‹ Les merveilles célestesChapitre 24 sur 39 · URANUS · texte numérisé non relu

URANUS

Mais la philosophie, en sa veille assidue.

De la création explore l'étendue :

Œil sublime, elle prend soh vol audacieux.

Du système elle atteint la home qui s'efface... Quel est au loin, là-bas, ce globe merveilleux, Ce nouveau monde errant qui sillonne l'espace? C’est Cranus ; il suit son cours majestueux.

Réfléchit du soleil la lumière émanée Et roule lentement sa languissante année.

Héléxa-Mama Williams.

Le 15 mars 1781, entre dix et onze heures du soir, un ancien organiste d’Halifax, qui s’était fabriqué lui-mème le meilleur télescope qu’il y eût alors au monde, observait les petites étoiles de la constellation des Gémeaux , avec un télescope de 2 ,n ,13 de long et un grossissement de 227 fois; Pendant sou observation, il s’aperçoit que l’une des étoiles offre un diamètre inusité. Étonné et désireux de vérifier le fait, il prend un oculaire grossissant le double, et trouve que le diamètre de l’étoile augmente tandis que celui des autres étoiles reste le même. De plus en plus surpris, il va chercher son grossissement de 952 fois, dont la puissance était plus du quadruple de la première, et se

remet à observer. L’étoile mystérieuse est encore plus grosse. Dès lors, il n’en doute plus : c’est là un astre nouveau, ce n’est pas une étoile. Il continue les jours suivants et remarque qu’elle se déplace lentement parmi les autres. Évidemment, il s’agit ici d’une découverte. C’est donc une comète. William llerschel, car c’était lui, la présente le 26 avril à la Société royale de Londres, par son mémoire intitulé Account of a cornet; et le monde savant de tous les pays enregistre le nouvel astre cométaire et s’occupe de l’observer afin de déterminer sa courbe *.

Le nom de l’astronome était alors si peu connu, qu’on le trouve écrit de toutes les façons : Mersthel, Herthel, Hermslel, Ilorochelle, etc. Cependant, la découverte d’une comète nouvelle était un événement assez important pour qu’on se donnât la peine de la vérifier et d’étudier l’astre nouveau. Laplace, Méchain, Boscowich, Lexell, cherchèrent à déterminer la courbe le long de laquelle le déplacement s’opérait. On fut plusieurs mois sans se douter qu’il s’agissait là d’une véritable planète, et ce n’est qu’après avoir reconnu que toutes les orbites imaginées pour la prétendue comète se trouvaient bientôt contrariées par les observations, et qu’il y avait probablement une orbite circulaire, beaucoup plus éloignée du Soleil que Saturne, jusqu’alors frontière du système, que l’on arriva à consentir à la regarder comme planète. Encore, ne fut-ce d’abord qu’un consentement provisoire.

11 était, en effet, plus difficile qu’on ne pense d’agrandir ainsi, sans scrupule, la famille dp Soleil. Bien des raisons de convenance s’y opposaient. Les idées anciennes sont tyranniques. On était habitué depuis si longtemps. à con-

1 Si llerschel avait dirigé son télescope vers la constellation des Gémeaux, onze jours plus tôt, dit Arago, le mouvement propre d’Uranus lui aurait échappé, car celle planète était le 2 dans un de scs points do station. On voit par cette remarque à quoi peuvent tenir les plus grandes découvertes astronomiques.

sidérer le vieux Saturne comme le gardien des frontières, qu’il fallait un grand effort pour se décider à reculer ces frontières et à les faire garder par un nouveau monde. 11 en fut pour cela comme pour la découverte des pelites planètes situées entre Mars et Jupiter. Lorsque deux siècles avant cette découverte Kepler avait imaginé, pour l’harmonie du monde, une grosse planète en cet intervalle, on lui avait opposé les considérations les plus frivoles, les plus dénuées de sens. On avait, par exemple, tenu des raisonnements comme celui-ci : « Il n’y a que sept ouvertures dans la tète, les deux yeux, les deux oreilles, les deux narines et la bouche; il n’y a que sept métaux, il n’y a que sept jours dans la semaine: donc il n’y a que sept planètes, » etc. Des considérations de ce genre et d’autres non moins imaginaires arrêtèrent souvent les progrès de l’astronomie.

Lorsque William Herschel, ayant assisté comme spectateur aux débats suscités par sa découverte, vint à croire que sa comète était une planète située aux contins de notre système, il réclama le droit qui lui appartenait incontestablement de baptiser le nouvel astre. Animé par un légitime motif de reconnaissance envers George III, qui avait apprécié sa valeur d’astronome et lui faisait une pension annuelle, il proposa d’abord le nom de Georgium sidus, 1 astre de George; comme Galilée avait nommé astres de Médicis les satellites de Jupiter, découverts par lui ; comme Horace avait dit : Julinm sidus. D’autres proposèrent le nom de Neptune, afin de garder le caractère mythologique : Saturne se serait ainsi trouvé entre ses deux fils, Jupiter et Neptune. D’autres ajoutaient à Neptune le nom de George III ; d’autres encore proposèrent: Astrée, considérant que la déesse de la justice s’était éloignée le plus possible de la Terre ; — Cybèle, mère des dieux; — Vranus, le plus ancien de tous, auquel on devait réparation pour tant de siècles d'oubli.

Lalande proposa le nom d 'Herschel pour immortaliser le nom de son auteur. Ces deux dernières dénominations prévalurent. Longtemps la planète porta le nom d’Herschel, mais l’usage s’est déclaré depuis pour l’appellation mythologique.

La découverte d’Uranus a porté le rayon du système solaire de 564 millions à 732 millions 752,000 lieues. Pour un pas, il en valait la peine. A côté des précédentes, cette planète n’est pas bien grosse, car elle n’est guère que 82 fois plus volumineuse que la Terre, 18 fois plus étendue en surface , et 4 fois 5 dixièmes plus large en

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