CONSTITUTION PHYSIQUE DE LA LUNE
Je salue la froide el vaporeuse lumière, ô pâle pèlerin du ciel (troublé ! je te salue à travers la brume tpii t'inonde et qui donne à ton front son teint sombre ! Comment ton œil pur et paisible peut-il assister sans trouble à nos scènes d'en bas, et comment un regard sans larmes peut-il envoyer sa lumière sur un monde de guerre et de douleur!
Walteii Scott, Rokebtj.
Il y a, en effet, un grand contraste, non-seulement apparent, mais réel, entre la sereine tranquillité du disque lunaire et les grands mouvements qui s’opèrent sans cesse à la surface de notre monde. En approchant de la Lune, on ne remarque aucune des causes physiques qui font de la terre un vaste laboratoire où mille éléments se combattent ou s’unissent. Point de ces tempêtes tumultueuses qui fondent parfois sur nos plaines inondées, point de ces ouragans qui descendent en trombe s’engloutir dans la profondeur des mers ! Nul vent ne souffle, aucun nuage ne s’élève dans le ciel. On n’y voit pas ces traînées blanches de vapeurs nuageuses, ni ces amoncel-
lements plombés do lourdes cohortes; jamais la pluie n’y tombe, jamais la neige ni la grêle ni aucun des phénomènes météorologiques ne s’y manifestent. Nul globe céleste n’est plus serein ni plus pur.
Mais aussi, on n’y voit pas non plus ces teintes magnifiques qui colorent notre ciel de l’aurore ou du crépuscule ; on n’v voit pas ces rayonnements de l’atmosphère embrasée; si les vents et les tempêtes ne soufflent jamais, il en est de même de la brise embaumée qui descend de nos coteaux en fleurs. Dans ce royaume d’immobilité souveraine, le plus léger zéphyr ne vient jamais caresser la tète des collines; le ciel reste éternellement endormi dans un calme incomparablement plus complet que celui de nos chaudes journées où pas une feuille ne s’agite dans les airs.
C’est qu’à la surface de ce monde étrange, il n’y a pas d’atmosphère lie cette privation résulte Tin système essentiellement difficile à imiter. En premier lieu, l’absence d’air implique par là même l’absence d’eau et de tout liquide, car l'eau et les liquides ne peuvent exister que sous la pression atmosphérique: si l’on enlève cette pression, ils s’évaporent et laissent leur lit à sec. Ainsi, par exemple, si vous placez un vase rempli d’eau sous le récipient d’une machine pneumatique, et que, pompant l’air qui se trouve dans ce récipient, vous y fassiez le vide, vous verrez bientôt l’eau qui s’y trouve bouillir, quand même ou gèlerait du froid le plus rigoureux dans l’endroit où vous faites l’expérience, puis l’ébullition dégager des vapeurs et enfin l’eau s’évaporer. Or, supposez qu’en une certaine période de son existence passée, la Lune ait eu, comme la Terre, des mers et des fleuves, et qu’à l’aide d’un appareil quelconque, on ait soutiré tout l’air qui l’environnait, ses mers et ses fleuves se seraient mis à bouillir et à retomber en vapeur; et, en continuant l’opération assez longtemps, on aurait mis la Lune compléte-