I.A LUNE
ciel dans sa souveraineté absolue, il laisse paisiblement les étoiles trôner avec lui dans l’espace ; et les études com-
Fi«. 71. — Aspect de la pleine lune.
(Photographie directe.)
mencées pendant la nuit peuvent être sans difficulté poursuivies pendant le jour jusqu’à la nuit suivante. Sur no-
Fîg 7 î. — Premier quartier. Fig. 75. — Dernier quartier.
(Photographié.! (Photographié.)
tre satellite, les nuits sont de 15 fois 24 heures, et les jours de même durée ; mais il y a une différence essentielle à remarquer entre les nuits de l’hémisphère lunaire qui nous
regarde et celles de l’hémisphère que nous ne voyons pas.
Vous n’avez pas été sans remarquer, en effet, que la Lune nous présente toujours la même face. Depuis le commencement du monde elle ne nous a jamais montré que ce côté-là. Nous lisons dans Plutarque, qui écrivait il y a près de deux mille ans, mille conjectures relatives à cette face de la Lune éternellement tournée vers nous. Les uns disaient que c’était un grand miroir, bien poli et excellent, qui nous renvoyait de loin l’image de la Terre : les parties sombres représentaient l’Océan et les mers ; les parties brillantes représentaient les continents. D’autres croyaient que les taches étaient des forêts où quelques-uns plaçaient les chasses de Diane, et que les parties plus brillantes étaient les pays en plaine. D’autres voyaient encore en elle une terre céleste très-légère, assez semblable à notre vif-argent ; ils disaient que ses habitants devaient prendre en pitié la Terre qui se trouve au-dessous d’eux et qui n’est qu’un amas de boue. D’autres encore, et leur opinion singulière fut très-répandue, ajoutaient que les êtres qui la peuplaient étaient quinze fois plus grands que ceux de notre monde, et qu’à côté des arbres lunaires nos chênes n’étaient que de petits buissons. Tout cela pour ex pliquer la nature de la face lunaire éternellement tournée vers nous.
Or, si nous ne voyons jamais qu’un côté de la Lune, réciproquement, il n’y p jamais qu’un côté de cet astre qui nous voit, de sorte (pie la moitié de la Lune a une lune qui est notre Terre, et (pie l’autre moitié en est privée. S’il y a des habitants sur l’hémisphère qui nous est opposé, ils ne se doutent pas de ce que c’est qu’un astre préposé à l’illumination des nuits, et ils doivent grandement s’étonner lorsque le récit des voyageurs leur rapporte l’existence de notre Terre dans le ciel. Pour peu que les voyageurs de là-bas ressemblent à ceux d’ici, quels contes ne doit-on pas débiter à notre propos? Mais aussi combien la Terre est
LA LUNE
utile aux nuits lunaires et comme nous sommes beaux... de loin! Représentez-vous quatorze lunes comme celle qui nous éclaire, ou pour parler plus exactement une lune quatorze fois plus étendue en surface, et vous aurez une idée du spectacle de la Terre vue de la Lune. Tantôt elle n’offre qu’un quartier effilé, quelques jours après la nouvelle terre: tantôt elle offre un premier quartier ; tantôt
Fig. 74. — Dimensions comparées de la Terre et de la Lune.
elle resplendit dans un disque plein répandant à grands flots sa lumière argentée.. Ce qu’il y a de mieux, c’est qu’elle s’allume précisément le soir, quelle brille de son plus vif éclat, de son disque plein précisément à minuit, et. qu’elle s’éteint le matin, au moment où l’on n’a plus besoin d’elle, et l’on sait que du soir au matin on compte 15 fois 24 heures chez nos voisins les Sélénites. Aussi combien ces habitants sont-ils plus fondés que nous de croire que la Lune a été créée et mise au monde tout exprès pour eux et que nous ne sommes que leurs très-humbles serviteurs !
LES MERVETLLES CÉLESTES.
Sous certains aspects la Lune parait donc mieux favorisée que la Terre. Cependant, comme importance planétaire, elle ne mesure guère que le quart du diamètre de la Terre : 869 lieues; sa surface mesure 38 millions de kilomètres carrés, c’est-à-dire à peu près la treizième partie de la surface terrestre; son volume est le quarante-neuvième du volume du globe terrestre. Cela n’empèche probablement pas que ses habitants (si elle en a) ne se croient supérieurs à nous et ne nous croient leurs domestiques plutôt que leurs maîtres; car on sait que généralement les gens oui d’autant plus' de vanité qu’ils sont plus petits...
Les habitants de l’hémisphère invisible ont les plus belles nuits qui soient au monde, et ceux qui vivent sur l’hémisphère visible l’une des plus belles lunes qu’on ait jamais vues. Tout au plus les habitants dqs premières lunes de Jupiter et de Saturne pourraient-ils leur revendiquer la supériorité de leurs planètes réciproques. Jamais aucuns nuages, jamais aucunes tempêtes ne viennent troubler ces nuits longues et silencieuses ; le calme profond, la paix inaltérable habitent en ces lieux. Déplus, tandis que nous ne connaissons qu’une partie de leur monde, le nôtre, tournant en vingt-quatre heures sur luimême, se dévoile entièrement à eux, de sorte qu’avec de bons yeux ou l’aide d’instruments d’optique, ils peuvent contempler de là-bas notre terre roulant sur leurs tètes et leur présentant tour à tour les diverses contrées de notre séjour, Là, le nouveau monde qu’ensanglantent de cruelles batailles 1 ; plus loin des îles ténébreuses où l’on sacrifie des tètes humaines au serpent Vaudoux ; ici, la Russie étouffant la Pologne qui se débat affreusement ; et à gauche, un petit point verdoyant où trente-huit millions de
1 Cette ligne était écrite en 1863. La guerre d'Amérique est terminée, après avoir couché dans la mort près de un million de combattants, et dépensé pour cela vingt-huit milliards.
i: A LU. N E.
Français regardent de diverses façons un trône qui s’élève au sein d’une grande ville.
Et nous, nous contemplons la Lune pensive dans la sérénité des nuits, espérant que ses peuples et ceux des autres mondes sont plus unis que notre famille. Oui, lumière bien-année des nuits solitaires, nous pensons que la nature l’a donné quelque compensation pour les choses dont elle t’a privée, et que les richesses inconnues de ton séjour surprendraient étrangement ceux qui pour toi s’évaderaient de notre monde. Nous avons vu que tu manques d’air et que tu n’as pas une goutte d’eau pour étancher ta soif; mais cela n’empêche pas que nous revenions à notre ancienne sympathie pour ta beauté. Si tu n’as pas les éléments qui nous conviennent, si l’eau et la terre, l’air et le feu ne résident pas dans ton sein, ta nature est différente, et tu n’es pas moins complète dans ta création. Leste dans le ciel de nos rêveries, renouvelle ces phases qui font nos mois, verse ta rosée de lumière dans l'air limpide; le voyageur aimera toujours te choisir pour guide aux heures nocturnes dans les sentiers de la mer ou des campagnes désertes.
T’aimera le pilote
Dans son grand bâtiment Qui flotte
Sur le clair firmament.
T’aimera le vieux pâtre
Seul, tandis qu’à ton front D'albâtre
Ses dogues aboieront.
Et, toujours rajeunie,
Tu seras des passants Bénie,
Pleine lune ou croissant.
ÉCLIPSES
Autrefois, les éclipses étaient regardées ronnne des phénomènes surnaturels. Aujourd'hui, la prédiction des éclipses n'est qu’une affaire de calcul.
Newto.s.
Dans la circonférence qu elle décrit autour de la Terre, la Lune passe tous les quinze jours entre le Soleil et nous, — c’est l’époque de la nouvelle lune, — et tous les quinze jours, à l’opposé du Soleil (la Terre se trouvant entre elle et lui), — c’est l’époque de la pleine lune. Or, il arrive parfois qu’elle passe justement devant le Soleil, au lieu de passer un peu au-dessus ou un peu au-dessous, comme dans la majorité des cas. Lorsque ce passage arrive, la lumière de l’astre radieux se trouve naturellement arrêtée, en partie ou tout à fait, selon que le disque lunaire nous cache une partie ou la totalité du disque solaire. 11 y a alors éclipse de soleil , partielle ou totale. Ainsi quand elle passe devant la Terre, dans la direction du Soleil, cet astre est éclipsé par elle.
A l’opposé, il arrive aussi que la Lune, passant der-
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