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rière la Terre, arrive juste dans l’ombre qui reste toujours derrière elle — contme derrière tout objet éclairé.
Lorsqu’elle se trouve dans cette ombre, elle ne reçoit plus la lumière du Soleil, et comme elle ne brille que par cette lumière, elle perd son éclat. Son disque plein voit complètement s’évanouir sa lumière s’il se trouve entiè 1 renient compris dans le cône d’ombre de la Terre ; il reste moitié éclairé si, passant au bord du cône, il n’y entre que d’une moitié. C’est en ces circonstances qu’il y a éclipse de lune, totale ou partielle.
Ainsi rien n’est si simple qu’une éclipse. Lorsque vous avez devant vous une lampe au "lobe radieux, si vous passez la main devant vos yeux, vous interceptez momentanément la lumière qui vous éclaire ; il y a pour vous éclipse de la lampe par votre main. C’est le même fait qui se produit lorsqu’il va pour la Terre éclipse de soleil par la Lune. Si maintenant vous vous retournez, laissant alors la lampe derrière vous, et que vous passiez de nouveau
f)22 LES MERVEILLES CÉLESTES.
votre main éclairée devant votre visage, celle main se trouvera momentanément dans l’ombre. C’est ici l'image de l’éclipse de lune passant dans l’ombre de la Terre.
Si le mouvement de la Lune s'opérait justement dans un plan dont le prolongement passât par le Soleil,, il y aurait éclipse de Soleil à toutes les nouvelles Lunes, et éclipse de Lune à toutes les pleines lunes. Mais le cercle dans lequel elle se meut est un peu penché sur ce plan, et oscille de part et d’autre, de sorte que les éclipses sont très-variable» dans leur nombre et dans leur grandeur. Cependant cette variété a ses limites. 11 ne peut y avoir moins de deux éclipses par an, ni plus de sept. Lorsqu’il n’y en a que deux, ce sont des éclipses de lune. — Ces phénomènes reviennent à peu près dans le même ordre au bout de dix-lmit ans et dix jours : période connue sous le Grecs sous le nom de Cycle de Métojn, et dont les Chinois eux-mêmes s'e servaient il y a plus de trois mille ans pour la prédiction de leurs éclipses.
Quelque simple que soit la cause de ce phénomène, aujourd’hui qu’on la connaît, — et les causes connues sont toujours si simples qu’on se demande comment on ne les a pas devinées plus tôt, — quelque facile que cette explication paraisse à trouver, longtemps l’humanité s’étonna de l’absence passagère de la lumière du Soleil pendant le jour; longtemps elle se sentit pleine de crainte et d’inquiétude devant cette merveille inexpliquée. La lumière du jour s’affaiblissant rapidement, et arrivant à disparaître soudain, sans que le ciel fût obscurci d’aucun nuage, les ténèbres succédant à cette lumière, les .étoiles s’allumant daus le ciel, la nature entière paraiss ant sur prise et consternée : la réunion de ces événeidBJ^îjEplites est plus que suffisante pour expliquer la terreur momentanée dont les hommes et les peuples se sont laissé emparer en ces instants solennels. En raison de la rapidité du mouvement de la Lune, jamais l’éclipse totale ne dure plus de six
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minutes ; mais cette faible période es? suffisante pour permettre à mille sentiments de se succéder dans l’esprit craintif. La disparition seule de 4a lumière de la Lune causa parfois de grands troubles chez les esprits peu avancés ; combien à plus forte raison la disparition de celle de l’astre du jour peut-elle faire naître d’inquiétudes et de craintes !
L’histoire est pleine des exemples de l’effroi causé par les éclipses, dit Francœur, et des dangers que produisent l’ignorance et la superstition. Nicias avait résolu de quitter la Sicile avec son armée : effrayé par une éclipse de lune et voulant temporiser plusieurs jours, pour s’assurer si l’astre n’avait rien perdu après cet événement, il manqua ainsi l’occasion de la retraite : son armée fut détruite, Nicias périt, et ce malheur commença la ruine d’Athènes.
Souvent on a vu des hommes adroits tirer parti de la frayeur du peuple pendant les éclipses, soit de soleil, soit de lune, pour l’amener à leurs desseins. Christophe Colomb, réduit à faire subsister ses soldats des dons volontaires d’une nation sauvage et indigente, était prêt à voir manquer cette ressource et à périr de faim, il annonce qu’il va priver le monde de la lumière de la Lune. L’éclipse commence, et la terreur s’empare des Indiens, qui reviennent apporter aux pieds de Colomb les tributs accoutumés.
firusus apaisa une sédition dans son armée en prédisant une éclipse de lune ; et, selon Tite Live, Sulpicius Gallus, dans là guerre de Paul Émile contre Persée, usa du même stratagème. Périclès, Agathocle, roi de Syracuse, Dion, roi de Sicile, ont failli être victimes de l’ignorance de leurs soldats. Alexandre, près d’Arbelles, est réduit à user de toute son adresse pour calmer la terreur qu’une éclipse avait jetée parmi ses troupes. C’est ainsi que les hommes supérieurs, plutôt que de plier sous les circonstances qui les maîtrisent, mettent leur art à les faire tourner à leur profit.
Combien de fables établies d’après l’opinion que les éclipses sont l’e'fet du courroux céleste, qui se venge des • iniquités de l’homme en le privant de la lumière î Tantôt Diane va trouver Endymion dans les montagnes de Carie ; tantôt les magiciennes de Thessalie font descendre la Lune sur les herbes qu’elles destinent aux enchantements.
Ici c’est un dragon qui dévore l'astre et qu’on cherche à épouvanter par des cris ; là, Dieu tient le Soleil enfermé dans un tuyau, et nous ôte ou nous rend la vue de cet astre avec un volet..., etc. Le progrès des -sciences a fait reconnaître le ridicule de ces opinions et de ces craintes, depuis qu’on a vu qu’il était possible de calculer par les tables astronomiques, et de prévoir longtemps d’avance l’instant où la colère du ciel devait éclater. Cependant, naguère encore, l’épouvante a causé des revers dans l’armée de Louis XIV, près de Barcelone, lors de l’éclipse totale de 1706 ; et la devise de ce monarque : Nec pluribm impar , a prêté aux allusions injurieuses !
J. -B. Biot nous donne, dans ses Études sur l'astronomie indienne et chinoise , de fort curieux détails sur les rites qui présidaient, et qui président encore, à la réception des éclipses dans le Céleste-Empire.
L’empereur était considéré comme le fils du ciel, et, à ce titre,. son gouvernement devait offrir l'image de l’ordre immuable qui régit les mouvements célestes. Quand les deux grands luminaires, le Soleil et 4a Lune, au lieu de suivre séparément leurs routes propres, venaient à se croiser dans leur cours, la régularité de l’ordre du ciel semblait étie dérangée; et la perturbation qui s'y manifestait devait avoir son image, ainsi que sa cause, dans les désordres du gouvernement de l’empereur. Une éclipse de soleil était donc considérée comme un avertissement donné par le ciel à l’empereur d’examiner ses fautes et de se corriger.
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Lorsque ce phénomène avait été annoncé d’avance par l’astronome en titre, l’enipereur et les grands de sa cour s’y préparaient par le jeûne, et en revêtant des habits de , la plus grande simplicité. Au jour marqué, les mandarins ‘ se rendaient au palais avec l’arc et la ilèche. Quand l'éclipse commençait, l’empereur lui-même battait sur le tambour <lu tonnerre le roulement du prodige, pour donner l’alarme; et, en même temps, les mandarins décochaient leurs flèches vers le ciel pour secourir l’astre éclipse. Gaubil mentionne ces particularités d’après les anciens livres des rites, et les principales sont énoncées dans le Tclieou-li. D'après cela, ou peut se figurer le mécontentement que devait causer une éclipse de soleil qui ne se réalisait pas après avoir été prédite, et pareillement celle •pii apparaissait tout à coup sans avoir été prévue. Dans le premier cas, tout le cérémonial se trouvait avoir été inutilement préparé; et les efforts désespérés qui, par suite de manque de préparatifs, se faisaient dans le second cas, produisaient inévitablement une scène de désordre compromettante pour la majesté impériale. De telles erreurs, pourtant si faciles, mettaient les pauvres astronomes eu danger de perdre leurs biens, leur charge, leur honneur, quelquefois leur vie. l’ar suite d’une disgrâce pareille, arrivée en l’an 721 de notre ère, l’empereur Hiouen-Tsong fit venir à sa cour un bonze chinois appelé Y-ilang, renommé pour ses connaissances en astronomie. Après s’y être montré effectivement fort habile, il eut le malheur d’annoncer d’avance deux éclipses de soleil, qu’on ordonna d’observer dans tout l’empire. Mais on ne vil, ces jours-là, nulle part aucune trace d’éclipse, quoique le ciel se montrât presque partout serein. Pour se disculper, il publia un écrit dans lequel il prétendit que son calcul était juste, mais que le ciel avait changé les règles de ses mouvements, sans doute en considération des hautes vertus de l’empereur. Grâce à sa réputation,
d’ailleurs méritée, peut-être aussi à ses flatteries, on lui pardonna.
Les mêmes idées sur l’importance et la signification des éclipses de Lune et de Soleil, qui existaient chez les Chinois il y a plus de quatre mille ans, et subsistent encore aujourd’hui, sont aussi fortes, et elles engendrent les mêmes exigences, devenues seulement moins périlleuses pour les astronomes, puisque ces phénomènes sont maintenant prévus plusieurs années d’avance, avec une certitude mathématique, dans les grandes éphémérides d’Europe et d’Amérique, qu’ils peuvent aisément se procurer.
M. Stanislas Julien a trouvé dans le Recueil (les lois de Chine la description complète des cérémonies prescrites et pratiquées encore aujourd’hui à cette occasion. En voici un spécimen :
« Tontes les fois qu’il arrive une éclipse de soleil, on attache des pièces de soie à la porte du ministère des rites appelée l-men; et dans la grande salle on place une table pour brûler des parfums du haut de la tour appelée Lou-tliaï (tour de la Rosée). La garde impériale place vingt-quatre tambours des deux côtés, à l’intérieur de la porte I-men ; le Kiao-fang-sse place les musiciens au bas de la tour Lou-thaï. 11 place chaque magistrat au bout de cette tour, à l’endroit où ils doivent s’incliner pour saluer. Tous sont tournés du côté du Soleil ; quand le président de l’astronomie a annoncé que le Soleil commence à être entamé, tous les magistrats, en habit de cour, se rangent et se tiennent debout. A un signal donné, ils se mettent à genoux, et alors la musique commence à se faire entendre.
« Chaque magistrat fait trois prostrations et neuf révérences, après quoi la musique s’arrête. Quand les magistrats du tribunal des rites ont fini d’offrir des parfums, tous les autres s’agenouillent. Le Kiao-Kouan s’avance avec Un tambour et la baguette de tambour ; ensuite il
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frappe le tambour pour délivrer le Soleil. Le président du ministère des rites frappe trois coups de tambour, et alors on frappe tous les tambours ensemble. Quand le président du bureau de l’astronomie ü annoncé que l’astre a recouvré sa forme arrondie, les tambours s’arrêtent. Chaque magistrat s’agenouille trois fois et frappe neuf fois la terre de son front, La musique recommence ; quand ces cérémonies sont Unies, la musique s’arrête. Puis tous les magistrats se retirent chacun de leur côté.
« Quand la lune est éclipsée, on se réunit dans lé bureau des Tai-tch'ang (présidents des cérémonies) et l’on observe les mêmes rites pour délivrer l’astre. »
En France et dans les pays civilisés, il n’en est pas ainsi : on ne redoute plus l’arrivée des éclipses, on ne craint plus qu’une éternelle nuit s’étende sur la Terre. On sait que ce sont là des phénomènes célestes, étudiés et connus comme tant d’autres, résultant de mouvements connus et déterminés d’avance. Dès lors elles perdent entièrement leur caractère surnaturel et rentrent dans l’ordre purement physique. On prédit aujourd’hui les éclipses de Soleil et de Lune de la même manière qu’on retrouve par le calcul les éclipses passées et qu’on assigne ainsi plus rigoureusement certaines dates à l’histoire. On sait à quelle époque la Lune passera devant le. Soleil et nous dérobera une partie plus ou moins grande de son disque ; et la preuve, c’est que je puis aujourd’hui même, en 1865, vous donner l’époque de toutes les éclipses qui nous arriveront d’ici à la fin de ce siècle. — Je ne veux pas faire de liste et couvrir ces pages de dates ; mais pour vous convaincre, je vous indiquerai seulement les éclipses totales de Soleil qui seront visibles aux lieux indiqués d’ici à l’an 1900. Elles ne sont pas nombreuses, comme vous voyez :
Le 22 décembre 1872, éclipse de Soleil totale aux iles Açores, dans le midi de l’Espagne et de l’Italie, en Algérie et en Turquie ,
Le 19 août 1887, éclipse de Soleil totale pour le nordest de l'Allemagne, la llussie méridionale et l’asie centrale ;
Le 9 août 1896, éclipse de Soleil totale pour la Sibérie, la Laponie et le Groenland ;
Enfin, le 28 mai 1900, éclipse de Soleil totale pour les États-Unis d’Amérique, l’Espagne, l’Algérie et l'Égypte.
Je ne doute pas que vous n'en soyez témoins avec moi jusqu’à la dernière, et vous serez à même de constater la vérité de cette prédiction. Malheureusement , pas une d’entre elles ne sera visible à Paris ; mais pour peu que nos inventions de vapeur et d’électricité continuent et que d’autres leur viennent en aide, la Terre ne sera bientôt plus qu’un seul pays, et l’on voyagera d’ici à Pékin comme on allait au siècle dernier de Paris à Saint-Cloud.
En disant que les éclipses de Soleil et de Lune ne sont plus un objet de terreur pour nous, je ne veux pas dire qu’elles ne nous causent plus aucune impression. Non, les impressions soudaines causées par le spectacle des phénomènes les plus rares de la nature sont indépendants de notre réflexion, et l’absence subite de la lumière solaire au milieu de la journée cause à tous les êtres une émotion dont ils ne peuvent s’affranchir. La relation de l’effet produit par les éclipses sur l’homme et même sur les animaux est trop intéressante pour que je ne vous l’offre pas en conclusion de mon chapitre. Je choisirai pour rapporteur un témoin oculaire de l’éclipse totale de juillet 1842, dont le talent de narrateur est trop bien connu pour qu’on en fasse l’éloge : c’est François Ârago luimême qui va nous communiquer ses impressions, enrichies encore d’autres témoignages auxquels il attribue une assez haute valeur pour les réunir aux siens. (Voy. Astronomie populaire, t. III).
Hiccioli rapporte qu’au moment de l’éclipse totale de
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1415 on vit, en Bohême, des oiseaux tomber morts de frayeur. La même chose est rapportée de l’éclipse de 15G0. « Les oiseaux, chose merveilleuse (disent les témoins oculaires), saisis d’horreur, tombaient à terre. »
En 1706, à Montpellier, disent les observateurs, les chauves-souris voltigeaient comme à l’entrée de la nuit. Les poides, les pigeons coururent précipitamment se renfermer. Les petits oiseaux qui chantaient dans les cages se turent et mirent la tête sous l’aile. Les bêtes qui étaient au labour s’arrêtèrent. « La frayeur produite chez les bêles de somme par le passage subit du jour à la nuit est constatée aussi dans le mémoire de Louville relatif à l’éclipse de 1715. « Les chevaux, y est-il dit, qui labouraient ou marchaient sur les grandes routes, se couchèrent, ils refusèrent d’avancer. »
Fontenelle rapporte qu’en l’année 1654, sur la simple annonce d’une éclipse totale, une multitude d’habitants de Paris allèrent se cacher au fond des caves. Grèce au progrès des sciences, l’éclipse totale de 1842 a trouvé le public dans des dispositions bien différentes de celles qu’il manifesta pendant l'éclipse de 1654. Une vive et légitime curiosité avait remplacé des craintes puériles.
Les populations des plus pauvres villages des Pyrénées et des Alpes se transportèrent en masse sur les points culminants d’où le phénomène devait être le mieux aperçu ; elles ne doutaient pas, sauf quelques rares exceptions, que l’éclipse n’eût été exactement annoncée; elles la rangeaient parmi les événements naturels, réguliers, calculables, dont le bon sens commandait de ne point s’inquiéter.
A Perpignan, les personnes gravement malades étaient seules restées dans leurs chambres. La population couvrait dès le grand matin les terrasses, les remparts de la ville, tous les monticules extérieurs d’où l’on pouvait espérer de voir le lever du Soleil. A la citadelle, les astro-
nomes du Bureau des longitudes avaient sous les yeux, outre des groupes nombreux de citoyens établis sur les glacis, les soldats qui, dans une vaste cour, allaient être passés en revue.
L’heure du commencement de l’éclipse approchait. Près de vingt mille personnes examinaient, des verres enlumés à la main, le globe radieûx se projetant sur un ciel d’azur. « A peine, armé de nos fortes lunettes, dit Arago, commencions-nous à apercevoir la petite échancrure du bord occidental du Soleil, qu’un cri immense, mélangé de vingt mille cris différents, vint nous avertir que nous avions devancé seulement de quelques secondes l’observation faite à l’œil nu par vingt mille astronomes improvisés dont c’était le coup d’essai. Une vive curiosité, l’émulation, le désir de ne pas être prévenu semblaient avoir eu le privilège de donner à la vue naturelle une pénétration, une puissance inusitées.
« Entre ce moment et ceux qui précédèrent de très-peu la disparition totale de l’astre, nous ne remarquâmes dans la contenance de tant de spectateurs rien qui mérite d’être rapporté. Mais lorsque le soleil, réduit à un étroit filet, commença à ne plus jeter sur notre horizon qu’une lumière très-affaiblie, une sorte d’inquiétude s’empara de tout le monde ; chacun sentit le besoin de communiquer ses impresssions à ceux dont il était entouré : de là un mugissement sourd, semblable à celui d’une mer lointaine après la tempête. La rumeur devenait de plus en-plus forte à mesure que le croissant solaire s’affaiblissait. Le croissant disparut enfin ; les ténèbres succédèrent subitement à la clarté, et un silence absolu marqua cette phase de l’éclipse, tout aussi nettement que l’avait fait le pendule de notre horloge astronomique. Le phénomène, dans sa magnificence, venait de triompher de la pétulance de la Jeunesse, de la légèreté que certains hommes prennent pour un signe de supériorité, de l’indifférence bruyante
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dont les soldats font ordinairement profession. Un calme profond régna dans l’air; les oiseaux ne chantaient plus.
« Après une attente solennelle d’environ deux minutes, des transports de joie, des applaudissements frénétiques saluèrent avec le même accord, la môme spontanéité, la réapparition des premiers rayons solaires. Au recueillement mélancolique produit par des sentiments indéfinissables venait de succéder une satisfaction vive et franche, dont personne ne songeait à contenir, à modérer les élans. Pour la majorité du public, le phénomène était à son terme. Les autres phases de l’éclipse n’eurent guère de spectateurs attentifs, en dehors des personnes vouées aux études de l’astronomie.
« Ceux-là même qui, au moment de la disparition subite du Soleil, s’étaient montrés le plus vivement émus, s’égayèrent le lendemain, et ce me semble outre mesure, au récit des frayeurs que bon nombre de campagnards avaient éprouvées, et dont, au reste, ils ne cherchaient pas à faire mystère. Pour moi, je trouvai tout naturel que des hommes illettrés, à qui personne n’avait dit qu’une éclipse devait avoir lieu dans la matinée du 8 juillet, eussent montré une grande inquiétude en voyant les ténèbres succéder si brusquement à la lumière. Qu’on ne s’y trompe point, l’idée d’une convulsion de la nature, l’idée que le moment de la fin du monde venait d’arriver, n’est pas ce qui bouleversa le plus généralement ces hommes incultes et neufs. Lorsque je les questionnais sur la cause réelle de leur désespoir, ils me répondaient sur-le-champ : « Le « ciel était serein, et cependant la clarté du jour dimi- « nuait, et les objets s’assombrissaient, et tout à coup « nous nous trouvâmes dans les ténèbres : nous crûmes « être devenus aveugles. »
Le Journal de s Basses-Alpes rapporte, dans le numéro du 9 juillet 1842, une anecdote qui semble mériter d’être conservée. Laissons parler le journaliste.
« l’n pauvre enfant de la commune des Sièges gardait un troupeau. Ignorant complètement l’événement qui se préparait, il voit avec inquiétude le soleil s’obscurcir par degrés, car aucun nuage , aucune vapeur ne lui donnait l'explication de ce phénomène. Lorsque la lumière disparut tout à coup, le pauvre enfant, au comble de la frayeur, se mit à pleurer et à appeler: Au secours!... Ses larmes coulaient encore lorsque le soleil donna ses premiers rayons. Rassuré à cet aspect, l’enfant croisa les bras en s’écriant : O beou souleou ! (O beau soleil !) »
Arago signale ensuite quelques traits curieux de l'influence des éclipses sur les animaux.
Un habitant de Perpignan priva, à dessein, son chien de nourriture, à partir de la soirée du 7 juillet. Le lendemain matin, au moment où l’éclipse totale devait avoir lieu, il jeta un morceau de pain au pauvre animal, qui commençait à le dévorer, lorsque les derniers rayons du Soleil disparurent. Aussitôt le chien laissa tomber le pain; il ne le reprit qu’au bout de deux minutes, après la fin de l’obscurité totale, et le mangea, alors avec une grande avidité.
Un autre chien se réfugia entre les jambes de son maître au moment où le Soleil s’éclipsa.
Dans u»ie campagne, des poules, au moment de l’éclipse totale, abandonnèrent subitement le millet qu’on venait de leur donner et se réfugièrent dans une étable.
Au bas de l’Asparron, les poules , se trouvant loin de toute habitation , allèrent se grouper sous le ventre d’un cheval.
Une poule entourée de poussins s’empressa de les appeler et de les couvrir de ses ailes.
Des canards qui nageaient dans une mare ne se dirigèrent pas, au moment de la disparition du Soleil, vers la métairie assez éloignée d’où ils étaient sortis deux heures auparavant ; ils se massèrent et se blottirent dans un coin.
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A la Tour, chef-lieu de canlon dans les Pyrénées-Orientales, un habitant avait trois linottes. Le 8 juillet, de grand matin, en suspendant à la fenêtre de son salon la cage qui renfermait les trois petits oiseaux, il remarqua qu’ils paraissaient très-bien portants; après l’éclipse, un d’entre eux était mort. Faut-il croire que la linotte se tiw en heurtant avec force, dans un moment de frayeur, les barreaux de sa cage ? Quelques faits observés ailleurs rendront cette supposition probable.
Enfin il n’est pas jusqu’aux insectes qui n’aient ressenti une pareille impression. *
M. Fraisse aîné, de Perpignan, raconte qu’il était assis devant un petit sentier, tracé par des fourmis que le hasard lui fit rencontrer. Elles travaillaient avec leur vivacité accoutumée ; toutefois, à mesure que le jour diminuait , leur marche se ralentissait ; elles paraissaient éprouver de l’hésitation. À l’instant où le soleil disparaissait entièrement, les fourmis s’arrêtèrent, mais sans abandonner les fardeaux qu’edles traînaient. Leur immobilité cessa dès que la lumière eut repris une certaine force, et bientôt elles se remirent en route. .
M. Lenthérie, professeur à xMontpellier, a donné aussi quelques détails concernant les effets que l’éclipse totale produisit sur diverses espèces d’animaux.! Des chauvessouris, croyant la nuit venue, quittèrent leurs retraites; un hibou, sorti d’une tour de Saint-Pierre, traversa en volant la place du Peyrou ; les hirondelles disparurent; les poules rentrèrent ; des bœufs, qui paissaient librement près de l’église de Maguelonne, se rangèrent en cercle, adossés les uns aux autres, les cornes en avant comme pour résister à une attaque.
Des observateurs de Crémone disent qu’il tomba à terre une immense quantité d’oiseaux. M. Zamboni, l’auteur des piles sèches, est cité pour avoir vu tomber à côté de lui un passere (un moineau).
M. Piola,qui était sous un arbre près de Lodi, remarqua que les oiseaux cessèrent de chanter au moment de l’obscurité, mais aucun ne tomba.
Dans la relation que l’abbé Zantedeschi adressa de Venise à Arago, on lit qu’au moment de l’obscurité totale, « des oiseaux voulant s’enfuir et n’y voyant pas , allaient se heurter contre les cheminées des maisons ou contre les murs, et qu’étourdis du coup ils tombaient sur les toits, dans les rues ou dans les lagunes. Parmi les oiseaux qui éprouvèrent de ces .accidents on peut citer des hirondelles et un pigeon. Des hirondelles furent prises dans les rues, l’épouvante qui les avait saisies leur ayant à peine laissé la faculté de voleter ( svolazzare ). »
Des abeilles qui avaient quitté leur ruche en grand nombre, au lever du soleil, y rentrèrent même avant le moment de l’éclipse totale, et attendirent, pour en sortir de nouveau, que l’astre éclipsé eût repris tout son éclat.
Ces relations donnent une idée suffisante de l’effet produit par des phénomènes insolites sur les facultés de l’homme et des animaux. La nécessité de l’ordre est si profondément attachée à la création, qu’une apparence de trouble nous jette hors de notre sécurité normale et nous remplit de crainte.
Les résultats scientifiques des observations d’éclipses ont surtout porté sur l’élucidation du grand problème de la constitution physique du soleil. Nous les avons rapportés au chapitre relatif à cet astre. La dernière grandeéclipse totale, celle du 18 août 1868 , a été, comme on l’a vu, l’une des plus remarquables.