes, entremets, hors-d’œuvre, etc., y pousseraient de la même façon (pie les pommes sur nos pommiers, et lorsqu’on veut servir un repas, onsecontente de mettre le couvert ; alors viennent des oiseaux-serviteurs qui reçoivent vos ordres, s’envolent intelligemment, et en un clin d’œil, sur les montagnes où se trouvent les plats demandés, et vous en font hommage avec le plus grand empressement. 11 vaut peut-être mieux croire que les végétaux de Mercure jouissent de ces dons précieux, et que ses oiseaux sont d’une intelligence aussi agréable, plutôt •pie de penser avec Fontenelle que les habitants de Mercure sont tous fous, et que leurs cerveaux sont brûlés par l’ardente chaleur que le soleil déverse sur leur tête. Mais jusqu’à ce qu’un voyage authentique nous ait suffisamment renseignés à cet égard, nous nous en tiendrons aux éléments astronomiques de la planète, savoir : qn’elle roule à 14,785,000 lieues du soleil, que son diamètre est de 4,978 kilomètres, sa surface de 779,250,000 myriamètres carrés, son volume de 64,851,000 myriamètres cubes; que son jour dure 24 heures 5 minutes 28 secondes; son année 87 jours 25 heures 14 minutes, et ses saisons 22 jours seulement; que sa masse, comparée à celle de la Terre, est seulement de 17 centièmes; que sa densité est trois fois plus forte que la nôtre, que les corps qui tombent à sa surface parcourent 5'“, 65 pendant la première seconde de chute ; enfin qu’elle reçoit 6 fois et demie plus de lumière et de chaleur que la Terre, et qu’elle est fort excentrique.

Excentrique veut dire que, dans son mouvement de révolution autour du Soleil, elle ne demeure pas toujours à la même distance, qu’elle suit une ellipse plutôt qu’une circonférence, et qu’à certaines époques de son année elle reçoit deux fois plus de chaleur qu'aux époques opposées.

MERCURE

On voit que le mot excentrique n’est pas mal choisi, puisqu’il représente un manque de régularité dans le mouvement circulaire des planètes. Pendant que nous parlons de cette singularité, ajoutons encore que, de tous les astres, les comètes sont les plus excentriques : elles s’approchent à certaines époques si près du Soleil, qu’on croirait vraiment qu’elles vont fondre dans son brasier; dans la partie opposée de leur course, au contraire, elles s’en éloignent à de telles distances qu’elles finissent par le perdre de vue, qu’elles errent dans les ténèbres et le froid des espaces solilaires.

VÉNUS

0 loi, petite étoile scintillante du soir, diamant qui étincelles sur un ciel d'azur I avec quel empressement je prendrai mon essor vers toi quand mon âme sera dégagée de sa prison terrestre’ !

La jeune fille poète qui chanta celte ravissante pensée. Maria Lucrezia Davidson, s’envola de sa prison terrestre vers son étoile bien-aimée, lorsqu’à peine elle avait Vu lleurir son dix-septième printemps. Comme la blanche étoile du matin et du soir, elle s’éteignit à la première période de la vie et ne connut que son aurore. Peut-être maintenant réside-t-elle en effet dans cette île de lumière et contemple-t-elle de là le séjour terrestre qu’elle habitait naguère ; peut-être entend-elle la prière de ceux qui, comme elle le faisait autrefois, permettent à leurs espérances de s’envoler parfois aux régions du ciel.

1. Ces vers sont trop beaux pour n ôtre pas cités en original :

Thon little sparkling star ol’ even Thon gein upon an azuré heaven 1 Dow swifily will I soar to tliee V lien lliis unprisonpd soûl is free !

VENUS

Quelques esprits de mauvaise humeur ont prétendu que, si Vénus est belle de loin, c’est qu’elle est fort affreuse de près. Je vois d’ici mes jeunes lecteurs et mes aimables lectrices, et je suis sûr que pas un d’entre eux, et surtout que pas une d’entre elles, n’est de cet avis-là : on peut être beau de près comme de loin, n’est-ce pas? Ce n’est pas vous qui me contredirez. Ayons donc la gracieuseté de reporter à Vénus ce que nous disons entre nous, et soyons assurés que non-seulement elle est fort belle de loin, mais encore ravissante de près.

En effet, toutes les magnificences de la lumière et du jour dont nous jouissons sur la Terre, elle les possède à un plus haut degré. Elle est enveloppée, comme notre globe, d’une atmosphère transparente au sein de laquelle se combinent mille et mille jeux de lumière. Des nuées s’élèvent de l’océan tumultueux et portent dans le ciel la diversité de leurs nuances neigeuses, argentées, dorées, empourprées. A l’horizon du matin et du soir, quand l’astre éclatant du jour, deux fois plus grand qu’il ne parait de la Terre, lève à l’orient son disque énorme et se penche le soir vers l’hémisphère occidental, le crépuscule développe ses splendeurs et ses magnificences. D’ici, nous assistons par le télescope à ce lointain spectacle, car nous distinguons clairement l’aube et le déclin du jour dans les campagnes de Vénus.

Le joui- et la nuit y sont à peu près de même durée que sur la Terre : la période diurne de rotation de la planète est de 23 heures 21 minutes 7 secondes ; c’est par conséquent 35 minutes de moins qu’ici. Mais entre l’hiver et l’été, il y a une différence plus grande encore que chez nous entre l’intervalle qui s’écoule du lever au coucher du soleil et celui qui sépare son coucher de son lever, car ce globe est plus incliné que le nôtre sur le plan de son orbite. C’est cette inclinaison qui constitue, sur cette planète comme sur la Terre également, la varia-

(ion des saisons, leur durée réciproque, leur intensité. Vénus étant plus penchée encore que la Terre sur le plan dans lequel elle se meut, ses saisons sont plus caractérisées encore que les nôtres, et ses climats beaucoup plus marqués. Il y a entre le froid de l'hiver et la chaleur de l’été une différence beaucoup plus grande qu’ici ; il y fait presque aussi froid qu’ici en hiver, et infiniment plus chaud en été. Pareillement, il y a de l’équateur aux pôles une variation de climats plus marquée encore que sur la sphère terrestre ; ce que nous appelons ici zones tempérées est insensible sur Vénus, et même n’y existe pas. La zone torride et la zone glaciale empiètent constamment l’une sur l’autre, et comme l’année ne dure que 224 jours au lieu de 565, la rapidité de cette succession accroît encore son intensité. Aussi les neiges n’ont-elles pas le temps de s’accumuler aux pôles, comme sur la Terre, sur Mars et sur Saturne, et les variations atmosphériques font-elles régner une agitation perpétuelle à la surface de la planète.

Ses montagnes sont beaucoup plus hautes que les nôtres. On les a mesurées aux époques où Vénus se présente à nous sous la forme d’un croissant. Les inégalités que l’on remarque dans l’intérieur du croissant sont les parties plus élevées de la surface qui reçoivent encore les rayons du soleil à l’heure où celui-ci est déjà couché pour la plaine. D’après le temps que ces parties blanches mettent à disparaître, on peut donc en conclure la hauteur.

Nous venons de parler du croissant de Vénus. Comme Mercure, en effet, cette planète est située entre la Terre et le Soleil, et le cercle qu’elle décrit dans son année se trouve compris dans l’intérieur du cercle que décrit la Terre autour du même astre. Il suit de là qu’à certaines époques, la planète Vénus se trouve justement entre le Soleil et nous, et alors elle nous présente sa partie

VENUS

obscure, puisque sa partie éclairée est naturellement du côté du Soleil. En d’autres temps, lorsqu’elle se trouve à droite ou à gauche du Soleil, elle nous présente seulement un quartier. Enfin, lorsqu’elle se trouve de l’autre côté du Soleil, elle nous présente sa partie éclairée tout entière.

Vénus circulant dans une orbite intérieure à celle delà Terre, il y a des périodes où elle n’est qu’à 10 millions de lieues de nous (lorsqu’elle se trouve entre le Soleil et nous)

Fig. 50. — Variations du disque apparent de Vénus.

et des périodes opposées où elle s’éloigne à 65 millions de lieues (lorsqu’elle se trouve de l’autre côté du Soleil). Ses dimensions apparentes varient donc très-sensiblement avec sa distance. La figure 39 donne ces variations. Dans le dessin de droite, on voit Vénus entre le Soleil et la Terre, position dans laquelle nous ne voyons presque que l’hémisphère non éclairé de la planète. C’est le mo-

ment du croissant le plus mince {à moins que Vénus ne passe exactement sur le Soleil, auquel cas il n’v a plus de croissant du tout). Dans la seconde figure, 4a planète est en quadrature. Dans le dessin de gauche, se trouvant à l’opposite du soleil, elle est pleine pour nous, mais très-petite et bien moins éclatante que même dans son croissant le plus mince.

[.es phases de Vénus furent vues pour la première fois au mois de septembre 1610 par Galilée, qui reçut de ce spectacle une joie impossible à décrire, attendu qu’il témoignait éloquemment en faveur du système de Copernic, montrant que, comme la Terre et la Lune, les planètes reçoivent leur lumière du Soleil. Quand je dis que ces . phases furent vues pour la première fois au mois de septembre 1 610, vous n’en conclurez pas pour cela qu’elles n’existaient pas avant cette époque; mais vous en tirerez seulement la conséquence qu’avant cette année on n’avait pas tourné de lunette du côté de celte planète, et qu’à - l’œil nu ses phases sont insensibles.

Suivant une coutume de l’époque, l’illustre astronome cacha sa découverte sous un anagramme, pour justifier de l’authenticité de cette découverte en cas de rivalité, et pour se donner le temps de continuer ses observations et de les rendre plus parfaites. Il termina une lettre par cette phrase :

llœc immatura a me jam frustra Icguiitur, il. ij.

c’est-à-dire : « Ces choses, non mûries et cachées encore pour les autres, sont lues par moi. » Sous ce cryptogramme, il serait difficile, n’est-ce pas, de trouver l’idée des phases de Vénus? Nos pères étaient fort ingénieux, et, de nos jours, certaines découvertes n’auraient pas été si haut contestées, si MM. les astronomes avaient quelquefois employé la même ruse. Il y a dans cette phrase 54 lettres. En

VÉNUS

les plaçant dans un autre ordre, on en lire ces mots, dans lesquels toute la découverte est élégamment inscrite :

Cynthiœ figura» émulât ur mater a montai.

La mère des amours suit les phases de Diane.

Fig. 40. — Échancrures du croissant de Vénus,

Galilée ne laissait pas d’être très-fin. Deux mois plus tard, le père Castelli lui demandant si Vénus a des phases, il répond : « Je suis en fort mauvais état de santé, et je me trouve beaucoup mieux dans mon lit qu’à la rosée. » Ce n’est que l’avant-dernier jour de l’année qu’il annonça lesdites phases.

Vénus a-t-elle un satellite? — Elle en aurait plutôldeux qu’un, avaient répondu les amis de Cassini aux adversaires de cet astronome. Beaucoup ont la ferme croyance de 1 avoir vu, mais la question reste indécise. Au milieu du •dernier siècle, on y croyait si fermement, que le grand

Frédéric de Prusse proposa de lui donner le nom de sou ami (V Alembert, ce dont l’illustre géomètre se défendit par ce petit billet : « Votre Majesté me fait trop d’honneur do vouloir baptiser de mon nom cette nouvelle planète. Je ne suis ni assez grand pour devenir au ciel le satellite de Vénus, ni assez bien portant pour l’être sur la terre, et je me trouve trop bien du peu de place que je tiens en ce bas monde pour en ambitionner une au firmament. »

Ce inonde offre la plus grande ressemblance avec le nôtre : mêmes éléments astronomiques, même grandeur, même volume, même poids, même densité; seulement, il est deux fois plus près du Soleil que nous. Depuis les origines de la poésie antique, sa position près du Soleil, qui le fait apparaitre le matin avant le jour, ou le soir avant la nuit, attira vers lui les pensées contemplatives, et Vénus fut l’étoile de tous ceux qui aiment à rêver le soir, depuis le berger à son retour des champs jusqu’aux amis de cœur dont les âmes se rencontrent pendant la nuit. Au moyen âge, un bon père fait un voyage extatique dans le ciel, et ne voit dans Vénus que des jeunes gens d’une beauté ravissante, vivant au sein d’un parfait bonheur; c’étaient, à ses yeux, lès esprits directeurs de la planète Vénus, car on croyait jadis qu’une légion d’anges ou de génies était préposée à la direction de chacune des sphères célestes. Plus tard, l'auteur de Paul et Virginie fait encore de Vénus la description la plus merveilleuse : c’est un véritable paradis terrestre. De nos jours enfin, le poète des Contemplations , visitant l’ile antique de Cythère, qui n’est plus aujourd’hui qu’un roc désert et dénudé, reporte sa pensée dans le ciel, et c’est là qu’il cherche désormais le séjour de Vénus.

Puissent les rayons d’or de cette belle étoile briller longtemps encore sur nos soirs, ouvrant à nos pensées le cours des contemplations qui nous transportent transi-

VENUS

toirement dans le céleste monde ! Quelle annonce encore le cortège étoilé des nuits profondes, et qu'elle soit l'avant-courière des heures de paix et de silence qui bercent 1 âme dans la rêverie de ses souvenirs.

Étoile radieuse

Qui te penches vers nous,

Beauté mystérieuse Dont les yeux sont si doux !

Du haut du ciel splendide Sur notre obscur séjour Verse un rayon limpide,

Verse un regard d'amour.

Blanche perle attachée Aux célesles lambris 1 Sur la mère penchée Au berceau de son fils Abaisse l’espérance Dans un beau rayon d'or ;

Promets-lui l’assistance.

Veille sur son trésor.

Sur la plaine brûlante Dans les champs du désert,

Étoile vigilante

Vois si quelqu’un se perd.

Sur la mer orageuse Aux perfides sentiers;

Étoile radieuse,

Guide les nauloniers.

Et quand la nuit suprême S’étendra sur mes yeux,

Belle étoile que j’aime !

Dans ton palais des cieux,

A cette heure bénie.

Daigne me recevoir,

Et deviens ma patrie,

Blanche étoile du soir !

MA RS

Je reconnais ses traits, c'csl le farouche Mars! Sa pâleur (|ue nuance une rougeur obscure Sans peine à tous les yeux distingue sa ligure : Empreinte sur son front, celte sombre couleur Du dieu dont les guerriers admirent la valeur Nous peint la cruauté, la fureur homicide,

Et du sang des humains sti soif toujours avide, bien ne peut adoucir sa barbare fierté.

Des mortels et des dieux son glaive délesté Souille toujours de sang sa funeste victoire.

A son cruel aspect, la paix, la douce paix,

S'éloigne, et des mortels retire ses bienfaits.

De nos champs ravagés on voit fuir l'abondance...

Ric.tnn.

Le pauvre Mars n’a pas été épargné, comme vous voyez. Sur lui et sur Saturne sont tombées toutes les malédictions des mortels, et ces deux planètes infortunées ont dû subir jusqu’à l’affront de vers détestables et soporifiques, comme on vient de le voir par les rimes de Ricard. A commencer par la guerre, ce fléau de l’humanité dont elle aura tant de peine à se guérir, tous les malheurs publics causés par la force ont été attribués à Mars, et, s’il sait ce que la Terre a pensé de lui depuis les jours de la my-

MARS

Ihologie, il doit la regarder d’un bien mauvais oeil. 11 est pourtant bien innocent de toutes ces calomnies, et nous devrions d’autant moins parler mal de lui, qu’il offre plus

de ressemblance avec nous. Le monde de Mars, en effet, ressemble tant au monde delà Terre, «pie, s’il nous arrivait un jour de faire un voyage de son côté et d'oublier notre chemin, il nous serait à peu près impossible de reconnaître laquelle des deux planètes est notre patrie. Sans la Lunp, qui lèverait charitablement notre incertitude, nous aurions grand risque d’arriver chez les habitants de Mars, croyant descendre en Europe ou dans quelque autre quartier terrestre.

De Vénus nous passons à Mars sans nous arrêter à la Terre, quoique notre planète les sépare dans l’ordre des distances au Soleil. Honneur d’abord aux étrangers! Notre patrie viendra après.

La planète Mars, en effet, présente dans nos télescopes le même aspect que la Terre doit offrir aux habitants de Vénus : un disque circulaire, un peu aplati vers les pôles, tournant sur lui-même en vingt-quatre heures environ, sillonné de temps à autre par des nuages passagers, diversilié de plaines tantôt claires, tantôt foncées; roulant obliquement sur lui-même, enveloppé d’une atmosphère et recouvert à ses pôles de taches neigeuses. Sur cette planète, les saisons sont à peu près de la même intensité que les nôtres ; mais leur durée est deux fois plus longue, car Mars n’accomplit sa révolution annuelle autour du Soleil qu’en 1 an 321 jours 22 heures, ou 1 an 10 mois et 21 jours. Les amoncellements de glaces que l’on voit è ses pôles fondent en partie au printemps de chaque hémisphère, et se reforment en automne, comme il arrive sur notre globe; et, comme les saisons sont complémentaires sur les deux hémisphères, les mouvements de ce globe s’exécutent en sens inverse ; tandis (jue le pôle austral diminue, le pôle boréal augmente, et réciproquement. De

cette fonte des neiges résultent les changements de température et les mouvements météoriques que l’on observe ici; une partie de l’eau s’évapore en nuages, une autre partie va grossir les fleuves et descend à la mer. Ainsi, les caractères fondamentaux des saisons terrestres se retrouvent sur cette planète voisine.

Fi)?. 41. — Aspect de Mars.

On peut cependant remarquer certaines différences entre l’aspect du monde de Mars et le nôtre. Tandis que, vue de loin, la Terre, en raison de la couleur de son atmosphère, de sa végétation et de ses eaux, doit paraître nuancée de vert, Mars est plus nuancé de rouge, et c’est cette teinte qui lui donne l’éclat rougeâtre dont on le voit briller à l’œil nu. Sans doute, cette couleur caractéristique est produite par la coloration dominante des éléments de sa surface, soit que son sol soit ainsi coloré comme celui de nos déserts, soit que ses mers, sa végétation ou des vapeurs s’élevant dans son atmosphère revè-

zrw

MARS. 205

tent principalement cette' nuance. Toutefois, les taches polaires gardent toujours leur éclatante blancheur. Un philosophe de l’antiquité, Anaxagore, affirmait que la neige était noire; son paradoxe eût été quelque peu allégé si les neiges de Mars, toutes les fois que l’on put les apercevoir distinctement, avaient été rouges; mais elles sont blanches aussi. « La couleur des taches polaires, disent Beer et Madler, deux astronomes dont la vie a été vouée à l’étude de Mars et de la Lune, est toujours d’un blanc brillant et pur, en aucune façon semblable à la couleur des autres parties de la planète. En 1857, il arriva une fois que Mars fut, pendant l’observation, complètement obscurci par un nuage, à l’exception de la tache polaire qui se montrait distinctement à la vue. »

De plus, l’eau de Mars est-elle la même que l’eau de la terre? Le I*. Kircher se demandait si celle de Vénus serait bonne pour baptiser, et n’en doutait pas. Nous nous demandons s’il y a là les mômes éléments chimiques qu’ici, et nous en doutons. Que les taches polaires de Mars soient des amas de glace et de neige, c’est ce qui semble démontré par l’observation, puisque les changements qu’elles subissent annuellement sont occasionnés comme chez nous par le mouvement apparent du Soleil. Ce fait a été constaté dans ses phénomènes généraux et dans ses phénomènes partiels. Quand une tache offre une plus grande étendue, c’est après un long hiver du pôle auquel elle appartient; quand la même tache se" montre trèspetite, c’est après un été qui l’a fondue et successivement resserrée. Mais il ne faudrait pas’ en conclure de là que le nom de neige signifie autre chose qu’une apparence, et l’on ne saurait s’appuyer sur aucune raison plausible pour y voir identiquement la substance que nous connaissons sous le nom de neige, c’est-à-dire l'eau (chimiquement, un équivalent d’hydrogène et un d’oxygène ; 110) congelée en petites aiguilles. 11 est, au contraire, très-probable,

pour ne pas dire certain, que les éléments constitutifs du globe de Mars étant tout différents de ceux dont la Terre est formée, et leurs combinaisons chimiques ayant été dès l’origine soumises à des influences tout autres que celles qui présidèrent sur notre globe, il ne peut exister qu’une analogie lointaine entre la nature de ce monde et la nôtre, et non une identité de matières.

Éloignée du soleil à une distance moyenne de 58 millions de lieues, et enveloppant l’orbite de la Terre dans celle qu’elle décrit autour de l’astre central, il y a certaines époques où ces deux planètes sont très-rapprochées: c’est lorsqu’elles sont toutes 'deux d’un même côté de leur cours relativement au soleil. Quelquefois elles ne sont plus qu’à 14 millions de lieues de distance l’une de l’autre. C’est ce qui fait que Mars est, après la Lune, le monde le mieux connu de nous, et que Kepler a pu écrire ces paroles : « C’est de la connaissance de Mars que nous viendra l’astronomie, et c’est de l’étude de cette planète que sortiront les progrès futurs de notre science. »

On appelle conjonction de deux planètes le point de leurs orbites où elles se trouvent ainsi d’un même côté du soleil, et sont le plus près possible l’une de l’autre ; on donne le nom d 'opposition au point opposé de leurs courses, celui où elles se trouvent chacune de côté et d’autre du soleil. Ces positions ont jadis beaucoup exercé la sagacité des tireurs d’horoscopes, et Dieu sait combien de destinées ont reçu de prétendues prédictions, selon que le dieu de la guerre se trouvait en conjonction dans tel ou tel signe du Zodiaque. La conjonction dans le Taureau n’était pas du tout la même que celle qui arrivait dans la Vierge, et lorsque par hasard elle avait le malheur d’arriver dans le Capricorne, les plus habiles se perdaient en inductions sur la mauvaise fortune présagée au nouveau-né. Les planètes intérieures, Vénus et Mercure, dont l’orbite est renfermée dafis celle de la Terre, n’ont pas d’opposition, mais

MARS

elles ont deux conjonctions : l’une supérieure, quand la planète se trouve au delà du soleil et sur une même ligne droite; l’autre inférieure, quand elle est placée entre le soleil et la Terre. Les planètes extérieures, celles qui renferment l’orbite terrestre et dont Mars est la première, n’ont que la conjonction supérieure.

Au delà de la planète Mars, à 40 millions de lieues environ entre l’orbite de cette planète et celle de Jupiter, on rencontre le groupe de petites planètes dont nous avons déjà parlé. Ce sont de tout petits mondes, si même ils méritent ce nom, qui n’ont guère que l’étendue d’une province ou même d’un département. Ils gravitent dans cette zone en nombre considérable, car il peut en exister plusieurs milliers. Déjà, 83 ont été découverts : le premier en 1801, le dernier cette année (1865) *. Peut-être sont-ils les débris d’un monde plus gros, brisé par quelque catastrophe; peut-être ont-ils été formés dans cette région de l’espace à l’état fragmentaire dans lequel nous les voyons aujourd’hui. C’est ce qui n’est pas même décidé, attendu que sur l’origine des choses, la science d’aujourd’hui, comme celle du temps de Virgile, ne peut encore se prononcer.

Félix qui putuit rcrum cognosccre causas.

Ignorant le titre de noblesse originaire de ces astéroïdes et le sort qui les attend, traversons leur colonie et abordons au delà le plus magnifique des mondes de notre système.

1. Les astéroïdes connus sont, en décembre 1806, au nombre de 91. (Note de la 2' édition.)

Eu mai 1809, ils sont au nombre de 108. Dans la seule année 1808. on en a découvert douze nouveaux. (Note de la 3° édition.)

mK J*.

JUPITER

Uh ! disait-elle, pourquoi mon destin ne m’a-t-il pas fait naître esprit de cette belle étoile, habitant sa sphère brillante, pure et isolée Comme tes anges, sans autre emploi que de prier et de briller, et d'allumer mon encensoir au soleil I

Tuomas Moons, Amours des Anges.

Le monde de Jupiter est le plus volumineux de tous es globes de notre système : il n’est, qu’un millier de fois plus petit que le Soleil, ce qui donne, si l’on se souvient du volume de l’astre radieux, de quatorze à quinze cents fois le globe terrestre. Aussi, quoiqu’il roule sur une circonférence éloignée de presque 200 millions de lieues, et qu’il reçoive une lumière bien plus faible que celle reçue par la Terre, sa grosseur se manifeste par l’éclat dont il brille durant nos nuits étoilées, éclat égal et souvent même supérieur à celui dont Vénus étincelle. Jupiter compte donc parmi les premières beautés du ciel. Comme il est toujours sur le Zodiaque, et que le soir, Vénus, quand elle est visible, est toujours à l’occident, il est facile à reconnaître. Toutes les fois qu’à une époque quel-

JUPITER

conque de l’année, vous voyez une étoile très-brillante cheminer soit à l’est, soit au-dessus de.vos têtes, à travers les constellations zodiacales, vous pouvez être assurés que c'est Jupiter.

Ce monde est ravissant, autant du moins qu’on en peut juger de loin et sans y être allé. D’abord un printemps perpétuel rayonne à sa surface. S’il est orné de fleurs, ce dont nous ne doutons pas, sauf à savoir en quoi consistent

Fig. 42. — Jupiter et la Terre.

ces fleurs, elles ne vivent pas seulement « l’espace d’un matin, » comme nos roses, mais vivent infiniment plus longtemps. A peine les plus âgées commencent -elles à avoir quelques rides et à pâlir, qu’elles sont remplacées par de charmants boutons, s’épanouissant avant que les premières soient fanées. Non-seulement chaque année de ia planète jovienne en vaut douze des nôtres, mais encore

on ne sait presque pas quand commence et quand finit la période annuelle. Pas d’hivers, pas d’étés, toujours le printemps.

Ensuite, le monde de Jupiter offre une surface 126 fois plus étendue que la surlace terrestre. Je parle de la surface et non du volume. Or, cent viugt-six terres placées les unes à côté des autres; et sur lesquelles le genre humain pourrait se répandre à plaisir, constituent un fort beau pays, n’cst-ce pas? On ne doit donc pas douter qu’un pareil empire n’ait été fait pour servir de demeuré à une famille humaine, vénérable'et digne de tous nos respects. U’est ainsi que nous raisonnons à propos de Jupiter, parce que nous avons eu les moyens nécessaires pour le mesurer et l’apprécier à sa juste valeur. Mais il est utile d’ajouter quelque chose pour compléter la comparaison entre ce monde et le nôtre.

De ce que nous trouvons par l’observation de la planète joviennc d’excellentes raisons de croire que ses habitants sont très-favorisés, il ne s’ensuit pas que Iesdits habitants lassent des réflexions analogues à notre égard. Une bonne raison s’oppose à ce qu ils s’occupent de nous : c’est qu’ils ne se doutent pas môme de notre existence. Et, en effet, si jamais, dans un avenir plus ou moins éloigné, il vous arrivait d’habiter Jupiter, vous auriez grand’peine à trouver votre ancienne patrie. 11 faudrait pour cela vous lever un peu avant le soleil (et notez qu’il n’y a que cinq heures du coucher au lever de cet astre sur Jupiter) et chercher à l’orient, 5 ou 6 minutes avant, une toute petite étoile blanche. Avec des yeux assez fins vous arriveriez peut-être à l’apercevoir. Dans ce cas, vous sauriez que notre terre est au monde. Aussi bien pourriez-vous faire la même recherche, 6ix mois plus tard, à l’occident, quelques moments après le coucher de. l’astre-roi. Telle est la condition dans laquelle se trouvent les habitants de Jupiter à notre égard. Pendant la nuit, on ne voit jamais la Terre

JUPITER

delà, tandis que c’est précisément au milieu des nuits sereines que nous pouvons d’ici observer le mieux cette magnifique planète. Aussi, ces êtres inconnus, qui se doutent probablement si peu de l’existence de notre monde, se doutent-ils encore moins de la nôtre. Quant à ceux des planètes qui vont suivre : Saturne, Uranus, Neptune,... ils ne s’en doutent plus du tout.

Un écrivain d’outre-Manche, James Wils, II. M., a chanté le monde de Jupiter en termes qui méritent d’être offerts à nos lecteurs. Il parle, dans ce chant, de la beauté de cet astre, de la découverte de ses quatre satellites par Galilée, et de l’espérance fondée que nous avons de croire ce monde peuplé d’êtres pensants, aussi bien que les autres planètes.

« Voyez dans les hauteurs du ciel cette planète argentée : c’est l’orbe de Jupiter. Mille terres réunies n’égaleraient pas ce grand monde, qui roule autour de notre commun Soleil, dans le même système, lié dans le même réseau. Quoique l'espace qui nous en sépare paraisse immense, quoique ce globe soit trop éloigné pour que le regard curieux des mortels puisse en distinguer les forêts ou les campagnes éclairées, et pour que l’oreille humaine puisse saisir le bruit de sa vie prodigieuse; quoiqu’il soit, dans sa clarté silencieuse, au-dessus des atteintes de la haine ou de l’amour de notre monde; que son astre radieux n’attire pas l’œil d’un conquérant, et que ses vastes et riches royaumes soient réduits par la distance à ce point qui brille sur nos tètes: pourtant la Terre, sa sœur, n’ose pas dire qu’il est mort.

« Oh ! quelle vision transporta le noble Toscan dans sa tour solitaire, à l’heure où il ouvrit à la pensée de la Terre une ère plus glorieuse que la fondation du plus puissant empire! lorsque le brillant mystère révéla à son verre, dans les profondeurs de la nuit, une lumière surnaturelle, rivage de l’espace, continent du ciel, plus beau

que celui qui s’offrit au navire traversant les ondes dans son voyage téméraire aux rives de l’Atlantique! Quelle merveille solennelle lit tressaillir son cœur lorsque le magnifique système s’éleva devant lui, monde accompli, enveloppé d’orbes de moindre lumière, pour accompagner son cours et illuminer ses nuits !

« Expliquez pourquoi ces brillants compagnons attendent l’heure du sommeil où ils garderont leurs veilles silencieuses, pourquoi cette planète roule sur son axe tournant, pourquoi elle penche alternativement ses pôles vers le soleil. Dites dans quel but cette vaste étendue fut préparée pour la vie, avec ses saisons qui suivent le cours de l’année, et la lumière de ses lunes, mesurée pour une nuit plus spacieuse ou pour la compensation d’un soleil moins brillant... A quoi bon ces .variétés de nuits et de jours si nul regard ne s’éveillait pour saluer le jour naissant, si les saisons inutilement constantes n’apportaient aucune jouissance, aucun fruit, aucune chose vivante, si Celui qui gouverne ce bas monde, connu, obéi et adoré des intelligences qui l’habitent, n’était ni connu, ni obéi, ni adoré par aucun être, et ne régnait que sur une immense et stérile solitude !

« Le Soleil, qui illumine les vallons et les gais pâturages de notre terre, verse là sur des champs plus vastes les mêmes rayons joyeux. Notre aurore les éclaire, et la main qui a formé ce monde est la même qui a versé sur la terre les rayonnements de la vie souveraine. Pourrait-il se faire que tout cela soit stérile et mort, que mille royaumes enveloppés d’un jour glorieux soient étendus pour briller de loin dans l’obscurité sur notre nuit et dorer notre ciel d’une lumière ineffective? Monde absorbant sans fruit les rayons solaires, campagne dénudée, orbe triste et stérile, qui ne donnerait ni verts pâturages ni souffle vital, — vaste et silencieux domaine de la mort! »

Non, Jupiter est une terre, une terre splendide, auprès

JUPITER

de laquelle la nôtre n’est vraiment qu’une Lune. Le dessin reproduit plus haut, d’après l’observation télescopique, permet en même temps de juger de la différence des deux planètes.

S’il nous était donné d’observer ce monde de près et de nous accoutumer à sa nature, de vivre quelque temps au milieu de son cortège et d’apprécier tonte son importance, nous trouverions notre globe bien modeste en sortant d’un tel séjour. Nous serions comme ces bons villageois qui viennent une fois dans leur vie voir Paris, et qui, s’ils ont le malheur d’y rester un mois seulement, ne savent plus que penser de leur village : il reste éclipsé par le seul souvenir des splendeurs entrevues.

Étoile qui descends sur la verte colline,

Triste larme d’argent du manteau de la nuit,

Toi que regarde au loin le pâtre qui chemine,

Tandis que pas à pas son long troupeau le suit,

Étoile ! où t’en vas-tu dans celte nuit immense ?

Cherches-tu sur la rive un lit dans les roseaux?

Ou t'en vas-tu, si belle à l’heure du silence,

Tomber comme une perle au sein profond des eaux ?

Ah ! si tu dois mourir, bel astre, et si ta tète Va dans la vaste mer plonger ses blonds cheveux,

Avant de nous quitter, un seul instant arrête,

Étoile de l’amour, 11e descends pas des deux !

A. ue Musset.

SATURNE

Seul dans noire système,

il marche le front ceint d’un double diadème.

Quels tableaux variés doivent offrir aux yeux (les deux écharpes d'or flottantes dans les cieux !

Oui, Saturne, à bon droit, en contemplant sa masse, Ce soleil (pu pour lui n'est qu'un point dans l'espace Ses gardes, sa couronne et leurs orbes divers,

Peut se croire le roi, centre de l’univers.

Daiic.

S’il vous arrivait un jour de faire un petit voyage à la planète Saturne, qui n’est guère qu’à 530 millions de lieues d’ici, vous éprouveriez à son approche un étonnement indicible, dont n’approche certainement aucun des sentiments de surprise que vous avez pu éprouver sur la Terre. Imaginez-vous un globe immense, non pas seulement de la grandeur de la Terre, mais aussi volumineux que 734 Terres entassées. Il tourbillonne sur lui-même avec une telle rapidité que, malgré sa grosseur, il achève son mouvement de rotation diurne en dix heures environ. Autour de lui, au-dessus de son équateur et à huit mille lieues de distancé, un immense anneau, plat et relative-

SATURNE

ment très-mince, l’environne de toutes parts. Cet anneau est suivi d’un second qui l’entoure, et celui-ci d’un troisième encore. Or, ce système d’anneaux multiples n’a que quelques dizaines de lieues d’épaisseur, tandis qu’il mesure 12,000 lieues de largeur. Ils ne planent pas immobiles, mais sont emportés par un mouvement circulaire

Fig. 43. — Saturne et ses satellites.

aufourde la planète, mouvement d’une rapidité supérieure encore à la précédente. Là ne se borne pas le domaine dn monde saturnien. Au delà de l’anneau, on voit huit lunes circuler dans le ciel autour de l’étrange système; le plus rapproché de ces satellites est séparé de l’anneau extérieur par une distance de 12,000 lieues; le dernier suit une orbite éloignée du centre de la planète de 922,000 lieues. Saturne donc commande un monde qui ne mesure pas moins de 1,844,000 lieues de diamètre, c’est-à-dire près de 6,000,000 de lieues de circonférence.

Voilà un monde à côté duquel la Terre fait bien modeste

ligure, et Micromégas était bien pardonnable de prendre la Terre pour une taupinière du ciel, lorsqu’en sortant de Saturne il vint à passer près de notre petit globe. Ses années sont trente fois plus longues que les nôtres-; ses saisons durent chacune sept ans et quatre mois ; une diversité sensiblement égale à celle qui distingue les nôtres les diversifie : un printemps régénérateur succède à la rigueur des hivers; l’été et l’automne y versent leurs fruits réciproques.

Mais le phénomène qui attire le plus l’attention sur ce monde, c’est cet anneau gigantesque qui l’enveloppe de toutes parts. On fut longtemps sans pouvoir se rendre compte de la nature de cet appendice unique dans tout lê système planétaire. -4$ *

Gaij^ôe, qui, le premier, vit de chaque côté de Saturne quelque chose de brillant dont il ne put distinguer ',1a forme, fut grandement émerveillé d’un pareil aspect. 1! l’annonça d’abord sous un anagramme, dans lequel Kepler lui-même n’a rien pu reconnaître, et, comme il l’avait fait pour Vénus, eu cachant sa découverte il se donna le temps de la mener à bonne fin. 11 la nomma tri-corps, en. attendant mieux. « Lorsque j’observe Saturne, écrivait-il plus tard à l’ambassadeur du grand-duc de Toscane, l’étoile centrale parait la plus grande ; deux autres, situées l’une à l’orient, l’autre à l’occident, et sur une ligne qui ne coïncide pas avec la direction du zodiaque, semblent la toucher. Ce sont comme deux serviteurs qui aident le vieux Saturne à faire son chemin et restent toujours à ses côtés. Avec une lunette de moindre grossissement, l’étoile parait allongée et de la forme d’une olive. »

Le laborieux astronome eut beau chercher, il ne fut pas favorisé dans ses recherches comme il l’avait été dans les précédentes. A l’époque où les anneaux de Saturne se présentent à nous par leur tranche, ils disparaissent à cause de leur minceur. Galilée, se trouvant une certaine

• SATURNE

nuit dans l’impossibilité absolue de rien distinguer de chaque côté de la planète, là où, quelques semaines au-

paravant, il avait encore observé les deux objets lumineux, fut complètement désespéré ; il en vint jusqu’à croire que ses verres de lunettes rayaient trompé. Tombé dans un

Fifî- H. — Saturne.

profond découragement, il ne s’occupa plus de Saturne, et mourut sans savoir que l’anneau existait. Plus tard, llévélius déclara de même qu’on y perdait son latin, et ce n’est qu’en 1659 que Huygens, le véritable auteur de la découverte de l’anneau, en fît la première description et la première explication. - .

Pour les contemporains de Galilée, Saturne était ..«ne boule avec deux anses , ou encore, Un chapeau de cardinal; plus tard, on l’assimila à une savonnette au milieu d’un plat à barbe. Au milieu du dix-liuitième siècle, Maupertuis conjectura que l’anneau n’était qu’une queue de comète enroulée comme un turban autour du globe saturnien. Vers la fin du même siècle, Du Séjour écrivit son Essai sur les phénomènes relatifs aux disparitions périodiques de l'anneau de Saturne , dans lequel il trouva théoriquement la durée de la rotation de l’anneau ; il offrit son ouvrage à Voltaire avec la dédicace gracieuse que voici :

« Monsieur, recevez, je vous prie, l’histoire d’un vieillard respectable, dont on s’occupera sur la terre tant que le savoir sera en honneur parmi les hommes ; son front est orné d’une couronne immortelle ; il nous éclaire et nous offre un des phénomènes les plus singuliers de la nature. Ce vieillard est Saturne, je m’empresse de le nommer de peur qu’on n’en désigne un autre dont votre modestie vous empêcherait de reconnaître le portrait. Puisse celte analogie mériter à mon ouvrage un accueil favorable de votre part ! »•

Sans la dernière remarque, Voltaire lui-même, et plutôt que personne, eût pu croire, en effet, que Saturne ôtait fort étranger à la dédicace. Â cette époque, le monde de Saturne comptait déjà, outre ses anneaux, cinq satellites circulant autour lui. Depuis, on en a ajouté trois autres, et le cortège se compose de huit membres. Voici l’ordre

SATURNE

de leurs distances à la planète, les noms qui les distinguent, les auteurs et la date des découvertes :

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