‹ Les merveilles célestesChapitre 28 sur 39 · Coiuéle de · texte numérisé non relu

Coiuéle de

Maupertuis exprime la sienne. « Le cours réglé des comètes ne permet plus de les considérer comme des présages, ni comme des flambeaux allumés pour menacer la Terre Mais quoiqu’une connaissance plus parfaite que celle qu'en avaient les anciens nous empêche de les regarder comme des présages surnaturels, elle nous apprend quelles pourraient être les causes physiques de grands événements. »

Et en effet, il redoute pour la Terre l’approche des astres chevelus. Dans la variété de leurs mouvements, il voit la possibilité d’une rencontre avec quelques planètes, et par conséquent avec la Terre. On ne peut douter, dit-il, qu’il n’arrivât alors de terribles accidents. A la simple approche de ces deux corps, il se ferait de grands changements dans leurs mouvements, soit que ces changements fussent causés par l’attraction qu’ils exerceraient l’un sur l’autre, soit qu’ils fussent causés par quelque fluide resserré entre eux. Le moindre de ces mouvements n’irait à rien moins qu’à changer la situation de l’axe et des pôles de la Terre. Telle partie du globe qui auparavant était vers l'équateur se trouverait après un tel événement vers les pôles, et telle qui était vers les pôles se trouverait vers l’équateur. L’approche d’uue comète, ajoute-t-on, pourrait avoir d’autres suites encore plus funestes. Je ne vous ai point encore parlé des queues des comètes. Il y a sur ces queues, aussi bien que sur les comètes, d’étranges opinions; mais la plus probable est que ce sont des torrents immenses d'exhalaisons et de vapeurs que l’ardeur du Soleil fait sortir de leur corps. Une comète accompagnée d'une queue peut passer si près de la Terre que nous nous trouverions noyés dans ce torrent quelle traîne avec elle...

Telle est la perspective où nous conduit petit à petit notre physicien ; mais il nous donne une singulière consolation. Comme le genre humain périrait tout entier dans cette catastrophe, englouti sous l’eau bouillante ou em-

LES COMÈTES, poisonnè par les gaz méphitiques, et qu’il ne resterait plus

Fig. 54. — Tête de la comète de 1861.

personne pour pleurer sur l’agonie de la Terre, il nous dit qu’il nous est facile de nous en consoler. « Un malheur

commun n’est presque pas un malheur... Ce serait celui qu’un tempérament mal à propos trop robuste ferait survivre seul à un accident qui aurait détruit tout le genre humain, qui serait A plaindre ! Roi de la Terre entière, possesseur de tous ses trésors, il périrait de tristesse et d’ennui : toute sa vie ne vaudrait pas le dernier moment de celui qui meurt avec ce qu’il aime. »

C’est ainsi qu’au siècle dernier on croyait encore au terrible pouvoir de ces astres de malheur. Aujourd’hui, et surtout depuis la fameuse comète de 1811 , les habitants de nos campagnes s’imaginent plutôt qu’elles annoncent d’excellentes vendanges. Ces idées sont aussi gratuites que les premières. Quoique les astres chevelus aient beaucoup perdu de leur prestige, ils n’en sont pas entièrement dépouillés pour cela, surtout dans l’imagination des esprits. Qui pourrait, du reste, effacer l'impression produite par certains de leurs aspects étranges? Souvent ils furent con sidérés comme des signes de malédiction, planant sur les hommes et sur les empires. Telle est la plainte de lord Bvron dans Manfred, auquel le septième esprit adresse les paroles suivantes : « L’astre qui préside è ta destinée était dirigé par moi avant que la Terre lût créée. Jamais planète plus belle n’avait erré autour du Soleil. Son cours était libre et régulier, et nul astre plus beau n’avait été bercé dans le sein de l’espace. L’heure fatale arriva. Cet astre devint une masse errante de flamme informe, une comète vagabonde , malédiction et menace de l’univers, roulant toujours par sa force innée, mais ayant perdu son titre de monde et son cours harmonieux. Horreur brillante des régions du ciel ! monstre difforme parmi les constellations ! »

Cependant rien ne prouve que les comètes soient douées d’une influence quelconque, je ne dis pas sur le moral des hommes, cela va de soi, mais sur la physique du monde. Leur légèreté, l’extrême diffusion de leur substance nous

LES COMÈTES. 255

invitent plutôt à croire qu’elles ne possèdent aucune espèce d’action sur les planètes. Croyons qu’elles sont très-inofl'ensives. Comme ces nuées atmosphériques dont la grandeur, la forme et la nuance varient au caprice des vents et selon le jeu fortuit des rayons solaires, les agglomérations vaporeuses qui constituent les comètes prennent toutes les formes possibles sous l’impulsion des forces cosmiques plus ou moins intenses. A leur approche de l’astre brûlant, leur substance se distend, prend une extension merveilleuse et se développe sur une étendue de plusieurs millions de lieues. Elles sont d’une telle légèreté, d’une telle souplesse, qu’un rayon de chaleur peut à sa fantaisie leur faire prendre toutes les figures : vous avez l’image de cette légèreté dans la comète récemment observée en 1862 ; la forme et la position des aigrettes lumineuses • changeaient d’un jour à l’autre, et l’on aurait pu croire qu’une partie de la substance même du noyau coulait dans l’espace comme une goutte d’huile.

Réciproquement, leur ténuité est telle, que dans la queue de certaines comètes on pourrait couper un morceau de la grosseur de Notre-Dame et le respirer en forme d’aspiration homœopathique. On a vu des comètes de plusieurs millions de lieues de taille, et dont le poids était néanmoins si léger, qu’on aurait pu, sans fatigue, le porter sur l’épaule. Ainsi l’extrême variabilité des formes cométaires doit au contraire proclamer inoffensifs les astres de terreur, et l’on peut dire avec l’ami de la marquise du Châtelet ces paroles qui représentent en même temps la nature du mouvement de ces astres :

Comètes, que l’on craint à l’égal (lu tonnerre,

Cessez d’épouvanter les peuples de la Terre :

Dans une ellipse immense achevez votre cours ;

Remontez, descendez près de l’astre des jours ;

Lancez vos feux, volez, et revenant sans cesse,

Des mondes épuisés ranimez la vieillesse.

Et en effet, ces corps célestes ne sont pas des phénomènes exceptionnels ; ils sont soumis comme les autres aux lois inexorables de la nature. 11 y a deux mille ans,

Fig. 55. — Comcle de 1862. Aspect de la tète.

Sénèque avait écrit : « Un jour viendra où le cours de ces astres sera connu et assujetti à des règles comme celui des planètes. » La prophétie du philosophe est réalisée.

LES COMÈTES. ‘2 57

On sait aujourd’hui que, comme les planètes, les comètes gravitent autour du Soleil et dépendent également de sou attraction centrale. Seulement, au lieu de suivre des courbes circulaires ou voisines de cette forme, elles sui-

Kig. üti. — Cumcte de 1858.

vent des courbes ovales, des ellipses très-allongées. C’est là la grande distinction à établir entre leurs mouvements réciproques. Ensuite, au lieu d’être des corps opaques, lourds et importants comme nos planètes, elles sont d’une grande légèreté et d’une extrême ténuité. Un jour, une

comète emportée par sa marche rapide traversa le système de Jupiter; les satellites et la planète se trouvèrent pendant quelques heures enveloppés par la comète, et lorsque l’astre chevelu les eut quittés, ils n’avaient pas subi la plus légère déviation dans leur cours. Lorsque Maupertuis. voulant expliquer l’origine de l’anneau de Saturne, crut trouver une idée ingénieuse en attribuant cet appendice à la queue d’une comète qui serait enroulée autour de la planète, il ne songeait pas à l'extrême ténuité de ces vapeurs impuissantes.

Le caractère original des comètes réside surtout dans l’étendue de leur cours, dans l'immense durée de leurs voyages à travers les régions éélestes, dans cette destinée d’astres cosmopolites qui en fait une exception au milieu du système planétaire. C’est là surtout ce qui distingue ces mondes étranges et c’est par là qu’ils sont remarquables : « Mystérieux visiteur, s’écriait le poète anglais Condor, mystérieux visiteur! dont la lumière splendide brille si étrangement parmi les étoiles étonnées, comme un fier étendard dans la marche de la nuit, pavillon flottant de la divinité! l’infini est écrit dans tes rayons. En vain la pensée essayerait de suivre ton cours secret parmi les deux sans routes; ton cercle paraît trop vaste pour que le temps puisse l’embrasser. Est-il possible que l’œil qui dénombre des armées d’astres semblables puisse remarquer l’atome terrestre !»

La terre, nuit et jour â sa marche üdéle.

Emporte Galilée et son juge avec elle.

Racine fil».

En. passant la revue des mondes appartenant à la dominatitm solaire, nous avons franchi d’un bond la distance qui sépare Vénus de Mars, sans nous préoccuper d’un astre qui réside entre ces deux planètes. Cet astre, pourtant, doit nous intéresser un peu, car il nous touche de plus près que tous les autres.

La Terre, en effet, isolée dans l’espace comme toutes les autres planètes que nous avons vues, est située à 58 millions de lieues du Soleil, et suit autour de lui une orbite qu’elle parcourt en 365 jours 1/4. Comme quelques-unes de sès compagnes, elle est assistée d’un compagnon fidèle, d’un satellite circulant autour d’elle. C’est son petit système, et la Lune l’accompagne humblement dans tous ses voyages à travers l’espace.

Comme les autres planètes aussi, elle tourne sur ellemême, avec une grande rapidité, car à sa surface les corps parcourent jusqu’à 6 lieues par minute. Ce mouvement de

rotation, comme son mouvement de translation autour du Soleil, s’effectue d’occident en orient (fig. 57). 11 en est de môme de ces deux mouvements dans toutes les planètes du système solaire. Elle est Sphérique et un peu aplatie à ses pôles, ce qui témoigne de son état de fluidité primitive. De cet état, un témoignage plus facile à reconnaître reste encore dans ses volcans, bouches toujours ou-

Fig. 57. — Rotation et translation de la terre.

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vertes, d’où jaillissent les substances intérieures Terre à l’état de fusion et de haute température où ellâb. se trouvent encore aujourd’hui. A vrai dire, le globe tout\ entier est encore un globe de substances liquides, fondues par la chaleur intense qui brûle sous nos pieds, car la j couche solide de ce globe, la croûte qui l’enveloppe et sur / laquelle nous habitons, n’a pas dix lieues d’épaisseur. La Terre ressemble à un mince globe de verre d’un mètre de» diamètre rempli de métaux en fusion. S’il n’y avait p?^ quelques ouvertures, c’est-à-dire quelques volcans pour laisser échapper les vapeurs, il serait possible que ce globe éclatât.

Quelle est la grosseur réelle de ce globe ? Représentezvous un gigantesque dé à jouer, dont chaque arête mesurerait un kilomètre de long : vous aurez là un volume de mille mètres cubes. Pour former un volume égal à celui

LE ÜL0J1E .T£RRESTUE.

de- la Terre, il faudrait entasser raille milliards de ces kilomètres cubes. ;

Quel est son poids? Nous l’avons déjà entrevu. en parlant du poids du Soleil. Pour l’exprimer en kilogrammes, il faut une rangée de vingt-cinq chiffres:

3, 87'), 000, 000, 000, 000,01)0, 000, 000 kilogrammes.

* t ’ ’ TO * • ■ . •

Autour de ce globe repose une enveloppe aérienne, comme ce duvet léger dont les pêches non flétries par la main des hommes sont délicatement enveloppées. Cette enveloppe pèse

0,203,000,000.000,000,000 kilogrammes :

ce n’est que la millionième partie du poids de la Terre entière. Chacun de nous porte sur ses épaules une pression de 16,0.00 kilogrammes. — Disons en passant que si cette pression, toute respectable quelle est, n’est pas sensible pour nous, c’est qu’elle est contre-balancée par une pression égale exercée dans tous les sens par le fluide aérien dont notre corps est comme imbibé.

La surface de la Terre est d’environ 510,000,000 de kilomètres carrés. Il faudrait à peu prés mille Fi ances pour couvrir la superficie entière du globe, et pourtant (soit dit sans vanité) notre pays représente un peu plus que la millième partie de l’importance du globe : intellectuellement, il en forme bien le quart à lui tout seul. De cette étendue, l'Océan domine sur 58,520,000 kilomètres carrés; 12,660,000 seulement restent à la terre ferme. Il n’y a donc que le quart de la Terre qui soit habitable pour nous ; le reste demeure caché dans le sein des ondes.

La surface des eaux tranquilles définit en chaque lieu ce que l’on appelle la surface géométrique de la Terre : c’est celle de l’Océan, supposée prolongée de manière à couvrir, la totalité du globe terrestre. On sait que cette surface est sensiblement sphérique. Il suit de là que les diverses verti-

cales vont aboutir au centre de la terre. La figure 58 montre la position relative de quelques verticales CZ, CZ', CZ"; on voit évidemment qu’elles forment entre elles des angles égaux à la distance angulaire qui sépare les lieux correspondants, distance qu’il est toujours facile de calculer.

Dans un même lieu, les verticales, à raison de la distance considérable du centre de la Terre, doivent être considérées comme véritablement parallèles. Cherchons, par exemple.

Fig. 58. — La verticale. — La sphère. — Les antipodes.

l’angle formé par deux verticales situées à 1 mètre de distance. On sait que 10 millions de mètres correspondent au quart de la circonférence terrestre, c’est-à-dire à 90 degrés ; une longueur de 1 mètre représente donc une dis-

tance angulaire égale à c’est-à-dire à 3/100

de seconde environ, quantité complètement inappréciable, même avec nos instruments les plus parfaits. 11 convient de remarquer d'ailleurs que le parallélisme des verticales

LE GLOBE TERBESTRE.

dans un même lieu est un fait physique complètement indépendant de toute connaissance préalable de la figure de la terre; on peut s’en assurer directement par les moyens ordinaires.

En nous éloignant dâns l’espace, nous pourrions mieux juger de la valeur de la Terre comme astre. Dès la distance

Fig. 59. — Orbite de la terre.

de la Lune, moins de cent mille lieues, la Terre nous apparaîtrait comme celle-ci nous apparaît, non moins lumineuse, et beaucoup plus grande. A dix fois cette distance, ou un million de lieues, la Terre aurait encore à l’œil nu un disque appréciable, sa lumière serait intermédiaire entre celle de la Lune et celle des étoiles. Dix fois plus loin encore, c’est-à-dire à la distance de l’orbite de Vénus, on verrait la Terre sous la forme d’une belle étoile de

première grandeur, san^ disque appréciable, comme un point brillant, à peu près dans l’éclat dont brille à nos yeux Jupiter. Mais si. l’on s’éloignait, davantage, la Terre-, élevée du rang de globe obscur à celui d’étoile de première grandeur, descendrait ensuite de grandeur en grandeur jusqu’au dernier ordre de la visibilité, et se perdrait enfin pour toujours dans les profondeurs de l’invisible.

— Il n’est pas nécessaire d’ajouter que l’éclat dont elle , aurait brillé et dont elle resplendit dans l’espace n’est autre que la lumière que nops recevons du Soleil, et qu’on la verrait sous toutes les phases possibles .selon qu’on regarderait en plein sa face éclairée, ou par côté, ou obliquement en tournant jusqu'à son hémisphère opposé au Soleil.

La Terre tourne autour du Soleil, dans un mouvement de translation analogue à celui que nous avons remarqué chez tontes les planètes. C’est ce mouvement qui constitue son année. Son autre mouvement de rotation sur ellemême, que l’on peut comparer à celui de la toupie qui pirouette tout en décrivant des cercles dans sa marche générale', constitue sa période diurne, son jour. C’est à ce second mouvement que l’on doit l'illusion du mouvement apparent de tous les astres autour d’elle.

Tout ce que nous avons dit sur le mouvement diurne des étoiles autour de l’étoile polaire, sera facilement compris si l’on réfléchit que cette étoile se trouve dans le prolongement de l’axe de la Terre. La Terre tournant, je suppose, de gauche à droite de la ligne des pôles, tous les objets situés en dehors d’elle, c’est-à-dire les astres, paraîtront tourner de droite à gauche, en sens opposé du mouvement qui nous emporte. Quand vous vous trouvez en wagon, si vous oubliez la marche du train, les objets de la campagne fuiront en arrière sous vos yeux, et si vous ne saviez pas de façon très-certaine que c’est vous qui marchez, vous croyant immobile, vous auriez la conviction

I que ce sont les arbres et les collines qui s’en vont.- Une illusion analogue se présente lorsqu’on se trouve au sommet d’une tour élevée, et que les nuages cornent rapidement sur votre tète. 11 semble que la tour s’avance et marche sous vos pieds. Un matin du printemps de 1865, je me. trouvais au sommet du frêle clocher de la cathédrale de Strasbourg, le Soleil était à peine levé, et des nuages venus du Rhin me cachaient entièrement la ville et tout l’espace inférieur. Ces bandes de nuages étaient poussées par un vent d’est et passaient au-dessous de moi. Malgré la certitude complète que j’avais naturellement de la solidité de la liante cathédrale, il me fut impossible de garder dans mon esprit le sentiment de la réalité, et l’illusion l’emportant, je me crus encore en chemin de fer : la cathédrale marchait certainement vers l’Allemagne. Je fermai les yeux, mais le mouvement continua son action dans mon esprit, et ce ne fut que dix minutes après que, le Soleil ayant éclairé la scène et dissipé les vapeurs, les toits multicolores de Strasbourg iné rendirent le sentiment de la réalité.

Le mouvement apparent de révolution du Soleil autour de la Terre, lequel s’effectue d’orient en occident, — à l’inverse du mouvement réel de la Terre, dirigé d’occident en orient, — constitue la durée du jour et celle de la nuit. Le moment où le Soleil atteint le milieu de son cours, le point culminant, est celui qui divise la journée en deux parties égales. Le moment opposé, où le Soleil est diamétralement sous nos pieds, marque le milieu de la nuit. 11 est visible par là que notre midi est le minuit des peuples qui vivent aux contrées situées à l’opposé de la France, aux antipodes, et que, réciproquement, lorsqu’ils ont midi, nous avons minuit. Le Soleil règle donc l’heure en passant sur la tète de chacun des peuples qui entourent le globe.

Le jour civil commence à minuit et se compose de deux

périodes : le matin, de minuit à midi ; le soir, de midi à minuit. Les astronomes ne suivent pas cet usage de la société; ils comptent leur jour à partir de midi, et le laissent composé d’une seule période, de 0 heure à 24 heures, qu’ils comptent d’un midi au midi suivant.

Voyons maintenant comment ils étudient la Terre, et par quels moyens ils reconnaissent ses diverses parties.

Une sphère quelconque étant donnée, oh appelle pôles les deux points des extrémités opposées où aboutit l’axe idéal autour duquel elle tourne. Si l’on trace, perpendiculairement à cet axe, un grand cercle à égale distance des deux pôles, qui couperait la sphère en deux parties égales, ce cercle est Yéquateur. Maintenant, de l’équateur aux pôles, de chaque côté, à égales distances, on fait 90 divisions, où 90 tranches transversales : ce sont les

degrés de latitude. Enfin on a partagé le grand cercle de l’équateur lui-même, ou la circonférence entière du globe, en 560 parties égales, disposées en long sur la sphère, comme des tranches de melon : ce sont les lignes de longitude. 11 y en a, par conséquent, 180 dans la moitié de la sphère et 90 dans le quart. — Ces noms de longitude et de latitude datent d’une époque où la contrée terrestre qu’on avait seule mesurée était une figure oblongue dont la longueur s’étendait dans le sens des premiers cercles, et la largeur dans le sens des seconds.

Les degrés de latitude sont donc comptés à partir de l’équateur, soit au nord, 'soit au sud, jusqu’au pôle boréal et jusqu’au pôle austral. Les degrés de longitude les coupent, et sont comptés à partir d’un point quelconque, soit à l’est, soit à l’ouest.

La ligne des pôles va du nord au sud ou du sud au nord, comme on voudra ; la ligne de l’équateur va de l’est à l’ouest, ou de l’ouest à l’est. Quand on avance du côté de l’orient ou de l’occident, on ne change pas de latitude mais de longitude. Si, par exemple , on va de Paris à Vienne en Autriche, on aura fait 15 degrés de longitude vers l’orient. Comme la Terre a 9,000 lieues de circonférence, on voit que chacune des 560 divisions de son équateur (en d’autres termes chacun des degrés de longitude) équivaut à 25 lieues. De plus, comme le Soleil emploie vingt-quatre heures pour le tour qu’il parait faire, il parcourt 15 degrés par heure, 180 en douze heures, ou 560 en vingt-quatre heures : chaque heure équivaut donc à 15 degrés. Ainsi, à Vienne on a midi une heure plus tôt qu’à Paris. En continuant de s’avancer à l’est, le voyageur gagnera une heure de 15 en 15 degrés, et s’il garde sa montre réglée sur le temps de Paris, elle retardera d’une heure par 15 degrés. S’il lui arrive défaire le tour entier du globe, il arrivera chez des peuples qui avancent de six heures, puis de douze, puis de dix-huit heures, sur son

heure de Paris. Et s’il met sa montre à l’heure des pays qu'il traversera, elle avancera sur Paris, à mesure qu’il continuera -son voyage, si .bien qu’en arrivant à Paris après avoir fait le tour du monde, il aura gagné vingt-quatre heures et comptera un jour de plus que nous : il serait au lundi tandis que nous serions encore au dimanche.

C’est en raison de cette différence d’heures que si, visitant les bords du Rhin, vous prenez le train à Kehl pour Strasbourg, comme la gare de Kehl est réglée sur le temps de Bade et que celle de Strasbourg l’est sur celoi de Paris, vous arriverez à Strasbourg dix minutes avant l’heure de votre départ de Kehl.

C’est pour la même raison que quand Sa Majesté prononce un discours à l’ouverture des Chambres, ce discours volant à Londres sur le fil télégraphique, la conclusion en a été entendue par les Anglais avant l’heure où. elle est sortie des lèvres de l’Empereur..

Un autre observateur, qui s’avancerait du côté de l’occident, retarderait comme notre voyageur précédent, et revenant à Paris après avoir fait le tour du monde, il ne compterait que samedi lorsque nous serions au dimanche. On éprouverait cette singularité dans la manière de compter, toutes les fois qu’on voit arriver un Vaisseau qui- a fait le tour du monde, si l’équipage avait compté les jours dans le même ordre, sans se réformer sur les pays où il a passé. Par la même raison, dit Lalande ( Astronomie des dames), les habitants des îles de la mer du Sud, qui sont éloignés de douze heures de notre méridien, doivent voir les voyageurs qui viennent des Indes, et ceux qui leur viennent de l’Amérique, Compter différemment les jours de la semaine, les premiers ayant un jour de plus que les autres; car supposant qu’il est dimanche à midi, pour Paris, ceux qui sont dans les Indes disent qu’il y a six ou sept heures que dimanche est commencé, et oeux qui sont . en Artiérique sont -encore au samedi soir. Ce fait parut

très-singulier à nos anciens voyageurs, qu’on, accusa d'abord de s’être trompés dans leur calcul et d’avoir perdu le fil de leur almanach. Dampier étant allé à Mendauao par l’ouest, trouva qu’on y comptait un jour de plus que lui. Varenius dit même qu’à Macao, ville maritime de la Chine, les Portugais comptent habituellement un jour de plus que les Espagnols ne comptent aux Philippines, quoique peu éloignées ; les premiers sont au dimanche tandis que les seconds ne comptent que samedi. Cela vient de ce que les Portugais, établis à Macao, y sont allés par le cap de Bonne-Espérance, én avançant toujours du côté de l’Occident, o’est-à-dire en partant de l'Amérique et en traversant la mer du Sud.

Ou voit par cette esquisse que la Terre, astre du ciel, est réglée par ses mouvements planétaires, qu’il n’y a rien d’absolu dans aucune de ces données de temps et d’espace, que tout est relatif à la condition de chaque planète, et que sur chacun des astres ces éléments diffèrent suivant leur grandeur et les mouvements qui leur donnent naissance. Mais, dira-t-on, sur quels fondements ces régies théoriques sont-elles établies, et qui nous prouve qu’au contraire la Terre n’est pas le monde absolu, fixe, établi comme la base du ciel, et que tous ces mouvements ne sont pas réels comme- ils le paraissent? Comment peut-on nous prouver qu’il y a là une illusion de nos sens, et puisqu’on ne raisonne que par l’observation, comment a-t-on su qu’il n’y avait là que de simples apparences?

Si vous voulez m’écouter quelques instants encore, Vous serez à ce sujet aussi bien convaincu que moi.

PREUVES POSITIVES QUE LA TERRE EST RONDE

qu’elle tourne son ELLE -MÊME et autour du soleil.

J’ai connu des personnes de bonne foi, braves gens au fond, qui n’avaient jamais rien de plus empressé que de m’adresser mille questions d’astronomie, et qui n’avaient pas plutôt reçu mes réponses qu’elles me riaient au nez avec la plus grande ingénuité du monde. Sans compter leur impolitesse vraiment primitive, on pouvait s’étonner de voir des gens à la fois si curieux et si difficiles à contenter. À leurs yeux, les savants étaient des rêveurs, qui croyaient savoir, mais qui en réalité ne pouvaient se prévaloir sur le commun des mortels au point de trouver le mot de l’énigme de la nature; ils vivaient sous l’empire d’une obsession. — J’ai connu d’autres personnes, un peu plus instruites que les précédentes, et qui considérant les différentes phases de l’histoire des sciences, ses succès et ses revers, pensaient que nous tournions dans un cercle vicieux ; que nous n’avions point la connaissance vraie des choses, et que nos systèmes, quelque solidement fondés qu’ils parussent, ne [devaient jamais être reçus qu’à titre d’hypothèses.

La question cosmographique qui nous touche de plus près, celle de l’isolement et du ruouvement de la Terre dans l’espace, a particulièrement le privilège de soulever les doutes dont je parle. Pour ceux qui les ont entendu formuler et qui n’ont pas toujours eu en main des preuves

Fig. 61. — Courbure des mers.

irréfragables à fournir, je donnerai ici les points fonda- , mentaux sur lesquels s’appuie cet élément du nouveau système du monde. .

Nous disons d’abord que la Terre est ronde , quelle a la forme d’une sphère un peu aplatie aux pôles. Le premier fait qui en rend témoignage, c’est la convexité de l’immense étendue d’eau qui recouvre la plus grande partie

du globe. L’observation d’un navire en mer suffit pour montrer cette courbure. Arrivé à la ligne bleue qui semble former la séparation tîu ciel et des eaux, le navire qui s’éloigne parait à ce moment posé sur l'horizon. Un peu plus tard, il disparaît, non par le haut, mais par le bas.

La mer s’élève d’abord entre le pont et l'observateur; ensuite elle cache les voiles basses ; les sommets des mâts s’évanouissent les derniers. Un phénomène semblable se produit pour l’observateur placé sur le navire : ce sont les côtes basses qui disparaissent les premières pour lui ; les édifices, les tours élevées et les phares sont les objets qui restent le plus longtemps sur la ligne de visibilité.

Ce double fait démontre d’une manière évidente la convexité de la mer. Si c’était une surface plane, la distance seule ferait perdre de vue un navire, et dans ce cas tout disparaîtrait à la fois, les voiles supérieures comme les inférieures.

il résulte déplus de ce même ordre d’observations, que la courbure de l’Océan est la môme dans toutes les directions : or cette propriété n'appartient qu’à la sphère.

La convexité de la mer s’étend en terre ferme. Malgré les inégalités du terrain, la surface des continents ne diffère pas essentiellement de la surface des mers, car ou sait que les plus hautes chaînes de montagnes sont loin de produire, sur la surface générale de la Terre, des pro- * tubérances comparables aux rugosités de la peau d’une orange. Or la surface des fleuves qui coupent en tous sens la terre ferme pour se réunir dans l’Océan est peu supérieure au niveau de celui-ci, et peut être considérée comme la surface prolongée de la mer dans toute l’étendue des continents... Les mesures barométriques sur la hauteur des montagnes ont, d’un autre côté, confirmé ce fait. Le sol des continents s’éloigne donc peu de ce niveau et présente dans son ensemble une courbure entièrement pareille à celle des eaux. Du reste, en terre ferme comme en mer.

les objets les plus élevés sont toujours les premiers et les derniers que le voyageur aperçoive.

Les voyages de circumnavigation ont d’autre part donné une preuve palpable de la sphéricité de la Terre. Le premier des navigateurs qui ail fait celte entreprise hardie du tour du monde, le Portugais Magellan, partit de l’Espagne en 1519, se dirigeant toujours vers l 'occident. Sans avoir changé sa direction, l’un de ses vaisseaux (lieutenant Cano) retrouva l’Europe trois ans après, comme s’il fût venu de l’orient. Les nombreux voyages de circumnavigation accomplis depuis celte époque ont surabondamment confirmé celte vérité : la Terre est arrondie dans tous les sens.

Une nouvelle preuve de la convexité de la Terre est fournie par le changement d’aspect que présente le ciel . pendant les voyages, (lue l’on se dirige vers le pôle ou que l'on s’approche de l’équateur, on découvre sans cesse de nouveaux astres, de même que l’on perd de vue ceux des latitudes dont on s’éloigne. Ce fait ne peut s’accorder qu’avec celui de la rondeur de la Terre; si la Terre était plane, tous les astres resteraient visibles à la fois. On a déjà vu ce raisonnement page 85.

L’ombre projetée par la Terre sur la Lune pendant les éclipses est toujours circulaire, quel que soit le côté que le disque terrestre présente au disque lunaire dans les di- • verses éclipses. Celte ombre conique, universellement observée, est une nouvelle preuve en faveur de la sphéricité de la Terre.

Tels sont les faits vulgaires qui démontrent d’une manière positive la vérité que nous avons avancée. Si nous voulions entrer en géodésie ou en mécanique rationnelle, je présenterais des considérations plus rigoureuses encore; mais les preuves précédentes nous suffisent ici. Voyons maintenant sur quel fondement solide on s'appuie lorsqu’on avance que la Terre est isolée et eu mouvement dans l’espace.

La difliculté que certains esprits ont manifestée à croire que ia Terre pfit être suspendue comme un ballon dans l’espace, et complètement isolée de toute espèce de point d’appui, provient d’une fausse notion de la pesanteur.- L’histoire de l’astronomie ancienne nous montre une anxiété profonde chez les premiers observateurs qui commençaient à concevoir la réalité de cet isolement, mais qui ne savaient pas comment empêcher de tomber ce globe si lourd sur lequel nous marchons. Les premiers Chaldéens avaient fait la Terre creuse et semblable à un bateau ; elle pouvait alors flotter sur l’abîme des airs. Quelques anciens voulaient qu’elle reposât sur des tourillons placés aux deux pôles. D’autres supposaient qu’elle s’étendait indéfiniment au-dessous de nos pieds. Tous ces systèmes étaient conçus sous l’impression d’une fausse idée de la pesanteur. Pour s’affranchir de cette antique illusion, il faut savoir que la pesanteur n’est qu’un phénomène constitué par l’attraction d’un centre. Un corps ne tombe que lorsque l’attraction d’un autre corps plus important le sollicite.

Les images de haut et de bas ne peuvent s’appliquer qu’à un système matériel déterminé, dans lequel le centre attractif sera considéré comme le bas; hors de là elles ne signilient plus rien. Lors donc que nous supposons notre globe isolé dans l’espace, nous ne faisons là rien qui puisse donner prise à l’objection signalée plus haut qui • craint de voir tomber la Terre on ne sait où.

La Terre peut être isolée dans l’espace. Mais non-seulement elle le peut, elle l’est en réalité. Si elle était appuvée sur un corps voisin par quelque point de sa surface, ce support, qui aurait nécessairement de très-grandes dimensions, s’apercevrait certainement lorsqu’on approcherait de lui. Ou le verrait sortir de terre et se perdre dans l’es- • pace. Nous n’avons pas besoin de dire que les voyageurs qui ont fait. en tous sens le tour du globe n’ont jamais rien aperçu de pareil : la surface terrestre est entière-

nient détachée de tout ce qui peut exister autour d’elle.

Venons maintenant au troisième point de ce chapitre, aux preuves positives du mouvement de la Terre.

Remarquons d’abord que les apparences des objets extérieurs seront identiquement les mêmes pour nous, soit que la Terre étant ea repos ces objets soient en mouvement, soit que ces objets étant en repos la Terre soit en mouvement elle-même. Si la Terre entraine dans son mouvement toutes les choses qui lui appartiennent, les eaux, l'atmosphère, les nuages, etc., nous ne pourrons avoir conscience de ce mouvement auquel nous participons que par l’aspect changeant du ciel immobile. Or, puisque dans l’un et l’autre cas les apparences sont les mêmes, nous allons voir que l’hypothèse du mouvement de la Terre explique tout, tandis que sans elle on tombe dans une inacceptable complication de systèmes.

Si la Terre tourne en vingt -quatre heures sur ellemême, nous pouvons voir immédiatement que, son rayon moyen étant de 1,452 lieues et sa circonférence de 9,000. un point situé sur l’équateur parcourra un dixième de lieue par seconde. Cette vitesse, qui parait considérable, a été considérée comme une objection contre le mouvement de la Terre. Mais nous allons savoir de quelle vitesse sans égale il faudrait animer les sphères célestes pour leur faire parcourir à chacune la circonférence du ciel dans le même laps de vingt-quatre heures.

Et d’abord, le Soleil étant éloigné de la Terre de 25,000 fois le rayon terrestre, dans l’hypothèse de l’immobilité de la Terre, le Soleil décrirait une circonférence 25,000 fois plus grande que les points de l’équateur ; ce qui donne une vitesse de 2,500 lieues par seconde.

Jupiter est environ cinq fois plus loin : sa vitesse serait de 11,500 lieues par seconde.

Neptune trente fois : il devrait parcourir 69,000 lieues par seconde.

Telles seraient les vitesses diverses dont les planètes devraient être animées pour foui ner autour de notre globe en vingt-quatre heures, comme elles le paraissent faire. On voit que l’objection contre le mouvemertt de la Terre d’un dixième de lieue par seconde n’est plus rien à .côté de celle qui naît de pareils nombres.

Que serait-ce si nous considérions les étoiles fixes ? Notre voisine, l’étoile a du Centaure, devrait parcourir 520 'millions de lieues par seconde. Et de proche en proche, jusqu’aux étoiles lointaines, nous creuserions l’infini sans trouver un nombre qui pût exprimer la vitesse des astres, pour tourner autour de ce petit point invisible qui s’appelle la Terre.

Ajoutons à cela que ces astres sont, l’un 1,400 fois plus gros que la Terre, un autre 1 ,400,000 fois, d’antres plus volumineux encore ; qu’ils ne sont réunis entre eux par aucun lien solide qui pût les attacher à un mouvement des voûtes célestes ; qu’ils sont tous situés aux distances les plus diverses ; et cette effrayante complication du système des cieux témoignera par elle-même de sa nonexistence, — nous pourrions dire de son impossibilité mécanique.

Mais non-seulement le mouvement diurne de la sphère céleste ne peut se comprendre que par l'admission du mouvement de la Terre autour de son axe ; les mouvements des planètes dans le Zodiaque, leurs stations et leurs rétrogradations, réclament avec la même rigueur le mouvement de la Terre autour du ciel. Pour expliquer les apparences planétaires, en supposant la Terre immobile, les anciens avaient dû imaginer jusqu’à soixantedix cercles enchevêtrés les uns dans les autres, cercles solides ou cieux de cristal dont rien n’égalait la complication, et qui, s’ils avaient pu exister un instant, auraient été bientôt mis en pièces par les comètes vagabondes ou par les aérolithes qui tournoient dans l’espace.

D’autre part encore, l’aualogie venait confirmer singulièrement l’hypothèse du mouvement de la Terre et •changer en certitude sa haute vraisemblance. Le télescope montrait dans les planètes des terres analogues à la nôtre, mues elles-mêmes par un mouvement de rotation autour de leur axe, mouvement de rotation de vingt-quatre heures pour les planètes voisines, et d’une durée moindre encore pour les mondes lointains de notre système. Ainsi la simplicité et l’analogie sont en faveur du mouvement de la Terre. Ajoutons maintenant que ce mouvement est rigoureusement voulu et déterminé par toutes les lois de la mécanique céleste.

La grande difficulté que l’on avait' avancée contre le mouvement de la Terre, et qui fut en faveur pendant quelque temps, était celle-ci : si la Terre tourne sous nos pieds, en nous élevant dans l’espace et en trouvant le moyen de nous y tenir quelques secondes ou davantage, nous devrions tomber après ce laps de temps en un point plus occidental que le point de départ. Celui, par exemple, qui à l’équateur trouverait le moyen de se soutenir immobile dans l’atmosphère pendant une demi-minute, devrait retomber trois lieues à l’occident du lieu d’où il serait parti. — Ce serait une excellente façon de voyager, et Cyrano de Bergerac prétendait l’avoir employée lorsque, setant élevé dans les airs par un ballon de sa façon, il était tombé quelques heures après son départ au Canada au lieu de redescendre en France. — Quelques sentimentalistes, Buchanan entre autres, ont donné à l'objection une forme plus tendre, en disant que si la Terre tournait, la tourterelle n’oserait plus s’élever de son nid, car bientôt, elle perdrait inévitablement de vue ses jeunes tourtereaux.

Le lecteur a déjà répondu à cette objection en réfléchissant que tout ce qui appartient à la Terre participe, comme nous l’avons dit, à son mouvement de rotation, et

que jusqu’aux dernières limites de l’atmosphère notre globe entraîne tout dans son cours.

La figure sphéroïdale de la Terre, aplatie aux pôles el renflée à l’équateur, est le témoignage permanent de son mouvement de rotation déterminant la force centrifuge.

Kig. 02. — Effets de la force centrifuge.

• La force centrifuge est rendue manifeste , dans les cours de physique, à l’aide de l’appareil que représente cette figure. Des cercles d’acier, tournant rapidement autour d’un axe, prennent la forme d’ellipses aplaties aux extrémités de l’axe, et l’aplatissement est d’autant plus considérable que. la vitesse de rotation est plus grande. La Terre, mais surtout Jupiter et Saturne, présentent cet aplatissement dû au mouvement de rotation.

L’observation directe de divers phénomènes a confirmé la théorie du mouvemènt de la terre, et l’a confirmée par des preuves matérielles irrécusables.

Si le globe tourne, il développe, comme nous venons de le dire, une certaine force centrifuge ; cette force sera

nulle aux pôles, aura son maximum à l'équateur, et sera d’autant plus grande que l’objet auquel elle s’applique sera lui-même à une distance plus grande de l’axe de rotation. Ce sera en grand ce qui existe en petit dans une fronde ou dans une roue libre en mouvement rapide. Or, supposons qu’on fixe un fil à plomb au sommet d’une tour, et que le poids qui le tend descende jusqu’à la surface du sol, la direction de ce fil à plomb vers le centre de la Terre, c’est-à-dire suivant la perpendiculaire au niveau d’eau, sera un peu modifiée par l’effet de la force centrifuge résultant de la rotation du globe, mesurée au pied de la tour. Si l’on fixe également au sommet de la tour, à une petite distance à l’est du premier, un second fil à plomb très-court, dont le poids serait situé un peu au-dessous du point d’attaéhe, ce second fil n’aura pas tout à fait la direction du premier, car la force centrifuge due au mouvement de la Terre étant plus grande au sommet de la tour qu’au pied, fera dévier le fil un peu plus à l’est. — Si on laisse tomber une pierre de A en B (fig, 05), elle tomberait réellement en B si la terre était immobile ; mais au sommet de la tour, la pierre est animée d’une vitesse de l’ouest à l’est plus grande qu’au pied de la tour: celte vitesse se combine avec celle de la chute, et au lieu de suivre les parois de la tour, partie de A' elle tombe en B".

Un point o, situé à une certaine hauteur dans l'air (fig. 64), tomberait au pied de la verticale en A, si la terre était immobile. Mais, pendant la durée de sa chute, le mouvement de rotation lui fait décrire un arc aa', plus grand que l’arc AA', décrit par le pied de la verticale. Abandonné à lui-même, il conserve sa vitesse d'impulsion primitive et tombe en A', à l’orient du point inférieur. Telle est la déviation qu’indique la théorie, et qui, nulle au pôle, va en croissant jusqu’à l'équateur. L’expérience confirme le raisonnement; dans l’atmosphère.

il est difficile de faire cette vérification, à cause des agitations de l’air ; mais ôn a pu constater qu’une boule métallique A, abandonnée à elle-même à l’orifice h d’un puits très-profond, tombe en B', un peu à l’orient du pied B d’un fil à plomb qui marque la verticale. La

Fig. 65. — Déviation dans la chute des corps.

déviation dépend de la profondeur du puits; elle est à l’équateur de O" 1 , 005 pour un puits de 100 mètres de profondeur. Dans les puits de mine de Freiberg (Saxe),

>' rr'

Fig. 61. — Déviation dans la chute des corps.

M. Reich a constaté une déviation orientale de 0 m ,028 pour une profondeur de 158"‘,5; la théorie indiquait 26 n, “,6. Il est évident que c’est là une preuve, expérimentale du mouvement de rotation de la Terre.

Les oscillations du pendule à secondes appuient encore le fait précédent. Non-seulement elles sont plus lentes à

l’équateur qu’aux pôles, parce que le rayon équatorial est plus grand que . le rayon polaire, mais la différence est trop grande pour être attribuée à cette seule cause. A l’équateur, la force centrifuge atténue en partie l’effet de la pesanteur.

Un pendule d’un mètre de longueur qui, à Paris, fait dans le vide 86-, 137 petites oscillations en 24 heures, transporté aux pôles, en ferait 86,242, et, à l’équateur,, n’exécuterait plus, dans le même temps, que 86,017 oscillations.

• La longueur du pendule à secondes, pour la station de Paris, est de 994 millimètres. Voici celles quéle calcul et les observations ont fait trouver, pour le même pendule, aux pôles, à l’équateur, et à une latitude moyenne de 45°. Nous y joignons les nombres qui mesurent l’intensité de la pesanteur en ces divers lieux, c’est-à-dire le nombre de mètres indiquant la vitesse acquise, après une seconde, par les corps graves tombant dans le vide.

Longueur du Intensité

pendule à seconde de la pesanteur

A l’équateur

A la latitude de 45°. . .

Aux pôles

Les variations de la pesanteur sur le globe terrestre dépendent et de la forme même de ce globe, qui n’est pas sphérique, mais ellipsoïdale, et de la force centrifuge engendrée par la vitesse de rotation. La pesanteur diminue donc, des pôles à l’équateur, plus qu’elle ne le ferait sans cette rotation.

Une remarque curieuse à faire ici, c’est qu’à l'équateur cette force est yg-, de la pesanteur. Or, comme la pesanteur croit proportionnellement au carré de la vitesse de rotation, et que 289 est le carré de 17, si la Terre tournait 1 7 fois plus vite, les corps placés à l’équateur ne pèseraient

plus : une pierre lancée dans l’espace ne retomberait pas !

Voici un autre fait non moins positif que les précédents, et plus facile à apprécier dans ses conséquences en faveur du mouvement de la Terre. Si la Terre était immobile et que la sphère étoilée tournât autour d’elle en vingt-quatre heures, les astres ne passeraient jamais au méridien, ne se lèveraient ni ne se coucheraient jamais, à l’instant où l’indique la ligne de leur longitude dans le ciel. Les rayons lumineux qu’ils nous envoient, mettant des intervalles inégaux à n'ous venir, selon leurs distances réciproques, mettraient une confusion extrême dans les. heures de leurs passages apparents. Tel astre qui, en réalité, passe au méridien maintenant, est situé à une telle distance que sa lumière met six heures à nous venir ; il ne paraîtra donc y passer que six heures plus tard, c’est-à-dire au moment de son coucher. Tel autre astre mettra douze heures à se laisser voir, tel autre des mois, des années, il y a là une nouvelle preuve matérielle que ce ne sont pas les sphères célestes qui se meuvent, mais bien la Terre elle-même.

Les mouvements propres annuels des étoiles dans le ciel, dont nous avons parlé dans l’exposé de la méthode, employée pour déterminer la distance des étoiles, fournissent également une preuve positive du mouvement de la Terre autour du Soleil. Il en est de même du phénomène de l’aberration de la lumière.

La physique du globe a, elle aussi, fourni son contingent de preuves à la théorie du mouvement de la Terre, et l’on peut dire que toutes les branches de la science qui se rattachent, de près ou de loin, à la cosmographie, se sont unies pour la confirmation unanime de cette théorie. La forme même du sphéroïde terrestre montre que cette planète, fut une masse fluide, animée d’une certaine vitesse de rotation, conclusion à laquelle les géologues sont arrivés dans leurs recherches personnelles.

• D’autres fait», comme les courants de l’atmosphère et de l’Océan, les courants polaires et les vents alizés, trouvent également leur cause dans la rotation du globe; mais ces faits ont une valeur moindre que les précédents, attendu qu’ils pourraient s’accorder avec l’hypothèse du mouvement du Soleil.

Nous terminerons on rappelant la brillante expérience de M. Foucault au Panthéon. A moins de nier l’évidence, cette expérience démontre invinciblement le mouvement de la Terre. Elle consiste, comme on sait, à encastrer un fil d’acier par son extrémité supérieure dans une plaque métallique fixée solidement à une voûte. Ce fil est tendu à son extrémité inférieure par une boule de cuivre d’un poids assez fort. Une pointe est attachée au-dessous de la houle, et du sable fin est répandu sur le sol pour recevoir la trace de cette pointe lorsque le pendule est en mouvement. Or, il arrive que cette trace ne s’effectue pas dans la même ligne. Plusieurs lignes, croisées au centre, se succèdent et manifestent une déviation du plan des oscillations de l’orient vers l’occident. En réalité, le plan des oscillations reste fixe; la Terre tourne au-dessous d’occident en orient. L’explication est basée sur ce fait que la torsion du fil n’empêche pas le plan des oscillations de rester invariable.

Si l’on suspend une boule pesante à l’extrémité d’un fil, et qu’après l’avoir écartée de la verticale, on l’abandonne à l’action de la pesanteur, cette force lui fera faire une série d’oscillations qui toutes auront lieu dans un même plan vertical, passant par le point de suspension.

On démontre en mécanique, et une expérience trèssimple confirme ce fait, que si, pendant les oscillations du pendule, on fait tourner le plan auquel le point de suspension est lié, le plan vertical dans lequel ont lieu les oscillations rente invariable.

Un appareil très-simple permet de constater ce fait. On

fait d’abord, osciller le pendule dans la direction CD (fig. 65), perpendiculaire à la ligne AB; puis, pendant qu’il oscille, on fait tourner lentement l’appareil sur lui-

inème, de façon à lui donner la position marquée dans la figure 66. La direction C'D' du pian d’oscillation restera

Fig. 6(5. — Déviation apparente du pendule.

la même que CD, comme on pourra s’en assurer à l’aide de repères fixes pris hors de l’appareil. Seulement, sur le

MOUVEMENTS DE LA TERRE. 2ê7

plan AB, le plan d’oscillation paraîtra avoir dévié en sens contraire de la rotation imprimée au support, et si l’on n’avait pas conscience de ce mouvement, il est clair que la déviation semblerait réelle.

Tel est le principe de l’expérience imaginée par M. Foucault, et réalisée par ce savant regretté sous la coupole du Panthéon en 1849.

Si nous imaginions qu’un pendule d’une grande hauteur fût suspendu à l’un des pôles de la Terre, une fois ce pendule en mouvement, le plan de ses oscillations restant invariable, malgré la torsion du fil, la terre tournerait sous lui et le plan d’oscillation du pendule paraîtrait tourner en 24 heures autour de la verticale, en sens contraire par conséquent du véritable mouvement de rotation de la Terre.

Si le pendule était suspendu en un point de l’équateur, il n’y aurait plus de déviation. Mais pour l’horizon d’un lieu situé à une latitude quelconque, l’invariabilité du plan d’oscillation se manifeste par une déviation en sens contraire du mouvement de la Terre.

Ainsi, comme tous les astres du ciel, la Terre tourne. Le repos absolu n’existe pas dans l’univers. Tout est en mouvement, et c’est dans cette loi universelle du mouvement que réside la condition de la stabilité du monde.

Mais une question se présente ici : la Terre tourne; fort bien ! mais pourrait-elle s'arrêter? Qu’arriverait-il, si, par une cause quelconque, elle cessait, subitement ou petit à petit, de rouler dans son mouvement rapide? Voyons un peu, le sujet en vaut la peine, car il est fort curieux.

Ce n’est pas qu’en cherchant à répondre à cette curieuse petite question je veuille lui donner plus d’improtance qu’elle n’en a en réalité. Que notre globe cesse un jour subitement de tourner, c’est ce que nous pouvons sans crainte déclarer impossible, et cela avec toute l'au-

torité qui appartient aux principes de la mécanique céleste. De la part de notre monde, nous n’avons pas à attendre,... à craindre cette fantaisie-là. A craindre, car, en effet, voici les conséquences inévitables qui résulteraient du simple arrêt de la Terre dans son cours.

Rappelons d’abord que la vitesse d’un corps situé à la surface de la Terre se compose de deux parties : du mouvement de rotation diurne du globe autour de son axe, ot de son mouvement de translation autour du Soleil. En vertu du premier, les corps placés à l’équateur terrestre parcourent 375 lieues par heure, 6 lieues par minute, un dixième de lieue par seconde. Cette vitesse diminue de l’équateur, où elle est maximum, aux pôles, où elle est nulle, puisque, les corps ont naturellement d’autant moins de chemin à parcourir que leur cercle de latitude est plus petit. Par suite du second mouvement de la Terre, de sa révolution dans l’espace autour du Soleil, tous ses points indistinctement parcourent 456 lieues par minute, soit 7 lieues 6 dixièmes par seconde. On se fera une idée de cette vitesse si l’on réfléchit qu’un train express lancé à toute vapeur ne fait pas plus de 16 mètres par seconde, et qu’un boulet de 24 n’a, même à sa sortie du canon, qu’une vitesse de 590 mètres par seconde.

Tous les points qui appartiennent à un système matériel en mouvement étant animés du même mouvement que lui, si par un arrêt brusque ce système est mis subitement en repos, les points qui peuvent se déplacer à sa surface continueront , en vertu de la vitesse acquise, à se mouvoir dans la direction primitive. C’est en vertu de ce principe que lorsque votre cheval s’affaisse brusquement sous le timon de votre rapide ealèehe, vous vous trouvez malencontreusement lancé pardessus la tête de votre pégase ; c’est encore en vertu du même principe qu’il vous faut prendre certaines précau-

fions en descendant d’un omnibus en -marche, afin que vos pieds étant • subitement attachés au sol immobile, tandis que votre corps est encore animé de la vitesse acquise, vous n’alliez pas baiser les traces du véhicule.

La Terre est, comme nous l’avons vu, une voiture plus rapide que les omnibus, les calèches et les wagons. Si elle s’arrêtait subitement, il va sans dire que toutes les précautions seraient superflues pour éviter une mort instantanée. Tous les objets qui ne sont pas implantés et fixés dans le sol, et qui n’adhèrent à la surface que par la loi de pesanteur, seraient immédiatement et d’un seul trait lancés dans l’espace avec une vitesse initiale de 8 lieues par seconde, rapidité dont nous sommes doués présentement. Les promeneurs paisibles, les travailleurs et les gens'en repos, les animaux domestiques et ceux qui vivent dans les forêts, les oiseaux dans le ciel, nos voitures et nos machines, tout cela s’élancerait d’un seul bond dans la direction du mouvement de la Terre. Quant ù l’Océan, qui recouvre les deux tiers du globe, sa masse liquide s’élançant elle-même par-dessus les rivages submergerait en un clin d’œil les îles et les continents dans sa course impétueuse, couronnant l’édifice de la mort; bientôt elle dépasserait les plus hautes montagnes et ferait subir à notre globe une transformation de surface dont n’approche aucune des révolutions antiques qui l’ont tourmenté.

Les théoriciens qui se sont amusés à chercher au déluge biblique une cause naturelle, n’ont pas manqué de mettre en jeu cette supposition féconde, et d’avancer que le choc d’une comète pourrait facilement opérer cet arrêt et ses lourdes conséquences. Nous savons aujourd’hui qu’une comète pourrait passer sur la Terre sans que nous nous en apercevions.

Un autre fait bien curieux qui suivrait l’anéantissement de la vitesse de la Terre est celui-ci : la force centripète qui entraîne les planètes vers le Soleil n'étant plus con-

tre-balancée par la force centrifuge» la Terre tomberait en ligne droite dans le Soleil. S’il y avait encore sur le globe d’autres êtres que les poissons pour le voir, cet astre s’agrandirait à vue d’œil dans un gigantesque épanouissement. La Terre arriverait sur lui 64 jours après le choc, et disparaîtrait dans sa surface comme un aérolithe sur la Terre.

11 va sans dire que notre globe n’est pas une exception à la règle générale, et que le môme sort serait réservé aux autres planètes si elles se trouvaient dans le même cas. Ainsi, si la vitesse de Mercure, de Vénus, de Jupiter ou de Saturne était anéantie, ces planètes tomberaient dès lors dans le Soleil, la première en quinze jours, la seconde en quarante, la troisième en sept cent soixante-sept, la dernière en dix-neuf cents.

Mais voici une autre conséquence bien plus curieuse encore, qui résulterait immédiatement de l’arrêt subit de la Terre dans son cours.

Il est reconnu que le mouvement ne peut s’anéantir, pas plus que nul atome de matière ; il peut se communiquer, se diviser, se perdre en une certaine somme de forces partielles, mais non s’anéantir. 11 peut, et c’est là le point important ici, il peut se transformer en chaleur, et il s’y transforme effectivement toutes les fois qu’il paraît se perdre comme force motrice. Ainsi, vous frappez à plusieurs reprises sur un clou enfoncé et désormais immobile ; le mouvement du marteau ne se communiquant plus au clou, se transforme en chaleur; vous pourrez facilement vous en apercevoir au toucher. Sans multiplier les exemples, chacun a constaté par expérience cette transformation mécanique du mouvement en chaleur.

Or, si par une cause quelconque on suspendait instantanément le mouvement multiple qui anime notre globe, ce mouvement subirait cette transformation dont nous

P H E U V BS QUE LA TERRE EST RONDE. 291

venons de parler. La Terre s’échaufferait tout à coup, et veut-on savoir à quel degré? La quantité de chaleur engendrée par l’arrêt du globe terrestre, équivalant à un choc colossal, suffirait non-seulement pour fondre la Terre entière , mais encore pour en réduire la plus grande partie en vapeur.

Cette conséquence domine toutes les précédentes et les absorbe. La Terre ne serait plus une planète ; sa masse, son volume et sa densité, changés du tmit au tout, ne permettraient plus les applications qu^ious signalions tout à l’heure sur le mouvement désordonné des corps à sa surface, le déversement des mers et sa chute dans le Soleil ; tous ces éléments donnés par la mécanique seraient modifiés suivant le mode plus ou moins rapide dont se serait opéré l’arrêt du mouvement de la Terre.

Si cet arrêt n’était qu’un ralentissement progressif, dont l’accomplissement demanderait une durée de quelques instants, au lieu d’être instantané, la Terre pourrait encore devenir assez chaude pour que tous les êtres vivants qui existent à sa surface périssent subitement.

Terminons ces réflexions comme nous les avons commencées , en disant que la question est plus curieuse qu’importante, et que très-certainement nous pouvons dormir tranquilles, sans laisser en nous les moindres traces des craintes imaginaires qu’elle aurait pu momentanément faire naître dans notre esprit.

D’ailleurs notre globe n’a pas grande importance dans l’univers, et sa disparition serait peu remarquée. Ce n’est qu’une insignifiante bulle de savon, comme le disait notre poète national Béranger en célébrant la nuit de son ascension :

• Dans mon vol, sous mes pieds, qu’entends-je ?

C’est le triste son d’un pipeau,

Qui mène au gré d’un tout jeune ange L’un des corps nains du grand troupeau.

Petit globe, objet de risée !

On dirait, à le voir courir,

Du savon la bulle irisée Qu’un souffle fait naître et périr.

Je demande à l’enfant céleste Si c’est son jouet dans les deux.

— Énorme géant, sois modeste, Dit-il, regarde et juge mieux.

Je me penche alors sur la boule.

Prêt à la prendre dans ma main !

Dieu! j’v ,yois s’agiter la foule

Que nous nommons le genre humain.

Ma confusion est profonde.

— Est-ce donc là notre séjour ?

— Oui, dit l’ange, voilà ce monde Dont peu d’entre vous font le tour.

Ton œil y distingue sans doute

Ces monts qui sont géants pour vous, Et votre Océan, cette goutte Qui suffit à vous noyer tous.

LA LUNE

l.o soir ramène le silence,

Assis sur ces rochers déserts,

Je suis dans le vague des airs Le char de la nuit qui s'avance.

Tout à coup, détaché des cieux.

Un rayon de l’astre nocturne Glissant sur mon front taciturne, Vient mollement loucher mes yeux.

Doux retlct d'un globe de flamme.

Charmant rayon, que me veux-tu?

Viens-tu dans mon sein abattu Porter la lumière à mon Ame?

Descends-tu pour me révéler Des mondes le divin mystère?

Les secrets cachés dans la sphère < ù le jour va te rappeler?

Une secréte intelligence T'adresse-t-elle aux malheureux?

Viens-tu la nuit briller sur eux Comme un rayon de l’espérance?

Viens-tu dévoiler l’avenir Au cœur fatigué qui t'implore?

Hayon divin, es-tu l'aurore Du jour qui ne doit pas linir?

Lamartine.

Astre par excellence de la rêverie et du mystère, le llambeau destiné à l’illumination des nuits terrestres a toujours eu le privilège d’attirer les regards et les pen-

204 LES MERVEILLES fcÉLESTES.

sées. Il semble que, régnant sur l’empire du silence et de la paix, il soit plus mystérieux, plus solitaire que nul autre ; sa lumière blanche et glacée vient encore affermir l’impression première ; il reste dans la pensée comme représentant la nuit elle-même. Dés les âges antiques, les anciens avaient nommé souveraine des nuits silencieuses Diane au croissant d’argent, Plioebé à la blonde chevelure.

Attachée par les liens indissolubles de l’attraction à la Terre de laquelle elle est issue, la Lune gravite autour de nous comme un satellite fidèle. Au moment de sa plus grande clarté, lorsqu’elle est arrivée à la phase de sa plénitude, elle ouvre en se levant, l’heure de l’apparition des étoiles, et, suivant sensiblement leur cours de l’orient à l’occident, elle semble leur guide céleste.

Cependant comme elle fait le tour du globe d’occident en orient en vingt-sept jours environ, on remarque bientôt qu’elle retarde chaque jour sur les étoiles qu’elle paraissait conduire, et qu’elle possède un mouvement indépendant de celui de la sphère céleste. En effet, elle est l’astre le plus rapproché, et elle nous appartient à tilre de satellite.

La distance de la Terre à la Lune a été mesurée par un procédé analogue à celui que nous avons exposé page 126 pour la mesure des distances des étoiles. Deux astronomes (comme l’ont fait entre autres Lalande et Lacaille, en 1756, à Berlin et au cap de Bonne-Espérance) se placent sur un même méridien, l’un en A, l’autre en B, et mesurent la distance de la Lune à leurs zéniths respectifs, c’est-à-dire les angles ZAL, Z'BL, au moment où l’astre passe à leur méridien. Les suppléments TAL et TBL de ces angles sont par là même déterminés, et l’angle ATB, qui est la somme des latitudes, est donné par la position même des observateurs. En menant la tangente LA', on a la parallaxe horizontale A' LT et la distance TL.

Les astronomes cités plus haut avaient trouvé 57'iOÎ'

LA LUNE

pour la valeur de l’angle sous lequel on voit de la Lune le rayon de la Terre. Les dernières mesures la fixent à 57'2"7, ce qui porte la distance moyenne du centre de la Lune au centre de la Terre à un peu plus de 60 payons terrestres. Un pont de 30 terres y conduirait.

De tous les astres, c’est celui dont la connaissance nous fut la première et le mieux acquise. DèsJJ l’invention des

Fig. 67. — Mesure de la distance de la Terre à la Lune.

premières lunettes d’approche, il n’y a guère que 250 ans, ces instruments primitifs, dont la puissance était loin d’atteindre les régions stellaires et ne pouvait être efficacement appliquée qu’à cet astre voisin, astronomes, astrologues, alchimistes, tous ceux qui s’occupaient de science se sentirent tourmentés par le plus vif désir de pénétrer par la vue dans les régions de cette terre céleste. Les premières observations de Galilée ne firent pas moins de bruit que la découverte de l’Amérique ; un grand nombre voyait là une découverte nouvelle d’un nouveau monde bien plus intéressant que l’Amérique puisqu’il était en dehors de la terre. C’est un des spectacles les plus curieux de l’histoire, d’assister au mouvement prodigieux qui s’opéra à propos du monde de la Lune. 11 n’y a que le

‘296 LES M El! VEILLES CÉLESTES.

premier pas qui coûte, dit un vieux proverbe : à l'époque dont je parle, on n’avait attendu que le premier pas de l’optique; à peine fut-il fait, qu’on réclama le second avec avidité, puis le troisième, et comme les progrès de la science n’arrivaient pas aussi vile que les désirs, comme bien des années se passaient sans qu’on pût arriver à distinguer les royaumes de la Lune et les cités de ses habitants, l’imagination exaltée prit les devants et partit sans larder davantage pour le nouveau monde céleste. On vit paraître alors de fort curieux voyages à la Lune, d’ étonnantes excursions, d’impardonnables fantaisies, et les études sérieuses se trouvèrent bientôt largement dépassées par les visions des esprits impatients *.

Cependant elles marchaient rapidement, les découvertes astronomiques. Encouragé par les premières révélations du télescope, on avait entrepris l’étude complète de la surface lunaire. L’aspect delà Lune vue à l’œil nu, ce visage grossier que l’on remarque avec un peu de bonne volonté sur son disque pale, s’était transformé dans le champ des lunettes, et l’on avait observé tout d’abord des parties très-brillantes et des- parties plus sombres. Lu examinant plus attentivement, et en amplifiant les grossissements, on reconnut que l’aspect des détails changeait suivant que le. Soleil se trouvait d’un côté ou de l’autre de la Lune, qu’aux jours où le Soleil était à gauche des signes brillants, on voyait des lignes sombres à leur droite, tandis que, dans le cas contraire, les lignes sombres paraissaient à gauche. Il fut alors facile de constater que les parties brillantes étaient des montagnes, que les parties sombres qui les avoisinaient étaient dos vallons ou des plaines basses, et qu’enfui les larges taches grises qui se voyaient

* I.es lecteurs curieux de connaître ces voyages pseudo-scientifiquesen trouveront la description ci-ilicjne dans notre ouvrage les Momies, imaginaires et les Mo>ides réels.

LA 'LUNE. 297

en plaine étaient des pays dont le sol réfléchissait moins parfaitement la lumière solaire.

On savait déjà que les phases de la Lune sont produites par l'illumination du Soleil, puisque, lorsque nous voyons entièrement la partie éclairée de la Lune, à l'époque de la pleine lune, c’est quand nous nous trouvons entre le

Explication des phases de la Luné.

Fig. 68. —

Soleil et la Lune et que nous voyons entièrement le côté que le Soleil éclaire ; qu’à l’époque de la nouvelle lune, le Soleil se trouve derrière cet astre et éclaire le côté que nous ne voyons pas, et qu’aux deux quartiers nous faisons un angle droit avec la Lune et le Soleil et ne pouvons voir alors que la moitié de la partie que le Soleil éclaire. Les observations faites au télescope confirmèrent cette explication en montrant que la marche des ombres à la surface lunaire est l’inverse de la marche du Soleil. Plus tard, il y a quelques années seulement, elle fut encore confirmée par l’analyse de la lumière dont j’ai parlé plus haut, car, en analysant les rayons renvoyés par la Lune, on trouva identiquement les mêmes éléments que dans la lumière directement émise par le Soleil.

On avait donc sous les yeux un globe opaque comme la Terre, éclairé connue elle par le Soleil, et accidenté connue sa surface de montagnes et de vallées. C’était plus qu’il n’en fallait pour aiguillonner la curiosité. On s’occupa doue spécialement de notre voisine, et on en dressa la carte géographique, ou, pour mieux dire, sélénographique, puisque, comme vous le savez, lecteur, rjj veut dire Terre, tandis que lih ;vu veut dire Lune.

Comme les idées astrologiques sur les influences physiques et métaphysiques, morales ou immorales de la Lune, étaient encore en pleine vigueur, et que l’homme ne peut, qu’avec la plus pénible difficulté, s’affranchir de l’erreur, lors même qu’il le veut, ce qui est malheureusement bien rare, comme vous savez,

L'homme est de glace aux vérités,

Il est de feu pour le mensonge,

les astrologues continuèrent à interpréter le langage de la Lune suivant les règles de l’horoscopic, et les astronomes firent une description qui sentait les opinions ré-

LA LUÎiE.

gnantes. Aux grandes taches sombres on donna le nom de mm, aux petites le nom de lacs ou de marais ; puis on baptisa mers, lacs, marais, monts, vallées, golfes, presqu'îles,. etc., de dénominations liées au souvenir des vertus plus ou moins légitimement attribuées à l’astre des nuits. C’est ainsi qu’il y eut, et qu’il y a encore présentement sur la Lune : la Mer de la Fécondité, le Lac des Songes, la Mer de la Sérénité, le Marais des Brouillards, l’Océan des Tempêtes, le Lac de la Mort, la Mer des Humeurs, le Marais de la Putréfaction, la Presqu’île des Rêveries, la Mer de la Tranquillité, etc., etc.,' et autres noms qui ne sont pas tous, comme vous le voyez par ceux qui précèdent, d’un goût exquis ni d’un sentiment toujours gracieux.

Lorsqu’il s’agit de nommer les montagnes, on eut d’abord l’idée de leur donner le nom des astronomes dont les travaux avaient été le plus utiles à l’avancement de la connaissance de la Lune et avaient le plus brillamment illustré cette beauté de l’espace. Mais une considération de prudence retint Hévélius, l’auteur de la Sélénographie. Laquelle ? Oh ! elle ne doit pas être bien longue à deviner : on craignit d’exciter des sentiments de jalousie. Tel astronome qui n’avait pas en sa possession un coin de terre ici-bas eût été fort honoré de recevoir un petit héritage des terres lunaires ; tel autre, riche propriétaire, eût été (comme il arrive toujours chez les gens de cette profession) très-fâché de ne pas voir augmenter son bien par quelque coin de lune. Alors, pour ne froisser personne, on donna tout simplement aux montagnes de la Lune le nom des montagnes de la Terre. Il y eut les Alpes, les Apennins, les Karpathes, etc.; mais le vocabulaire des montagnes ne fut pas suffisant ; alors on en revint aux savants, mais aux savants morts. Aristote, Platon, Hipparque, Ptolémée, Copernic eurent chacun leur propriété dans la Lune. Certains voyageurs, comme l’auteur du Voyage au

monde de Descartes, ont constaté, en visitant ces différents pays lunaires, que les grands hommes dont ils ont reçu arbitrairement le nom, en prirent possession dans le courant du seizième siècle et y établirent leur résidence. Ces âmes immortelles, parait-il, y continuèrent leurs œuvres et leurs systèmes inaugurés sur la Terre. C’est ainsi que sur le mont Arislole est élevée une véritable cité grecque, peuplée de philosophes péripatéticiens , gardée par des sentinelles armées de Propositions, d’Antitbèses, de Sophismes, et que le mailre habite au centre de la ville, dans un magnifique palais! C’est ainsi que dans le cirque de Platon habitent des âmes sans cesse occupées à la recherche du prototype des idées! Il y a deux ans on a but un nouveau partage des propriétés lunaires, et l'on en a généreusement enrichi quelques astronomes de nos amis.

Sans nous occuper à présent si les habitants de la Lune sont les âmes de ceux dont les noms illustres ont servi à qualifier les royaumes d’ici-bas, nous pouvons continuer notre relation en disant que les connaissances si satisfaisantes que l’on eut rapidement de notre satellite sont dues à sa grande proximité de la Terre et à la facilité avec laquelle nous voyons tout ce qui se passe à sa surface. Ole est en effet si rapprochée de nous, qu’après les distances célestes auxquelles nous avons dû nous familiariser dans les chapitres précédents, l’éloignement qui nous en sépare n’est qu’une bagatelle. Même pour ceux dont la pensée n’a pas visité les régions ultra-terrestres, le chemin d’ici à la Lune n’est pas bien long. Les navigateurs au long cours qui ont fait quatre ou cinq fois le tour du globe ont parcouru une pareille distance, car pour faire le tour du globe, les irrégularités de la route donnent bien le double de la circonférence géométrique. De l’orbite lunaire un corps qui se laisserait tomber arriverait ici en 5 jours 1 heure 45 minutes et 15 secondes. Pour aller d’ici à la Lune on mettrait un peu plus de temps; mais si

LA LUNE

or» avait en main la vitesse de la vapeur, on y arriverait en moins çTnn an. A sa distance minimum, elle n’est qu’à 28 fois et demie la largeur de la Terre, ou 90,650 lieues environ. On voit que c’est une distance vraiment insignifiante.

C’est cette proximité, sans doute, qui a causé la grande réputation de l’astre lunaire parmi nous. Aucun astre, sans excepter le Soleil, n’eut jamais pareille influence. Le monde entier fut accessible aux influences lunaires, les hommes comme les animaux, les plantes comme les minéraux. J’ai dit plus haut que les opinions astrologiques fournies à l’égard de cet astre étaient des plus singulières. Il faut que je me donne le plaisir de vous en citer quelques-unes; elles sont vraiment trop curieuses pour être passées sous silence. Choisissons donc deux ou trois bons astrologues, savants sur la Lune, et interrogeons-les. Voici d’abord l’action générale du satellite sur la Terre.

Corneille Agrippa , fameux géomancien , s’exprime ainsi 1 : « La Lune s’appelle Plioebé, Diane, Lucine, Proserpine, Hécate, qui règle les mois, demi-formée; qui éclaire les nuits, errante, sans parole, à deux cornes, conservatrice, coureuse de nuit, porte-cornes, la souveraine des divinitez, la reine du ciel, la reine des mânes, qui domine sur tous les éléments, à laquelle répondent les astres, reviennent les temps et obéissent les éléments; à la discrétion de laquelle soufflent les foudres, germent les semences, croissent les germes; mère primordiale des fruits, sœur de Phœbus, luisante et brillante, transportant la lumière d’une des planètes à une autre, éclairant par sa lumière toutes les divinitez, arrêtant divers commerces des étoiles, distribuant des lumières incertaines à cause des rencontres du Soleil, reine d’une grande beauté,

1 Philosophie occulte. Yov. les Curiosités (les sciences occultes, par le bibliophile Jacob.

maîtresse des plages et des vents, donatrice des richesses, nourrice des hommes, la gouvernante de tous les États ; bonne et miséricordieuse, protégeant les hommes par mer et par terre ; modérant les revers de la fortune ; dispensant avec le destin, nourrissant tout ce qui sort de terre, courant par divers bois, arrêtant les insultes des phantômes, tenant les cloîtres de la terre fermés, les hauteurs du ciel lumineuses, les courants salutaires de la mer, et gouvernant à sa volonté le déplorable silence des enfers, réglant le monde, foulant aux pieds le. Tartare ; de laquelle sa majesté fait trembler les oiseaux qui volent au ciel, les bôtes sauvages dans les montagnes, les serpents cachés sous la terre, et les poissons dans la mer. » Selon la Martinière : « Cette planète lunaire est humide de soy; mais, par l’irradiation du Soleil, est de divers tempéraments ; comme en son premier quadrat elle est chaude et humide, auquel temps il but bon saigner les sanguins; en son second, elle est chaude et sèche, auquel temps il fait bon saigner les colériques ; en son troisième quadrat, elle est froide et humide, auquel temps on peut saigner les flegmatiques, et en son quatrième elle est froide et sèche, auquel temps il est bon de saigner les mélancoliques... C’est une chose entièrement nécessaire à ceux qui se meslent de la médecine, de connoistre le mouvement de cette planète pour bien discerner les causes des maladies. Et comme souvent la Lune se conjoint avec Saturne, on lui attribue les apoplexie, paralysie, épilepsie, jaunisse, hydropisie, léthargie, calaporie, catalepsie, catharres, convulsions, tremblement de membres, distillations catharrales, pesanteur de tète, séronnelles, imbécilité d’estomacb, flux diarrique et liéntérique, rétentions, et généralement toutes maladies causées d’humeurs froides. J’ai remarqué que cette planète a une si grande puissance sur les créatures, que les enfants qui naissent depuis le premier quartier de la Lune déclinant, sont plus

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LA LUNE

maladifs: tellement que les enfants naissant lorsqu’il n’y a plus de Lune, s’ils vivent, sont faibles, maladifs et languissants, ou sont de peu d’esprit et idiots. Ceux qui sont nés sous la maison de la Lune, qui est le Cancer, sont d’un tempérament flegmatique. »

La Lune domine, d’après Eteilla, « sur les comédiens, les joueurs de gibecière, les bouchers, les chandeliers et ciriers, les cordiers, les limonadiers, les cabaretiers, les paulmiers, donneurs à jouer dé toute nature, le maître des hautes-oeuvres, les ménageries d’animaux; et, dans son contraste, sur les joueurs de profession, les espions, les escrocs, les femmes de débauche, les filoux, les banqueroutiers, les faux-monnoyeurs, et les petites maisons : » c’est-à-dire que la Lune domine sur tous ceux qui sont de métier à travailler la nuit, par état, jusqu’au soleil levant, ou à vendre des denrées pour la nuit ; et, dans le contraste, elle domine sur tout ce qu’on auroit honte de commettre en plein jour, au vu de ceux qui ont des mœurs. Ainsi chaque lecteur, en lisant, doit se rendre facilement compte sous quelle domination il est, etc... Il est bon de noter que la Lune domine aussi sur tous les petits négociants qui ne tirent que des ports de la nation ou de la main des accapareurs, sur les usuriers, les courtiers, les maquignons, les rats de Palais, hommes sans charges, rongeant les clients, et mettant, par leurs astuces, les honnêtes gens dans le péril de perdre. » — « Ce n’est pas sans sujet, répliquait-on à ces accusations, que la Lune est si proche de nous ; si elle étoit aussi éloignée que Saturne, elle ne pourroit pas répondre à tout. »

Mais les êtres intelligents et les êtres animés n’étaient pas seuls soumis à ces pernicieuses influences : toute la nature terrestre, jusqu’aux végétaux et aux minéraux étaient sous leur empire.

« Les concombres s’augmentent aux pleines lunes, ainsi que les raves, les navets, poreaux, lis, raiforts, safran, etc.;

mais les oignons, au contraire, sont beaucoup plus gros et mieux nourris sur le déclinement et vieillesse de la Lune que sur son croissement, jeunesse et plénitude... ce qui est cause que les Égyptiens s’abstenaient d’oignons, A cause de leur antipathie avec la Lune... Les herbes cueillies pendant que la Lune croîtra, de grande efficacité... Si on taille de nuit les vignes, pendant que la Lune logera dans le signe du Lyon, Sagittaire, Scorpion ou Taureau, on les sauvera des rats champestres, taulpes, limaçons, mouches et aultres... Pline assure que les aulx semez ou transplanttez la Lune estant soubz terre, et cueillis le jour qu’elle sera nouvelle, n’auront aucune mauvaise odeur, et ne rendront l’aleine de ceux qui en auront, ni puante ni malplaisante: »

Voilà, j’espère,. un choix de merveilleuses conjectures astrologiques. Toutes ces ténèbres se sont évanouies A la lumière de l’astronomie moderne.

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